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Journée d’un homard ordinaire

«  Il faut être fou pour créer le homard ! Dieu a dû se rendre compte de sa connerie, c'est pour ça qu'il a créé l'homme ; il s'est dit, une fois la connerie faite : merde, il faut que je crée quelque chose qui bouffe le homard maintenant ». Jean Yanne

Récemment, le homard a fait la une de l’actualité à l’insu de son plein gré, comme dirait l’autre. On ne lui avait rien demandé, et il s’est retrouvé là exposé sous les feux de la rampe, témoin et acteur bien involontaire d’une rencontre entre deux mondes aigris : le gouvernant et le gouverné.

 

Le témoin irrécusable

Le fait est que le homard fut un témoin dont on ne peut pas douter de la bonne foi, comme un homme d’église à qui le juge demande de témoigner. Nous parlons bien d’un crustacé, mais l’histoire a voulu que ses ancêtres lui donnent quelques lettres de noblesse : en particulier, le homard est devenu un véritable marqueur social, qui va bien au-delà de nos frontières

 

S’il est servi à table, ce n’est donc pas pour un diner à la bonne franquette. Il n’est là que pour les grandes occasions, et le prix fluctuant du homard n’y pourra rien changer : sa valeur symbolique est intemporelle et toujours bien plus élevée que sa valeur de marché.

 

Le homard abductif

Le homard n’étant pas un témoin comme les autres, il en devient donc une véritable pièce à conviction : une arme du crime dont la seule présence autour de convives suffit à les accabler.

 

L’accusation est – elle honnête, rigoureuse ? Oui, dira le médecin qui voit dans le homard le symptôme évident du mal recherché. Non, si l’oncroit comme l’inspecteur Columbo qu’un homard est tel la tache sur l’épaule du suspect qui suffit à en faire un coupable.

 

Le homard non commutatif 

Manger du homard puis se faire prendre en photo n’est pas la même chose que se faire prendre en photo avant de manger le homard. Dans le premier cas la photo révèlerait un repas ordinaire, dans le deuxième cas la photo trahirait un repas extraordinaire. On ne peut pas dire qu’un plat de nouilles produirait le même effet.

 

Cette propriété particulière du homard, on l’appelle la non – commutativité : dans le même genre, boire une bière avant de l’ouvrir n’est pas la même chose que d’ouvrir la bière puis de la boire. Quand même, dans la vraie vie la non-commutativité n’est pas la règle ; certaines choses sont commutatives comme par exemple 2+1 = 3 ou 1+2 = 3, ou encore les palindromes comme le mot kayak qui garde le même sens si on l’inverse.

 

Le homard non additif

Il suffit d’un homard sur la table pour faire passer le message. Pas besoin de servir 2 ou 3 homards de plus. Avec un seul homard, le mal est fait pourrait – on dire. Si l’on avait servi du thon par exemple, il aurait fallu un nombre considérable de thons pour produire le même effet symbolique que le homard.

 

Cette propriété du homard est particulière : on parle de non – additivité. D’ailleurs, elle est plutôt rare dans la vie quotidienne, où l’on parle plutôt d’additivité. Ainsi, par exemple, 1 euro + 1 euro font bien 2 euros. Alors que 1 homard + 1 homard font plutôt 1 homard.

 

 

Il en pense quoi le homard ? 

On aimerait quand même bien savoir ce qu’il en pense lui le homard. Il ferait alors un témoin encore plus crédible s’il pouvait raconter ce qu’il avait vu. Mais c’est impossible, une fois servi il était déjà mort, ce qui est le cas de bien des plats en fait.

 

Et pourtant, cela s’est joué à peu de choses. En effet, un homard mort est considéré comme impropre à la consommation et n'a plus de valeur marchande. Il ne doit même pas être rincé à l'eau du robinet, car cela le tuerait. Il est donc tué au dernier moment, lors de la cuisson : on croirait même entendre des cris, mais les bruits sont seulement l'expansion des poches de gaz contenus dans sa carapace. 

 

Hom art

Sans le vouloir, sans le savoir, le homard est donc devenu à la fois arme du crime, témoin gênant,juge incorruptible, et curiosité mathématique. Cela fait beaucoup pour un simple crustacé, et qui dépasse de loin les propriétés habituelles ducommun des objets du vivant.

