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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Ébats, débats et déballage

Ébats, débats et déballage

Depuis quelques jours déjà les élus LREM nous serinent les mêmes éléments de langage pré-mâchés :

"Le grand débat ne sera pas un déballage". Fort bien.

 

On note déjà le mépris -conscient ? inconscient ?- du vocable employé. Le peuple durant un débat ne peut que vouloir se défouler. Il ne peut pas vouloir exprimer ses angoisses rationnellement et raisonnablement, il ne peut qu'être vulgaire, grossier et sans nuances. Le peuple, surtout les autochtones en France, n'a pas le droit de s'exprimer, a toujours tort, est forcément raciste, xénophobe et tenté par la nostalgie des z-heures les plus sombres de notre histoire s'il contredit les visées des technocrates.

La contradiction, l'insolence, l'indocilité à l'autorité c'est forcément du déballage, c'est forcément brutal. Dire que l'on comprend, que l'on voit bien pourquoi c'est risquer de semer la panique, c'est risquer l'anathème (voir ici un exemple). Le peuple est con et on lui explique qu'il y des questions trop techniques qu'il n'est pas capable de comprendre. Ce grand débat national (voir à ce lien) est organisé autour de quatre grands thèmes très généraux :

La transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté, l'organisation de l'état et des services publics. On note sur le site gouvernemental du grand débat une orientation biaisée de chaque thème pour justifier la politique menée par Édouard Philippe.

Et si j'ai bien compris Benjamin Griveaux, Marlène Schiappa et Aurore Bergé, suggérant toutes les deux de ficher les donateurs à la cagnotte de Christophe Dettinger ce qui dénote une forte propension à la démocratie il est vrai, quelques unes des fabuleuses "têtes pensantes" du parti présidentiel, il n'y aura pas de questions taboues sauf le mariage pour tous, la peine de mort, l'immigration, le pacte de Marrakech et la politique du gouvernement en général (voir à ce lien). Toutes ces questions sont considérées comme autant de dogmes, autant de vérités intouchables, de "lignes rouges" infranchissables, penser le contraire c'est être soit réac soit facho. On parlera de quoi donc si toutes les questions qui justement sont les plus intéressantes (les plus clivantes aussi) ne sont pas abordées ?

De la couille en barres (Paul Sunderland TM°) ?

De la teneur en graisses de la mozzarella ?

On fera une réunion "Tupperware" ?

Ou s'agira-t-il encore de faire de la "pédagogie" selon le terme là encore largement dédaigneux que tous les politiques libéraux libertaires depuis quarante ans emploient pour expliquer combien la politique de Macron qui est celle pratiquée depuis des lustres est la bonne ?

Ce grand débat vient trop tard. Il est beaucoup trop timide dans ses propositions. Il s'ajoute à la longue liste de bourdes commises par des pseudo z-élites coupées du peuple depuis une bonne quarantaine d'années et ayant mené une politique déplorable de ravis de la mondialisation nous conduisant au marasme actuel. Ils s'affolent, ne supportent pas la contradiction qu'ils rêvent de criminaliser (voir à ce lien).

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

Amaury - Grandgil

Illustration prise ici


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8 réactions à cet article    


  • sls0 sls0 10 janvier 15:39

    Est ce que les gens écoutent encore ce que dit en marche.

    Depuis le temps qu’ils font preuve d’une incompétence assez rare, on a plus trop tendance à les entendre, je n’emploie pas le mot écouter à dessein.


    • François Pignon François Pignon 10 janvier 15:48
      La locution latine « Vox populi » est le plus souvent traduite paspar « voix du peuple ». Elle est extraite de la citation connue « Vox populi, vox Dei », (La voix du peuple est la voix de Dieu) estsupposée souligner l’importance de l’avis du peuple dans le régime démocratique.
      Or, il n’en est rien à l’origine. Un des premiers textes originaux d’où est extraite cette locution est une lettre de Alcuin à Charlemagne en 798 : « Nec audiendi qui solent dicere, Vox populi, vox Dei, quum tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit », qui se traduit par « Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie »
      La conviction profonde des lettrés proches du pouvoir a toujours été la suivante, en fait : « Vox populi, populus stupidus  »

      • MKT 10 janvier 16:17

        Nous sommes dans la négation du débat public. En orientant les thèmes, le pouvoir actuel professionnalise la politique. Pour les inventeurs de la démocratie, les grecs (cf Protagoras de Platon) ; Zeus intime à Hermès de distribuer de manière identique et égale à chaque individu de la cité le sens de la pudeur et de la justice.

