Quel article réconfortant !
Il montre le chemin parcouru par une partie de la gauche
mais peut être surtout celui qui reste à parcourir !
La nature réelle du lien entre socialisme réel et social
démocratie n’est pas élucidée.
Il me semble que l’on peut le résumer à deux aspects. Une
réelle difficulté avec la démocratie. Une difficulté non moins réelle à se
considérer comme à l’intérieur de la société et non comme un élément extérieur,
surplombant qui aurait vocation à lui apporter le « sens ».
La social démocratie constitue un effort pour remédier à la
première et vous allez dans ce sens. Reste la seconde.
Or, les deux sont évidemment liés.
La social démocratie ne s’est pas définie uniquement en opposition,
et si ils étaient concurrents, il est difficile de dire qu’ils étaient uniquement
ennemis : au minimum Frère ennemis comme vous le dites vous-même. Que des
frères s’empoignent pour l’héritage est une chose qui arrive. C’est la nature
de la fraternité qui reste à déterminer.
D’ailleurs dire que la chute prive les SD d’une part de leur
identité revient un peu à cela. Reconnaître une forte parenté. « En
cessant d’entretenir cette idée qu’il existerait le moindre lien de
parenté » toute la question est là.
Marcel Gaucher constate que la disparition du religieux à entraîné
l’affadissement du combat laïque et conclu que l’anticléricalisme était clairement
une « religion concurrente » qui dépérit faute d’adversaire.
Mais le lien entre les deux socialismes n’était pas fait que
d’opposition. Une vraie rupture passerait par l’élucidation de la nature réelle
de ce lien. Si la gauche sociale démocrate admet que l’autre gauche comportait
consubstantiellement les éléments d’un totalitarisme, il faudrait qu’elle
explicite pourquoi elle éprouve encore aujourd’hui plus de facilité à s’allier
avec ses héritiers, PC, NPA, qu’avec par exemple le Modem, sociologiquement
plus proche et en réalité, dans les pratiques et les projets concrets,
politiquement plus proche. En réalité, on pourrait dire la même chose de l’UMP.
Je crois qu’il faut revenir aux mots et qu’ils explicitent
beaucoup de chose. Social démocrate était et reste considéré comme péjoratif par toute une
partie de la gauche.
Dans la controverse entre les gauches, ce n’est pas le mot
social qui posait et pose problème, mais
le mot démocrate.
Du reste, le mot social ne pose de problèmes à personne.
Vous décrivez vous-même la période de domination politique continue de la
droite en France comme une sorte de paradis perdu ou le fordisme aurait permis
le progrès économique et social. Ici aussi, il faudrait être plus clair.
De 45 à 75, réussite du socialisme ? Est-ce à dire que
pour réussir il ne doit pas être au pouvoir ? Dire que le fordisme jusqu’à
la moitié des années 70 a
assuré le plein emploi et la croissance économique et sociale, c’est oublier le
politique. C’est la période ou pour l’essentiel, la gauche n’est jamais au
pouvoir.
Soit vous pensez qui il s’agit uniquement des acquis des
luttes contre un pouvoir au fond toujours « anti social » Alors, même avec Sarkozy, une gauche vraiment combative
obtiendrait ce qu’elle voudrait. Le seul, ou en tout cas le principal
responsable d’une dégradation du social serait alors la gauche et il faudrait
comprendre comment et pourquoi.
Surtout la démocratie serait inutile. Le politique, la
démocratie, n’ont pas de raison d’être ?
C’est bien le mot démocrate qui ose problème à la gauche.
Soit « les autres », droites ?,
Ultralibéraux ? Auraient non seulement de réelles préoccupations sociales
mais qui plus est une réelle aptitude à les traduire dans les faits et il
faudrait analyser pourquoi la gauche ne semble pas parvenir aux mêmes
résultats. Est-ce uniquement le contexte économique ? La crise ?
Rappelons que « la crise » jusqu’à présent, ce fut une diminution du
taux de croissance. Pourquoi avec plus d’argent, au pouvoir, la gauche fût elle
incapable d’autant de progrès sociaux que la droite par exemple
Gaullienne ?
Dans les deux cas, vous dites en gros comme la gauche non
démocrate. La démocratie est un peu un leurre, les adversaires sont méchants et
tous ce qu’ils peuvent faire de bon, ils le font malgré eux ou sous la pression
de la gauche. La gauche est bonne par nature et ses échecs pratiques sont le
fruit d’une fatalité incompréhensible….
Une des parentés évidentes entre les gauches est peut être
justement ce manichéisme. Si cela ne va pas bien, c’est la faute de quelqu’un
et quand on lui aura réglé son compte, cela ira mieux. Il me semble que vous ne
parvenez pas à sortir entièrement de
cette logique.
« La lutte qu’allait lui imposer les ultra libéraux ».
Vous raisonnez comme si il existait une force organisée, volontariste, aux buts
politiques précis et exclusivement nuisibles ou erronés.
Ou sont ils ces ultralibéraux ? Ceux dont vous parlez
ainsi appartiennent à quantité de partis différents, tous marqués par des
traditions nationales avant même que par des idéologies, fussent elles
libérales. En désaccord sur de nombreux points. Toujours soucieux de faire
valoir des intérêts nationaux avant un quelconque libéralisme.. Le Chiraquisme
est il un ultralibéralisme qui n’a même pas réussi à infléchir réellement la
croissance des prélèvement publics ?, Le Merkelisme, etc…Le Kholimse ?
