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Accueil du site > Actualités > Rwanda 1994 - Vénézuela 2019 : 25 ans !

Rwanda 1994 - Vénézuela 2019 : 25 ans !

 

Ce 6 avril 2019 il y aura 25 ans que l’avion présidentiel rwandais était abattu par un tir de deux missiles lors de son atterrissage à l’Aéroport International Grégoire Kayibanda de Kanombe, Kigali (KGL). Ce fut le déclenchement du Génocide des Tutsis du Rwanda, initialisation incontestable et admise par tous, de cette catastrophe humaine.

La plupart des « faits réels », depuis le 06/04/1994, « sont relativement bien connus » et documentés, ayant fait l’objet de procès d’un grand nombre de personnes incriminées par la Communauté Internationale au TPIR à Arusha (Tanzanie de 1994 -2019) et également par les juridictions nationales de nombreux pays comme la France, le Canada, la Belgique, les USA. De plus, beaucoup d’enquêtes officielles, d‘investigations journalistiques ainsi que de nombreuses études universitaires ou de rapports internationaux[1] ont été publiés depuis lors. Des témoins ont rapporté un grand nombre de cas dont la véracité n’est remise en doute par personne. Les déclarations bouleversantes faites par des acteurs ou des proches des acteurs du drame sont indénombrables. Des associations se sont créées pour honorer les mémoires[2]. Des thèses ont été écrites, des débats ont été organisés[3] sur les prémices, les circonstances et les diverses parties du déroulement du Génocide des Tutsis.

 

Cette abondance de réactions, d’initiatives et de prises de positions est révélatrice de ce que, si les « faits réels » sont « relativement bien connus », les avis, les analyses, les enquêtes et leurs résultats, révèlent des interprétations profondément divergentes et âprement défendues, par les uns ou par les autres, tous sincèrement convaincus, quant aux tenants et aboutissants du drame du Génocide des Tutsis du Rwanda.

 

Ce foisonnement est aussi dû à ce que les « faits réels » sont devenus les objets de « récits » de moins en moins précis : depuis les romans[4] et films[5] de fiction, jusqu’aux soi-disant documentaires[6], des pièces de théâtre[7] jusqu’aux bandes dessinées[8]. De plus en plus, les représentations de « cette réalité » ont flués vers un « imaginaire » tenant de légendes réductrices, de caricatures simplistes, d’images d’Epinal rassurantes, de sagas calquées sur des modèles mythologiques « conformes »[9] On constate, en effet, une dérive du signifié, une déformation progressive des signes, des sens et même des mots[10] pour en arriver à la représentation qu’on appellerait aujourd’hui, une « réalité augmentée marchandisable ». A côté des « fluages », il y a les anachronismes, les imprécisions, les erreurs[11] qui émaillent bon nombre de ces « publications ». Cela n’en diminue cependant pas le caractère bouleversant des « faits avérés », mais émousse la confiance qu’ils devraient susciter quant au contenu réel de la lecture qu’on peut faire de leur narration. Car lorsque le « récit » devient « marchandise » on se rapproche dangereusement de la « propagande » et de la création de « fonds de commerce » à propos desquels la promotion et la publicité peuvent se permettre des amalgames, des approximations sur l’interprétation des « faits réels » invoqués. Le dogme, le prosélytisme et les inquisitions[12] peuvent se partager un champ libre, dès lors, que s’ouvrent les perspectives de l’espace d’expression qu’offre le marché de la « responsabilité de protéger » et de « l’intervention humanitaire ».

 

Mais que vient faire le Venezuela dans l’histoire rwandaise ? Il s’agit de deux situations de crise manifestement causées par un ensemble d’éléments et d’initiatives qui concourent à mettre en places les conditions de la violence souhaitée par nombre d’acteurs. Certains de ces éléments, de ces situations et acteurs sont véritablement « exogènes » et ne correspondent aucunement à la notion des révolutions socio-culturelles, à celle des mouvements de libération nationale ou à celle de guerres civiles comme il en a tant existé au cours des dernières décennies. Les similitudes entre le Vénézuela et le Rwanda n’en sont pourtant que d’autant plus flagrantes. Mais il est évident que les scénarios sont adaptés aux données géopolitiques du moment, aux conditions socio-économiques de chaque région, à l’évolution dans les stratégies d’intervention et dans les techniques de déclenchement du chaos. Les mises en scène doivent aussi entrer dans le carcan des productions médiatiques commercialisables répondant à la demande du moment.

