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50 nuances de Bien, ou Que la bonne cause n’a pas toujours raison

Nous vivons dans des époques et des mondes qui escomptent le Bien, en Occident, pour le meilleur et pour le pire - mais le mieux est l'ennemi du bien, et c'est parfois un mal pour un bien. - Comment ?! Les choses ne seraient donc pas manichéennes ? ... Voyons.

 

Faire bien, faire le bien, faire du bien, bien faire sont en français quatre faux amis.

  • Faire bien, c'est faire soigneusement, prendre soin, s'appliquer, voire perfectionner, améliorer, performer quelque chose, jusqu'à faire mieux, quand même "le mieux est l'ennemi du bien". Reste qu'on ne prend pas trop de risque, à affirmer que nos mondes sont dans de telles logiques de faire-bien, faire-mieux, dans leurs dynamiques croissancielles - un faire-bien/mieux certes dédié à l'économisme ;
  • Faire le bien réfère explicitement à une morale instituée entre nos mœurs, par laquelle un consensus peut s'établir autour du bien, fait, en question. Toutefois, juger d'un faire-le-bien dépend aussi de soi, car l'on peut décider que "c'est l'intention qui compte" indépendamment des conséquences, à moins au contraire que les conséquences nous satisfont tout à fait quant à ce que nous décrétons bien, par-devers le dissensus social : nous sommes convaincus par notre démarche, intentionnelle et/ou conséquentielle, et ce jusqu'à l'aveuglement fanatique - depuis un sentiment de sûreté qui n'est pas malsaine, et qui s'apparente à la simple confiance en soi.
  • Faire du bien peut ressortir éventuellement d'un faire bien relatif à la personne à qui on fait du bien, et encore ressortir d'un faire le bien consensuel, recevant l'approbation de ladite personne qui le vit bien en conséquence. Mais le faire-du-bien est tout autant un faire-plaisir, un soulager, un prendre-sur-soi - qui certes, jusque dans une certaine démarche sacrificielle, peut s'apparenter encore à un faire-le-bien, mais aussi à un faire-bien quand il s'agit d'exaucer correctement autrui. Le tout peut tourner à l'asservissement devant la (et, statistiquement, le taux de) satisfaction, d'autrui, jusqu'à le rendre susceptible d'être imbu de soi, d'avoir oublié que son bonheur dépendait de notre faire-du-bien. C'est ce dont ne veulent pas se rendre compte nos services-clients et autres démarches-qualité, à cultiver et éduquer le monde comme un méchant couffin, à l'avilir.
  • Bien faire correspond indifféremment aux trois précédentes items, mais ressort notoirement de l'approbation d'autrui : "Tu as bien fait", qui par là même fait bien devant nous qui avons selon lui bien fait, afin - selon casuistique - de faire le bien ou faire du bien. Bien faire reste indécidablement un jugement valorisant le devoir, ou bien valorisant le pouvoir. En effet, si j'ai bien fait, c'est soit que j'ai répondu aux exigences de la situation d'une manière ou d'une autre, soit que j'ai exaucé la situation de quelqu'un - or ce quelqu'un peut tout aussi bien être moi, si j'ai jugé avoir à m'exaucer dans la situation - y compris au plan de mon plaisir, ici vécu sur le mode d'une potentiarisation, rapport à la situation qui aurait pu être déplaisante (où le devoir se moque du déplaisir, et trouve sa joie en sa réalisation supérieure). A noter évidemment, que répondre aux exigences de la situation ou y exaucer quelqu'un (soi compris) peut se confondre.

Voilà ce qu'on nomme vulgairement "le bien", qui mélange tout et rend impossible nos communications de bonne entente, en les condamnant aux ententes cordiales, aux ambiguïtés, aux hypocrisies, aux ambitions et aux vilenies. Naturellement, il y a beaucoup de snobisme là-dedans. C'est que le snobisme a assez bien gagné nos mondes embourgeoisés.

Ainsi la Cité peut-elle condamner les bien-intentionnés, de n'avoir pas voulu dissocier intention et conséquence, ni dissocier faire-bien, faire-le-bien, faire-du-bien et bien-faire, ayant fait du mal voire fait mal même en voulant faire le bien ou du bien, etc. En cela, les bien-intentionnés peuvent être extêmement ridicules. Par le passé, des responsables ont été démis pour moins que ça, et monsieur Macron ne fait pas exception à la règle, pas plus que tous les bien-pensants autour de lui, sans parler de tous militants "progressistes" - par ailleurs. La bonne cause n'a pas toujours raison.


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4 réactions à cet article    


  • zzz'z zzz’z 24 octobre 10:38

    Bien dit.


    Le mal étant connoté mort, le bien devient la pérennité, l’immortalité… Au-dessus, c’est le soleil !

    • Morologue Morologue 24 octobre 11:55

      @zzz’z. Icarien, au final.


    • zzz'z zzz’z 24 octobre 11:01

      Vous avez oublié : 

      Homme de biens  : Possédant, la propriété privée se trouvant sacralisée.

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