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Les fantasmes de la création monétaire (1/4)

Une fausse idée se répand depuis quelques mois dans la blogosphère, selon laquelle les banques feraient du profit à partir de quelque chose qui n’existe pas. La dématérialisation de la monnaie, le mécanisme du crédit et celui des réserves fractionnaires peuvent rendre l’hypothèse séduisante.

Les excès des banques, dans leur ruée sur les subprimes, fournissent un prétexte "béni" pour confondre, tout d’un bloc, la nature de la monnaie et le laisser-aller des banques dans l’évaluation des risques, le fondement de leur valeur ajoutée et la facturation excessive de leurs services associée à une répartition inéquitable des profits.

Mais cette confusion entre théorie et pratique est la porte ouverte à des conclusions plus ou moins fumeuses qui poussent à mettre à bas le système alors qu’il suffirait de le réformer pour en corriger les failles.

Pour ceux qui n’ont pas suivi le fil de ces discussions, ou qui n’ont pas le temps de s’attaquer à cette longue lecture, en voici le résumé :

"La création monétaire n’est pas du ressort du gouvernement, mais des banques privées, qui ne sont soumises qu’aux règles dites des ’réserves fractionnaires’. Ces règles leur permettent de créer des quantités considérables de monnaie par le jeu du crédit, dans des proportions sans aucune mesure avec les montants de leurs dépôts. Les banques font des profits, par le jeu des intérêts, sur quelque chose qui ’n’existe pas’."

D’autres observent que la dette publique coûte des sommes considérables à l’Etat, notamment en intérêts. "Si l’Etat créait lui-même sa propre monnaie, il n’aurait pas d’intérêts à payer, cela lui coûterait donc moins cher. L’Etat devrait donc retrouver le monopole de la création monétaire et ne pas payer d’intérêts du tout."

Pour vérifier la validité d’un tel raisonnement, il convient d’abord de se pencher sur la question de ce qu’est réellement la monnaie. C’est là que l’on trouve la première faille dans le sophisme selon lequel "les banques font du profit en faisant payer quelque chose qui n’existe pas".

Les articles suivants porteront successivement sur la question du taux d’intérêt, de la croissance et de l’inflation, puis sur le décryptage de la propagande qui est lancée, pour enfin terminer sur les pistes de réformes qu’il faudrait imposer au système bancaire.

Penchons-nous donc tout d’abord sur les éléments constitutifs de la monnaie.

La rôle de la monnaie

Le rôle d’une monnaie est de permettre les échanges de biens et de services. Dans une économie de troc, on échange directement des biens et des services les uns contre les autres, sans intermédiaire. Le troc connaît actuellement un nouvel essor, par le biais de sites web qui proposent soit des échanges temporaires de logements - pour des vacances - soit des échanges directs de biens et/ou de services.

Le problème d’une économie de troc est son manque de fluidité. Il faut du temps et/ou de la chance pour trouver quelqu’un qui acceptera d’échanger son petit bateau amarré dans le Sussex contre une grange dans le Larzac. Ou un sac à main de marque d’occasion contre une peinture à l’aquarelle.

La monnaie assume donc, d’une part, le rôle d’étalon de valeur, qui permet de mesurer la valeur d’un bien, et, d’autre part, le rôle de vecteur de cette valeur, qui permettra à son détenteur d’échanger cette monnaie contre un bien ou un service qu’il désire, immédiatement ou ultérieurement.

L’utilisation d’une monnaie permet donc de rendre les échanges plus fluides, car elle élimine les contraintes d’échange bilatéral induites par le troc. Ensuite, elle élimine la contrainte de l’immédiateté de l’échange, puisque le détenteur de monnaie peut attendre avant d’échanger sa quantité de monnaie contre un autre bien ou service.

Le point central est donc l’assurance, pour celui qui accepte de la monnaie en échange de son bien ou de son service, d’être en capacité d’acquérir d’autres biens et services d’une valeur égale à celle qu’avaient les biens et services qu’il a cédé.

C’est ce qu’on appelle la confiance dans la monnaie.

La nature de la monnaie

Dès lors, on s’aperçoit que la nature de la monnaie est complètement décorrélée de son "support". Qu’il s’agisse de l’or, de l’argent, de papier ou de quelques 0 et 1 dans une mémoire d’ordinateur, ce qui compte c’est la confiance.

Quand la confiance disparaît, la monnaie elle-même disparaît. Ce phénomène de disparition de la monnaie, que l’on appelle "hyper-inflation", a été observé à plusieurs reprises au cours de l’Histoire : les assignats de la Révolution française, le mark allemand des années 1920 ou le dollar zimbabwéen aujourd’hui en sont des exemples d’école.

