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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Edgard Tupët-Thomé, parmi mes stars, dans les étoiles…

Edgard Tupët-Thomé, parmi mes stars, dans les étoiles…

« Le ministère des Armées se souviendra de son audace au combat, de son patriotisme ardent, de sa modestie dans la Victoire. Edgard Tupët-Thomé reste un modèle d‘engagement, un exemple du service désintéressé au nom d’un idéal. (…) À l’instar de ses 1 038 frères d’armes, il personnifia l’honneur de la France et la participation de notre pays à la Victoire. » (Communiqué, le 9 septembre 2020).



Les héros s’éteignent, c’est hélas dans l’ordre des choses avec ce satané temps qui ne fait rien que d’avancer. Le doyen des compagnons de la Libération (décret du 17 novembre 1945) est parti ce mercredi 9 septembre 2020 à Paris, aux Invalides où il habitait après avoir longtemps vécu à Bicnic, près de Saint-Brieuc. Un hommage dans la cour d’honneur des Invalides est prévu le 17 septembre 2020. Veuf depuis deux ans, il a atteint les 100 ans le 19 avril 2020. Par le décret du Président Emmanuel Macron en date du 31 décembre 2019, le colonel Edgard Tupët-Thomé a reçu les insignes de Grand-croix de la Légion d’honneur (le grade le plus élevé) le 28 janvier 2020 des mains de son alter ego, Hubert Germain, compagnon de la Libération, devenu comme lui centenaire et séjournant comme lui aux Invalides.

En outre, l’ambassadeur du Royaume-Uni en France, Sir Ed Llewellyn, lui a remis le 2 juillet 2020 chez lui, aux Invalides, les insignes de membre honoraire de l’Ordre de l’Empire britannique après la décision du Premier Ministre britannique Boris Johnson, annoncée le 18 juin 2020, d’honorer ainsi les quatre derniers compagnons de la Libération. C’était une réponse diplomatique au choix du gouvernement français d’attribuer la Légion d’honneur à la Ville de Londres le 18 juin 2020. Les trois autres compagnons de la Libération sont Hubert Germain (né le 6 août 1920), Daniel Cordier (né le 10 août 1920) et Pierre Simonet (né le 27 octobre 1921). À l’intérieur de la crypte du mémorial érigé au Mont Valérien, un dix-septième caveau reste vide et est réservé au dernier survivant des compagnons de la Libération. Daniel Cordier a déjà pris les devants en refusant cet honneur si cet honneur devait lui échoir. Ce ne sera en tout cas pas Edgard Tupët-Thomé.

Comment peut-on encore imaginer l’été 1940 en été 2020 ? Les témoins sont de plus en plus rares, et la disparition de ce héros si moderne, si actuel, qui a risqué de nombreuses fois sa vie en si peu de temps, mais qui, finalement, l’a poussée très loin (nul n’est vraiment maître de sa destinée), est l’occasion, une fois encore, au-delà de l’émotion indicible des proches et entre les lignes des communiqués officiels, de rappeler, surtout pour les générations les plus jeunes, ce qu’est être patriote, ce qu’est aimer son pays au point de s’y consacrer, de s’y risquer, parfois de s’y perdre.

On est tellement dans la mode du "France bashing", par les Français eux-mêmes, qui n’ont plus besoin d’ennemis, une mode qui ne fait voir que les défauts de son propre pays, sans pour autant y voir ses atouts, son rayonnement, sa richesse, même plongé dans une crise profonde tant économique que sanitaire, que je me demande bien comment, aujourd’hui, on pourrait encore mobiliser des résistants pour sauver notre pays. Des "résistants", je dis bien, au sens de De Gaulle, au sens de l’été 1940, pas au sens des crypto-militants anti-masques qui, croyant être insoumis à un pouvoir supposé dictatorial (mais paradoxalement issu des urnes), jouant aux faux héros égoïstes et hypocrites dans leur salon, mettrant peut-être en danger un membre de leur famille par négligence, insouciance, inconscience, voire insolence.

Impossible donc de faire le parallèle entre notre situation actuelle, difficile, et cela va hélas continuer dans les mois à venir, et cette situation absolument effroyable de la débâcle en mai et juin 1940. L’impression qu’une si grande puissance, au sommet de la "communauté internationale" lors du Traité de Versailles, vingt et une petites années auparavant (c’est quoi, vingt et un ans en arrière ? c’est l’été1999, l’éclipse du soleil en août !), s’est écroulée comme un château de cartes, avec des responsabilités dans l’impréparation, l’absence d’anticipation des stratèges militaires et surtout, l’absence d’envergure des dirigeants politiques (en ce sens, De Gaulle est né trop tard et Clemenceau trop tôt !).

