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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > De la « Raison émotionnelle » à l’ « Intellectueux »

De la « Raison émotionnelle » à l’ « Intellectueux »

La notion de raison émotionnelle, vient de cet article. Le plus important, c'est d'y réfléchir, car on ne croirait pas que cette notion soit possible (à ne pas confondre avec l'intelligence émotionnelle, qui elle existe bien). Raison émotionnelle, fonctionne comme un oxymore, une contradiction dans les termes, tout comme le clair-obscur cornélien. Il y a étrangeté.

 


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Les plus logiciens/analytiques d'entre vous plieront cette affaire en la résumant à une figure de style, l'oxymore, donc. Et pourtant, la raison émotionnelle semble prégnante, c'est-à-dire concrètement une multitude de raisonnements se soutenant des émotions qui les déclenchèrent. Par exemple, l'indignation, chez Stephane Hessel (Indignez-vous !). Ou les "Indigènes de la République".

Ce n'est pas que nos mouvements intérieurs plus ou moins irrationnels ne soient pas de bonnes raisons ... de bonnes raisons de raisonner. Au contraire, il semble que les émotions constituent le sens de la vie, ou du moins soient ce par quoi la vie fait sens, selon les divers contenus qui nous (é)meuvent, centres d'intérêt. En fait, il y a divers centres d'intérêt en fonction des émotions que d'aucun(e)s éprouvent à leurs sujets, sinon ils n'auraient aucun intérêt. Mais enfin, on est alors plus ou moins émotif(ve), émotionnel(le), ému(e), par chacun d'entre eux.

 

***

 

Le problème, au contraire, c'est que la raison émotionnelle est une raison qui ne pratique plus aucune critique des émotions (on dit passions, en philosophie classique). Dramatiquement, toute critique des émotions passe pour une agression, il est donc a fortiori inutile d'en espérer une autocritique. Les émotions font la loi, et ce n'est pas qu'elles produisent des raisonnements fréquemment irrationnels - car ils sont rationnels dans leurs démarches - mais qu'ils produisent des raisonnements dédaignant leurs fondements évaluatifs.

Les émotions portent avec elles des évaluations, de (bonnes) moeurs, donc in fine morales, concernant ce qu'il faudrait et ce qu'il ne faudrait pas. Malheureusement, donc, on ne raisonne pas bien proche des choses, tant qu'on raisonne à propos de ce que nous voudrions à leur propos, ou que nous estimons qu'il faudrait qu'elles soient ou pas. C'est pourtant la teneur essentielle des raisonnements contemporains s'exprimant toujours et partout, et la cause que la plupart craigne de s'adonner à des critiques et des développements : il ne faudrait surtout pas susciter de contre-émotions et, à la fin, on ménage la chèvre et le chou par une singulière émotiophobie se soutenant pourtant d'une profonde émotiophilie - comme on parle d'hémophilie.

Au hasard, quand on en appelle aux plus faibles.

 

***

 

C'est le propre des émotions, que d'être ambiguës voire contradictoires, dans leurs aiguillons. Hélas, parmi tous ces il (ne) faudrait (pas), on a perdu toute Présence, à commencer par la présence d'esprit - en dehors du champ émotionnel des il (ne) faudrait (pas), essentiellement raisonneur au sens moral.

Car la plus grande partie du temps, ce qu'on appelle vaniteusement "penser par soi-même", qu'on soit grand sage, pauvre fou, fou qui se croit sage, ou sage qui se reconnaît pour fou ... se résume à répéter des salades cryptomnésiques (des mémoires subconscientes qui se composent, décomposent et recomposent, sans singularité ni donc originalité).

On rabâche l'idéologie démocratique humanitaire, quand on prétend que tout le monde vaut intellectuellement. Ce n'est pas vrai, que tout le monde a la même valeur, prenez les athlètes sportifs, même si l'accès au sport est de base possible pour tous. Comme à l'intellect.