Au cours de l’Histoire, de nombreux supports ont été utilisés pour la monnaie. Il y a eu bien entendu les métaux (or, argent, cuivre...), mais également d’autres supports tels que des coquillages, ou plus récemment du papier.

Le choix du support était déterminé en fonction de la confiance qu’il était censé véhiculer, et non pas seulement - ou pas du tout - pour sa valeur intrinsèque. C’est évident pour le papier, mais cela est vrai également pour l’or. La valeur intrinsèque de l’or en tant que métal était un des éléments de la confiance dans les pièces de monnaie en or, mais cela n’était pas le seul critère.

Au Moyen Âge, certaines pièces d’or étaient mieux acceptées que d’autres. Pourquoi ? Parce que les systèmes de contrôle de ceux qui battaient cette monnaie étaient de qualité inégale. Certaines pièces étaient moins souvent contrôlées que d’autres et les risques de fraude étaient plus importants (limage des pièces, etc.).

Le système de contrôle de la monnaie est donc un des éléments constitutifs de la confiance dans une monnaie - et par conséquent de sa valeur.

C’est donc une erreur que de croire que la monnaie a une valeur en soi. La seule valeur d’une monnaie se "mesure" au niveau de confiance qui y est attaché.

Si on poursuit le raisonnement jusqu’au bout, on se rend compte que ce qui "existe" vraiment, ce n’est pas la monnaie, c’est la confiance qui est traduite au travers de cette monnaie. C’est pour cela que la monnaie peut être complètement dématérialisée.

Le "tiers de confiance"

C’est là qu’intervient le rôle du "tiers de confiance". Un tiers de confiance est une personne, physique ou morale, qui joue le rôle d’intermédiaire, et qui intervient dans les échanges afin que les parties soient rassurées par les termes et les conditions de l’échange.

Tout cela est un peu théorique, mais en voici des exemples concrets. Si vous passez une petite annonce pour vendre votre voiture sur internet, vous avez tout intérêt à effectuer votre transaction au sein d’une agence bancaire. Le conseiller qui gère votre compte pourra effectuer les contrôles sur les billets, vérifier que le chèque de banque est un vrai, bref, vous assurer que l’acheteur vous donne la valeur réellement annoncée. Un certain nombre de personnes ayant accepté des chèques sans effectuer les vérifications nécessaires se sont retrouvées sans véhicule avec des chèques non provisionnés.

Au Moyen Âge, c’était celui qui pesait et vérifiait les pièces d’or, d’argent, etc. qui assurait ce rôle. Mais le rôle de tiers de confiance est également assuré, d’une autre manière, par ce qu’on appelle les chambres de compensation. Ces organismes sont très utiles pour effectuer transferts et mettre à disposition des fonds à distance.

Imaginez que vous ayez un compte dans la même banque que votre grand-mère. Vous avez 200 euros, votre grand-mère a 200 euros et, pour votre anniversaire, elle vous fait un virement de 50 euros. Votre compte passe donc à 250 euros et le sien à 150 euros.

Tout cela est totalement immatériel, votre banque a simplement modifié les montants de vos comptes en banque respectifs. C’est le principe d’une chambre de compensation. S’il y avait une seule banque au monde, elle serait donc une immense chambre de compensation.

Dans les deux cas, c’est la confiance dans la monnaie qui est en jeu, et non une prétendue valeur intrinsèque de la monnaie.

En quoi cela invalide-t-il la théorie sur la "création monétaire" par les banques privées ?

Les banques ne "créent" donc pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques, mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance - et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

Pour finir

Je n’ai pas abordé dans cette partie la question des taux d’intérêts. Je l’aborderai dans un prochain article, mais je pense qu’un débat sur le rôle et la nature de la monnaie sont nécessaires avant d’aborder cette question. Car tout le débat est fondé sur ces définitions et, si l’une ou l’autre sont invalidées, ce sont toutes les déductions qui s’appuient dessus qui s’effondrent.

www.vincentperriertrudov.fr

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  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 7 août 2008 14:37
    Forest Ent

    Cet article est faux, mais il faut un raisonnement assez compliqué pour le mettre en évidence, parce que ce sujet n’est pas simple. Tout le sophisme tient dans ce paragraphe :

    Les banques ne "créent" donc pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié. En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt. La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

    Tout cela suppose qu’une valeur soit objective. Or toute évaluation présente une part d’incertitude. La gestion du risque est en fait le vrai métier des banques. Une sous-évaluation systématique du risque est de facto une création monétaire. Ce que l’on a constaté avec les subprimes, c’est que la monnaie créée ainsi sur l’immobilier a été en fait adossée à FNM et FRE, que l’on supposait garanties par l’Etat, et c’était donc bien une création monétaire pure faite au nom du contribuable à son corps défendant. De même, la ous-estimation du risque LBO et de la contrepartie de nombre de produits dérivés ont été des créations monétaires.