Emmanuel Macron a évoqué dans un communiqué le 9 septembre 2020 le « résistant de la première heure, qui fut jusqu’à son dernier souffle un homme engagé, prêt à opposer aux mauvais vents de l’histoire le souffle de l’idéal ».

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Selon le site de l’Ordre de la Libération, après des velléités d’études de théologie, Edgard Tupët-Thomé s’est engagé dans l’armée en octobre 1938 en devançant son appel. Devancer son service juste avant la Seconde Guerre mondiale. Il n’a jamais quitté l’armée jusqu’en 1945. Envoyé aux combats en Lorraine en septembre 1939 et en Belgique en mai 1940, il s’est retrouvé à Dunkerque du 26 mai au 3 juin 1940, fut pris par l’armée allemande le lendemain mais a réussi à s’évader une semaine plus tard. Il refusa la défaite et l’armistice mais n’est pas parvenu à rejoindre Londres.

Quelques mois plus tard, il a intégré un réseau de résistance à Clermont-Ferrand, où il avait trouvé un emploi, et ce réseau fut en connexion avec De Gaulle dès mars 1941. Parmi les cinq premiers membres des FFL, Egard Tupët-Thomé s’est rendu à Londres en août 191 pour suivre un entraînement de parachutisme et a fait partie de l’état-major particulier de De Gaulle. Il fut parachuté à Châteauroux le 9 décembre 1941, il s’y blessa la tête, a poursuivi malgré tout ses missions puis fut exfiltré en Angleterre le 29 mai 1942 pour se faire soigner. Il quitta Londres en novembre 1942 pour d’autres missions FFL, à Saint-Pierre-et-Miquelon, puis en février 1943, dans les Antilles, puis en août 1943, retourna en Grande-Bretagne pour se préparer à ses prochaines missions de parachutisme. Plus tard, il a décrit son entraînement au sein du 4e Bataillon d’Infanterie de l’Air : « La formation militaire que nous avons reçue là-bas était très poussée. Nous étions surentraînés. Et il régnait un professionnalisme et un état d’esprit qui m’ont poussé. ».

Trois missions héroïques. Au début du mois d’août 1944 dans le Finistère, il libéra Daoulas (à 12 contre 60) et Landerneau : « La liberté qui était la mienne me permettait de jouer sur l’effet de surprise chez l’adversaire. Ainsi, nous avons franchi le poste de contrôle ennemi à Daoulas dans un véhicule de commandement allemand, sans être remarqués. Notre action dans l’opération Derry est d’ailleurs toujours citée en exemple à l’école militaire de Saint-Cyr. ».

Puis, deuxième mission, le 27 août 1944 dans le Doubs (il se blessa) pour renforcer les résistants du maquis du Lomont, près de la frontière suisse. Il libéra Clerval, où il a tué beaucoup de soldats allemands. Rejoignant l’armée américaine, il a sauvé, au péril de sa vie, un soldat américain et a ramené le corps d’un camarade tué le 23 septembre 1944 à Arches en Moselle.

Enfin, il est parachuté une troisième fois le 7 avril 1945 aux Pays-Bas pour des opérations elles aussi réussies, pour repousser l’armée allemande. Il fut d’ailleurs décoré aussi bien par les Pays-Bas que par le Royaume-Uni comme un soldat exemplaire et héroïque (en Angleterre, il a même été reçu par la reine mère !).

Après la guerre, il a travaillé comme viticulteur en Tunisie puis éleveur au Canada, puis, il a repris des études et est devenu ingénieur, d’abord dans un groupe industriel d’équipement ménager, puis dans un laboratoire pharmaceutique, enfin chez un constructeur automobile avant de terminer sa carrière professionnelle à la tête d’une agence de tourisme.

Pendant très longtemps, il était toujours présent aux cérémonies, tant à Bicnic qu’à Paris pour le 18 juin, le 8 mai , etc. mais cette année était un peu spéciale à cause de la crise sanitaire, il n’a pas participé à la cérémonie du Mont Valérien. Sa fierté la plus grande, ce fut : « avoir eu peu de pertes et ne pas avoir causé de dégâts aux civils. ».

Dans son livre de témoignage sorti en 1981 chez Grasset (et réédité aux éditions Atlante), Edgard Tupët-Thomé évoquait sa « nostalgie pour une époque où nous avons eu la chance rarissime de vivre loin des imposteurs, des tricheurs et des "habiles", entre hommes de bonne volonté ».

Car ce qui caractérisait le plus ce combattant, c’était la grande modestie : après la guerre, comme du reste Daniel Cordier entre autres, il ne s’est jamais prévalu de ses nombreux actes courageux commis pendant la guerre, alors qu’il aurait pu le faire à l’instar d’un François Mitterrand, âgé de seulement trois ans et demi de plus que lui. Interrogé par Marie-Claudine Chaupitre dans "Ouest-France" le 2 janvier 2020, un proche qui le connaissait bien, à Bicnic, Bernard Le Néel, a pu témoigner de cette discrétion et humilité : « Il ne voulait pas être considéré comme un héros. Il disait : "C’est le hasard, et puis, quand nous nous battions, nous avions l’avantage d’être des professionnels bien formés". ».