 

Pour le Vénézuela :

Le gel des avoirs vénézuéliens par la Banque d’Angleterre, par la Banque Européenne et les banques américaines (plusieurs milliards d’euros et de dollars) font partie des stratégies économiques et financières devant asphyxier le Venezuela, affamer sa population la plus pauvre et créer les troubles subséquents inévitables. Les divers embargos et/ou blocus sont un des moyens classiques pour brouiller les causes et les conséquences. Il s’agit d’un des stratagèmes pour « déguiser » les politiques d’agression en mobilisation humanitaire des moyens de pression ou en initiative de dissuasion pacifique. L’invocation des valeurs démocratiques, du respect des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption, sont des leurres pour inhiber toute approche critique objective des situations créées par les ingérences. (cfr. : Madeleine Allbright et les 500.000 enfants morts en Irak suite à l’embargo [13])

Hugo Chavez, père de la « révolution bolivarienne », Nicolas Maduro, son successeur contesté par la Communauté Internationale, amie du peuple Vénézuélien et Juan Guaido, président auto-proclamé, sont trois figures majeures du Vénézuela de ces 20 dernières années. Les influences culturelles, économiques et sociales sont importantes pour chacun de ces trois leaders. La mort de Chavez est plus que suspecte et les documents déclassés de la CIA valideraient la thèse de son élimination par les services secrets américains. La corruption dans le pays est évidemment le fait de corrupteurs, « fils de pute » ; mais reconnaissons que ce sont « nos fils de pute »[14] et que finalement, le Vénézuela détient probablement la plus grande réserve de pétrole du monde (296,50 milliards de barils – estimation OPEP 2010). La violence armée que le pays a connue n’est pas jusqu’à présent, le fait de troupes d’une armée étrangère Mais les USA, actuellement, auraient d’ores et déjà pré-positionné des troupes d’interventions spéciales dans les Caraïbes.

 

Pour le Rwanda :

Au moment de la chute du Mur de Berlin, en 1989, les changements entrepris dans le cadre de l’« Aggiornamento » politique avaient commencé à porter de timides fruits. Mais les politiques d’austérité, la libéralisation de l’économie, la privatisation des sphères socio-culturelles, les restrictions dans le secteur public imposés par la Banque Mondiale, le FMI, la BERD et Consorts ont été des éléments de conjoncture imposée et de contexte fabriqué qui ont été de véritables initiatives dignes d’un blocus pervers, d’un embargo de fait, injustifiées dans une large proportion. La concomitance de la chute des cours du café, du thé et de l’étain, et d’une famine décennale liée aux cycles des sécheresses intertropicales récurrentes et endémiques, a subitement inversé les avis des experts sur le Rwanda. Il était, avant ces dates, considéré comme un pays relativement calme, relativement respectueux de « nos » valeurs. Il avait le plus petit budget militaire de l’Afrique et, relativement, les plus gros moyens dédiés aux développements sanitaires, agricoles et socio culturels. La corruption rampante avait été, semble-t-il, relativement et efficacement muselée à un niveau assez bas. Mais la deuxième République avait des liens non seulement avec l’occident (France, USA, Canada, Belgique, Allemagne), mais aussi avec la Russie, la Chine et la Corée du Nord. (Mal lui en prit ?) La deuxième république est devenue en quelques mois, ceux qui ont précédés l’invasion Ougandaise, une « dictature sanguinaire » dont le « peuple unanime » « appelait à l’aide son sauveur » : Paul Kagamé !

Le Rwanda avait, à l’Ouest, au Zaïre, un voisin et un allié : Mobutu déclinant et déjà lâché par les USA. A l’Est, il avait, en Ouganda, un voisin et un ennemi : Museveni devenant, entre temps, « our new good boy » des USA. Le cancer de la prostate de Mobutu obligeait la communauté internationale, amie des peuples de la Région des Grands Lacs d’Afrique, à lui choisir en toute objectivité un successeur, digne de confiance et « obligé ». Mais celui-ci, Museveni d’Ouganda, se déclarant le seul « Président élu à vie d’une Démocratie à Parti Unique », excéda Obama, qui lui réplica : « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes »[15] ( = Occupez-vous de vos institutions nous nous occupons de vos homes forts et des richesses de votre sous-sol). Et ce fut Kagamé qui fut adoubé, nouveau vassal de l’Empire.

A l’Ouest du Rwanda, dans les territoires des Kivu de la République Démocratique du Congo il y a les richesses du Grand Rift Africain : cobalt, or, diamant, uranium, coltan, wolfram (tungstène), béryl, bois précieux, terres rares, etc. etc. Ce qui fait que le Rwanda est devenu le premier exportateur au monde de quasiment toutes ces richesses bien que n’en possédant aucune sur son territoire. Les pilleurs sont bien entendu des « fils de pute » mais ce sont malgré tout, nos « fils de pute ».

