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WikiLeaks : Le monde tel qu’il est

 Si un avantage existe en ce qui concerne la sortie sur le net des infos de WikiLeaks, c’est bien celui de la vision d’un monde tel qu’il est et non pas celui, diplomatique et anodin, tel que nous le décrit la bienséance gouvernementale universelle. Non, nous ne sommes pas des citoyens excités, sur les nerfs, paranoïaques et inutilement désespérés, ou plutôt si nous le sommes, cela n’est que le reflet de ce que sont nos gouvernants. Ceux que l’on décrit comme des junkies des théories de complots divers et variés, sont, tout compte fait, plus proches des réalités qui régissent notre mode. Cependant, la bienséance, les bonnes manières, les formes que les présidents et autres ministres appliquent ont aussi un sens. S’ils suivaient leurs subalternes la terre serait à feux et à sang.

En effet, que lit-on sur les dépêches du département d’Etat exfiltrées par WikiLeaks : que le ministre turc des affaires étrangères est un « homme dangereux », que le premier ministre Erdogan est à « des lieues de la réalité » que le terrible Kadhafi a peur dès qu’il monte quelques étages, que l’afghan Karzai, homme de paille des américains n’est qu’un parano isolé, que le président français n’est qu’un Napoléon sans moyens, que la dynamique Merkel n’arrive jamais à se décider, que la mafia russe est au pouvoir en Russie, que le gouvernement chinois a bel et bien piraté Google, que les saoudiens demandent chaque matin le bombardement et la destruction de l’Iran, pays qu’Israël peut détruire tout seul comme un grand, que Chavez est fou, que la grande Bretagne est dirigée par des rigolos qu’ils soient travaillistes ou conservateurs, ou que l’Iran s’est procuré des missiles intercontinentaux de la Corée du Nord. Bref,  pourrait-on dire, tout cela était plus ou moins connu mais, sagement, faisait partie du non-dit. Sauf que ceux qui (au choix, bien sûr et suivant leurs intérêts propres), exprimaient ce genre de choses étaient considérés comme des marginaux dangereux, des fous furieux, de irresponsables. Et bien non, sauf si l’administration américaine est faite à leur image.

Ainsi, après les « révélations » WikiLeaks, le monde ne sera plus comme avant. Comme si, lors d’un dîner bien pensant, on ne tapait plus sur les doigts de l’enfant terrible chaque fois qu’il prenait la mauvaise fourchette. Comme si on débarquait sur terre les hôtes d’une nef de fous, libres à eux de véhiculer leurs insanités mal pensantes dont tout le monde -en cachette- les craint véridiques.

Les pros de l’intelligence, les Wise Guys des OSINT pourront sourire : tout cela on le savait, ce sont des secrets de polichinelle. Peut-être, mais leur rôle était de ne pas les révéler au grand public, de les garder pour les yeux de leurs maîtres. Ainsi, un message supplémentaire s’esquisse envers les gouvernants : vous n’avez plus le monopole du flicage : comment vous sentez vous désormais ? Ce n’est plus nos téléphones, nos mails, nos messages et nos grossièretés qui deviennent pâture de vos services, mais aussi les vôtres. Plus vous en abuserez et plus vos secrets deviendront du bien commun. Pour le meilleur et pour le pire. 

En d’autres termes, dans un monde dénudé de ses secrets, il ne suffit plus de paraître sage et sérieux, il faut le devenir en vérité. 




par Michel Koutouzis (son site) lundi 29 novembre 2010 - 142 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par non666 (---.---.---.38) 29 novembre 2010 11:15
    non666

    Comme souligné par de nombreux commentateurs plus haut, les pseudos révélations de wikileaks ressemblent furieusement à une tentative de recuperer le scepticisme sur le 11 septembre et ses consequences en organisant la pression pour un simple retrait des forces US plutot que sur une remise en cause des evenements eux memes.

    Le fait que cela soit relayé par le monde , le journal officiel des bobos aux pretentions intellectuelles ne fait que rajouter au doute.

  • Par Takarai (---.---.---.197) 29 novembre 2010 10:33
    Takarai

    Les « révélations » de Wikileaks sont insignifiantes voir ridicules.
    Tout ce bruit de la part des médias du monde entier sur ces « scoops » me font douter énormément de la pertinence du site.
    C’est comme si les médias essayaient de donner du crédit à Wikileaks, comme si en fait Wikileaks n’était qu’un instrument du système.
    Si demain Wikileaks révèle que l’Iran prépare en secret la bombe atomique, devront-nous le croire ?
    Il y a de quoi se poser des questions.

  • Par liberta (---.---.---.238) 29 novembre 2010 10:47


    Pour les internautes qui visitent les sites des médias étrangers, que nous apprends Wikileaks ???« 
     »«  »RIEN«  »" on savait déjà tout ça !!!!

    Je pense que Assange est un instrument de la CIA - la ficelle devient un peu grosse !!!!!!!!!

  • Par wesson (---.---.---.188) 29 novembre 2010 10:30
    wesson

    Bonjour l’auteur,
    merci pour votre article qui effectivement tape assez juste. Je voulais écrire sur Wikileaks mais fainéant par nature j’ai fait l’économie d’un article, et également l’économie de prendre position sur le bien fondé ou non de ces « révélations » qui sont en fait pour la plus grande partie que des confirmations.

    Par contre, cette histoire de Wikileaks appelle à la réflexion sur notre temps en général, et sur l’informatisation à outrance en particulier.

    Ainsi, il semble bien que l’ensemble de la production documentaire de la diplomatie Américaine des 6 dernières années tienne sur une forme suffisamment condensé pour qu’un seul individu puisse le détenir dans son ensemble. Cela amène à penser que tout texte stocké sous forme informatique, quelque soit son niveau de protection, est amené à être diffusé tôt ou tard en clair, et dans le monde entier. Cela réduit à néant tout le discours sur la confidentialité des données stockées sur informatique, et toute la liturgie (car ça en est une) sur le cryptage et la protection des données.

    Qu’on se le dise, ce que Wikileaks révèle, c’est qu’il n’existe aucune protection des données contre leur utilisation future dès lors qu’elles sont stockés sur support informatique, quel qu’il soit. Et c’est un informaticien qui vous l’écrit.

    En allant plus loin dans la réflexion, on imagine avec quelle facilité le nouvel hitler de demain pourra exploiter tout ce qui se retrouve sur informatique, sous cette forme extrêmement condensée.

    Cela amène certainement à une réflexion sur la place que doit tenir l’informatique dans une société de demain. 250.000 memos sur papiers en prenant qu’ils fassent 2 feuilles en moyenne, ça nous fait 2 tonnes et demi de papiers - un peu moins facile à piquer et à diffuser mondialement.

    Et je voudrais en finir par le fait que les états unis ont de la chance finalement : Avant de diffuser son contenu, M. Assange y associe les medias mainstream qui caviardent le plus scabreux et retouchent ce qu’ils diffusent. Ils auraient pu tomber sur des gens qui balancent ça direct sans aucune édition.

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