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Accueil du site > Tribune Libre > Politiques & citoyens > Tout peut-il s’acheter ?

Tout peut-il s’acheter ?

Décidément, on se demande où s’arrêtera la marchandisation. Dimanche 19 Mars, en regardant le journal télévisé, j’ai appris que la ville de Venise avait décidé de vendre toute une partie des grands palais qui font son charme et qui lui appartiennent depuis des siècles. Consternation ! La veille, je fulminais en entendant que certains envisageaient de vendre le nom des stades ! D’ailleurs cette géniale idée est déjà mise en application en Grande-Bretagne ! Rire et Colère !

Imaginez le grand progrès que consacrerait le changement de nom du stade Bollaert à Lens en "stade Auchan", "Doux", ou je ne sais quel sponsor ! Il semble que le club de Lyon envisage cette hypothèse, au passage pour son sponsor japonais, moyennant de substantielles subventions ! Mais il paraît qu’il y aurait encore un hic avant de pouvoir atteindre cet eldorado : les stades n’appartiennent pas aux clubs. Alors, je me suis soudain souvenue que le ministre des sports, Jean-François Lamour, avait indiqué que les seuls clubs qui pourraient entrer en Bourse seraient ceux qui sont propriétaires de leur stade ! Sans doute avait-il cette idée derrière la tête : leur permettre de tout vendre, de tout ramener à de la pub, même le nom du stade... Reste que cette idée de cotation des clubs n’est pas tombée du ciel, mais de la Commission européenne qui a contesté le fait que la France interdise la cotation boursière des clubs professionnels de football. C’était en effet la position historique de notre pays, qui considère que le sport n’est pas une activité économique comme une autre. Eh bien, ce n’est pas acceptable pour la Commission européenne qui, au nom du libre-marché, ne pouvait accepter cette pratique iconoclaste.

Estimant scandaleuse cette prise de position des instances européennes, j’ai posé une question écrite sur ce sujet : « Sur quels fondements la Commission se base-t-elle pour obliger officiellement la France à permettre l’entrée en Bourse des clubs de football français et ce faisant, préjuge du fait que les activités sportives seraient des activités économiques ordinaires ? Cette marchandisation systématique des activités humaines n’est en rien une obligation des traités. La Commission européenne ferait mieux d’être plus active et opérationnelle auprès des États membres sur la montée du racisme dans les stades plutôt que sur l’entrée en Bourse des clubs sportifs ! » .

La réponse n’a, pour une fois, pas tardé, et avec une poésie bien particulière aux instances européennes : « La Commission a en effet envoyé à la France un avis motivé lui reprochant l’interdiction absolue qui est faite aux clubs sportifs professionnels de faire appel public à l’épargne. L’Annexe I de la directive 88/361/CEE du Conseil du 24 juin 1988 pour la mise en œuvre de l’article 67 du Traité , qui présente une nomenclature des mouvements de capitaux, précise que l’introduction en Bourse (III.B.i) et l’émission et le placement sur un marché des capitaux (III.B.iiIII.B.ii) d’actions ou d’obligations sont des mouvements de capitaux au regard du droit communautaire. Dès lors, l’interdiction formelle de faire appel publiquement à l’épargne constitue une restriction directe à la libre circulation des capitaux garantie par l’Article 56 du traité CE, et la Commission se devait d’agir en son rôle de gardienne du Traité.

La Commission considère en effet de ce fait que les activités sportives professionnelles constituent des activités économiques au sens du Traité, car cela a déjà été établi à de nombreuses reprises par la Cour de Justice européenne. Cette approche ne traduit en rien une volonté de marchandisation du sport, mais provient simplement du constat que la professionnalisation du sport transforme celui-ci en une activité économique à part entière, ce qui peut aisément se constater au vu de l’ampleur des activités et des budgets gérés par les clubs et fédérations sportives. »

Revenons à Venise, ville qui a déjà vendu toutes les petites îles de sa lagune. Maintenant les palais ! Mais que fera cette ville lorsqu’elle aura vendu tout son patrimoine, et que les riches de la planète se seront accaparés un des joyaux de l’humanité ! C’est vraiment une perception à courte vue...
C’est aussi celle de la droite française qui a bradé peu à peu tous les fleurons industriels du pays et qui découvre aujourd’hui avec les OPA hostiles qu’elle a bien imprudemment lâché les actions publiques, lui permettant de maintenir sur le territoire national une capacité industrielle essentielle et des emplois ! Et tout cela pour financer la baisse d’impôts des plus riches, de ces entreprises qui multiplient les bénéfices redistribués aux actionnaires...

