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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > A quand l’abolition des passe-droits ?

A quand l’abolition des passe-droits ?

La pédagogie est absolument nécessaire pour faire entrer quelques idées dans la tête des gens, changer les mentalités et les présupposés, et surtout détruire les mythes complètement éculés (bande d'éculés) sur lesquels notre société se fonde encore un peu. Personne ou presque ne semble vouloir mettre en question ceux-ci comme si ils étaient vraiment intangibles. Je n'ai jamais compris cette intangibilité obligatoire. Et il ne faut surtout jamais évoquer tout ce qui pourrait remettre en question cette vision tronquée de l'Histoire faisant commencer la France en 1789 en somme...

La pédagogie c'est répéter, donc répétons une ou deux choses même s'il n'est de pire sourd qui ne veut pas entendre..

La nuit du août 1789 la France est censée avoir aboli les privilèges. Je dis bien censée. Par « privilèges » on entendait surtout à l'époque les spécificités juridiques propres à chaque province royale et non les privilèges d'une classe sociale sur les autres. Donc il s'agissait d'une mesure affirmant la centralisation de l’État et non d'autre chose. D'ailleurs comment peut-on penser que l'on élimine d'un trait de plume des comportements finalement profondément humains ? Hélas. Ceux qui poussent à l'avidité, à l'égoïsme individuel et collectif et autres travers...

C'est comme penser qu'un décret mettra fin à quelque sorte de harcèlement que ce soit d'un coup de baguette magique...

Las ! La légende demeure, et le bon peuple depuis cette date est persuadé que tout le monde est réellement à égalité en France au moins devant la loi et qu'il n'y a pas de passe-droits, pas de réseautage, pas de copinage, pas de puissants qui cooptent leurs larbins selon leur capacité à plier l'échine. Ne serait-ce qu'une affaire récente impliquant un garde du corps du président de la République montre qu'il n'en est en fait rien du tout.

Parenthèse à ce sujet, on a vu circuler des caricatures montrant Macron en Louis XVI avant la Révolution à ce moment là. Mais ces caricatures se trompaient lourdement sur un point. Louis XVI ne se serait jamais permis un tel mépris du peuple, un tel dédain des règles.

Des Benalla, il n'y en a pas qu'un, ni deux, mais plusieurs milliers un peu partout dans les institutions de la République, des malins, des ambitieux qui ne voient pas pourquoi ils devraient se plier aux règles de la méritocratie qui n'ont plus cours du tout, l'ascenseur social étant en dérangement depuis fort longtemps déjà. Ils ne sont pas tous issus de la diversité, ils sont dans tous les milieux. On les comprend presque ces Benalla, pourquoi se contenter de peu alors qu'on peut obtenir beaucoup plus en flattant l'un ou l'autre ?

On glose encore sur les bienfaits de la nuit du 4 Août alors qu'il n'y a jamais eu autant de différences entre les milieux. Sur tous les plans : le langage, la culture, l'éducation, le mode de vie, etc...

Ce sont des planètes aux orbites parallèles qui ne se croiseront jamais. Elles sont parfois sur une ligne proche mais ça ne dure pas longtemps. Les habitants de ces astres respectifs ne se comprennent plus du tout, ne veulent pas de toutes façons se comprendre en quoi que ce soit.

Les uns ont les codes pour réussir, les autres non.

Pourquoi faire ?

Ils sont profondément conditionnés à s'estimer heureux de leur sort. De temps en temps les plus riches choisissent un précaire « méritant » à leurs yeux pour se donner bonne conscience. Ledit gros gâté adopte très rapidement un comportement odieux qu'il croit devoir être le sien alors qu'il a changé de milieu.

Il n'y a pas pire que ces « cooptés » volontairement sourds eux à la pauvreté contrairement à d'autres privilégiés chez qui c'est inconscient...

On nous parle encore de cette nuit du 4 Août alors que les fractures sociales en France n'ont jamais été aussi flagrantes, aussi marquées sur le territoire. Il faudrait commencer à ouvrir les yeux.

Illustration empruntée ici

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil


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25 réactions à cet article    


  • McGurk McGurk 6 août 13:05
    Pour moi, ce n’est qu’une question d’éducation.

