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Lettre ouverte à tous ceux qui, à gauche, s’évertuent à diaboliser le MoDem

De jour en jour, on découvre dans les médias des propos de vieux camarades de gauche qui nous laissent pantois. Un concours semble lancé pour savoir qui récusera avec le plus de véhémence toute perspective d’accord même local avec ce Mouvement Démocrate de tous les péchés.

On comprend certes l’affolement de ces papillons toujours attirés par les lumières trotskistes. Mais nombre d’autres, que nous avons connus plus pragmatiques et mieux inspirés, se lancent aussi dans cette croisade contre ce nouvel empire du Mal centriste.

François (Hollande) et Stéphane (Le Foll), on vous a bien entendus vous emporter contre la "tambouille" du MoDem. On vient même de voir exclure du PS un Alain Ramos coupable dans sa ville (celle de Marie-George Buffet), de vouloir, en alliance avec le MoDem, remettre un peu de démocratie après soixante ans sans alternance.

Tremblant à l’idée "que la droite ne revienne (...) à Paris dans les bagages de Delanoë", on t’entend, toi Denis (Baupin) agiter le Mouvement Démocrate comme un chiffon rouge... et chemin faisant prôner le fameux "100 % à gauche" cher depuis des lustres à la Ligue communiste révolutionnaire.

Et, si on t’écoute Noël (Mamère), le PS aurait aujourd’hui à faire le choix cornélien entre l’écologie (les Verts) et la droite (le MoDem). Bigre.

Un tel déferlement nous a presque troublés ! Après des décennies passées à gauche et chez les Verts, ne nous serions-nous pas engagés (par cynisme ou inconscience qui sait) dans une de ces incroyables dérives qui à la fin des années 30 amenèrent nombre d’hommes de gauche dans les bras de la collaboration ? En décidant d’adhérer au Mouvement Démocrate, n’aurions-nous pas franchi la frontière qui sépare le Bien du Mal en politique. N’aurions-nous pas jeté d’un coup notre conscience écologiste par-dessus bord ?

On a beau avoir fait et refait depuis plusieurs jours notre examen de conscience politique, nous n’avons trouvé aucun crime sur notre route. Pas même un petit délit. En revanche, il nous semble que vous, nos amis de gauche, devriez revenir sur terre, regarder le monde en face et cesser de vous laisser impressionner par la popularité de Besancenot. Sinon, vous risquez fort de connaître les déboires qu’a connus cette droite qui courrait après le Front national.

La zone de protection que vous tentez de dresser aujourd’hui autour du MoDem est tout de même étonnante quand on voit combien, depuis bientôt un an, de Kouchner à Attali, a tangué la gauche. Mais ceci explique peut-être cela. Soyons donc bon prince. Au fond, on pourrait presque comprendre ce déferlement d’hostilité contre le Mouvement Démocrate...

Reconnaissons-le, le MoDem est un objet étrange, une sorte d’ovni et en général en politique on n’aime guère voir bouger les règles de ses petites batailles navales. Jusqu’à ce que la réalité devienne incontournable, on préfère rester sourd aux bruits d’un monde qui change que d’entendre des vérités qui dérangent.

On a l’impression que nombre d’entre vous, nos vieux amis de gauche, restez comme figés dans le fétichisme des mots. Se dire "de gauche" serait comme une sorte de Sésame. Qui prononce le mot fétiche, qui se proclame "gauche", est de "de la famille". Ce quelles que soient les conneries proférées, le ridicule de certains mythes ou les crimes jamais dénoncés. Qui en revanche viendra de la droite sans se rouler dans la cendre, devra en revanche et pour l’éternité resté voué aux gémonies... Quant au traître qui cessera de faire du mot "gauche" une religion, il devra être poussé aux enfers. Qui n’est pas avec nous est contre nous ! Décidément les bons vieux réflexes staliniens ne semblent pas complètement morts !

