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La croissance par l’innovation financière en faveur des PME

Par Corinne Lepage et Caroline Combe

Les raisons du déficit de croissance français ne se trouvent pas dans un manque de productivité, mais bien dans l’incapacité des gouvernants et administrations à appréhender la réalité du tissu économique du pays et à y adapter la structure législative et réglementaire. Les PME sont les mal-aimées du système alors qu’elles représentent les deux tiers de l’emploi - dont 42 % dans des entreprises de moins de 50 salariés - ou encore 93 % des entreprises...
Pourtant, dès 2001, l’OCDE, dans une excellente analyse, indiquait que l’accès à l’innovation financière constituait probablement une des clés de la croissance. Or, ce monde demeure en France inexorablement fermé à nos PME. Pour comprendre la problématique, il faut rappeler que les PME se financent de deux manières et sont dans les deux cas pénalisées.
Par le haut, c’est-à-dire par le capital. Elles souffrent d’un défaut de taille : la durée d’implication des « business angels », « venture capitalists » et autres ne correspond pas au cycle d’investissement et de développement des PME. Les investisseurs en capital préfèrent des cycles courts de trois à cinq ans, insuffisants par rapport aux besoins. Sans doute, les vecteurs de levées de fonds existent et sont aujourd’hui efficaces (FCPI, FCPR...), et les dernières mesures annoncées par Hervé Novelli vont encore dans ce sens. En revanche, les vecteurs d’investissements, c’est-à-dire les outils pour faciliter l’accès de plus d’acteurs à ces fonds levés sont encore à créer, et c’est dans ce domaine qu’il convient d’être créatif. La loi Tepa, en raison des contraintes qu’elle impose, n’a pas atteint ce but.
Les PME françaises se financent aussi par le bas, c’est-à-dire par l’emprunt : par de la dette classique de durée variable ou encore par de la mobilisation de créance dite Dailly. Or la dette « classique » sans franchise, du fait de sa charge (nécessité de rembourser par périodes capital et intérêt), vient entraver les capacités d’investissement des entreprises.
A cela s’ajoute le fait que les établissements financiers, dans le cadre de la réglementation Bâle II et dans le cadre d’une démarche « risk adjusted return on capital », ratio entre la rentabilité du financement et l’exposition statistique au risque de perte, ont mis au point des notations internes qui excluent les plus petites entreprises, comme celles dont l’activité est atypique (trop forte croissance, secteur spécifique...). Aussi, le constat est clair : la question n’est pas celle du nombre de créations d’entreprises, mais de leur croissance, et l’amélioration ne se fera pas sans innovation financière.
Dès 2001, l’OCDE suggérait quelques pistes, notamment d’adapter aux PME les outils de financement normalement réservés aux plus grandes structures, en particulier les BMCN, bons à moyen terme de créances négociables, émis aujourd’hui librement par les entreprises pour se financer autrement que par une augmentation de capital. Il s’agit d’un titre de créance (une dette) à échéance donnée sur lequel l’entreprise sert un intérêt convenu et qui, de ce fait, pèse moins sur l’exploitation qu’une dette classique.
Or, ces bons sont aujourd’hui réservés aux seules SA, dont la structure est similaire aux entreprises pouvant faire un appel public à l’épargne pour se financer : minimum de capital libéré de 225 000 euros, etc. Et les planchers d’émission (150 000 euros) sont trop hauts pour concerner les TPE ou PE.
Sans doute, ces émissions trouveraient difficilement preneur en dehors d’un fonds commun de créance (FCC). En effet, les modèles pour assurer dans un FCC un juste équilibre entre produits à risques et peu risqués sont aujourd’hui connus... La part acceptée du risque correspond à quelque 16 % de l’ensemble du fonds, ce qui pour un fonds de 100 millions permettrait de mettre à disposition d’entreprises jugées très risquées quelque 16 millions d’euros... d’autant plus que le risque pris ne veut pas dire absence de garantie possible. Si ce type d’outils avait existé ces dernières années, on peut supposer que les banques françaises auraient choisi de réorienter leurs fonds vers le financement des PME locales plutôt que de se positionner sur les « subprimes »... Malheureusement, cela n’a pas été. L’économie française a besoin de voir grandir les PME. La prise de conscience des acteurs est acquise, mais doit s’y ajouter une volonté des marchés et surtout une volonté politique. A l’heure où le pays court après la croissance, il serait peut-être utile de s’interroger.
Corinne Lepage est professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, avocate à la Cour, Caroline Combe est directeur juridique et financier d’une PME.

Tribune parue dans Les Echos le 3 janvier 2008

par Corinne Lepage (son site) vendredi 4 janvier 2008 - 30 réactions
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  • Par (xxx.xxx.xxx.252) 4 janvier 2008 11:17

    Pour une fois Lerma, je suis d’accord avec vous.

    Les grosse sociétés abusent des petites en les payant à 90 jours voir 120 jours. Si pour elle cela n’est pas représentatif, imaginer le fond de roulement nécessaire à une PME qui veut bosser avec un grand groupe.

    Lorsque vous vous taper 200 à 300 K€ d’encours de payements pour une boite qui a un quinzaine d’employés, c’est lourd à supporter.

