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Pollution en Chine : l’Europe complice

La question de la pollution en Chine est une question extrêmement intéressante à plus d’un titre. D’une part, du fait de la proximité des jeux Olympiques, le sujet est récurrent et il a très récemment mis l’accent sur les tripatouillages auxquels la Banque mondiale avait apparemment accepté de procéder, à la demande de la Chine, pour cacher le caractère dramatique de la pollution alors même que le Comité olympique avait décidé de placer sous le signe de la durabilité les prochains Jeux.

La fiabilité des rapports des grands organismes internationaux en matière d’environnement et plus généralement de santé publique est ainsi interpellée et, l’interrogation devrait s’étendre à d’autres organisations comme l’OMS dont les rapports avec l’AIEA dans le domaine de la pollution nucléaire sont plus que douteux.


Mais, la gravité de la situation chinoise jette également une lumière particulièrement crue sur les conséquences environnementales et sanitaires d’une croissance démesurée. Non seulement, la Chine est probablement le premier Etat du monde dans lequel des révoltes d’ordre écologique sont régulières, mais encore le nombre de morts prématurées liées à la pollution atmosphérique atteint le chiffre astronomique de 750 000 par an. Ce chiffre ne tient évidemment pas compte de la mortalité et de la morbidité liée à la pollution chimique qui dans certaines régions et, en particulier, au voisinage des fleuves qui sont transformés en véritables égouts chimiques, atteint des proportions catastrophiques.

Or, nous avons aussi notre part de responsabilité en tant que consommateurs européens de cette situation, puisque nous achetons des produits chinois fabriqués avec des produits toxiques, interdits en Europe, parce qu’il sont bon marché sans en nous préoccuper, peut-être du fait d’une certaine ignorance, ou de leurs conséquences tant sur notre santé que sur celles des Chinois qui les fabriquent. Un récent scandale a conduit à la mise à mort d’un responsable chinois, convaincu de corruption, accusé d’avoir couvert des productions toxiques. Le sujet n’est pas conjoncturel, il est structurel. Il serait plus que temps que l’Union européenne applique aux produits importés les mêmes règles que celles qu’elle impose aux produits de fabrication européenne. La santé des Européens y gagnerait comme celle des Chinois ainsi que leurs ressources naturelles.

Ce sujet pose également la question des modalités de calcul de la croissance.
Le sujet des indicateurs est un sujet qui m’est cher et j’étais honorée de retrouver sous la plume d’Al Gore les mêmes préoccupations quant aux modalités de mesures du progrès économique. En termes de PIB, le coût de destruction des ressources chinoises est évalué entre 5 et 8 %, selon les études. Ainsi, la réalité de la croissance chinoise doit-elle s’apprécier en fonction d’une soustraction entre le taux de croissance de l’ordre de 10 à 12 % et le taux de destruction des ressources de l’ordre de 5 à 8 %. Lorsque l’humanité aura acquis une maturité suffisante pour changer son mode de calcul, alors peut-être peut-on espérer que les choix publics et privés seront moins déraisonnables.

Enfin, cette question fait apparaître les conflits lourds entre des intérêts publics divergents. D’un côté, les jeux Olympiques, l’image de la Chine, la nécessité de plus en plus intégrée par les autorités de s’insérer dans un développement compatible avec les matières premières, l’énergie et accessoirement la capacité de vie des Chinois. D’un autre côté, une volonté de croissance accélérée pour faire accéder la Chine au rang de deuxième, voire de première puissance économique mondiale. Le poids financier de la Chine actuelle, qui est devenue le banquier du monde et en particulier des États-Unis, la capacité de rachat des entreprises occidentales, renforcent bien évidemment le choix en faveur d’une priorité donnée à la deuxième branche de l’alternative. La question posée est celle de savoir jusqu’où, en termes physique comme en termes politique et social, un tel choix pourra s’exercer.

Corinne Lepage



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Les réactions les plus appréciées

  • Par LUCK (---.---.---.253) 10 août 2007 11:39
    LUCK

    On est tous complices. Car des plus nantis aux plus démunis, 99% d’entre nous estimerons toujours notre budget d’aujourd’hui comme étant largement prioritaire sur le climat de l’an 2030.

    Et je crains que beaucoup d’entre nous, et de nos enfants, vont le payer très cher, et sans doute plus vite qu’on ne le pense.

  • Par Boileau419 (---.---.---.4) 10 août 2007 11:41
    Boileau419

    Je vis à Pékin depuis près de vingt ans et je peux dire que la situation ne fait que s’aggraver. En juillet, nous avons eu en tout et pour tout quatre malheureux jours de ciel bleu. Quatre.

    Tout le reste du temps, nous avons été plongés dans une atmosphère poisseuse et empoisonnée, résultat des dizaines de milliers de chantiers et de la circulation automobile infernale.

    Mais que les sportifs se rassurent : pour les JO, ils feront disparaître le tiers du parc motorisé, soit plus d’un million de véhicules. Les avantages du régime autoritaire, hehe.

  • Par Romain Baudry (---.---.---.166) 10 août 2007 13:26

    Lerma, vous savez que Nicolas Sarkozy a affirmé à plusieurs reprises qu’il était favorable aux Jeux Olympiques en Chine ?

  • Par ZEN (---.---.---.157) 10 août 2007 12:32
    ZEN

    « Or, nous avons aussi notre part de responsabilité en tant que consommateurs européens de cette situation, puisque nous achetons des produits chinois fabriqués avec des produits toxiques, interdits en Europe, parce qu’il sont bon marché sans en nous préoccuper, peut-être du fait d’une certaine ignorance, ou de leurs conséquences tant sur notre santé que sur celles des Chinois qui les fabriquent. »

    Bien d’accord avec vous, mais le « NOUS » pose problème...comme si cet énorme problème économique et géopolitique était d’abord et seulement du ressort des consommateurs atomisés, non informés et souvent au plus près de leur porte-monnaie. Qui n’achète pas un appareil photo numérique ? or 90% sont fabriqués en Chine.

    Le problème est au niveau des choix(ou non choix) européens, de l’OMC, du libéralisme financier effréné qui se moque des conséquences de ses pratiques prédatrices...vous le savez bien. Il ne faut pas se tromper de cible. Culpabiliser les consommateurs est une fausse piste..

    Merci d’être intervenue, mais on aimerait que vous participiez aux échanges. Agoravox n’est pas qu’une tribune . Respectueusement

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