 

Seules les œuvres d’art semblent disposer de tels pouvoirs. Il était donc tout à fait logique que le homard fasse une irruption dans le monde de l’art, du côté surréaliste bien sûr. Salvator Dali nous présente ainsi son téléphone homard, aussi appelé téléphone aphrodisiaque.

 

S’il avait su…

…notre homard aurait peut-être préféré faire un tour, promené en laisse de satin bleu par le poète un peu déjanté Gérard de Nerval, se rendant au café Véry en traversant les jardins du Palais Royal…

 

« En quoi un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas et n’avalentpas la monade des gens comme les chiens, si antipathiques à Goethe, lequel pourtant n’était pas fou. ».

 

 

Le homard et le priapisme

Le homard est donc victime de son succès. C’est comme cela, on ne choisit pas ses fidèles. La vénération que les autres vous voue est confiscatoire : c’est le prix à payer des idoles que de ne pas choisir ses fans.

 

D’ailleurs, notre homard est bien placé pour le savoir, lui qui fut l’animal sacré de Priape, ce Dieu des Jardins, des Vignes, de la Navigation, de la Vigueur génératrice, au destin un peu tordu qui fut puni et affublé d’un phallus surdimensionné.

 

 

Le homard vigilant

Le homard nous soignerait-il de certains travers de nos démocraties ? Il faut dire que le homard est aussi connu pour ses propriétés curatives et protectrices.

 

Torréfié et réduit en poudre puis dissous dans du vin, il a servi à traiter diverses maladies urinaires, sa chair a été considérée comme diurétique. Sa carapace semble aussi avoir inspiré certaines armures : vers 1630, un casque turc, le Zischägge, ou queue de homard, a ainsi été utilisé en Europede l’Est.

 

Le complexe du homard

C’est ainsi que Françoise Dolto nommait la crise de l’adolescence : « les homards, quand ils changent de carapace, perdent d’abord l’ancienne et restent sans défense, le temps d’en fabriquer une nouvelle. Pendant ce temps-là, ils sont très en danger »

 

La métaphore du homard incarne donc plus que jamais la vulnérabilité, la mise à nu, une forme de prise en flagrant délit d’insouciance. Un passage obligé ? Oui, pour l’adolescent. Pour le reste, c’est à voir.

 

Le crustacé culturel

« Et si vous deviez vous réincarner en animal ? ».C’est une des questions que pose ce film inclassable : The Lobster. Dans une société un peu tordue cherchant à promouvoir le couple, les réfractaires sont envoyés dans un hôtel de la dernière chance pour y trouver l’âme sœur en 45 jours chrono. Sinon ? ils seront transformés dans l’animal de leur choix : David, le héros du film choisit le homard, incarnant la réponse au monde orwellien dans lequel il vit

 

Culture et homard ? « La culture est comme la coquille d'un homard. La nature humaine est l'organisme vivant à l'intérieur de cette coquille... La culture est ce qui distingue la nature humaine et contribue à orienter la vie de la nature humain »


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21 réactions à cet article    


  • oncle archibald 30 juillet 14:29

    A méditer : comparaison entre le prix au kg du homard et du filet de bœuf ...

    https://rnm.franceagrimer.fr/prix?HOMARD

    http://www.boucherie-gillotjohn.fr/boeuf/boeuf-prix-au-kg/

    Aurait-on sauté à pieds joints sur Monsieur de Rugy et hurlé au scandale d’état s’il avait fait servir à ses invités du filet de bœuf ?

    Chance pour nous, pauvres contribuables, il n’a pas l’air d’aimer les civelles !

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/26/un-trafic-de-civelles-demantele-dans-le-medoc_5441404_3224.html


    • amiaplacidus amiaplacidus 30 juillet 15:18

      @oncle archibald

      Les homards, c’est une chose, mais les bouteilles à plus de 500 € ...
      Et sans compter tous les tralala qui vont avec ce genre de festivités et qui doivent coûter bonbon.


    • foufouille foufouille 30 juillet 15:52

      @oncle archibald
      https://www.ledauphine.com/france-monde/2019/07/10/combien-vous-couteraient-les-repas-de-francois-de-rugy-(vins-compris)

      sauf que ce n’est pas lui qui l’a cuisiné mais le personnel très bien payé donc le prix est celui d’un grand restaurant.
      les caisses sont vides pour nous donc pour eux aussi.


