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Battre la campagne

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La moisson des voix

La politique est un étrange domaine ou celui qui fut brillant et respecté hier peut soudain se fourvoyer en prenant une mauvaise direction ou bien en suivant un cheval peu recommandable. C’est ce qui advint à celui qui fut sans doute le meilleur dans sa petite baronnie et qui, en dépit de ses errements, réclame à nouveau la confiance des siens. Cette histoire n’a de remarquable que le fait qu’elle se répète ici ou bien ailleurs, sous d’autres étiquettes tout en illustrant parfaitement l’étrange versatilité des girouettes tout comme celle du vent...

Dans notre bonne cité, nous avons un grand personnage qui n’a eu de cesse de se mettre au service d’un candidat bien peu exemplaire lors de l’élection présidentielle. Âme damnée du châtelain chafouin, notre bon député disparut totalement des écrans radars locaux pour se vouer corps et biens à son champion. En dépit des casseroles, des révélations, des doutes et des certitudes sur la probité du personnage, le vassal ne changea pas d’un iota, tint le cap dans la tempête et fut le témoin privilégié d’un désastre annoncé.

L’homme se rêvait éminence grise du futur monarque, ministre ou bien chef de cabinet, je ne sais. Le jeu des ambitions est si délicat à percer dans ce monde des vanités et des ego. Toujours est-il qu’il ne ménagea ni sa peine ni son énergie, suivant comme un petit chien fidèle, celui à qui la victoire était promise, sillonnant la France, sa nouvelle circonscription, sans trêve ni repos. Le pays n’est alors pas assez vaste pour ces deux ambitieux, inséparables.

Puis le vent a tourné. Les masques sont tombés et le peuple incrédule a découvert la face grimacière de celui qui se prétendait le père la morale. L’idole n’était qu’un cupide, un être avide et immoral aux doigts crochus, une canaille tout simplement. Qui se ressemble s’assemble prétend le dicton populaire et chacun aurait pu légitimement associer notre homme à ce verdict sans appel.

Que nenni ! Il n’en fut rien. La débâcle consommée, notre bon député rentra penaud dans sa circonscription, découvrant enfin qu’il avait là des électeurs à flatter dans le sens du poil. La chose, reconnaissons-le n’étant guère compliquée puisque sa zone d’influence a été taillée sur mesure. C’est une habitude dans cette clique de se faire offrir des vêtements à sa taille exacte, ce fut le cas pour la circonscription de cet élu sans risque.

Les braves électeurs vont vite effacer le poids de la faute, de la trahison des valeurs. Ils aiment leur député même s’ils ne le voient que lorsqu’il sollicite leurs suffrages. Reconnaissons-lui alors le mérite de ne pas mesurer ses efforts, de se multiplier en tous lieux pour se rappeler au bon souvenir de ceux qui,il y a peu, étaient pour lui, quantité négligeable. Il fait campagne, il bat la campagne pour une récolte qui s’annonce fructueuse et pour venger l’affront qui fut fait à son champion.

Je suis heureux qu’il redécouvre les siens, qu’il retrouve le chemin de sa maison. Nous le pensions à jamais perdu pour sa ville et son petit pré carré. Le voilà revenu en pleine gloire, blanchi de cet épisode désastreux qui miraculeusement ne laissera aucune trace dans les mémoires de ses électeurs, de bons et loyaux réactionnaires, propriétaires terriens, céréaliers pourfendeurs de la nature, braves gens confits dans leur égoïsme et la peur de l’étranger. Il est dans son élément, il est parmi ces citoyens du repli sur soi et du mépris de l’avenir qu’il affectionne tant.

Ceux-là n’auront pas de reproches à lui faire. Leur vote est acquis, qu’importe les fautes et les mensonges, il sera toujours leur champion, leur cher Député. Ils sont fiers de sa notoriété, de sa prestance, de sa bonhomie. Le candidat excelle dans cet exercice puis il oubliera bien vite ceux qui l’ont réélu pour redevenir cet intrigant des salons politiques parisiens.

Ainsi va la vie dans nos petites circonscriptions, l’implantation locale, pour fictive et illusoire qu’elle soit, constitue un bâton de maréchal pour des élus à l’image de celui-ci, beaux parleurs, bien faits de leur personne, aux sourires enjôleurs et à la respectabilité infroissable. L’élection leur est acquise, le passé aboli, le bilan insignifiant, la réalité sans valeur.

Il suffit de battre la campagne, de serrer des paluches, de toujours faire bonne figure aux journalistes locaux toujours prompts à servir la soupe et la manigance. L’homme sera élu dans un fauteuil et après avoir clamé partout qu’il fallait faire barrage à dame Marine, mènera, en toute logique, une guérilla sans merci à celui pour qui il avait appelé à voter. Dans ce petit monde, on n’est jamais à une entourloupe près. Une petite marseillaise entonnée dans l’hémicycle suffit parfois à vous donner une stature nationale. Les bons électeurs se contentent de si peu.

Platitudement sien.

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Photographies : République du Centre

 


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4 réactions à cet article    


  • Henry Canant Henry Canant 31 mai 20:57

    Un essai littéraire ?


    • C'est Nabum C’est Nabum 31 mai 21:49

      @Henry Canant

      Je souhaite écrire ses discours


    • zygzornifle zygzornifle 1er juin 14:37

      Avis aux amateurs, il y a 15 000 lunettes-sourcils que Fillon avait fait fabriquer pour sa campagne et qui n’ont jamais étés mise en circulation ...... Coût de l’opération 30 000€ ....

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