Hasard ou pas hasard, le courage, ce n’est pas forcément naturel, le vrai courage, celui qui fait risquer sa vie pour libérer celle des autres. Qu’Edgard Tupët-Thomé soit remercié par la nation française tout entière de cet héroïsme, il est un modèle, un exemple et une leçon pour tous les vrais patriotes. Souvenir et condoléances.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgard Tupët-Thomé.
Seconde Guerre mondiale.
Charles Denner.
Jacques François.
Le courage exceptionnel de deux centenaires.
Libération de Paris.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Hubert Germain.
Daniel Cordier.
Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR).
Stéphane Hessel.
Daniel Mayer.
Roland Leroy.
Antoine de Saint-Exupéry.
Joseph Kessel.
Georges Mandel.
Jean Zay.
Simone Veil.
Antisémitisme.
Maurice Druon.
Joseph Joffo.
Anne Frank.
Robert Merle.
L’amiral François Flohic.
Jean Moulin.
André Malraux.
Edmond Michelet.
Loïc Bouvard.
Germaine Tillion.
Alain Savary.
Être patriote.
Charles Maurras.
Philippe Pétain.
L’appel du 18 juin.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Raymond Sabot.
François Jacob.
Pierre Messmer.
Maurice Schumann.
Jacques Chaban-Delmas.
Yves Guéna.
Général Leclerc.

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9 réactions à cet article    


  • Septime Sévère 11 septembre 11:35

    M. Rakotoarison je me permets de vous redemander s’il faut comprendre de quelques mots de votre article d’hier que vous déplorez l’absence de prêtresses dans l’Eglise catholique. 


    • In Bruges In Bruges 11 septembre 11:54

      En ce 11 septembre , je n’aurais qu’un mot :

      « Reopen Rakoto ».

      Ce type est un mystère.


      • babelouest babelouest 11 septembre 11:57

        @In Bruges vive Allende !


      • V_Parlier V_Parlier 11 septembre 22:11

        @In Bruges
        Je lis dans son article : "les Français eux-mêmes, qui n’ont plus besoin d’ennemis, une mode qui ne fait voir que les défauts de son propre pays (...) je me demande bien comment, aujourd’hui, on pourrait encore mobiliser des résistants pour sauver notre pays."

        Rakoto n’a peut-être pas remarqué que nos dirigeants et les journalistes qui se couchent (à l’exception de quelques uns) n’arrêtent pas de nous dire que le monde entier est notre ennemi, que les autres pays (hors UE) sont pourris, arriérés ou dictatoriaux. Et qu’ici c’est le paradis... Sauf que quand la réalité sur place commence à s’écarter du discours, la crédibilité se perd. Il n’a pas compris ça, notre Rakoto ? Que depuis 30 ans les mondialistes déjantés ruinent la France et qu’on n’a pas le droit de s’en plaindre ? Et qu’en plus, en traitant les souverainistes de fachos, ils n’arrêtent pas de nous désigner des ennemis tout en prétendant lutter contre la xénophobie ? (Les assassins clandos étant quant à eux dispensés et accueillis massivement, bien entendu).


      • babelouest babelouest 11 septembre 11:56

        Le père de mon beau-frère n’a eu aucune :médaille, lui. Il est décédé à 103 ans. Seul survivant de son peloton de chars au 507e en juin 1940, il avait reçu de très nombreux éclats d’obus, dont certains n’avaient jamais été extraits.


        • titi 11 septembre 21:29

          @babelouest
          S’il a été blessé alors il a été décoré.
          C’est automatique.
          Après il peut avoir refusé. 


        • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 septembre 16:02

          Parfois certains articles sont synchrones.Je parlais du grand-père d’un proche qui faisait partie d’un réseau de résistance en Belgique et est mort pour la patrie (un juste dirait la communauté juive). Et aujourd’hui, pour qui nous battrions-nous ? Dans le fond, cet homme avait une certaine chance que nous avons perdu : celui d’avoir une conscience morale. J’ai aussi mon éthique, mais elle est loin d’être majoritaire et je serais accusée de discrimination (ouhhh le vilain mot...). même plus le droit d’éviter les « pervers »..... 


          • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 11 septembre 16:13

            Je me demande si nous serions moins tétanisés si le Covid portait la croix gammée.Se battre contre du vide c’est comme voir le mal là où il ne se trouve pas ;


            • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 11 septembre 20:02

              Edgar tu pètes dans les étoiles, non mais je rêve !

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