    • arthes arthes 30 juillet 16:24

      @oncle archibald

      Il faut tout de même préciser qu’en cette période de l’année, le homard bleu breton et celui de nord atl. est bien moins cher qu’en périodes de fêtes de noel, histoire d’offre et de demande.
      Par ailleurs, vu la carapace qui ne se mange pas, si on ne s’en réfère qu’au poids du comestible, je pense que l’on dépasse tout de même le prix du filet de boeuf.

      Bon, cela dit, son histoire de homard, je m’en tape un peu, mais c’est tout de même un blaireau ce mec, la manière pitoyable avec laquelle il s’est défendu chez Bourdin : « Ah nooooon, mais moi je suis allergique aux crustacés, le champagne me rend malade et je déteste le caviar, j’y suis pour rien m’sieur, s’pas moi !!! »

      En revanche, puisque l’on veut nous imposer des produits du CETA, je suis pour qu’à l’assemblée, à l’élysée et au sénat et à la commission européenne etc.....les menus et nectars proviennent exclusivement du Brésil ou autres, autrement dit, qu’ils bouffent les merdes qu’ils veulent nous faire bouffer, puisque c’est si bon !!!


    • foufouille foufouille 30 juillet 16:43

      @arthes
      je suis pour qu’ils mangent uniquement ce genre de merde.
      merguez au polyphosphate, glu de viande et autre merdes reconstituées.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 juillet 16:48

      @arthes

      Salut. Toujours moyen de faire de la bisque avec les restes...


    • oncle archibald 30 juillet 17:12

      @Aita Pea Pea

      Oui, bisque-bisque-rage comme aiment chanter Richard Anthony et Eddy Plenel !


    • oncle archibald 30 juillet 17:13

      zut j’ai oublié de coller le lien :

      https://www.youtube.com/watch?v=59AOvcCbGO4

      Ça vaut son pesant de civelles non ?


    • baldis30 30 juillet 18:26

      @amiaplacidus

      bonsoir,
       très mauvais goût que de servir un sauternes sur du homard alors qu’un grand blanc des Côtes-du-Rhône ou de Châteauneuf-du-Pape eût distingué l’amphitryon.


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 30 juillet 19:11

      @baldis30

      On s’en branle du pif ...t’aurais foutu des Hinano .


    • zygzornifle zygzornifle 31 juillet 09:36

      @oncle archibald

      A mon humble avis quand De Rugy gloutonne du bœuf entre amis celui ci doit être de Kobé et non d’un élevage européen, le tout bien entendu payé par le con-tribuable , il ne vas pas souiller ses propres billets dans de l’alimentation alors que la nation est la pour satisfaire ses besoins princier ....


    • CORH CORH 30 juillet 17:24

      On y pense pas, mais ça doit représenter du travail un papier comme celui là.


      • In Bruges In Bruges 30 juillet 18:55

        @ L’auteur : pas mal, l’article.

        Et merci pour l’évocation de « the Lobster » , grand film, avec la superbe Ariane Labed.

        Bon, puisque je vous sens un rien cultivé, une belle citation de Roland Topor :

        « Il suffit d’un gramme de merde tombé dans un kilo de caviar pour le gâcher.

        A l’inverse, un gramme de caviar n’améliore en rien un kilo de merde »....

        Vous remplacez le caviar par le homard, vous saupoudrez de Rugy et vous avez l’idée générale, me semble -t-il.


        • zygzornifle zygzornifle 31 juillet 09:32

          Ho mard , ho désespoir , ho Médiapart ennemi a rugi De Rugy notre écolo d’opérette a 2 balles , homme de pacotille coupeur de ruban dans les inaugurations et pom-pom girl de Macron.....


          • Pr ELY Mustapha Pr ELY Mustapha 31 juillet 11:33

            Homard, m’a tuer !

            Instructif article.

            Merci.


            • gaijin gaijin 1er août 12:48

              homard

              oh désespoir

              oh signes extérieurs de richesse ennemie ....

              n’ait je donc tant vécu que pour cette infamie

              et qu’on ne puisse point taper un peu dans la caisse

              alors que, pour faire partie de l’élite ....

              on s’est cassé les fesses

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