A l’Est du Rwanda il y a le Lac Kivu, riche en gaz méthane et le Lac Albert (entre la RDC et l’Ouganda) riche en pétrole. (Mal lui en prit ?)

 

Et pendant ce temps-là, les troupes américaines continuent leur mouvement. Lors des élections en RDC, le mois passé, des troupes de l’Africom avaient été pré-positionnées au Gabon au cas où l’élection de Tshisékédy n’aurait pas suscité la liesse (que l’on sait) de la part du peuple congolais. Pour le Vénézuela les troupes US sont mises en alerte dans les Caraïbes prêtes à intervenir humanitairement pour supprimer le pouvoir en place actuellement et ne pas se laisser dérouler le processus en cours. « Les Etats Unis vont passer aux actes pour soutenir la démocratie »[16] (sic !).

Pour le Rwanda, il y a une base US en construction dans le Bugéséra. La deuxième République Rwandaise avait toujours refusé cette prérogative aux USA (Mal lui en prit ?) [17]. Et pendant ce temps-là les conseillers russes affluent en Ouganda pour entraîner les troupes de Museveni. Et les mésententes avec son voisin rwandais s’affirment de plus en plus. [18]

Faut-il rappeler le scénario de l’assassinat d’Habyarimana (et accessoirement de Ntaryamira) ?

1 - Les troupes américaines de l’Africom, venant de Stuttgart, sont pré-positionnées à Bujumbura une semaine avant l’attentat.

2 – Le 4th Airlift Squadron de l’Air Force Base de McChord, basé à Seattle, Etat de Washington, arrive également à Nairobi (Kenya) pour l’opération « Distant Runner/Assistance to Belgium »

2 - Appareillant 2 jour après l’attentat, du port de Mogadiscio (Somalie), le 11th MEU (SOC) du USS Peleliu arrive d’abord à Mombassa et ensuite à Bujumbura pour finalement dropper des forces héliportées (par CH-53 E[19]) à Kigali, avec des APC - M113[20]. (cfr. Samantha Power : « A Problem from Hell »).

 

En 1994, l’administration de Bill Clinton a refusé qu’il y ait une intervention de la Communauté Internationale pour faire arrêter le Génocide....pour quelles raisons ? A l’Onu elle a tout fait pour que la Minuar (Mission des Nations Unies au Rwanda) ne puisse intervenir et soit même désengagée. Pour quelles raisons ? La Communauté Internationale, à part la France, adopte un mutisme assourdissant et encore plus parlant que ce que Paul Kagamé a dit sur la BBC : « J’avais le droit ![21] et [22] » Pour quelles raisons ? Aucun Hutu génocidaire reconnu coupable et condamné au TPIR, n’a été inculpé de la planification du Génocide ni de l’assassinat des Présidents Habyarimana et Ntaryamira. Pour quelles raisons ? Aucun Hutu génocidaire condamné par des juridictions européennes, canadiennes ou américaines n’a été reconnu coupable d’avoir été auteur, co-auteur ou complice de l’attentat. Pour quelles raisons ?

Au Rwanda il y a 25 ans, Paul Kagamé « avait le droit ». Au Vénézuela aujourd’hui « on » aura aussi, sans doute, le droit .......

 

Malraux qui avait combattu durant la guerre d’Espagne (1936-1939) du côté des Brigades Internationales contre Franco (qui traitait ces brigades de terroristes) a dit : « On peut avoir raison et perdre une guerre ». En paraphrasant Malraux ne devrait-on pas dire : « Au Rwanda, Paul Kagamé avait tort, mais a gagné la guerre » ? Le doit du vainqueur est de juger les vaincus, d’écrire l’histoire, d’instaurer des tribunaux d’inquisition et d’alimenter les organes de la propagande.

 

Au Rwanda il y a 25 ans. Au Vénézuela aujourd’hui ? Deux pays trop pauvres pour avoir le droit de faire face à la meute des pilleurs de "leurs" immenses richesses..... 

 

[1] Mapping Report – Mari Pillay

[2] IBUKA- France et beaucoup d’autres de par le monde

[4] « Un dimanche à la piscine à Kigali » - Gil Courtemanche, entre autres

[5] - Kiniarwanda - Alrick Brown - Avec Cassandra Freeman dans le rôle de Rose Kabuye (Amie intime de Bernard Kouchner qui ne semble plus devoir s’inquiéter du sort mystérieux réservé par Kagamé à cette héroïne du Génocie des Tutsis du Rwanda)

[6] - Hôtel Rwanda - Terry George.