    Par ailleurs, les appels d’offres publiques, sont d’une complexité inégalée. Pour y répondre vous devez présenter un tonne de paperasse, sans même avoir fait votre proposition de prestation et de prix. Sans compter que la plus part du temps ce sont des appels pipotés, car les marchés sont déjà attribués avant l’appel d’offre.

    Donc nous n’y répondons plus.

    Les cotisations salariale et patronale sont aussi assez lourdes à supporter au total pour un salaire de 9 € brut/h l’employeur devra payer aux alentour de 13.15€ et la salarié ne touchera que 7.2 € net. Ce qui fait un différentiel d’env 80% entre le net de l’employé et le brut payé par l’employeur. A cela vous devez ajouter les frais de structures, les impôts (15.5% si les bénéfices de l’entreprise sont inférieurs à 38,5 K€ et sinon 35.5% pour la part supérieures à ce montant)

    La taxe pro est aussi importante,

    Enfin, en gros le coût global d’un salarié pour un entreprise à fort taux de main d’œuvre avoisine les 22€ de l’heure.

    Et dans tout ça vous n’avez pas encore approvisionné la matière première nécessaire à la fabrication de la valeur ajouté.

    Alors maintenant pour parler d’investissement, Le but d’un banquier ou d’un quelconque préteur et de gagner des ronds avec les capitaux qu’ils vous prêtent.

    Quand l’on sait qu’ils demandent en général au minimum 15% de retour sur investissement, on s’aperçoit qu’il est quasiment impossible de créer une entreprise de main d’œuvre car pas assez rentable.

    La rentabilité se trouve dans les services, mais les problèmes c’est qu’un service se délocalise en trois coup de cuillère à pot sauf pour les services à la personnes ou dit de proximité.

    Actuellement nous manquons cruellement d’artisans maçons, couvreurs, plombier, enfin des métier qui ont étés délaissés (heu non dénigrés) par l’éducation nationale, lorsque j’étais au collège si je ne travaillé pas bien à l’école, les profs me disaient, tu veux pas finir maçon, alors bosse !!!!

    Aujourd’hui ces métiers sont rentables à condition d’être à son compte et pour cela il faut investir un minimum et le temps de se faire connaître, d’obtenir des chantiers, et de faire des bénéfices et trop long pour les préteurs.

    Alors si vos propositions permettent de pouvoir prêter localement des ronds aux petits jeunes qui veulent se mettre à leur compte après leur apprentissage et quelques années en tant que salarié, c’est une bonne idée, par contre s’il s’agit encore d’une usine à gaz réservée uniquement aux fiscalistes et aux personnes riches pour leur permettre de défiscaliser cela ne m’intéresse pas.

    Car aujourd’hui seules les personnes soumissent à l’ISF peuvent investir dans des PME est défiscaliser les investissement etle récupérer au bout de 5 ans.

    Alors que les chefS d’entreprises actionnaires de leur PME, n’ont le droit de défiscaliser que 25% de leurs investissements.

    Vous trouvez ça logique ?

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.14) 4 janvier 2008 13:31
    Voltaire

    Excellent article, qui répond effectivement à l’une des lacunes de notre économie, notamment pour les PME à forte croissance.

    Bien sûr le problème de nos PME ne se résume pas à leur financement, mais l’un des problèmes majeurs de la France est le cruel déficit de PME parvenant à croitre et à devenir de grandes entreprises. Il est paticulièrement frappant et inquiétant de noter que la quasi-totalité des grandes entreprises françaises ont plus de 50 ans...

    Pour croitre rapidement, et s’emparer d’un marché, une entreprise ne dispose que d’un court moment, avant que son avance technologique ou son inventivité commerciale ne soit rattrapée par ses concurents. Or, pour atteindre rapidement une taille critique, une PME a besoin de financements importants que les établissements financiers, en France, ne leur accordent que très rarement, étant très frileux.

    Le type de mesures proposées ici va donc dans le bon sens. Il est réconfortant de voir des responsables politiques parler de ce type de problème de façon pertinente !

  • Par bobleponge (xxx.xxx.xxx.34) 4 janvier 2008 11:05

    Bonjour.

    Ce n’est pas faux, c’est une des raisons possibles. A ce propos, le regroupement des achats des administrations au sein d’une structure nationale risque d’amplifier ce phénomène : les petits fournisseurs locaux qui pouvaient répondre aux demandes départementales ne pourront plus se positionner au niveau national, sauf s’ils arrivent à se regrouper (et ce ne sera pas facile) ou pire, devenir sous-traitant des grands groupes (et on sait ce que cela signifie).

  • Par Tzecoatl (xxx.xxx.xxx.207) 4 janvier 2008 10:52
    Claude Simon

    On sent bien que les grosses structures (grosses entreprises, finances, banquiers) font tout pour controller les petites structures à fort potentiel, celles-ci bouleversant parfois leurs modèles, quitte à étouffer l’inovation et donc la croissance, l’obligeant alors à s’expatrier.

    La préservation de leur horizon est à ce prix dévastateur pour la croissance. Combien de technologies françaises sont exploitées à l’étranger (écrans plats, moteur à air comprimé, etc) au détriment de nos emplois ?

    L’économie de la connaissance a ses avantages et inconvénients :
     maintien du pouvoir d’achat par production externalisée ;
     rentabilité restreinte aux émetteurs de brevets ;
     sous-employance de nos capacités industrielles ;

    Cependant, la France est-elle pour autant excédentaire en connaissance ?

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