        La professionnalisation de la politique est inconcevable et incompatible avec l’exercice de la citoyenneté.

        Ainsi il ne aurait y avoir de restriction aux thèmes à moins que ceux-ci ne soient impudiques ou injustes.

        Ainsi pour ce « Grand débat » Il ne s’agira nullement d’un débat sur le fond, tout au plus d’une réunion où l’on choisira la couleur du papier peint.


        • François Pignon François Pignon 10 janvier 16:37

          « chaque individu de la cité »

          Pour mémoire, femmes, esclaves et étrangers (c-à-d non inclus dans la caste des « citoyens » patentés par filiation et par cooptation) n’étaient pas considérés comme « individus de la cité », ce qui fait du concept de « démocratie » dans l’Athènes de l’antiquité (Sparte étant une tyrannie militaire) une toute autre réalité que celle donnée par les médias dominants actuels à la formule « démocratie représentative ».

          De la même façon, pour les auteurs de l’antiquité un tyran n’était pas forcément un dictateur, mais un dirigeant investi de l’autorité pour guider son peuple, dépendamment des méthode employées. Un tyran pouvait être « bon ».

          Il faut se méfier des filiations : elles sont souvent trompeuses, comme les faux amis entre des langues proches l’une de l’autre.


          • MKT 10 janvier 17:11

            @François Pignon
            Certes, il faut contextualiser.
            Il n’en demeure pas moins le sens général de cette parabole : la politique est l’affaire de tous et pas de quelques uns
            Voici un extrait de Protagoras de Platon :

            Alors Zeus, craignant que notre race ne fut anéantie, envoya Hermès porter aux hommes la pudeur et la justice pour servir de règles aux cités et unir les hommes par les liens de l’amitié. Hermès alors demanda à Zeus de quelle manière il devait donner aux hommes la justice et la pudeur. « Dois-je les partager comme on a partagé les arts ? Or les arts ont été partagés de manière qu’un seul homme, expert en l’art médical, suffît pour un grand nombre de profanes, et les autres artisans de même. Dois-je répartir ainsi la justice et la pudeur parmi les hommes ou les partager entre tous » – « Entre tous répondit Zeus ; que tous y aient part, car les villes ne sauraient exister, si ces vertus étaient comme les arts, le partage exclusif de quelques uns ; établis en outre en mon nom cette loi que tout homme incapable de pudeur et de justice sera exterminé comme un fléau de la société ».

             Voilà comment, Socrate, et voilà pourquoi et les Athéniens et les autres, quand il s’agit d’architecture ou de tout autre art professionnel, pensent qu’il n’appartient qu’à un petit nombre de donner des conseils, et si quelque autre, en dehors de ce petit nombre se mêle de donner un avis, ils ne le tolèrent pas, comme tu dis, et ils ont raison selon moi. Mais quand on délibère sur la politique où tout repose sur la justice et la tempérance, ils ont raison d’admettre tout le monde, parce qu’il faut que tout le monde ait part à la vertu civile ; autrement il n’y a pas de cité”.

             PLATON. Protagoras. 320.321c. Traduction d’Emile Chambry.


            Bien sûr aujourd’hui il ne saurait être question de faire de discrimination.


          • Taverne Taverne 10 janvier 16:50

            Un petit début pour un grand débat.

            Le déballage commence par un déboulonnage (Chantal Jouanno), il se poursuit en déballonnage. Mais j’observe qu’il manque surtout la 4ème item : « Peuple, Macron item pas ».


            • zzz'z zzz’z 10 janvier 22:16

              « Le peuple est con et on lui explique qu’il y a des questions trop techniques qu’il n’est pas capable de comprendre. »


              Cela s’adresse donc au 66% retranchés des 5-6% qui avaient lu, compris et approuvé le programme de campagne. Je n’ai pas l’impression que Gilles et John appartiennent à ces fourchettes : il va en découler un entre-soi qui remplacera les fêtes de fin d’année pourries avec tartinage d’auto-congratulations ; les retraités, primo votants, vont adorer l’exposé sur le retard de réalisation de l’Utopie… Du très lourd en perspective !


              • math math 11 janvier 07:12

                Benjamin Griveaux, Marlène Schiappa et Aurore Bergé..les « vérolés » de la macronie..sur les plateaux télés..ne disent rien sur la « cagnotte » pour les policiers-casseurs responsables de milliers de blessés chez les GJ..sournoisement attaqués par cette police des années 40...

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