[7] Groupov et bien d’autres

[8] Kivu - Van Hamme – (Braeckman, dans la préface de cette BD ne voit le Rwanda que comme le « commercialisateur » des richesses congolaises, se conformant au processus (de blanchiment) de Kimberley, cher à Michel Louis)

[9] Le Génocide des Tutsis du Rwanda est amalgamé avec la Shoa. Certains Tutsis du Rwanda se réclamant plus ou moins ouvertement descendants d’une tribu d’Israël - Edith Bruder (Black Jews)

[10] Les « survivants » du Génocide auraient une certaine priorité sur les « non-survivants » ? - Catalina Sagarra Martin in "Obstacles et enjeux d'une écriture témoignante". Editions du centre d'action laïque.

[11] « ...à Bukavu ... la frontière, marquée par une rivière se jetant dans le lac Kivu ... » p 52 « Rwanda, la fin du silence » – Guillaume Ancel. (La Ruzizi est un émissaire du Lac Kivu vers le Lac Tanganyika).

[12] « Evoquer le sang des Hutus revient à salir le sang des Tutsis » - Dominique Sopo - SOS Racisme.

[14] Paraphrasant ce que disait Roosevelt du dictateur nicaraguayen Somoza, « C’est un fils de pute, mais c’est notre fils de pute … »

[16] Le Figaro.fr avec AFP le 24/02/2019

[19] Le CH-53E Super Stallion est un hélicoptère de transport lourd.

[20] Samantha Power : « A Problem from Hell » - P 354


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24 réactions à cet article    


  • Columbo Pink Marilyn 27 février 08:18

    Pourquoi commencer en 1994 ?


    • Bertrand Loubard 27 février 10:46

      @Pink Marilyn
      Merci pour votre commentaire. Oui, effectivement, on pourrait commencer beaucoup plus tôt tant pour le Rwanda que pour le Venezuela. Mais aussi et surtout pour toutes les ingérences sous « fausses bannières » et « motifs fallacieux ». Lutte anti-esclavagiste et contre la traite des êtres humains ; guerre Hispano-Américaine de « libération » de Cuba ; « libération » du Canal de Suez, Vietnam, Algérie, Armes de destruction massives et « anthrax » ; Libye, Syrie, Kosovo, Ukraine, Panama, Nicaragua, Colombie, Grenade, Falklands, Argentine, Angola, Malaisie, Philippines, etc. etc. C’est au Rwanda le 01/10/1990 qu’a commencé la guerre « mondiale d’Afrique Centrale ». Le 06/04/1994 l’assassinat des présidents rwandais et burundais initiait le Génocide. Les deux guerres du Congo qui s’en sont suivies ont provoqué la mort d’environ 6 millions de personnes (directement et indirectement).
      En fait, 25 ans pour le génocide des Tutsis du Rwanda ... mais presque 30 ans pour le début de cette guerre d’Afrique centrale ..... et, rien que pour cette « région », on peut continuer à remonter dans le temps......


    • Paul Leleu 27 février 21:25

      @Pink Marilyn

      pour comprendre le Rwanda et son « régime-change », il faut effectivement remonter à 1990.

      A cette époque, l’agent américain Paul Kagamé (formé aux USA) rentre au Burundi pour déclencher une guerre contre le régime Rwandais pro-français. La France déclenche l’opération « Noroît », et repousse les Tutsis. En 1993, l’opération américaine est un échec. De plus les accords d’Arusha doivent entériner ce statu-quo, en donnant quelques concessions aux Tutsis.

      Cela n’arrange pas les américains qui veulent justement dégager les français, et prendre le contrôle réel du gâteau. Pour ce faire, ils vont dyamiter les accords d’Arusha. Tuer le président Habyarimana, et provoquer lex extrémistes Hutus. Ce qui leur fournira un prétexte pour intervenir.

      Dès le début du génocide, la France veut intervenir de nouveau, afin de faire stopper la tuerie. Mais les USA s’y opposent, et refusent à l’ONU la qualification de « génocide » qui aurait imposé une interposition internationale. En effet, le but des USA est de gagner du temps. Si « l’interposition internationale » a lieu trop tôt, elle aura pour effet -encore une fois- d’empêcher Kagamé de prendre le pouvoir à Kigali. Jusqu’à ce que sur le terrain la victoire soit aquise à Kagamé, les USA vont donc empêcher l’interposition internationale.

      Une fois que la victoire est assurée, les USA lâchent du lest. A ce moment là le coup est joué. Kagamé est à Kigali, et la France est déconsidérée comme complice d’un génocide qu’elle a pourtant dénoncée la première.

      Par la suite, Kagamé va chasser les intérêt français, mais aussi la langue française, et même la relgion catholique au profit des sectes protestantes américaines. Et le Rwanda va servir de base pour la conquête du Kivu et du Katanga.


