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Le Rubicon du Caucase

Alea jacta est. Dimitri Medvedev vient de signer les décrets présidentiels de reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. L’Union européenne et les Etats-Unis se retrouvent, par cette politique du fait accompli, avec une balle dans leur camp bien difficile à négocier.

Il n’y a aucun doute quant au caractère de "réponse du berger à la bergère" quant à la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo le 17 février dernier. A ceux qui se demandaient quelle serait la réaction russe, la voici.

En replaçant cet événement dans ce contexte, on voit bien de quelle manière la décision occidentale de passer outre les protestations répétées de la Russie ont pu à la fois désarmer la légitimité de nos protestations actuelles et encourager les Russes à franchir le Rubicon.

On ne peut que déplorer ce gâchis. Sans refaire l’histoire, l’insistance russe à lier les deux questions - Balkans et Caucase - auraient dû nous amener, si nous avions respecté nos interlocuteurs, à accepter d’envisager un règlement amiable pour les deux régions. Une autonomie renforcée pour chaque peuple au sein d’Etats confédéraux aurait à la fois permis de ne pas transiger sur l’invariabilité des frontières - gage majeur de stabilité - et de satisfaire les aspirations de ces peuples à l’autonomie.

Et nous aurions pu alors envisager une renégociation sereine, dans un mois, du partenariat Union européenne-Russie.

Car, rarement il y aura eu dans l’Histoire une complémentarité aussi forte entre deux ensembles géopolitiques de cette importance. D’un côté, il y a l’Union européenne, première puissance économique mondiale, peuplée d’un demi-milliard d’habitants, au PIB par tête le plus élevé du monde, et grande consommatrice de gaz et de pétrole.

De l’autre, on trouve la Russie, pays immense, premier exportateur mondial de produits pétroliers, dont plus des 3/4 des exportations part vers l’Europe, tourné vers la modernisation de ses infrastructures et de son économie. Une croissance à deux chiffres et une volonté politique de fer - c’est le moins qu’on puisse dire - de retrouver le prestige et la puissance qu’elle a, depuis Pierre le Grand, toujours eu.

Un triple rapprochement politique, économique et stratégique entre ces deux grands ensembles aurait la force de cette complémentarité et permettrait d’apaiser les peurs.

Rien ne serait plus dangereux pour l’Europe qu’une Russie revancharde, blessée dans son amour-propre, désireuse de prouver par la force son retour sur la scène internationale. Rien ne serait plus dommageable que de pousser les Russes - par nécessité plus que par désir profond, dans les bras des régimes dictatoriaux que sont la Syrie, l’Iran, et autres ennemis déclarés des Etats-Unis.

Rien ne serait plus inquiétant, pour la Russie, que de se retrouver encerclée à l’Ouest et au Sud, par des régimes qui lui sont hostiles, où des bases américaines viendraient compléter celles d’Asie centrale ; et à l’Est par une Chine elle aussi soucieuse de montrer sa force, et sur laquelle ils ne peuvent compter. Rien ne serait plus dommageable, pour elle, qu’une Europe qui lui tourne le dos, par peur que le retour sur le devant de la scène internationale ne soit en réalité qu’un premier pas vers une reconquête de l’espace soviétique.

Et malheureusement, c’est dans cette direction que nous conduit l’escalade actuelle.

Il est à espérer que le pragmatisme l’emporte sur l’outrance, lundi prochain, lors de la réunion des 27. Il faudra bien sûr composer avec ceux dont le passé (Pologne, République tchèque, pays Baltes...) ou le présent (Royaume-Uni...) les poussent à une réaction virulente vis-à-vis de la Russie. Mais il serait irresponsable d’insulter l’avenir. Qu’on le veuille ou non, la Russie jouera un rôle déterminant dans le futur des relations internationales. Il va falloir faire avec, sans illusion, mais sans crainte excessive non plus.

