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Une scène ahurissante méconnue : Mme Royal harponnant en 1988 le président Mitterrand !

On a assisté à une séquence ahurissante parmi celles qui retraçaient la carrière de Mme Ségolène Royale, au cours de l’émission « Un jour / Un destin : Ségolène Royal, les secrets d’une ambition  », présentée sur France 2 par Laurent Delahousse, mardi 20 octobre 2009. En existe-t-il même une autre de comparable qui ait jamais été ainsi filmée sur le vif ? Elle est intéressante à plus d’un titre.

Une information extorquée en pleine mise en scène présidentielle
 
D’abord, elle illustre combien « la relation d’information » n’est pas toujours maîtrisée par ses acteurs. D’une mise en scène bien ordonnée du pouvoir, pour donner de lui-même l’image d’un Olympe d’arbitrage serein au-dessus de la mêlée des intérêts, peut surgir par effraction une information extorquée ouvrant sur ses arrière-cuisines et leur graillon : « De minimis non curat praetor » dit l’adage romain ? Quelle blague ! Le président veille au contraire aux plus petites choses, bien plus qu’on ne le pense ! Qu’on en juge !
 
 On est, le 21 mai 1988, au Palais de l’Élysée où M. François Mitterrand vient d’être intronisé président de la République pour un second mandat consécutif. Une caméra officielle le suit en train de passer lentement devant une haie d’invités dont il serre tour à tour les mains, quand il est soudain interpellé ? Non, harponné par une jeune femme : c’est Mme Royal qui le presse tout à trac de faire quelque chose pour qu’elle puisse se présenter dans une circonscription aux prochaines élections qui ont lieu dans 15 jours. Il s’ensuit un échange surréaliste. Le président, mécontent, l’envoie paître : « C’est trop tard ! Vous auriez pu y pensez avant ! - Je n’ai pas pu le faire plus tôt, répond du tac au tac la postulante. - Vous avez des idées qui vous viennent bien tard, » réplique en substance le président, outré d’être ainsi sollicité en un moment aussi solennel ; et il retourne vers elle un visage réprobateur, tout en poursuivant son chemin.
 
On est manifestement en présence d’un cas assez original d’une information extorquée, surprise à l’insu et contre le gré des intéressés par un caméraman pourtant accrédité chargé de livrer l’information donnée la plus édifiante que le président souhaite offrir au peuple de la cérémonie de son intronisation. Ce genre de tractation pour l’attribution d’une circonscription électorale ne se fait jamais en public, surtout pas en pareilles circonstances, mais secrètement dans des lieux retirés à portes capitonnées et sans témoin. Qu’on puisse au moins le nier, sans crainte de démenti ! La scène est si onirique qu’on pourrait croire à un montage. Non ! Mme Royal l’a authentifiée. Le président s’est même exécuté et lui a fait attribuer la circonscription quémandée ; le candidat déjà choisi dans le département des Deux Sèvres, avec ses affiches déjà imprimées, a été prié d’accepter de devenir son suppléant ; et, en quinze jours de campagne, Mme Royal a réussi à se faire élire de justesse dans un bastion de Droite.
 
La personnalité de Mme Royal
 
Cette information éclaire crûment, en second lieu, la personnalité de Mme Royal. Elle ne l’a pas caché, mardi soir. Elle a parlé par euphémisme d’une volonté profondément ancrée en elle pour avoir l’audace d’adresser une telle demande incongrue à un président nouvellement élu au moment même de son intronisation, à quinze jours des législatives. Elle a expliqué qu’elle n’entretenait avec lui que des relations professionnelles et qu’elle n’avait trouvé aucune autre façon de le saisir du problème que dans ce face-à-face impromptu et prémédité.
 
Même si on a beaucoup de respect, voire de la sympathie pour Mme Royal, on ne peut manquer d’être frappé par une conduite d’ambitieuse, d’arriviste, de Rastignac féminin. On fréquente les allées du pouvoir pour en retirer des avantages, voire des privilèges. Il y faut parfois, quand on n’est qu’une petite main dans l’équipe présidentielle, un culot à toute épreuve pour arracher le bout de gras, et si c’est nécessaire de la bouche d’un rival. Les adversaires de Mme Royal sont prévenus : à voir comment elle est entrée en force dans l’arène, elle n’est pas femme à lâcher le morceau.
 
Lui pardonnera-t-on parce qu’elle est une femme et que le milieu politique à l’époque était une chasse gardée essentiellement masculine, à part quelques figures emblématiques comme Mme Veil et quelques autres ? Elle a, en effet, compris qu’elle n’obtiendrait rien de son entourage politique qu’elle ne l’eût arraché avec les dents de gré ou de force. 
 
Un indicateur du modeste degré atteint par la Démocratie française
 
Cette scène est enfin révélatrice du modeste degré atteint par la Démocratie française, fort peu éloigné des usages monarchiques. Les charges, les bénéfices étaient alors dispensés par le roi. La scène entre Mme Royal et le président Mitterrand rappelle le protocole à la cour de Versailles : pour solliciter une faveur ou le respect d’un droit, il fallait pouvoir, à force d’introductions faire antichambre, puis, en jouant des coudes, se trouver sur le passage du monarque, capter son attention et formuler sa demande. Un personnage de sa suite pouvait alors être chargé de s’occuper du problème.
 
Qu’est-ce qui a changé en 130 ans de République ? La nature des fonctions, mais non leur attribution qui reste une prérogative présidentielle. Ce sont plusieurs milliers de postes de hauts fonctionnaires qu’un président de la République a le pouvoir de pourvoir. Cette scène ubuesque entre Mme Royal et le président Mitterrand montre qu’il a aussi la haute main sur les candidatures de son parti à la députation et que les militants locaux n’ont qu’un droit, celui de s’y soumettre.
 