La Reganisme,
qui a consisté à augmenter les dépenses de l’état et à faire de la relance
Keynésienne ? Le mieux qu’aient
réalisé les sois disants « ultralibéraux » dans certains pays a été
de diminuer de quelques points les prélèvements obligatoires, ce qui compte
tenu de la croissance, a pu se traduire par une augmentation en valeur absolue
de la dépense publique.
Les droites, ou pour mieux dire, les partis qui ne sont pas à
gauche dans les démocraties occidentales, ont beaucoup moins d’unité
idéologiques voir institutionnelles que leurs homologues de gauche.
Ce besoins de s’inventer un ennemi responsable, et qui plus
est, au fond, un ennemi à son image, fait bien parti de l’inconscient commun
aux gauches et c’est de cela qu’il faudrait se débarrasser. Rester au moins
aussi « social » que les droites, mais devenir au moins aussi
démocrate.
Y a- t- il une baisse tendancielle de la productivité ?
Chiffres en main, ce n’est pas évident.
Le chômage est resté fort en France par exemple, mais a pu
baisser dans d’autres pays au point de ressembler à du plein emploi, notamment aux
états unis. Par ailleurs, la productivité augmentait beaucoup plus en France
qu’aux EUA sur la période. Peut on confondre une certaine préférence française
pour le chômage avec une baisse tendancielle de la productivité dans le monde
développé qui reste un veux pieux marxiste toujours démentit par les faits sur
le long terme ?
Il n’y pas de crise aigué des doctrines ultralibérales parce
qu’il n’y a pas de doctrines ultralibérales ou alors chez quelques
intellectuels ultra minoritaires qui jamais n’ont été au pouvoir ou n’ont
sérieusement entrepris de mettre en œuvre un programme maximaliste.
Il y a une crise ponctuelle des systèmes de régulations qui
ont évolué moins vite que le monde économique, mais il est dors et déjà évident
que cette crise est conjoncturelle et non pas structurelle malgré les espoirs
de l’autre gauche qui, consciente de son impuissance et de son incapacité à
convaincre les populations, n’attend plus que d’un deux ex machina exogène,
l’avènement de ses idées. La gauche raisonnable ne peut pas partager ce type
d’analyse.
La rupture avec un passé ambigu passe à mon avis pour la
gauche raisonnable par un sursaut démocratique. Il faut qu’elle reconnaisse
enfin que les gens qui ne pense pas comme elle sont aussi des démocrates, ont
aussi des préoccupations sociales et que les divergences portent sur des
dosages, des recettes, des modalités. Alors il sera possible de se battre pied
à pied sur des solutions constructives aux problèmes sociaux.
Et vous en arrivez aux deux points les plus importants à mon
sens.
La réforme de l’état. Oui, c’est clair, c’est le principal
problème. Quand les prélèvements obligatoires atteignent pas loin de 60% en
France, parler d’ultra libéralisme devient comique. Les améliorations sociales
passent par une réaffectation des ressources et il faut prendre l’argent là ou
il est, c’est-à-dire dans les poches de l’Etat. C’est ce que dit la
droite ? La soupçonner d’être moins attaché que d’autre aux beautés du
service public est un procès d’intention de type politique politicienne. La
question est, ou on met le curseur et comment on organise le fonctionnement.
Avoir un vrai projet de réforme de l’état est le principal
enjeu d’une réforme de la
France mais aussi de la gauche. La principale difficulté est
que les gauches, toutes les gauches,
sont des partis de fonctionnaires, plus enclins à réformer les autres
qu’à se réformer elles mêmes.
Quand on parle de l’immobilisme français, on ne parle pas
des agriculteurs, qui ont connu des révolutions, on ne parle pas de l’entreprise
dont le changement et l’adaptation sont la loi.
Et on revient qu début. Il faut sortir du manichéisme, la
gauche doit prendre conscience qu’elle n’est pas une force du bien extérieure à
la société qui va lui apporter des solutions, mais qu’elle est à l’intérieur
est qu’elle est une partie du problème, comme évidemment tous les acteurs
sociaux et non LA solution au problème.
Ors, vous me paraissez mal parti. Prêt à tomber dans le
piège écologique.
Comme si la question sociale n’existait pas ! Elle n’a
pas disparue avec les années 30. Elle reste d’actualité.
L’écologie présente deux intérêts pour une gauche qui ne voudrait pas changer. Elle peut
permettre de justifier une intervention accrue de l’état pour des motifs
présenté comme « scientifiques » et en réalité idéologique, mais là
nous avons déjà donné.
Elle permet de faire l’économie du « peuple ».
Elle apporte potentiellement une réponse à la question que se posent beaucoup
de gauche, pourquoi les pauvres votent ils à droite ?
Tous ceci est dangereux, une telle voie permettrait de
persévérer dans les erreurs du passé. Peu de réelle démocratie, puisque c’est
« scientifique ». Le complexe de centralité, nous sommes la solution
et non une partie de problèmes communs.
L’écologie serait une solution pour ne pas sortir de la
tradition dont on pouvait espérer la fin avec la chute du mur.
Il serait plus dans la tradition la meilleur de la gauche de
s’atteler à un projet vraiment généreux, se changer elle-même, changer l’état,
au bénéfice du social.