    • Bertrand Loubard 27 février 22:44

      @Paul Leleu

      Pour être précis, Paul Kagamé n’a pas été « formé » aux USA. Il a effectivement été envoyé, en tant qu’officier supérieur de l’armée Ougandaise et dans le cadre d’accord de coopération avec les USA, par Museveni, à For Leavenworth, pour un stage de 6 mois, en juillet 1990. Les formations, là-bas, se donnaient en 2 sessions de 6 mois par an. Kagamé partit juste après son mariage avec Jeannette. Le mariage entre Rwandais se célèbre lorsque la future épouse est enceinte de 3 à 4 mois.

      En fait Museveni voulait que Kagamé soit hors d’Afrique, quand il lancerait Fred Rwigema pour prendre le pouvoir en moins trois ou quatre jours à Kigali. Le coup a raté car Kagamé avait « flairé » que « son compagnon de lutte et fidèle ami de guerre » l’avait bel et bien trahit. Rwigema fut donc assassiné le 2/10 par les hommes de Kagamé dès la deuxième journée de l’attaque de l’Ouganda sur le Rwanda et cela à la fureur de Museveni.

      Kagamé a alors « quitté » Fort Leavenworth à la grande surprise des instructeurs de l’US Army qui « découvraient » à ce moment-là qu’il n’était pas Ougandais mais bien Rwandais. Il est arrivé en Belgique, où il laissa son épouse chez des « amis » (elle accouchera d’Ivan en novembre dans la ville belge d’Antwerpen).

      L’attaque ougandaise a été arrêtée par les FAR et la Garde Présidentielle Zaïroise après que celle-ci ait été parachutée à Gabiro sur la route Kagitumba - Rwamagana - Kigali. L’Opération française Noroi commence le 04/10, bien après que la colonne ougandaise ait été détruite par les forces conjointes du Zaïre et des FAR.

      Pour le reste je suis relativement d’accord avec vous sauf que ce n’est pas le Rwanda en tant que « pré carré de la francophonie » qui intéressait les USA (Clinton), mais la position stratégique du Rwanda qui commandait l’accès à tout le Zaïre, en commençant par le Nord et le Sud Kivu .... CQFD ?

      Bien à vous.


    • Paul Leleu 27 février 23:32

      @Bertrand Loubard

      je ne connais pas aussi bien que vous toutes ces choses sur Kagamé et ses rivaux en interne. L’attaque Ougandaise a bien été arrêtée par les FAR et la Garde Présidentielle... mais d’après ce que je sais, les instructeurs français étaient aux commandes... Noroît intervient dans la suite...

      il y a la petite conférence (2x20 minutes) du Général Tauzin qui fut le commandant français au Rwanda dans ces années là.

      https://www.youtube.com/watch?v=ng16P_zA_cA

      https://www.youtube.com/watch?v=_hWufpUP2gg

      Oui, le but des USA n’était pas de s’attaquer d’abord à la francophonie en tant que tell, mais bien de récupérer le Rwanda en tant que positon stratégique... mais ensuite, il y a bien eu une campagne contre la France, la francophonie et même contre l’église catholique... Il y a une tendance des USA à se servir aussi de la religion protestante dans leur oeuvre d’unification de leur bloc. Jaïr Bolsonaro, le président ultra-pro-américain du Brésil en est un exemple : il est passé du catholicisme traditionnel au Brésil au protestantisme américain. Je pense que la campagne mondiale contre le catholicisme actuellement s’inscrit dans cette stratégie (en profitant des scandales sexuels dans l’Eglise, comme si ça n’existait pas avant, ou bien que ça n’existait pas ailleurs).


    • leypanou 27 février 09:27

      L’invocation des valeurs démocratiques, du respect des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption, sont des leurres pour inhiber toute approche critique objective des situations créées par les ingérences   : et cela n’est jamais trop répété dans les médias.

      Pire, on a des pseudo-experts, multi-casquettes, qu’on voit et entend à peu partout pour « distiller » la vérité sur tous les sujets.

      où l’élection de Tshisékédy n’aurait pas suscité la liesse 

       : où est-ce que c’en en est de cette affaire d’élection en RDC d’ailleurs, car aux dernières nouvelles, 2 candidats se sont déclarés vainqueurs, avec différents soutiens ?