    Je sais bien que cette idée que "le risque est monnaie" n’est pas intuitive, mais elle seule explique les bulles. En résumé, oui les banques créent de la monnaie ex nihilo quand elles sous-estiment les risques.

  • Par aquad69 (xxx.xxx.xxx.228) 7 août 2008 15:07

    Bonjour Mr Perrier-Trudov,

    non, je pense que ce que vous dites là est faux.

    La seule monnaie réelle est une monnaie qui transporte en elle-même sa propre valeur, comme une monnaie en métal précieux, l’or par exemple. 

    C’était jadis la base des anciennes économies traditionnelles féodales qui interdisaient la prise d’intérêt -"l’usure"- pour se protéger de l’inflation, précisément.

    De manière plus récente, nous avons pu encore bénéficier d’une monnaie fiable et irréfutable aussi longtemps que celle-ci a été basée sur l’étalon-or, cad qu’elle était une partie, une "part" du capital-or détenue par l’Etat qui s’engageait en principe à ne pas frapper plus de monnaie qu’il ne détenait de réserves d’or.

    Cette monnaie-là représentait réellement une valeur, et non pas une simple "estimation de valeur" appelée à fluctuer selon des marchés manipulables par ceux qui en ont le pouvoir.

    Depuis très longtemps dans l’histoire humaine, le privilège de frapper monnaie avait été réservé au pouvoir politique, -sous contrôle de l’autorité sacerdotale, ce qui est la raison pour laquelle les monnaies portaient alors des symboles sacrés" - pour protéger le plus possible la société humaine de dérives vers les dictatures de l’économique et des abus de pouvoirs qui en sont la caractéristique.

    Car de tous les chantages, au delà des menaces et des aggressions guerrières qui ont jalonné l’histoire humaine, le chantage systématique à la faim et aux besoins vitaux, qui est aujourd’hui devenu le rapport de puissance le plus efficace pour soumettre les peuples et qui est voué à se généraliser progressivement partout en ce Monde, est le plus terrible et le plus inhumain.

    A partir de l’abolition de l’étalon-or, notre monnaie est alors devenue un "semblant" de monnaie qui, n’étant plus garantie par des possession réelle de l’Etat, n’a en réalité plus aucune valeur !

    Et celà d’autant plus que le développement vertigineux de la finance et des système de prêt "à tiroirs" correspondent en effet à l’abdication du politique qui a cédé aux établissement bancaires le privilège de pouvoir fabriquer en permanence de la "fausse monnaie", sous contrôle en principe des banques centrales par le biais des taux d’intérêt qu’elles définissent.

    Toute la prétendue "création de valeur" mise au crédit du "miracle" moderne est en réalité issue de ce genre de tour de passe-passe.

    Pour mieux en comprendre le fonctionnement, assez subtil, et pour ceux qui rechercheraient "l’explication de la finance pour les nuls", je vous invite à lire l’excellent article de Mr Rudo De Ruijter , "Secrets d’argent, intérêts et inflation", que l’on peut retrouver sur le site : europe2020.org à la rubrique "GlobalEurope", Analyses.

    Il vous l’expliquera beaucoup mieux que je ne saurais le faire.

    Cordialement Thierry

  • Par Internaute (xxx.xxx.xxx.180) 7 août 2008 16:05
    Internaute

    Plus simplement lorsqu’on voit que la masse M3 augmente de 15% quand le PIB piétine à 2% ou même se réduit, on est obligé de constater qu’il y a une masse énorme d’argent créé par les banques qui n’a aucun support économique réel. Cet argent se retrouve dans la spéculation sur les valeurs futures de toutes sortes (pétrole, blé, dérivés des prêts immobiliers etc..)

    L’auteur a raison sur une chose. La valeur d’une monnaie est la confiance qu’on a en elle. Pour cette raison l’or restera toujours la monnaie universelle, même si les politiciens et les banquiers n’en veulent pas, et pour cause.

  • Par Alpo47 (xxx.xxx.xxx.121) 7 août 2008 16:38
    Alpo47

    Et c’est également ce que  dit Maurice Allais, prix Nobel d’économie :

    http://www.solidariteetprogres.org/...

    «  Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique (...) à la création de monnaie par des faux monnayeurs. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents.  »

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