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Pour un "Grenelle" des finances publiques

On parle beaucoup de dette publique, en oubliant souvent de débattre du principal, à savoir les enjeux que porte cette masse financière colossale.

Le sujet est unanimement qualifié de « technique » par les médias. Ce qui veut dire, en clair et en s’adressant aux citoyens : « c’est compliqué, nous-mêmes, journalistes, on ne comprend pas tout, alors on ne va pas se fatiguer à essayer de vous l’expliquer simplement ».

On ne doit d’ailleurs l’apparition de cette question sur le devant de la scène qu’à l’énormité du problème auquel nous devons faire face. Disons-le clairement, nous sommes devant un mur de dettes, bien réelles.

D’un montant de 1 200 milliards d’euros, la dette publique française génère – avec les taux directeurs actuels – des intérêts à hauteur de 41 milliards d’euros par an. On comprend mieux pourquoi le gouvernement est si sensible à l’évolution des taux fixés par la BCE.

Certes, des taux à la hausse ont tendance à ralentir la croissance, mais, surtout, chaque augmentation de taux pèse très lourdement dans le budget de l’Etat. Autrement dit, le président de la République n’a pas très envie que tous les efforts d’économies budgétaires ne servent qu’à survivre aux hausses de taux de la BCE.

Survivre, le mot n’est pas trop fort. Car chaque fois que l’Etat enregistre un déficit budgétaire – comme tous les ans depuis trente ans – il est obligé d’emprunter le montant du déficit, et cette somme vient grossir la dette.

Nous en sommes aujourd’hui à environ 38 milliards de déficit annuel. En comparant aux 41 milliards d’intérêts de la dette, on en déduit immanquablement ceci : la France emprunte car elle n’arrive pas à payer les intérêts de la dette qu’elle a déjà.

La France est donc en situation de surendettement. Quand le président de la République dit que les caisses sont vides, quand le Premier ministre dit que l’Etat est en situation de faillite, ils ne font que dire la simple vérité. Mais on a toujours du mal à l’entendre, la vérité.

Aujourd’hui, beaucoup de réformes ont été engagées. La RGPP, tant décriée, est un processus qui peut réellement apporter des économies dans les coûts de fonctionnement de l’Etat. La règle d’or budgétaire, qu’il faut absolument faire passer lors de la révision constitutionnelle, serait un élément supplémentaire – quoique encore trop timide – pour aller dans cette direction.

Mais il est essentiel que les Français dans leur ensemble prennent conscience de ce défi majeur. Car il s’agit ni plus ni moins de l’avenir de notre modèle social. Plus nous tardons, plus les remèdes seront brutaux, et injustes.

L’essentiel du budget de l’Etat est constitué de dépenses de personnel, qu’il ne peut réduire que par des départs en retraite. Il y a des investissements sur lesquels il s’est engagé et sur lesquels il ne peut pas revenir. Le reste est constitué de "transferts sociaux", aides aux entreprises inclues. Constituées de subventions, d’exonérations fiscales et sociales, ce sont les lignes les plus souples, budgétairement parlant.

Si nous n’agissons pas maintenant, en partageant l’effort, lorsque nous en serons réduits à prendre des mesures dans l’urgence, ce seront ces lignes budgétaires-là qui seront coupées. Celles qui fondent notre modèle social, celles qui font qu’en France, on essaye de ne laisser personne sur le bord de la route.

On ne peut plus attendre éternellement une croissance à 3 % ou 3,5 % – et encore moins tabler dessus – pour résoudre tous nos problèmes. Lorsque nous avions cette croissance, à la fin des années 1990, les gouvernements n’ont pas pris les mesures nécessaires. On parlait de cagnotte, alors que la dette progressait.

On a poussé le vice jusqu’à dire que la dette baissait. Elle baissait certes, mais en pourcentage du PIB, pas en valeur absolue. On a fait croire aux Français que notre modèle social, financé à crédit depuis vingt années à l’époque, allait voir ses difficultés financières résolues sans douleur.

On voit aujourd’hui ce à quoi nous a mené cette attitude irresponsable.

Il faut désormais une prise de conscience collective, que tout le monde se mette autour de la table, et que l’on prenne ensemble de vraies décisions. Il faut que ces décisions soient justes, et qu’elles soient équitables. Que les partenaires sociaux, les collectivités territoriales et l’ensemble du secteur public participent à l’effort global.

Et c’est seulement au travers d’un « Grenelle » des finances publiques que l’on pourra, en transparence, assurer financièrement l’avenir de notre modèle social.

Il y a urgence, car le mur de dettes est devant nous. Juste devant nous.

par Vincent Perrier-Trudov (son site) mercredi 9 juillet 2008 - 53 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.145) 9 juillet 2008 14:54
    Forest Ent

    Il me semble que nous avons déjà eu ce débat sous un article très récent disant exactement la même chose. Il y en a presque chaque jour. Nous avons été moins nombreux à signaler la cataclysmique dette privée.

    NON, BIEN SUR, un surendettement public n’est pas une bonne chose, surtout si l’argent est mal dépensé.
     
    OUI, il faut contenir cette augmentation.

    NON, la droite n’est pas capable de le faire, au contraire. A multiplier les niches fiscales comme la TEPA, et à refiler aux copains les sous du contribuable, elle est la principale artisane de la dette, même si la gauche en a sa juste part.

    NON, réduire le nombre de fonctionnaires ne diminue pas nécessairement la dette. Il faut encore que les missions correspondantes soient supprimées. Sinon, cela conduit à sous-traiter, pour éventuellement plus cher. C’est le principal risque des "PPP" qui sont un appel franc à la corruption généralisée.

    NON, privatiser ne réduit pas la dette. Ca améliore juste la trésorerie à court terme. Ca la dégrade à long terme.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.145) 9 juillet 2008 13:57
    Forest Ent

    28ème article en 3 mois sur ce sujet. Réponses standard :


     ça serait déjà bien que l’UMP arrêt de créer comme à son habitude des niches fiscales nouvelles


     les partis style ump, ps et modem parlent beaucoup de la dette quand ils sont dans l’opposition


     la crise économique mondiale qui déferle et va frapper durement la France n’a pas son origine dans la dette publique française, ni même mondiale, mais dans l’incommensurablement plus élevée dette privée du monde anglo-saxon. Alors il faut relativiser : derrière ce discours sur la réduction de la dette se planquent souvent des idées libertariennes de réduction du rôle de l’état, idées friedmaniennes qui ont conduit au désastre économique actuel. Je sais bien que ça n’arrange pas les partis comme ump, ps et modem, qui ont largement souscrit à ces idées, en particulier à travers l’UE. Mais la catastrophe est telle que cet aveuglement devient pitoyable.

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.145) 9 juillet 2008 17:46
    Forest Ent

    "Faire passer des idées". Si votre idée, c’est la réduction de la dette publique, et en constatant qu’elle augmente encore plus vite avec Sarkozy qu’avec Chirac, cela signifie que vous déclarez avoir fait le mauvais choix ? C’est honnête ...

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