Et au moment de peser le pour et le contre nous serions bien avisés de nous rendre compte qu’en dehors des visages et de la couleur des drapeaux, il n’y a pas beaucoup de différences, entre la joie à Pristina hier, et celle à Soukhoumi et Tskhinvali aujourd’hui.

 
par Vincent Perrier-Trudov (son site) mercredi 27 août 2008 - 66 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.6) 27 août 2008 13:53
    non666

    Rappelons les faits, rien que les faits.

    Episode I : Les etats unis font savoir, par le biais de leur ambassadeur qu’il ne sopposerait pas à une action en force des irakiens pour "elargir" leur accès a la mer.
    "Nous ne pensions pas que les irakliens allaient prendre tout le koweit" dira la dame pour s’expliquer avant d’etre interdite de communication publique

    Les frontières ont été tracées, rappelons le par les anglais qui en creant le koweit voulait refaire le coup de la creation de la la Belgique aux Irakiens.

    Episode II : Les anglo-saxons trouvent un excellent pretexte pour installer des bases en arabie seoudite (ce qui avait toujours eté refusé par les arabes auparavant.
    Pour justifier une coalition, ils inventent une menace irakienne sur l’arabie et pretendent vouloir un reglement GLOBAL des problèmes du proche orient.
    La Syrie, la Lybie sont sortis de la liste des etats terroristes, les anglosaxons font croire a tous le monde que la Palestine aussi sera traitée.

    Episode III :
    1) Les anglo-saxons ont recupéré leur puits de pétroles.
    2) Les etats unis ont reussit a faire payer au monde entier des heures de vols d’avions destinés a etre detruit par les accords de desarmement en Europe et a faire financer des munitions destinées a etre detruite par ces memes accords : On communique sur les avions invisibles et les missiles guidés laser mais cela ne represente que moins de 1% des munitions consommées...

    3) Etats unis et Israel ont un probleme : les arabes veulent (les cons !) qu’on tienne les promesses faites sur la Palestine, le Golan etc...

    Episode IV : BHL, Kouchner et consorts inventent le "devoir d’ingerence" pour nous faire regarder ce qu’il se passe en Yougoslavie plkutot que ce qu’il se passe en Palestine occupée...
    Mieu vaut faire des concessions au monde musulman chez nous , en Europe, que "chez eux" en Palestine ou sur le Golan occupé.
    Les compères manipulent les faits et transforment les images d’une tv allemande sur un camps de regroupement de la croix rouge en image d’un pseudo camps de concentration !
    Des journalistes trempent dans le coup, chez nous et la diabolisation de la Serbie commence.

    Pour accentuer l’effet et pour jouer la theorie des dominos a l’envers, les etats unis reconnaissent la Croatie, sur la base des frontières tracées par le croate Tito et non sur la base des populations locale.
    Les yankees valident le droit de la croatie de devenir independante mais ne reconnaisent pas aux serbe de croatie le meme droit : c’est la guerre.
    La racaille yankee rejoue le meme scenario au kosovo, en Bosnie, histoire de foutre un peu plus le bordel.

    Episode V : les Russes ont compris la leçon.
    Ils font EXACTEMENT la meme chose en abkasie, en Ossetie.

    Solution pour reeduquer les barbares ?

    Je preconise qu’on reconnaisse l’independance des territoires apaches, sioux et des 400 autres trubuis indiennes sur la base des traités ratifiés par le gouvernement des etats unis et niés au debut du 20 siecle.
    Il va bien falloir les reeduquer si nous voulons un monde stable.

  • Par fredleborgne (xxx.xxx.xxx.37) 27 août 2008 12:24

    @ronchonnaire.