      • Bertrand Loubard 27 février 11:14

        @leypanou
        Merci de votre commentaire. Oui, la question de l’élection de Tshisekedi, (Fatshi) est posée pour nous étonner. Mais le plus intéressant n’est pas qu’un accord Kabila - « opposition » (type Poutine-Medvedev) soit intervenu pour qu’une marionnette joue le rôle de Président (quand c’est encore et toujours le clan de Kabila-Kagame qui restera à la manœuvre des ficelles). Le plus étonnant c’est que le peuple congolais, lui-même, ne s’est pas soulevé, lassé sans doute, mais aussi sans réel leader assez charismatique. Il faut, peut-être, croire que les « parrains » de Tshisekedi et Cts ont fait comprendre, tacitement, aux Katumbi, Fayulu, Bemba et al. qu’« ils » seraient prêts à faire avec eux, comme « ils » ont fait avec Lumumba, Che, Allende, Habyarimana, Hammarskjöld, Chavez, etc., etc. Les 99.99% récurrents de Kagamé ne procéderaient-ils de la même stratégie ..... ? Celle-ci tétanise toute velléité de réagir et comme le Génocide des Tutsi du Rwanda oblige à la résignation des peuples et aux silences.


      • Dom66 Dom66 27 février 14:48

        Merci, très bon article. je commenterais sans doute, plus tard, je sort prendre le soleil.

        merci à vous


        • Dom66 Dom66 27 février 14:49

          @Dom66
          Je sors...sorry smiley


        • Bertrand Loubard 27 février 15:26

          @Dom66

          En attendant vos commentaires, un article intéressant sur Von Humboldt et le Bolivarisme

          https://counterinformation.wordpress.com/2019/02/26/alexander-von-humboldt-venezuela-and-the-bolivarian-revolution/

           


          • leypanou 27 février 16:49

            @Bertrand Loubard
            je ne suis pas Dom66 mais je réponds quand même : merci pour ce lien, j’y ai appris beaucoup sur A von Humboldt, dont je n’ai jamais entendu parler jusqu’à maintenant.
            Article à diffuser et à faire savoir effectivement.


          • Dom66 Dom66 27 février 18:36

            Re salut,

            Je viens de rentrer après avoir fais un tour au bord de la mer par un beau ciel bleu...ça décontracte

            J’ai lu votre lien..déjà le titre du site "Uncovering the mainstream media lies" pas mal.

            merci pour le lien

            Le résumé où tout est dis....par >>>ceci : " And since then, this has been the great nightmare of the US : a united, independent and powerful South America."

            Pour les ceux qui ne parlent pas la langues de « Chèque Spire »

            " Et depuis, cela a été le grand cauchemar des États-Unis : une Amérique du Sud unie, indépendante et puissante."

            Je pense que les USA n’ont jamais digéré l’arrivé de Chavez .

            Pour votre article ; Rien à dire de particulier en ce qui me concerne, il est très bon et je suis entièrement d’accord avec vous. Je le signe.....avec vous . smiley

            MERCI


            • Paul Leleu 27 février 21:33

              En 1993, Roland Dumas dit à propos du Rwanda, et des manipulations américaines « c’est Fachoda », en référence à la lutte d’influence entre la France et l’Angleterre en Afrique. Les élections de 1993 ramènent la droite pro-OTAN aux affaires, Balladur, (et Sarkozy !)...

              Mitterrand (quoi qu’on pense de lui par ailleurs), vieillissant et isolé ne peut plus s’opposer aux américains. Son conseiller pour l’Afrique, François de Grossouvre est « suicidé » le 7 avril 1994 à l’intérieur même du Palais de l’Elysée à Paris... comme un avertissement... l’enquête concluera à une « dépression foudroyante ».

              On peut même supposer que c’est pour cela que Mitterrand a « choisi » Chirac comme successeur en 1995, afin d’atténuer l’atlantisme de Balladur d’une part, et du nouveau PS d’autre part. On voit d’ailleurs que Chirac (quoi qu’on pense de lui par ailleurs) a dit non aux américains pour la guerre en irak.

              En 2007, tout cela est définitivement terminé. Dominique de Villepin est « victime d’un scandale » et écarté au profit du très otanien Sarkozy (venu de chez Balladur !). Et la France s’aligne défintivement.


              • Bertrand Loubard 27 février 23:09

                @Paul Leleu
                Je suis assez bien d’accord avec vous. Il est évident qu’en Europe il y avait des partisans de l’Oncle Sam purs et durs, d’autres convaincus par la troisième colonne de la diaspora Tutsi et finalement d’autres qui avaient vu juste et auxquels les développements de la situation depuis lors et jusqu’à présent, donnent évidemment raison. Les contraintes politiques de l’époque, leurs structures et leurs arcanes étaient extrêmement embrouillées, aux USA, au Canda, en Angleterre, en France et en Belgique. Les lobbies étaient partout infiltrés dans les milieux politiques et jusqu’aux médias. D’une manière générale, il se dégage cependant une convergence forte et significative des faits et des indices vers la désignation du responsable (et de ses alliés) de l’attentat du 06/04/1994 ?
                Bien à vous.