 

***

 

On constate de nos jours beaucoup de réflexes "intellectueux", qui vivent toute intellectualité comme délictueuse, qui dénoncent toute entente des choses pour outrageante, car dit l'adage  : "i'y a que la vérité blesse", et il ne faudrait que s'entre-ménager, comme si les humeurs d'autrui étaient des contre-arguments. Évidemment non.

C'est alors, néanmoins, que l'intellectueux déborde de plus en plus, parce que déborde la raison émotionnelle. A ce stade, et au nom de morales privatives et identitaires (au hasard : la raison commerciale des firmes et la raison humorale des minorités - autant de raisons émotionnelles), l'intellectueux est cette tendance à ne plus voir dans les critiques que des reproches. Alors que les critiques sont utiles.

Car critiquer, c'est forcément discriminer entre les choses, à savoir : distinguer, analyser, départir. C'est que même la raison émotionnelle, est cause de critiques en formes de reproches. Elle ne supporte pas que la réputation d'une entreprise soit ennuyée, pas plus que l'humeur d'un minoritaire ou l'autre. De plus, cette raison émotionnelle n'hésite jamais à reprocher le nécessaire aux institutions (quand cela frustre ses intéressements) ainsi qu'aux majorités ou ce qui est senti comme tel (alors que la notion de majorité se discute toujours, elle n'est jamais uniforme).

Par raison émotionnelle, la majorité est intellectueuse. Mais uniquement par raison émotionnelle.

 

 

 

 

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8 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 3 janvier 11:42

    On dira que ceux dont les sentiments appartiennent au passé et les pensées à l’avenir encombrent le présent des autres, tout simplement.


    • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 3 janvier 16:45

      Du moins est-ce BCBG que de le dire.


    • JL JL 3 janvier 18:46

      ’Raison émotionnelle, fonctionne comme un oxymore,’’

       

      On parle bien pourtant d’intelligence émotionnelle. La raison ne serait pas l’intelligence ?

       

       Je le crois volontiers, vu qu’elle est le plus souvent au service (victime ?) de nos biais cognitifs.


      • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 3 janvier 19:12

        C’est une possibilité, mais sous l’angle scientifique. Sous l’angle philosophique, la raison est une forme de discours, qui se soutient de l’intelligence.


      • JL JL 4 janvier 09:24

        @Marzhin Tavernier
         
         ’’Sous l’angle philosophique, la raison est une forme de discours, qui se soutient de l’intelligence.’’
         En effet.
        « L’intelligence est une faculté qu’on utilise pour acquérir la raison. La raison est la recherche de la vérité, de la réalité. ... L’intelligence nous permet de cloner des humains, mais la raison nous permet de mettre des limites. Ce n’est pas la raison mais la faculté de jugement moral. »


         
        J’ai dis plus haut : « Je crois que la raison n’est pas l’intelligence vu qu’elle est le plus souvent au service (victime ?) de nos biais cognitifs »
         
        Question : est-ce notre raison ou notre intelligence qui est victime (au service) de nos biais cognitifs ?
         
        Je suggère : La raison n’est pas la « recherche de la vérité, de la réalité »

        mais est au service de nos intentions, selon la formule : La compréhension est une adéquation à nos intentions.


      • JL JL 4 janvier 11:10

        Selon La Fontaine qui s’y connaissait, la raison du plus fort est toujours la meilleure.


      • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 6 janvier 13:40

        Vous confondez raison et rhétorique. Il y a une intelligence rhétorique, comme une raison légitimant la rhétorique. La rhétorique ou, du moins, le discours du supérieur hiérarchique, qui de toutes façons a plus de valeur performative qu’un autre inférieur (cf. la linguistique pragmatique). Sinon, vous jouez sur les mots.


      • Meruidos Nuctuallos Marzhin Tavernier 6 janvier 13:43

        C’est qu’il y a des personnes rationnellement très fortes, qui n’arrivent à rien, et que tout le monde ignore ... sauf quand on a définition randienne (Ayn Rand) de la raison, qui est toujours arraisonnée à l’action, comme s’il n’y avait de rationnel que l’actif. C’est ce qu’elle nommait « objectivisme », et qui au fond est un hegelianisme abâtardi.

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