    Dans de nombreux pays à travers le monde, au niveau politique, le fait d’être à une fonction officielle et d’être en infraction conduit à la fois à des excuses publiques de ces individus suivi d’une démission. Parce que la société n’accepterait certainement pas qu’un de leurs représentants viole impunément la loi.

    Tout comme de nombreux exemples tels que la grande propreté des transports dans les autres pays - alors que chez nous ils sont immonde et qu’on balance une tonne de déchets -, le fait de traverser n’importe quand - en Allemagne les passants ne le font qu’une fois le feu est vert -, etc.

    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 13:19

      @McGurk
      Le problème aussi est que notre société est atomisée


    • McGurk McGurk 6 août 13:29
      @Amaury Grandgil

      Bien sûr, ça y contribue.

      Mais concernant nos dirigeants, on a affaire à de la racaille bourgeoise : un pouvoir soumis à aucun contrôle, fric à volonté, aucune limite, se croyant supérieure aux autres et n’hésitant pas à les abaisser à la moindre occasion pour s’affirmer.

    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 20:48

      @McGurk
      nos dirigeants ne sont pas les seuls responsables, nous aussi, nous avons une conscience


    • McGurk McGurk 6 août 22:23

      @Amaury Grandgil
      Ouais...pour aller voir des matchs de foot smiley .


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 7 août 10:25

      @McGurk

      Non j’ai horreur du foutebole business


    • McGurk McGurk 7 août 15:42

      @Amaury Grandgil


      Moi aussi. Encore plus les quatre heures de klaxons que j’ai dû subir pour le match final.

    • jocelyne 9 août 18:43

      @Amaury Grandgil
      bonsoir Amaury , faites nous la liste de tout ce que vous détestez. Vous ressemblez de plus en plus à schtroumpf grincheux  smiley


    • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 12 août 10:21

      @jocelyne
      si ça vous plaît les lunettes roses moi je m’en fiche smiley


    • Étirév 6 août 13:24

      L’auteur rappelle : «  La nuit du août 1789 la France est censée avoir aboli les privilèges. »
      En effet, la Révolution Française et la fin des privilèges auraient pu aboutir si les grandes causes n’étaient pas toujours dénaturées et dévoyées par des esprits médiocres, par des agitateurs ambitieux qui se jettent à la traverse des grandes idées pour les dévier à leur profit.
      Ainsi, la grande conception de la « République » de ce temps fut reprise et réalisée, mais combien rapetissée par ceux qui la réduisirent au niveau de leur médiocrité.
      La Révolution Française c’est la résurrection de...


      • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 20:49

        @Étirév
        Je rappelle que les privilèges abolis étaient les spécificités administratives des provinces sous la monarchie...


      • jymb 6 août 13:25

        Le jour où les parasites qui nous pourrissent la vie se retrouveront comme les autres dans les bouchons qu’ils ont créé et se traîneront à l’allure des obligations de lenteur absurdes que l’on nous assène, notre vie changera trés vite.


        • Arogavox 6 août 14:21

          « et non les privilèges d’une classe sociale sur les autres »  ??

           Le mot « égalité » de la devise nationale inscrite dans notre Constitution ne ferait pas référence à une égalité en dignité (bien avant une égalité en droit) s’opposant historiquement à ce que la Révolution Française voulait abolir, c’est à dire la non-égalité-en-dignité que constituait la division entre noblesse, clergé et tiers-état ?!
           
           Allons-nous nous laisser Bern-er ? Plutôt que de réécrire l’histoire, ou de comettre le lapsus de vouloir chercher ’les codes pour ’réussir’ " ne pourrions-nous pas examiner de plus près les ’codes’ que nous servent ces histoires dont toute une Pléiade veut forger notre QQulture ; cf cette ’réaction’ : https://www.agoravox.fr/commentaire5272744&nbsp ;&nbsp ;&nbsp ;


          • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 20:50

            @Arogavox
            L’histoire de la Révolution n’est pas écrite encore


          • NEMO Dr Faustroll 6 août 15:07

            Les privilèges dont on ne bénéficie pas sont absolument inadmissibles.


            • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 20:23

              @Dr Faustroll

              Les non privilégiés ne serait rien que des jaloux ? smiley C’est ça l’idée ? il


            • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 20:23

              @Dr Faustroll

              Les non privilégiés ne serait rien que des jaloux ? smiley C’est ça l’idée ?