François Mitterrand qui venait de la droite (et vu là d’où il venait, François Bayrou est un quasi gauchiste) a conquis le Parti socialiste en se gorgeant de mots (« le peuple de gauche » ; « la gauche », « le socialisme » ; « l’union de la gauche »...) pour en deux ou trois ans faire ensuite s’effondrer les piliers du Temple. Un quart de siècle s’est écoulé depuis. La bonne vieille sociale-démocratie s’est usée un peu partout en Europe. Le mur de Berlin s’est effondré. La géopolitique est bouleversée. Les ressources s’épuisent et la planète va de plus en plus mal. N’empêche, à vous entendre, on a la triste impression qu’il faudrait toujours psalmodier les mêmes mots et toujours penser avec les concepts vieux d’un siècle et demi pour être dans le bon camp...

François Bayrou ne se paye pas de mots et ne se roule pas dans la cendre pour séduire la gauche, mais, parfois, il nous arrive de rêver que vous, nos vieux amis de gauche, écologistes ou non, écoutiez vraiment ce qui se passe dans cet ovni qu’est le Mouvement Démocrate.

Y sont arrivés par milliers des hommes et des femmes de 30 ou 40 ans qui bien souvent ont fait leurs preuves ailleurs et ne se payent pas de mots : des gens pragmatiques qui veulent vraiment faire bouger les choses.

Ils n’étaient pas à Malville, mais ils sont nés avec l’écologie et l’exigence qu’un développement durable est pour eux une évidence.

Nés Européens, ils veulent davantage d’Europe, mais ne sont pas aveugles devant ses dérives et ses insuffisances.

Catholiques, juifs, musulmans ou athées, ils ont la laïcité à la française chevillée au corps et sont à fond contre Sarkozy quand le Béarnais Bayrou dénonce "le retour qu’on croyait impossible en France, du mélange entre l’Etat et la religion".

Sortis de BEP ou de Polytechnique, ils veulent une éducation de qualité pour le plus grand nombre.

Employés ou ingénieurs, ils ne supportent pas la dictature de la finance et veulent de la justice sociale.

Venus de familles de droite ou de famille de gauche, ils exigent davantage de démocratie et ne supportent pas les dérives de Nicolas Sarkozy, son pouvoir personnel sans cesse plus pesant, ses insultes, son manque de tenue, les retours de la cour, le mélange insupportable des genres et ses tentatives de mainmise totalitaire sur les médias.

Vous le voyez le Mouvement Démocrate est vraiment peuplé de "réacs" !

François, Stéphane, Denis, Noël, libre donc à vous de diaboliser le MoDem, de monter en épingle quelques contre-exemples pour jeter le bébé avec l’eau du bain, mais ce qui se dit, se pense et s’applaudit au MoDem ce n’est vraiment pas "la droite" de toutes vos angoisses.

Comme l’a redit récemment François Bayrou à la Maison de la chimie "Le temps viendra assez vite où la question sera celle de la reconstruction d’un projet national" un projet où se rassembleront "des forces de gauche, des forces du centre démocratique et la partie la plus consciente de la droite républicaine".

Entre cette perspective, entre le sérieux mendésiste d’un Bayrou et les numéros de charmeurs de serpents guévaristes, les gens comme vous, de la gauche de gouvernement ont le choix. On espère vraiment que vous ferez le bon. Rendez-vous déjà le 9 mars au soir.

 
Jean-Luc Bennahmias et Raymond Pronier

(Paris, Marseille le 27 février 2008)
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.37) 4 mars 2008 10:09
    Voltaire

    Il est de bon ton de stigmatiser le MoDem, pour son attitude soi-disant floue. Curieux renversement de situation !

    Car enfin, le MoDem avait pourtant bien annoncé dès le début de sa campagne quelle serait son attitude : autonomie dans une majorité de cas, alliance en cas d’accord sur un projet commun avec des têtes de listes démocrates, de gauche ou de droite modérée, qui partagent l’essentiel des valeurs du MoDem.

    En revanche, on chercherait en vain une telle transparence à droite ou à gauche ! PS et UMP sont engagé dans un discours schizophrénique entre positions nationales et positions locales. De nombreux élus locaux PS appelant ou réalisant des accords avec le MoDem devraient défendre la position officielle du PS, pour laquelle el MoDem serait de droite et infréquentable ? Et ces élus de droite partisans d’accords locaux qui voient leur parti se lancer dans une campagne de tir au Bayrou ?