Et puisqu’il ne reste plus grand-chose à privatiser, c’est au patrimoine immobilier de l’État que le gouvernement veut désormais s’attaquer. Il prépare la vente de ce patrimoine. La méthode est toujours la même. Phase un : discréditer la gestion de ce patrimoine (alors que justement aucune décision n’a été prise pour gérer ces biens avec intelligence et transparence). Phase deux : répéter que pour bien gérer , il faut « rationaliser » et privatiser. Phase trois : passer à l’acte après avoir anesthésié l’opinion. La vente de l’immobilier des entreprises est très à la mode, c’est un des grands accélérateurs de la spéculation immobilière... L’État veut s’y mettre, nous privant de tout un patrimoine (valorisable en loyer) pour boucler ses fins de mois et multiplier les cadeaux fiscaux aux plus favorisés. La boucle est bouclée : les riches sont deux fois bénéficiaires : ils paient moins de taxes et s’approprient les biens publics les plus valorisants... C’est 1789 à l’envers... Ne laissons pas faire. Les jeunes défilent en ce moment avec comme slogan :« résistance ». Ils ont raison. Résistons.

1. JO L 178 du 8.7.1988
2. C-36/74 Arrêt du 12/12/1974, Walrave et Koch / Association Union Cycliste Internationale e.a. ; C 13/76 Arrêt du 14/07/1976, Dona / Mantero ; C-415/93 Arrêt du 15/12/1995 , Union royale belge des sociétés de football association e.a. / Bosman e.a. ; C-206/01 Conclusions de l’Avocat général du 13/06/2002, Arsenal Football Club.


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60 réactions à cet article    


  • machinchose (---.---.129.40) 30 mars 2006 10:58

    ce que les gens ne réalisent pas (et l’état ne les aide pas à le réaliser) c’est aussi que ce qui est public leur appartient et que d’une façon ou d’une autre (en soutenant par exemple telle ou telle politique) ils peuvent influer sur l’usage qui en est fait (ouverture au public, baisse des coup de service, investissements...) . Maintenant pour les autoroutes (qui, rappelons le étaient plus que rentable) que peut on faire ??? et demain les routes ? et les écoles ?

    à trop se désinteresser de tout cela (et encore une fois l’état a participé à ce désinteret soit volontairement à droite, soit par frilosité et une sorte de honte idéologique à gauche) on finira par se rendre compte en effet que l’on ne peut rien. plus rien.


    • Pierre (---.---.238.85) 30 mars 2006 11:49

      Bonne tribune

      Pour compléter ce que dit machinchose sur la privatisation des autoroutes, c’est un scandale pour les contribuables de notre pays. Bayrou a été l’été dernier le seul à réagir. Nous n’avons pas entendu les socialistes se battre pour que l’Etat conserve cette source de revenue payée par les impots des francais !


      • Marc P (---.---.224.225) 30 mars 2006 11:53

        A quand une OPA sur un patronyme qui fait des envieux ???..... Encore que... ???

        Suis je bien à jour de mon information... ???

        Merci Me Lienemann, vous savez faire nôtre, votre grande préoccupation....

        Cordialement

        Marc P


        • Marc P (---.---.224.225) 30 mars 2006 11:57

          Xcusez moi, encore moi,

          Mais après tout quand j’y pense, si on peut vendre un droit à polluer.... n’est ce pas la porte grande ouverte à toutes les dérives.... ???

          Marc P


        • jcm (---.---.86.181) 30 mars 2006 11:54

          Pour ce qui est de Venise, et vu que son altitude moyenne est plutôt très (très) proche du niveau de la mer, il est peut-être un peu tard pour s’inquiéter de la vente de ces palais !

          Car les heureux propriétaires pourraient, un jour prochain, avoir besoin de scaphandres pour s’y retrouver à boire un bol d’air en compagnie de quelques belles sardines !

          Quel serait l’impact d’une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres avant la fin du siècle ?