Les conditions du clientélisme sont ainsi réunies. Tout dépositaire d’une fonction, qu’elle soit dans la haute fonction publique ou qu’elle soit élective, sait qui l’a fait roitelet. Le peuple joue un rôle subalterne. Quand un président reste en poste 7, ou 5 ans renouvelables, une carrière ne peut se permettre d’attendre un tour ni de s’interrompre si longtemps. Il faut donc plaire au prince. Les relations de vassal à suzerain grippent alors et parasitent obligatoirement le fonctionnement des institutions. Inutile de chercher dans le Parlement ou dans une haute institution un quelconque contre-pouvoir. L’arbitraire a le champ libre. Comme a dit M. Montebourg par une image burlesque, une chèvre peut même être élue avec l’adoubement du prince. C’est la loi du clientélisme oligarchique !
 
Ce n’est toutefois pas le cas de Mme Royal. Elle a conquis de haute lutte un bastion de la droite en 1988. Personne ne s’y attendait, bien que la vague légitimiste qui suit ordinairement une élection présidentielle, offre davantage de chance aux soutiens du président nouvellement élu. Elle a renouvelé son exploit, en 2004, en gagnant les élections régionales en Poitou-Charente, « fief » du Premier Ministre, M. Raffarin. On comprend mieux qu’elle ait pu s’imposer ensuite comme candidate à la présidence de la République au nez des caciques du Parti Socialiste qui, écoeurés de son audace, se sont vengés comme on sait, en le lui faisant payer cher pendant et après la campagne présidentielle. Sous la grâce apparemment fragile de cette femme se cache une volonté de fer : elle a tous les culots et a appris à jouer des usages de la faune politique où elle est entrée. Sans quoi celle-ci l’aurait depuis longtemps écrasée. Paul Villach 
 
 
 



par Paul Villach vendredi 23 octobre 2009 - 70 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par sisyphe (---.---.---.156) 23 octobre 2009 11:49
    sisyphe

    Je trouve beaucoup plus sain, personnellement, de la part d’un(e) militant(e), qui désire s’engager dans la voie du suffrage pour être élu(e), cette façon d’agir, directe, franche, impromptue, que les petits jeux de cabinet où se font et se défont les attributions de postes, dans des jeux de rapports d’influence, et les secrets d’alcôve.

    Après tout, à la différence, par exemple, d’une Rachida Dati, qui a frappé à toutes les portes, usé de mensonges, et essayé de jouer de toutes ses relations pour parvenir à la satisfaction de ses énormes ambitions, il y a, chez Ségolène Royal, une cohérence politique, déontologique, et une volonté clairement et ainsi publiquement exprimée ; c’est tout à son honneur.

    Quand au fait qu’elle ait de l’ambition, croyez vous qu’il n’en faut point pour arriver à être candidat à la Présidence de la République, ou ministre  ?
    Le tout c’est que cette ambition soit mise au service d’un projet politique, au service du pays, clairement exposé, et non au seul usage d’un égo dévorant, et de promesses qui n’engagent que ceux qui les croient, pour appliquer, une fois élu, une politique totalement différente de celle annoncée.
    Et que cette ambition soit accompagnée de réelles compétences éprouvées sur le terrain ; ce que Madame Royal applique, dans sa région, depuis qu’elle y est élue, et réélue, comme député, puis comme Présidente du Conseil Régional.

    Maintenant, qu’elle ait les qualités, les compétences, et le sens stratégique de devenir Présidente de la République, et, pour cela, de savoir s’appuyer sur un collectif, sans la jouer trop perso, c’est une autre histoire ; que seul l’avenir pourra écrire...

  • Par Nicole (---.---.---.27) 23 octobre 2009 11:56

    C’est assez drôle. Je suis d’accord avec vos deux posts. J’ai apprécié le texte de Paul parce que je le trouve équilibré et pertinent, et que sa conclusion reconnait à Ségolène Royal des qualités évidentes. Et j’en ai également marre de voir ces critiques acrimonieuses que l’on voit partout, et qui loin de la noircir, elle, noircissent ceux qui les écrivent. Il me semble donc compréhensible de manifester une hyper réactivité.

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 23 octobre 2009 11:07
    Gabriel

    Madame Royal fait, décidément, couler beaucoup d’encre ces temps ci. Soit c’est une arriviste, soit c’est une cruche, soit elle n’a aucun intérêt et elle est finie, soit une perverse accro au pouvoir, on aura vraiment tout entendu et à chaque fois que des critiques. A croire que c’est elle qui gouverne et qui est responsable de la merde dans laquelle nous sommes, étrange….. Dites moi, avez-vous lu son programme ? La connaissez vous personnellement  ? Je vais finir par croire qu’elle dérange vraiment et que c’est actuellement la seule opposante crédible ! Lâchez lui les baskets et jugez la sur ces actes, allez voir par exemple les résultats obtenu dans sa région de par sa politique et après vous aurez, peut-être, un jugement un peu plus équilibré sur la personne.

  • Par monbula (---.---.---.181) 23 octobre 2009 11:37

    Je vous remercie, Villach, de nous décrire Mme Royal en femme pugnace, ambitieuse et cachant une volonté de fer. Par contre , le côté Rastignac me parait douteux mais elle était jeune.

    Ambitieuse et désireuse de servir son pays : deux atouts pour être Présidente.

    Connaissant le Poitou Charentes, je dois dire qu’elle s’était bagarrée pour battre
    une vieille droite poussiéreuse. Pas facile mais elle a gagnée.
    Elle est appréciée dans sa région et aussi par beaucoup de Chefs d’entreprises.

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