    Tout cela n’est pas très sérieux, et relève d’un calcul politicien dépassé. On peut parfaitement ne pas être d’accord avec la vision sociétale du MoDem, mais il faut cesser cette hypocrisie permanente, où le MoDem est l’énemi à abattre quand il menace un élu, et devient un partenaire convoité quand il permet de conserver sa place. Replaçons la politique au niveau des idées et des projets, elle ne s’en portera que mieux.

  • Par La Taverne des Poètes (xxx.xxx.xxx.178) 4 mars 2008 10:24

    Comme chacun sait, le MoDem incarne le Mal absolu puisqu’il compromet le basculement régulier du Pouvoir d’un camp vers l’autre. Quand il s’agit de prendre le pouvoir et de légiférer pour son seul camp, tout est permis et les alliés qui refusent d’être complices de cette logique d’affontement sont stigmatisés. Droite et Gauche sont d’accord sur un point : il faut bien huiler ce système qui donne tout un jour à un camp et tout un autre jour au camp adverse, et qui leur permet de prospérer politiquement. Les medias renforcent autant qu’ils peuvent aussi ce système bipolaire : ainsi Colombani appelant à la veille du premier tour à ne pas voter Bayrou. Et le souci de la démocratie là-dedans ? Bah, droite et gauche s’en accomodent.

    Mais la Droite en fait autant envers le MoDem. Maintenant c’est Rachida Dati qui fait savoir au MoDem qu’il pue. Accusation de racisme puis, devant la force des faits qui démontrent que le MoDem n’a absolument rien à se reprocher, dénégation des propos tenus malgré la caméra qui a filmé les injures abjectes de Madame Dati.

     

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.177) 4 mars 2008 19:07
    non666

    Soyons clair.

    Si le parti socialiste reste socialiste , c’est a dire un parti marxiste reformiste, il creve comme le premier parti communiste venu.

    Si le parti socialiste denonce le socialisme, annonce sa transformation en parti social-democrate et change de nom , il perd sa capacité a rassembler les "vrais" gauchistes au deuxieme tour, derriere son etendart.

    Il perd aussi et cela ne compte pas pour rien, tous les avantages que le bipartisme lui donne dans le controle des "holding" communes avec l’UMP : CSA , partage des petites commissions (affaire des lycée d’ile de france).

     

    Sa seule chance est de maintenir l’ambiguité, de garder un nom qui "sonne" gauche et d’avoir une politique "realiste" qui rassure les sociaux democrates et les centristes.

    Pour cela , il ne lui faut pas de concurrence sur ce deuxieme "segment" de marché.

    L’arme est donc toujours la meme : la diabolisation du concurrent du centre(le modem) , la diabolisation des concurrents de gauche(trotsko, verts...)

     

    Sinon, c’est un parti aussi creux que l’UMP qui ne peut exister qu’en singeant les comportements des familles dont il vise les voix, le temps d’une election et en faisant de la gestion de carriere le reste du temps...

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.145) 4 mars 2008 14:20
    Forest Ent

    Remarquez, pour moi Mme Royal était aussi une candidate de droite. smiley

    D’accord avec vous : cessons de véhiculer des clichés éculés. Ce qui compte, ce n’est pas l’étiquette, ce sont les idées.

    Dans cette rubrique, les programmes de Royal et Bayrou étaient illisibles, et l’action de Sarkozy depuis qu’il est élu l’est beaucoup plus. Je ne vois pas de différence entre les trois sur le sujet qui me semble le plus d’actualité : l’économie.

    Ni le clivage droite/gauche, ni les étiquettes PS/Modem/NC/UMP ne représentent plus les différences d’idées que l’on peut trouver aujourd’hui en France.

    Des exemples de questions importantes sont par exemple pour moi : faut-il libéraliser le marché de l’énergie ? faut-il délocaliser ? faut-il des douanes ? Or sur ces questions ces quatre partis sont du même avis. Ils représentent tous la "France d’en haut".

    Sarkozy a été le plus habile pour le masquer, jouer sur les non-dits, et laisser penser le contraire. Ca n’a pas fait illusion longtemps. Mais comme beaucoup de français, je n’attends rien de plus de Royal et Bayrou. Tout ce petit monde se tasse dans un "centre" qui rétrécit de plus en plus et que beaucoup de français contemplent désespérés depuis l’autre côté de la fracture sociale.

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