          Réchauffement climatique : dramatique accélération de la perte de glace au Groenland et en Antarctique

          L’eau des océans risque de monter de 6 mètres d’ici 2100

          Si l’on souhaite donc préserver ces palais (ainsi que bien d’autres choses), quel qu’en soit le propriétaire, il convient peut-être de tout mettre en oeuvre pour qu’ils aient aussi peu de chances que possible de devenir par trop aquatiques ?

          Sinon ce « Résistons » n’aura peut-être pas grand sens ?


          • machinchose (---.---.129.40) 30 mars 2006 12:23

            non pas « quel qu’en soit le propriétaire » c’est justement là toute la problématique.


          • titi (---.---.211.45) 30 mars 2006 12:59

            Madame , C’est un phénomène qui touche toute l’Europe :des villes allemandes (comme Dresde) sont en train de vendre leurs logements sociaux pour éponger leurs dettes ! etc... Consternant ! Mais dites-moi honnêtement ,les différents gouvernements socialistes n’ont-ils pas largement préparé le terrain et plus. ?.. Je me souviens de certains députés socialistes disant dés 1983 vouloir « vendre leur ville » (notamment à Béthune ,ville dont je suis voisin) : c’était symptomatique d’un phénomène qu’ils ont largement contribué à actualiser...Je vous laisse le soin de trouver des exemples...Votre courage vous honore, mais il faudrait rompre avec les arrivistes néo-libéraux qui hantent votre parti dont l’appellation « socialiste » apparaît de plus en plus usurpée. Salutation d’un citoyen de Lillers,encarté nulle part..


            • titi (---.---.211.45) 30 mars 2006 13:04

              Je précise que d’aprés mes sources (LE Monde),ce sont des fonds de pension qui se proposent de racheter prés de 100000 logements sociaux à Dresde. Voyez aussi le projet de Tony Blair pour « vendre » les écoles publiques. Qu’en pense Madame Royal ,admiratrice de sa politique ?


            • Thucydide (---.---.101.8) 30 mars 2006 13:09

              Article édifiant sur le fond. Edifiant sur ce qui nous attend, mais qui, je le crains, semble inéluctable.

              Parce que le problème, c’est que je ne sens pas quelque gouvernement que ce soit, qu’il soit ami ou ennemi de Mme Lienemann, capable d’enrayer ce processus. Plus les finances publiques iront mal, plus les gouvernements auront tendance à solder leurs bijoux de famille pour boucler les fins de mois, faisant les délices des spécialistes de la liquidation sur faillite, qui vous déposséderont en assurant vous faire une fleur. Je crains que tous les gouvernements de ces deux dernières décennies se soient de la même façon laissés aller à glisser sur cette même pente.

              Je crains que le processus soit d’autant plus difficile à enrayer que l’état renonce toujours plus à s’attaquer aux problèmes qui fâchent, et finit par se contenter de suppositoires aux antalgiques au lieu de nettoyer les plaies. Et le fait que, dans sa conclusion, cet article incite à un amalgame douteux entre la cacophonie actuelle, éminemment dommageable pour la souveraineté de l’état, et le problème grave qui est le bradage de notre patrimoine, ne peut qu’accélérer le pourrissement de la situation. Quand vous reviendrez aux manettes, Mme Lienemann, c’est-à-dire bientôt, elles seront encore un peu plus déglinguées, et même avec la meilleure volonté du monde, dont je reste prêt à vous faire crédit, elles ne fonctionneront pas.


              • a 2 balles (---.---.117.250) 30 mars 2006 13:42

                Indignation ridicule et pathétique.

                Mme Lienemann n’a pas assez de la France, il faut qu’elle donne des leçons en Italie (et dans le monde entier ?) sur la façon de gérer son patrimoine et sa communauté...

                La manoeuvre vénitienne me semble au contraire très habile : en attirant les riches du monde entier à Venise, en leur faisant nouer des liens affectifs avec elle, Venise se donne les moyens de les interresser à ses problèmes de submersion.

                Au fait, au cas ou Mme Lienemann l’ignorerait, je lui signale que les palais en question, ce sont « les riches » qui les ont construit (avec des ressources et des méthodes que Mme Lienemann réprouve sans doute, d’ailleurs, mais jetons un voile pudique...). Pas de riches, pas de palais : les palais sont fait par et pour les riches. Si elle n’aime pas les riches (no comment...), le minimum de cohérence serait qu’elle n’aime pas les palais, et qu’elle se félicite qu’on s’en débarrasse, de préférence à un bon prix (ou bien préfère-t-elle qu’on les traite à la Talibanne : à bas les reliques d’une période honnie ?)