              • Paul Leleu 27 février 23:43

                @Bertrand Loubard

                comme on dit « cherche à qui profite le crime » (certainement pas à la France !)... et quand on se pose cette question, ça ouvre vraiment des perspectives incroyables. Les choses s’emboîtent... la première enquête français sur l’attentat n’a pas donné satisfaction... alors on a fait une deuxième enquête pour arriver aux « bonnes » conclusions...

                autre chose qui m’a mis la puce à l’oreille : la petite musique de Guillaume Ancel, ex-officier français au Rwanda... qui sans se mouiller, donne des informations parcellaires qui distordent la vérité... en clair, il dit « rien que la vérité », mais il ne dit pas « toute la vérité »... et ça change tout ! Il est interviewé sur des médias pseudo-alternatif comme Thinkerview (qui comme tous les médias gauchistes de l’époque de la guerre-froide servait à descendre l’URSS, sert de centre de diffusion d’une opposition pas trop dangeureuse). Il a aussi son Blog sur le journal Le Monde, avec ce titre pseudo-doloriste « ne plus subir »... mais la ficelle est grosse ! Le Monde est une journal qui défend d’habitude coute que coute l’Armée française... mais juste sur l’affaire du Rwanda, le Monde montre son visage d’officine atlantiste.

                de toutes façons, on nous explique que Mitterrand (quoi qu’on pense de lui par ailleurs) s’est réveillé un beau matin en se disant : « chouette, je vais faire un génocide au Rwanda »... ça n’a aucun sens... évidement qu’il y a un coup-fourré là-dessous.


              • Bertrand Loubard 28 février 21:47

                @Paul Leleu
                Tout à fait d’accord sauf qu’il faut savoir de quel crime il faut parler et des quels profits il s’agit. Il est évident que la France avait un intérêt stratégique fabuleux à avoir un centre culturel à Kigali (ce que n’avaient pas réussi à faire, à la même échelle les USA, le Canada, la Belgique, l’Allemagne et les autres nationalités). Ce Centre Culturel employait d’ailleurs un grand nombre de Rwandais Tutsis ... c’est à souligner et à la fois interpellant quand on accuse la France de Génocide !!!!!! Mais cela constituait, sans doute et d’ailleurs, une raison suffisante pour que Kagamé le fasse fermer et ..... raser ... !
                S’il faut parler de Guillaume Ancel....il est évident qu’il semble faire partie de cette engeance qui rode, dans toutes les nébuleuses des conflits, en Afrique particulièrement, avec plus ou moins de réussite suivant le background dont il peut bénéficier. Evidemment il y a eu des Jean Schramm, des Philippe Dieuleveult, des Bob Denard, des Roger Winter, des Paul Barril, des mouches du coche, des traineurs de sabre « démob », des bouffeurs de gamelles nostalgiques, des simili mercenaires, des soi-disant baroudeurs, des barbouses de pacotilles, des James Bond de faubourgs, des trafiquants en tous genres à la petite semaine .... Mais dire que la Ruzizi alimente le lac Kivu, que les volcans entre le Zaïre (de l’époque) et l’Ouganda sont visibles depuis l‘aéroport de Goma, que le gilet pare-balle de son ami belge était porté par un Hutu Génocidaire des Tutsi du Rwanda, que le pilote d’hélicoptère entendait les cris des Tutsi du Rwanda Génocidés par des Hutus génocidaires héliportés .. et qu’il ne sait rien des militaires français fait prisonniers par Kagamé qui, dans le cadre d’un « gentlemen agreement », les a remis, sans autres formes de procès, à la France (planificatrice du génocide des Tutsis du Rwanda qui a fait selon les chiffres de l’ONU entre 800.00 et 1.200.000 morts majoritairement Tutsis et accessoirement Hutus modérés)..... sauf que peut être cela aurait pu être la raison du contre ordre au décollage des Jaguars ..... !!!! Vas-t’en savoir !
                Bien à vous.


              • Laurent 47 10 mars 16:26

                J’ai écouté ce matin, sur « France Désinfo », le commentaire d’un « journaliste » qui nous a passé un témoignage digne de foi, d’un opposant à Nicolas Maduro qui nous a décrit une situation catastrophique au Venezuela !

                Petit problème : j’écoute ce merdia depuis le début des incidents au Venezuela, et jamais je n’ai entendu parler un défenseur de la démocratie qui soutient le président largement élu, lors d’un scrutin surveillé par plus de 2.500 observateurs !

                Seuls ceux qui soutiennent ce fasciste de Juan Guaido, qui ne représente que lui-même, ont droit à la parole !

                Et vous voudriez qu’on fasse confiance à nos médias ?

                C’est tout juste bon pour les crétins, et encore !


