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Boycott de Danone et de Nokia : une leçon pour les grandes entreprises

Tirant les enseignements de Lu en France, de Nokia en Allemagne ou de Vilvoorde en Belgique, les entreprises réfléchissent aujourd’hui à deux fois aux avantages et inconvénients des grandes opérations de restructuration.

Lu, Nokia : deux plans sociaux jugés symboliques

Le 10 janvier 2001, une fuite dans Le Monde annonce un plan social chez Danone : “Danone s’apprête à supprimer 3 000 emplois en Europe, dont 1 700 en France”. Danone est réduite au silence car elle ne peut reconnaître l’existence du plan malencontreusement appelé “Record” sans commettre un délit d’entrave. Mise sous pression médiatique, l’entreprise nie puis tente, en vain, de se défendre en précisant qu’elle « a toujours reclassé environ 95% de ses salariés, et ce depuis 20 ans, à l’extérieur ou à l’intérieur de l’entreprise ».

Sept ans plus tard, début janvier 2008, Nokia annonce sa décision de fermer son usine à Bochum, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L’essentiel des activités sera délocalisée en Roumanie, le reste en Hongrie et en Finlande. Les 3 200 salariés de la filiale et près de 1000 personnes employées par des sous-traitants dans la région sont touchés. L’entreprise justifie sa décision par des salaires allemands trop élevés. Dans une entrevue accordée au quotidien Frankurter Allgemeine Zeitung, Olli-Pekka Kallasvuo, patron de Nokia, rappelle que si l’usine de Bochum ne produit que 6 % des téléphones portables elle représente 23% de l’ensemble des coûts salariaux directs.

Deux décisions jugées plus ou moins inacceptables

Dans un contexte préélectoral et de débats parlementaires sur la loi de “Modernisation sociale”, la décision de Danone modèle de “capitalisme social” et une des entreprises préférées des Français, fait l’effet d’une bombe. Le problème c’est que l’entreprise se porte bien. La seule justification avancée par Danone réside dans une moindre rentabilité de sa division biscuits LU que les autres secteurs du groupe. Très rapidement, une partie de la presse parle de « licenciements boursiers ». Après l’annonce par Danone le 29 mars de la prochaine fermeture des usines de Calais et de Ris-Orangis, la CGT appelle au boycott, un appel déjà lancé par Le Canard enchaîné. Mais si Dominique Voynet et l’ensemble des Verts se mobilisent en faveur du boycott, le reste de la classe politique nationale, le premier ministre Lionel Jospin en tête, se montre beaucoup plus réservé.

De son côté, Nokia se voit très vite reproché d’avoir perçu 88 millions d’euros du Land et de l’État fédéral pour implanter son usine à Bochum. Autre motif d’indignation : l’entreprise pourrait même réclamer d’autres subventions à la Roumanie. L’ensemble de la classe politique allemande dénonce ce hold-up et relaye très vite l’appel au boycott lancé par les syndicats. Un ministre dénonce un « capitalisme de caravane », un autre menace de radier la marque des fournisseurs référencés par son ministère tandis qu’un troisième déclare : « nous pouvons clairement laisser entendre tous ensemble que nous ne nous laisserons pas avoir ». Quant à Angela Merkel, elle fait savoir que « ce boycott était absolument compréhensible ».

Un moyen de pression aux effets immédiats mais limité

Selon un sondage Ifop réalisé pour Le Journal du dimanche quelques jours après l’annonce officielle du plan de restructuration, sept Français sur dix se disent prêt à boycotter les produits d’une entreprise qui fait des bénéfices mais qui annonce des licenciements importants. Par ailleurs, 85% des sondés jugent que la décision de Danone (de supprimer des emplois) est « injustifiée », car une entreprise gagnant de l’argent n’a pas besoin de licencier. Mais le groupe applique malgré tout partiellement sa restructuration en fermant les usines de Calais et de Ris-Orangis fin 2003.

En Allemagne, selon un sondage publié dans l’hebdomadaire Stern, 52% des consommateurs déclarent ne plus vouloir acquérir un téléphone mobile Nokia, et 68% d’entre eux estiment que l’image du groupe sort ternie de l’histoire du plan social. Certes Nokia négocie avec le gouvernement les conditions de départ des salariés de Bochum mais ne revient pas sur sa décision

Après l’émoi suscité par la fermeture de l’usine Renault de Vilvoorde en 1997, la réaction de l’opinion publique aux fermetures des usines Danone et Nokia incitent les grandes entreprises à bien mesurer les avantages et inconvénients d’une restructuration importante. Cette prudence ne tient pas tant au risque d’un boycott des consommateurs – dont les effets sont toujours limités dans le temps – qu’aux conséquences médiatiques. La crise semble d’autant inévitable que l’entreprise constitue un symbole national, qu’elle a bénéficié d’aides à l’implantation, qu’elle réalise des bénéfices et que son plan social entraîne plusieurs milliers de licenciements. C’est ce que savent aujourd’hui les entreprises et c’est sans doute ce qui explique que Danone ait préféré vendre son activité biscuits à Kraft Foods plutôt que d’aller jusqu’au bout de son plan de restructuration…


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2 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 7 août 2010 10:48

    le liberalisme en action


    • fwed fwed 9 août 2010 16:13

      Dans notre système économique oligopolisé de l’extraction à la distribution celà fait longtemps que le boycott ne sert plus à rien. L’auteur y croit il vraiment ?
      Cela dit il vaut mieux pour la petite élite influencant tout le système monétaire et financier que la majorité du peuple puissent croire que c’est encore le cas.

      Le combat démocratique ne se fait pas à la caisse d’un supermarché mais dans les urnes.

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