                La plupart des lieux de spectacles sont privés, et nommés à leur guise par leurs propriétaire, et ça ne choque personne. Idem, on les achète et on les vend, y compris des théatres, parfois avec leur troupe. Pourquoi en serait-il autrement pour les enceintes sportives et les « clubs » ? Mystère... La seule explication plausible, c’est le lien historique entre sport et guerre, qui subordonne le sport directement à la nation. Mme Lienemann ferait mieux, au contraire, de se féliciter d’un retour du sport dans les activités ordinaires, au lieu de regreter la militarisation sociale.

                Par ailleurs (ceci pour Pierre), on n’a pas vendu les autoroutes. On a vendu les société d’exploitations de concesions temporaires. C’est un peu différent, même si ça reste effectivement une façon de vendre les bijoux de famille. Mais pourquoi est-on maintenant obligés de vendre ces bijoux ? qui a criblé la collectivité de dettes ? Au lieu de s’indigner des conséquences obligatoires de la mauvaise gestion passée, Pierre serait mieux inspiré de lutter pour que la gestion présente et future soit moins problématique.


                • Jojo (---.---.158.64) 30 mars 2006 15:37

                  Et bien sur, il ne faut pas trop s’intérroger sur la façon dont les « riches » le sont devenus...

                  Sans pauvres, pas de riches, sans pauvres, pas de palais...

                  Pauvres, soyez damnés pour l’éternité puisque les siècles ne permettent même plus de récupérer une partie de vos larmes.

                  Quand aux stades, je m’en contrefiche. Le sport professionnel est une activité commerciale, et le mollet de la culture...physique.


                • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 15:48

                  @ Jojo. Je prends par avance vos commentaires habituels comme des réponse aux miens...Inutile de vous fatiguer à les réécrire. Avec vous on peut faire les réponses avant les questions, ce qui est assez confortable. smiley


                • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 15:45

                  Voici qui témoigne s’il en était besoin d’une vision tellement dépassée. Manque de culture économique ou d’imagination ? Mme Lienemann comme bon nombre de nos compatriotes n’a pas encore fait la différence entre une vison bilantielle de notre économie et une analyse de ses flux. C’est l’instinct de possession qui prévaut. (Possession collective s’entend, bien entendu). Celle-là même qui nous interdirait de vendre nos meubles pour acheter de l’eau, lorsqu’il y a le feu à la maison. Il faut que l’ Etat possède pour qu’il soit riche. Qu’on puisse compter ses stades, ses palais, ses chateaux, surtout s’ils sont abandonnés et que le propriétaire est au bord de l’asphyxie. Car enfin quelle importance que le stade de Lyon porte le nom d’ Auchan si celà permet d’alléger la charge de son entretien par les contribuables ? Faut-il vendre des immeubles inutiles à des entreprises qui sauront les exploiter ou les laisser pourrir sur place, faute de moyens. La privatisation des autoroutes a-t-elle changé d’un iota leur usage. Ont-ils été déplacé nuitamment par leurs nouveaux propriétaires ? Cette conception ridicule qui conduit bon nombre de politiques tout particulièrement dans la vie locale, à accumuler des biens collectifs au prix d’une dette exponentielle, et sans jamais provisionner leur coût d’exploitation et d’entretien est une des conséquences les plus pernicieuses d’une comptabilité publique complètement obsolète et qui heureusement est en cours de changement. Il restera à Mme Lienemann à aller compléter sa culture économique à l’ Université lorsqu’elle sera réouverte. Une première année de Sciences Eco devrait être tout à fait suffisante. Nous n’irons pas jusqu’à lui proposer un stage en entreprise pour tenter d’y apprendre comment une entreprise bien gérée fait évoluer ses actifs et son endettement en fonction de sa stratégie, sans que le principe d’accumulation ne soit considéré comme un mode de management. Car ce qu’un état peut vendre pour refaire sa trésorerie, il peut aussi le racheter demain quand ça ira mieux.


                  • Laurent (---.---.102.65) 30 mars 2006 15:54

                    Votre commentaire ordurier et injurieux ne contribue pas au débat.