            • zygzornifle zygzornifle 6 août 16:40

              La pédagogie est absolument nécessaire pour faire entrer quelques idées dans la tête des gens, changer les mentalités et les présupposés...


              Comme la politique du pouvoir s’y oppose a moins d’un coup d’état on peut toujours rêver .....

              • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 6 août 20:51

                @zygzornifle
                on peut essayer non ?



                • Christian Labrune Christian Labrune 7 août 02:33
                  La nuit du août 1789 la France est censée avoir aboli les privilèges. Je dis bien censée. Par « privilèges » on entendait surtout à l’époque les spécificités juridiques propres à chaque province royale et non les privilèges d’une classe sociale sur les autres.
                  ...................................................................... .................
                  @Amaury Grandgil

                  Non, on ne peut pas dire ça. Ce qui est d’abord en cause, le 4 août, ce sont bien les privilèges de classe, c’est-à-dire les inégalités qui procèdent de la structure féodale du système social. Qu’il faille ensuite harmoniser le droit dans tout le royaume et supprimer aussi certains privilèges spécifiques des provinces, c’est une conséquence du premier principe. Lequel principe fut approuvé, il faut bien le dire, par beaucoup de gens de la noblesse et du clergé. Il y aura eu cette nuit-là une espèce d’exaltation d’enthousiasme optimiste qui ne tarda pas à être douchée par la résistance de ce pauvre Louis XVI qui, pourtant, croyait bien faire.

                  Cela dit, je vous accorde bien volontiers que l’histoire de France ne commence pas en 1789 ! La plupart des grands principes « révolutionnaires », et en particulier l’idée d’égalité, sont directement hérités du christianisme. La société de la France à l’époque classique est certes très inégalitaire, mais toute la littérature et les écrits du temps donnent à penser que le mépris social sera bien pire après que la bourgeoisie, au XIXe siècle, aura balayé l’ancienne noblesse pour être à même d’exercer la réalité du pouvoir. Il était de bon ton, au XVIIe siècle, de se soucier des pauvres. Bossuet prêchant devant la cour et devant Louis-le-Grand demandait instamment au riche de « porter le fardeau du pauvre ». Je ne suis pas sûr que, de retour dans son hôtel particulier, le courtisan gardait un souvenir bien précis de cette injonction, mais il était quand même très mal vu de traiter « ses gens » comme un DRH à la botte d’un conseil d’administration traite aujourd’hui les employés de l’entreprise !

                  • Amaury Grandgil Amaury Grandgil 7 août 10:24

                    @Christian Labrune

                    Cette nuit a surtout amené à moyen terme en France l’avènement d’un lumpenprolétariat qui n’était plus protégé par les corporations. Et donc à des inégalités bien plus criantes que sous l’ancien régime.


                  • Christian Labrune Christian Labrune 7 août 13:19
                    @Amaury Grandgil

                    Il est de fait qu’il n’y a aucune commune mesure entre la condition des ouvriers sous l’ancien régime et ce qu’elle deviendra dès la fin du Premier Empire, et particulièrement sous la monarchie bourgeoise de Juillet. Certes, on mourait beaucoup sur les chantiers de Versailles, mais le premier grief du savetier de La Fontaine contre le pouvoir de son temps, c’est : « on nous ruine en fêtes ». Il y a beaucoup trop de jours chômés dans l’année. On est loin des journées de travail du prolétariat que décriront le rapport Villermé de 1841, et plus tard l’oeuvre de Zola !

                    Les historiens font apparaître que la condition du peuple s’est beaucoup améliorée dès le règne de Louis XV, comme le font apparaître les inventaires après décès qui font état de la possession de toute sorte d’objets dont les classes inférieures étaient démunies dans les siècles précédents. On n’aurait évidemment pas pu faire l’économie de la révolution industrielle qui se développe en France après la Révolution, cela n’aurait même pas été souhaitable, mais la révolution française, avec son cortège d’horreurs à partir de l’été 92, aura porté au pouvoir une classe bourgeoise qui s’est très bien accommodée ensuite de l’Empire mafieux du boucher corse et qui n’a jamais connu d’autre principe que celui de la rentabilité à tout prix.

                  • troletbuse troletbuse 7 août 08:06

                    Avec Hollandouille, c’était « Passe par la rue du cirque ». Avec Macronimbus, c’est « Passe par derrière »

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