                • Bertrand Loubard 10 mars 20:34

                  @Laurent 47

                  Merci pour votre commentaire. Effectivement l’information est vraiment trop souvent biaisée. Je comprends qu’il faille aller vite ... mais quant à vouloir faire du journalisme en abandonnant tout esprit critique pour apporter la « seule et vraie bonne nouvelle ... en faisant toujours plus de la même chose » c’est manifestement de l’aveuglement.

                  Fabriquer le consentement est une pratique qui a bien été décrite par Edward Herman et Noam Chomsky (Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media). Convaincre « sur commande » sans intime conviction me paraît fondamentalement vicieux. Je comprends qu’on s’immerge, qu’on s’implique dans la propagande ...... et je peux croire que certains ne s’aperçoivent plus de la nature et du caractère de ce qu’ils « propagent » .... Mais cela devient assez grave à l’heure des réseaux sociaux, des forums et de la transmission des informations, des avis et des contre-avis, à la vitesse de la lumière....

                  Bien à vous.


                • phan 10 mars 21:13
                  ...
                  Quant à la fameuse famine et à la crise humanitaire au Venezuela, voici ce qu’en dit l’expert Alfred Maurice de Zayas, envoyé par l’ONU pour évaluer la situation au Venezuela :
                  Les rapports de décembre 2017 et de mars 2018 de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), montraient la liste des 27 pays ou sévissent des crises alimentaires. « La République bolivarienne du Venezuela n’y figure pas. »
                  « En 2017, la République bolivarienne du Venezuela a demandé l’assistance médicale du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette demande a été rejetée parce qu’« étant toujours un pays à revenu élevé… le Venezuela n’y a pas droit. »
                  La ‘crise’ au Venezuela « ne peut être comparée aux crises humanitaires à Gaza, au Yémen, en Libye, en République arabe syrienne, en Iraq, en Haïti, au Mali, en République centrafricaine, au Sud-Soudan, en Somalie ou au Myanmar (Birmanie), entre autres. »
                  Dans le paragraphe 37 du rapport de M. de Zayas, nous lisons : « Les sanctions et les blocus économiques modernes sont comparables aux sièges des villes médiévales, visant à les forcer à se rendre. Au XXIe siècle, les sanctions ne servent plus à mettre à genoux les villes, mais les pays souverains. Sauf peut-être à la différence qu’au XXIe siècle, les sanctions s’accompagnent de manipulations de l’opinion publique par l’intermédiaire d’informations trompeuses, de relations publiques agressives et de fausse éloquence sur les droits de l’homme, afin de donner l’impression que ces derniers justifient l’emploi de moyens criminels. Dans le monde actuel, il y a non seulement l’ordre juridique mondial horizontal, régi par la Charte des Nations Unies et les principes d’égalité souveraine, mais aussi un ordre mondial vertical, reflétant la hiérarchie géopolitique mondiale. Cet ordre, qui relie les États dominants avec le reste du monde, est inféodé à la puissance militaire et économique. C’est ce dernier, l’ordre géopolitique, qui jusqu’ici en totale impunité, s’adonne au brigandage géopolitique. »

                  ...


                  • Bertrand Loubard 10 mars 21:36

                    @phan

                    Merci pour votre excellent commentaire (suivant mes critères, bien entendu !). Il est effrayant de constater combien de rapports ou autres avis d’experts sont simplement supprimés ou censurés de toute approche objective des situations de crises qui sont récurrentes depuis les années 1990 ...

                    Bien à vous.


                  • phan 10 mars 21:15

                    Piégé par un canular monté par deux célèbres humoristes russes, l’envoyé spécial des États-Unis pour le Venezuela, Elliott Abrams, aurait détaillé les manœuvres de Washington pour faire aboutir le coup d’Etat de Juan Guaido.
                    ....

                    • JC_Lavau JC_Lavau 10 mars 21:33

                      @phan. Excellent, inespéré.


                    • Bertrand Loubard 10 mars 21:41

                      @phan
                      Merci pour le lien. Selon moi, il faut quant même pour justifier son objectivité, entreprendre une analyse complexe de ce qui se trouve sur les différents réseaux. Je suis assez partisan, je le concède d’accorder à vos références un certain crédit ... mais il est, dans ma connaissance du « problème », et à priori, donc sujet à réflexions approfondies et structurées....
                      Bien à vous.


                    • Bertrand Loubard 10 mars 21:53

                      @JC_Lavau
                      Effectivement, excellent. Il est véritablement navrant de voir le peu de réactions de solidarité non pas avec un régime, mais avec la population vénézuélienne

                       et contre un interventionnisme sous couvert des droits humains, de la liberté et de la démocratie ... de la défense de « nos valeurs », comme au Rwanda en 90-94, en Syrie et en Libye, etc., etc.

                      Bien à vous.

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