                  • attentif (---.---.110.90) 30 mars 2006 16:26

                    Claude DB montre par son commentaire qu’il ne s’est jamais questionné, documenté, interrogé, sur les limites de l’ultralibéralisme et de ses conséquences désastreuses. En plus, la forme de son commentaire nous prouve la bassesse de ses points de vue. Débattre oui, s’interroger oui, polimiquer pourquoi pas mais conspuer de la sorte NON !


                  • Jojo (---.---.158.64) 30 mars 2006 16:42

                    Je vais quand même répondre.

                    Pour les stades, pas de problème. Je ne vois pas pourquoi payer des impôts pour que des zouaves en culotte courte gagnent des millions en trouant le gazon. La voile a montré le chemin. Oh combien exaltant est de voir voguer le saucisson Fleury-Michon...

                    Pour les autoroutes, par exemple, je ne suis pas très d’accord. Si elles ne sont pas rentables, pourquoi une boite privée les achèterait-elle ? En fait il s’agit là d’une gestion à court terme, très à la mode ces jours ci. On fait du fric vite, et tant pis si celà revient plus cher plus tard, la collectivité paiera de toutes façons (voir par exemple les sites de pollution industrielle).

                    Pour les palais, ça dépend de l’usage. Si c’est Pinault qui veut y faire un musée ouvert avec sa mégalo, pourquoi pas. Si c’est pour en faire des claques pour la jet set, je suis plus réservé.


                  • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 16:45

                    « Votre commentaire ordurier et injurieux ne contribue pas au débat »

                    Je vois...


                  • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 16:56

                    La voici cher Olivier. La fixation du prix de l’exploitation des autoroutes a été faite en additionnant la valeur de toutes les recettes futures attendues pour une période disons de 25 ans (je ne me souviens plus exactement). De ce total on a enlevé les coûts d’entretien et de renouvellement de ces autoroutes ainsi que les salaires versés à leurs agents. On a également déduit les intérêts représentés par le fait que l’acquéreur a payé comptant ce qu’il ne recevra qu’au fil du temps. C’est ce qu’on appelle un cash-flow discounté. Donc en gros l’ état a reçu tout de suite en cash, pour renflouer ses caisses, tous les revenus qu’il aurait perçus en net au bout de 25 ans. Bien entendu et comme pour tout deal, il y a forcément des différences d’appréciation. La circulation automobile va-t-elle augmenter ou diminuer ? Quels seront les coûts d’entretien demain, le niveau des salaires etc...Chacun a fait ses calculs et le mieux disant a emporté la mise. C’est aussi simple que celà. Les autoroutes sont restées en France et restent également la propriété de l’ Etat. Pas de quoi en faire une affaire. Je signale par la même occasion que Bayrou qui avait introduit un recours auprès du Conseil d’ Etat sur ce sujet a mangé son béret.


                  • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 16:57

                    Désolé mauvaise indexation de ma réponse à voir plus haut


                  • olivier (---.---.229.136) 30 mars 2006 17:48

                    Admettons qu’en vendant la concession autoroutes, l’etat touche 25 ans de benefice. Je me souviens d’une controverse sur le mode de calcul du prix (un taux d’interet de 4% au lieu de 8%). qui faisait que l’etat se faisait rouler. Mais Admettons car je n’aurai pas la pretention de prendre monsieur Breton pour une truffe. Mais la question devient alors : Pourquoi des entreprises privées se seraient empressées d’acheter les autoroutes si ca n’etait pas rentable avant 25 ans ? la mode est aussi au court terme aussi chez les grands groupes industriels qui doivent remunerer leurs actionnaires tous les ans


                  • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 18:08

                    @Olivier. Tout simplement pour réemployer leur cash. Les grands groupes en question ont du cash dont ils n’ont pas forcément l’emploi. Ils peuvent aussi accéder à l’ épargne publique (les marchés finaciers) pour lever des fonds auprès d’actionnaires privés et les rémunérer grâce à l’effet de levier qu’ils réalisent en combinant recours au capital et emprunt. C’est la principale raison technique. Ensuite, comme je vous l’ai indiqué il y a la question des différences d’appréciation sur la gestion future. Un groupe de TP comme Vinci peut très bien se dire qu’en assurant l’entretien des autoroutes dont il a la gestion, il s’assurera en même temps des débouchés pour son activité principale. Il réalisera donc globalement des synergies. Tout celà se calcule, s’analyse finement. Et à la fin il y a un pari avec des risques. Tout le contraire de la fonction de l’ Etat.