    Loin de vouloir défendre la Russie, et ayant apprécié la qualité de votre intervention, je voudrais juste revenir sur un petit point.
    Tant que le Kosovo n’était pas indépendant, on peut considerer que les troupes de l’Otan occupaient la Serbie.
    Les russes ont beaucoup moins bombardé les infrastructures de la Géorgie contrairement à ce qui s’est passé en Serbie.
    L’action Russe a été rapide et courte, tandis qu’il y a eu des bombardements d’usure en Serbie.
    La russie n’a pas laisser le temps aux premiers massacres inter-ethniques d’envergure de se produire (L’ONU a assisté à de nombreuses exactions en ex-yougoslavie avant de répliquer par la force au lieu de s’interposer inutilement).
    La Russie avait prévenu lors de la déclaration d’indépendance du Kososvo : il ne peut y avoir deux poids deux mesures.
    L’agresseur de ses "propres populations" a bien été la Géorgie.

    Sur ce coup-là, on peut faire les gesticulations qu’on veut en employant de grands mots, c’est le "trompeurs, attendez-vous à la pareille" que la Russie a réussi à placer à l’occident. Imparable, sauf avec de la mauvaise foi.

  • Par ronchonaire (xxx.xxx.xxx.225) 27 août 2008 13:01

    Tant que le Kosovo n’était pas indépendant, le territoire était sous administration de l’ONU en vertu de la résolution 1244 ; c’est bien tout le problème : le Kosovo n’était plus vraiment serbe (pas de papiers d’identité ni d’état civil serbe ; eau, électricité et téléphone non-fournis par la Serbie...sauf dans les enclaves serbes) mais n’était pas non plus non-serbe. L’erreur a été faite dès le début en plaçant ce territoire sous administration internationale ; elle aurait pu être évitée si l’on se souvient que le même système avait été employé au Timor-Oriental quelques années auparavant, avec les mêmes conséquences désastreuses. Cela devrait d’ailleurs faire réfléchir ceux qui pensent que placer Jérusalem sous administration internationale résoudrait pas mal de problèmes.

    Pour le reste, il est difficile de nier que l’OTAN n’a pas été exemplaire en 1999 ; de nombreux bombardements effectués en Serbie ne se justifiaient pas du tout dans le cadre strict d’une défense du Kosovo. L’OTAN avait clairement d’autres objectifs en tête à l’époque, à commencer par affaiblir Milosevic.

    Selon toute vraisemblance, il semble effectivement que l’armée russe ait empêché un bain de sang en Ossétie du Sud ; raison de plus pour ne pas en déclencher un en s’installant inutilement en territoire géorgien. Il est d’ailleurs dommage, pour la crédibilité de l’ONU notamment, que l’agression initiale géorgienne n’ait pas fait l’objet de réactions, voire de sanctions, de la part du Conseil de sécurité. Il faudra d’ailleurs reconnaître aussi cela aux russes : ils ont définitivement fait la preuve que l’ONU, sous sa forme actuelle, ne sert à rien et devrait être repensée très profondément.

    Enfin, l’argument du "deux poids, deux mesures" est quant à lui l’archétype de la mauvaise foi ; les russes peuvent, à juste titre, l’envoyer à la face des occidentaux. Mais les occidentaux pourraient très bien, et de manière toute aussi justifiée, le renvoyer à la face des russes concernant la Tchétchénie ou l’Ingouchie. Poussons même la mauvaise foi un peu plus loin : pourquoi ne pas donner son indépendance à l’Ossétie du Nord ? Tant qu’à y être, autant en profiter pour réunifier l’Ossétie, non ?

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.6) 27 août 2008 16:23
    non666

    "Il n’y a évidemment aucune différence de comportement, pas exemple entre nous, les européens et les russes... "

    Evitez de mettre "nous" et de nous impliquer quand vous parler de vous.
    Israel n’est pas en Europe, que je sache.

    Nous autre, europeens authentique, nous nous sommes tus assez longtems en voyant les disciples de Wolvovitz mettre leur pion sur le trone de France.

    N’oubliez pas le sort des suisses aux tuileries, quand l’orage a eclaté.

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