                  • olivier (---.---.229.136) 31 mars 2006 09:53

                    Vous m’avez convaincu sur un point : financierement, l’etat a pris 25 ans de dividendes. Mais ce qui est le plus penible dans ces histoires de ventes c’est la methode employée. A chaque privatisation on nous rabache que l’etat garde la main sur le tarif donc il n’y aura pas l’effet indesirable de la montée des tarifs du service. Cet argument la je l’ai entendu pour les autoroute, EDF et GDF. Je suis persuadé que c’est faux et je m’attends a une montée des tarifs d’autoroute sous peu. Et le probleme c’est que quand ca va arriver, le type qui a fait ses promesses (qui n’engage que ceux qui les croit on est bien d’accord), il ne sera plus la. Si il est malin (ce que je crois) il s’arrange meme pour faire en sorte que l’augmentation arrive quand l’opposition du moment sera au pouvoir. De maniere plus generale ce qui est genant avec ses politiques c’est qu’il n’y a jamais de responsable en cas de MENSONGE avéré.


                  • attentif (---.---.110.90) 30 mars 2006 15:47

                    Madame

                    Par votre passage sur agoravox, vous nous apportez un argument supplémentaire pour le sérieux de ce nouveau média, suite aux propos tenus par monsieur Shneiderman sur agoravox : http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=328


                    • Marc P (---.---.224.225) 30 mars 2006 16:07

                      Amen

                      Cordialement

                      Marc P


                    • olivier (---.---.229.136) 30 mars 2006 16:38

                      « la privatisation des autoroutes a-t-elle changé d’un iota leur usage. Ont-ils été déplacé nuitamment par leurs nouveaux propriétaires ? »

                      non l’usage n’a pas encore changé, mais le beneficiaire de la rente a changé. A quoi bon vendre si cela rapporte de l’argent ? Autant je veux bien optimiser sur l’immobilier ou n’importe secteur deficitaire et sans interet pour le contribuable, mais alors vendre ce qui rapporte je ne vois pas d’interet a long terme. Car j’osais esperer que nos dirigeants gouvernaient sur le long terme et non pas simplement pour rendre tous les ans une copie avec moins de 3% de deficit (sic). Ceci dit je n’ai pas eu la chance de faire science-po, alors je veux bien qu’il y ai une explication mais j’aimerai qu’on me la donne.


                      • Roues Libres Claude DP 30 mars 2006 16:58

                        Désolé mauvaise indexation de ma réponse à voir plus haut


                      • Marsupilami (---.---.182.223) 30 mars 2006 17:46

                        Oui, tout peut s’acheter.

                        Même le poste de PDG de l’Elysée.


                        • Jojo (---.---.175.118) 30 mars 2006 18:34

                          Bien sur puisque l’actuel occupant est un vendu...

                          Trop le sarkoblog...


                        • Scipion (---.---.113.124) 30 mars 2006 19:51

                          « Revenons à Venise,Le ville qui a déjà vendu toutes les petites îles de sa lagune. Maintenant les palais ! Mais que fera cette ville lorsqu’elle aura vendu tout son patrimoine, et que les riches de la planète se seront accaparés un des joyaux de l’humanité ! C’est vraiment une perception à courte vue... »

                          Je crains, Madame, que vous n’ayez cédé à un réflexe (de gauche) épidermique, qui vous a empêché de voir la réalité telle qu’elle, hors de tout contexte idéologique. Cette réalité, c’est que la ville de Venise n’a pas, ou n’a plus, les moyens financiers de l’entretien des innombrables richesses qu’elle recèle.

                          La vente à des particuliers de certains palais vénitiens est la condition de leur sauvetage ! Maintenant, bien sûr, on peut, par intégrisme idéologique, préférer un champ de ruines publiques à un « joyau de l’humanité » placé sous la protection responsable de capitaux privés. C’est aussi ça, être de gauche...


                          • éric (---.---.223.14) 30 mars 2006 20:03

                            Je retrouve dans votre article la logique que je démonte dans mon livre. L’économie est organisée afin de ne rapporter quà quelques-uns.


                            • christian parsy (---.---.166.47) 30 mars 2006 21:14

                              bonjour Marie Noelle,

                              j’ai cru entendre que la ville de Dresdes a vendu récemment une grande partie des logements dont elle était propriétaire à un fonds de pension américain pour rembourser sa dette publique ; j’ose espérer avoir mal entendu l’information à la radio ; si la marchandisation attaque aussi les biens collectifs où va t on ? car les réserves foncieres et les immeubles des villes sont souvent des logements à vocation sociale ; quels rendements les actionnaires vont ils demander et quels seraient les possibilités de maitrise des loyers ?


                              • armand (---.---.25.4) 30 mars 2006 21:45

                                La marchandisation s’est déjà attaquée aux biens collectifs : la preuve, le peuple russe dépossédé de son patrimoine par une bande d’oligarques qui sont reçus à bras ouvert en Europe et font pleurer nos dirigeants lorsque l’un des leurs se retrouve en taule. Le problème n’est pas la richesse - je reconnais que les palais vénitiens ont été construits par des riches, mais des riches qui participaient à la vie publique de la Cité et même, à l’occasion, la dirigeaient. Et de toute façon, avec le temps,ces palais sont devenus des monuments, comme Versailles. Si on emploie le même raisonnement, alors rendons Versailles aux Bourbons... Le problème à notre époque c’est que l’enrichissement de quelques uns est devenu stratosphérique (PDG du Cac40, financiers, traders, banquiers d’affaires, footballeurs) « exubérante », écrit Attali. Quand on pense qu’au début du siècle (le 20ème) le banquier Morgan estimait que l’écart maximum entre le salaire de l’ouvrier et du patron ne devait pas dépasser 1 à 50 ! Que cette richesse est obtenue par de simples manipulations financières sans véritable production, et qu’elle n’est assortie d’aucune philanthropie, création artistique, evergétisme. Et, surtout, qu’elle s’accompagne d’un accroissement de l’extrême pauvreté et d’une précarisation et désolvabilisation croissante des classes moyennes. Pour ajouter à l’image de Venise privatisée, on ne se soucie pas assez de la mainmise de LVMH sur tout le centre de Paris depuis le rachat de la Samaritaine, et des projets qui tendraient à transformer tout le quartier alentour en pieds à terre pour riches expatriés. Madame Lienemann, pouvez-vous affirmer qu’une fois revenu aux commandes, votre parti fera solennellement savoir que certains domaines seront désormais soustraits au domaine marchand ? Que la France exercera son droit de réserve par rapport aux diktats de Bruxelles lorsqu’ils portent atteinte à ses intérêts ? Plus généralement, je me souviens d’une déclaration de Ségolème Royal affirmant, il y a quelques années, qu’elle ne voyaient aucune justification à un salaire supérieur à 50 000 francs par mois....


                                • Scipion (---.---.113.124) 30 mars 2006 22:33

                                  Bien que cela vous dérange, puisque ça ne va pas dans le sens que vous souhaitez, je vous invite à vous informer à propos des raisons qui conduisent la ville de Venise à se défaire d’une partie de son patrimoine.

                                  Eric écrit : « Je retrouve dans votre article la logique que je démonte dans mon livre. L’économie est organisée afin de ne rapporter quà quelques-uns. »

                                  Armand insiste : « Pour ajouter à l’image de Venise privatisée... »

                                  La réalité, c’est que le manque d’argent est tel que le Conseil municipal recherche, ces jours-ci, un sponsor pour financer le nettoyage des graffiti qui souillent la place Saint-Marc... Ca n’a donc rien à voir avec les théories orientées de nos bons amis propagandistes, en quête d’étais pour leurs démonstrations...


                                  • Agnès (---.---.222.216) 30 mars 2006 22:55

                                    Pour moi, le but de l’Etat,etc.. n’est pas de s’enrichir, mais de financer notamment l’éducation y compris sportive et culturelle.

                                    Rien n’oblige pour cela à posséder et gérer des clubs de foot et des palais vénétiens. Ouvrir les clubs de foot aux actionnaires privés, si ça peut apporter de la transparence dans la gestion, je suis pour. Vendre des palais vénétiens, si dans un premier temps ça permet de les sauver de la ruine, je suis pour. C’est vrai qu’après il y a un risque d’exclusion spatiale qui dénature le principe de la cité. Cela-dit, c’est justement à Venise qu’est né le terme et le concept de Ghetto au 16e siècle, sur une île pour isoler les juifs !

                                    Très bien de réaliser « ses actifs immobiliers », le patrimoine ça se possède, ça se transmet, mais ça se gère et s’entretien aussi. Je suis d’accord avec Claude DP, il y a un vrai problème dans la méthode de comptabilité publique, et surtout appliqué à l’immobilier, de l’appréciation de la valeur d’un bien immobilier, valeur vénale, culturelle, valeur foncière du terrain, valeur (de cohésion) sociale, coûts d’entretien et d’exploitation.


                                    • Marc P (---.---.223.53) 31 mars 2006 08:48

                                      Bravo ! Marc P


                                    • Marc P (---.---.223.53) 31 mars 2006 08:55

                                      Pardon, bravo mais pour le premier et le dernier paragraphe... ainsi que l’idée d’exclusion spatiale... le reste m’indispose quand même... Marc P


                                    • machinchose (---.---.129.40) 31 mars 2006 09:16

                                      et par la même on prive le public de culture...


                                    • Agnès (---.---.222.216) 31 mars 2006 09:52

                                      On prive le public de culture.

                                      J’imagine qu’il s’agit d’un commentaire à ce que j’ai écrit.

                                      Rien n’implique de posséder un bien pour en profiter. Moi je suis pour qu’un maximum de culture et de sport soit accessible au plus grand nombre, mais cela a un coût, qu’il faut gérer au mieux, pour que toujours plus de personnes puissent accéder à toujours plus de service public.

                                      Il y a pas mal de choses à optimiser économiquement. D’une part sur la possession d’un bien pour l’utiliser : Ce que je veux dire se rapproche assez du principe d’économie de fonctionnalité : http://www.mediaterre.org/scientifiques/actu,20040414085355.html

                                      Il y a aussi l’idée des PPP, en intéressant des entreprises, actionnaires, etc. à la gestion d’un bien public, on donne aussi la possibilité de chercher un ajustement optimum des recettes et dépenses. Ce n’est hélas pas toujours le cas dans les équipements publics et on travaille beaucoup à l’aveuglette.

                                      Vous pouvez faire une recherche sur http://www.lemoniteur-expert.com avec le mot clé PPP, où là : http://actuppp.blogspot.com/.

                                      Ce n’est pas la panacée, et il y a pas mal de risques, d’où l’importance que l’autorité publique conserve le pouvoir décisionnel. Mais l’idée de prendre en compte les investissements, puis les dépenses de fonctionnement dans le calcul des coûts est déjà un progrès. En fait il s’agit justement de se donner les moyens d’anticiper, et pas de construire ou d’acheter ou de conserver sans mettre en regard les coûts engendrés.


                                    • Claude DP (---.---.161.18) 31 mars 2006 10:49

                                      Mille fois d’accord avec vous Agnès. Mais, que ce sera difficile dans ce pays de s’extraire des pesanteurs idéologiques, si on se réfère aux commentaires précédents. Ainsi qu’ aux archaïsmes insupportables que Mme Lienemann, deux fois ministre de la République continue à colporter avec une constance désespérante. Voir son mépris affiché pour l’entreprise et l’initiative privée. Même Emmanuelli ne s’y risquerait plus. Il a été banquier dans une autre vie, ce qui lui donne au moins l’avantage de n’être que cynique, mais pas aussi incompétent.


                                    • machinchose (---.---.129.40) 31 mars 2006 11:08

                                      vous connaissez la culture privée ?? elle est privée surtout du pouvoir démocratique. Et ce n’est pas rien. c’est ce qui permet au musée Guggenheim de Bilbao de réecrire l’histoire de l’art ou à Yves saint Laurent d’avoir sa salle à la national galery (dans quelle mesure peut il choisir ce qu’il met en avant, la couleur des murs, les artistes qu’il veut voir ?)... La démocratie n’est pas infaillible sur le sujet (voir les arts « premiers ») mais elle est démocratique et ne dépend plus de l’arbitraire d’un seul.

                                      et cette éternelle utopie du pouvoir décisionnel ?

                                      vous mettriez des millions dans un truc dont on vous dépossède ?

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