• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Faire le plein de sens

Faire le plein de sens

L’état carbure au super.

Il était une fois un pays en mouvement. Tout avait commencé de la plus simple des façons. Celui qui voulait aller plus loin prenait les jambes à son cou, se chaussait de sabots et taillait sa route tant bien que mal. Les chausses ont évolué, le chemin fut balisé pour des marcheurs qui étaient chemineux, pèlerins, vagabonds, trimards ou colporteurs. La recherche d’un travail ou d’un ailleurs un peu meilleur était ce qui les poussait à se mettre ainsi en marche, sachant que ce n’était jamais de l’autre côté de la rue qu’on trouve ce qu’on espère.

D’autres empruntèrent les rivières. Le commerce allait naître de cette voie fluviale qui vit l’apparition des confréries de marchands. C’était une époque, lointaine au demeurant, où le pouvoir nous menait déjà en bateau : la taxation du mouvement débuta avec Jules César. Droits, taxes, péages se multiplièrent pour tirer profit de la nécessité de se mouvoir. Le pli était pris, il allait inspirer bien des canailles …

La route aplanit les distances avec les relais de poste. Il suffisait de changer de monture et le voyageur pouvait brûler les étapes. C’était certes un luxe que beaucoup ne pouvaient se payer. Les pieds demeuraient sans nul doute le moyen le plus économique de se mouvoir en des époques pour lesquelles le temps n’était pas vraiment compté. Les romains avaient repris les voies gauloises, les pavant en prévision sans doute d’éventuelles barricades. L’asphalte supplanta tardivement le pavé, il fallait ôter cette piètre idée de la caboche des mauvaises têtes.

Une formidable innovation rapprocha les hommes ou bien raccourcit les distances. Le cheval fut désarçonné par une machine à vapeur. Le progrès se mettait sur les rails condamnant par là même le transport fluvial. Des lignes fleurirent partout, pour lesquelles du reste on fit des travaux gigantesques. Les tramways suivirent le chemin, pas ceux de notre époque, mais d’autres qui un jour eurent le malheur de gêner la voiture. Alors ils disparurent comme les petites lignes de chemin de fer. L’automobile avait le vent en poupe.

Il fallut des routes, des autoroutes, des infrastructures, des parkings et des stations d’essence pour que l’immense toile d’araignée de la bagnole prenne le pays tout entier dans ses filets. Le grand embouteillage était à l’ordre du jour, tandis qu’une morbide sélection routière, donnait son lot de victimes chaque année. Le progrès avait quelques désavantages mais c’était le prix à payer pour que vive l'industrie automobile.

Pour remplir les caisses d’un état toujours plus avide, la vignette ouvrit le bal. On se dit que la belle auto allait être la vache à lait et les canailles firent leur beurre avec elle. Péages, taxes pétrolières, amendes, contrôles techniques, équipements obligatoires, toute la panoplie des possibles se mit en branle, sans équité financière du reste car la progressivité n’était pas à l’ordre du jour. Les pauvres payant la même chose que le riches.

Les lignes de chemin de fer qui restèrent, furent quant à elles dévolues aux grandes villes et à la vitesse. Les prix s’envolèrent tellement que l’avion devint souvent, et par un curieux esprit environnemental, moins cher que le train. Puis on joua à la loterie avec les tarifs SNCF, offrant des avantages incroyables à ceux qui pouvaient anticiper leur trajet tout en partant des grandes métropoles. Il ne fait jamais bon être un rural dans une nation gouvernée par des urbains fort peu urbains.

L’essence devint inabordable pour les oubliés des campagnes. Les gares étant fermées, ils n’avaient pas d’autres choix que de cracher au bassinet, de se faire dépouiller par un état toujours plus vorace. Pour les calmer un peu, le pouvoir réduisit leur vitesse, l’effet fut contraire, la grogne se fit colère, la colère devint révolte tandis que Freluquet et les siens restaient immanquablement sous l’empire d’essence !

Le blocage s’annonçait. Pas seulement l’espace d’une journée mais bien plus cruellement encore en plaçant les travailleurs dans l’impossibilité de remplir bientôt leur réservoir faute d’argent. Aller au travail coûtant plus cher que cela ne rapportait. Plus d’alternative à la maudite bagnole, les gares étaient désaffectées et les citoyens très affectés. Pour les calmer, le pouvoir les berça de la terrible illusion que les engins électriques remplaceraient très bientôt ce maudit pétrole. La belle affaire que voilà, la voiture devenant nucléaire tout comme les trottinettes et autres gadgets qui servent de miroir aux alouettes.

Pour le moment et pour attirer les gogos, primes et avantages font miroiter le grand renouveau de l’auto. Les bornes électriques ne sont même pas payantes,avantage considérable qui est bien financée pourtant par les cochons de contribuables que nous sommes. Les centrales nucléaires vont se refaire une jeunesse sans doute et tout le parc ne suffira pas à supporter les nouveaux besoins. Pendant ce temps, d’autres solutions sont soigneusement mises sous le boisseau, en France, hors de la centralisation des sources d’énergie, pas de salut.

Que se passera-t-il avec ce curieux pouvoir qui se prétend en marche pour mieux nous rouler ? Mettre à pieds les pauvres, les vieux, les ruraux, les travailleurs ne leur accordera pas plus de sympathisants, le calcul est maladroit. Mais l’essentiel est ailleurs, creuser encore plus les inégalités constitue sa feuille de route. Jamais les riches ne se sont tant enrichis. Les salauds de pauvres méritent sans doute leur cruel châtiment, ils n’avaient qu’à faire fortune aussi, en traversant une rue privée de sens et d’essence.

Mobilement vôtre.

Documents joints à cet article

Faire le plein de sens

Moyenne des avis sur cet article :  2.78/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • juluch juluch 17 novembre 14:06

    meme si on revenait aux charrettes à bœuf, l’Etat taxerait les crottes des bovins !!


    • C'est Nabum C’est Nabum 17 novembre 14:59

      @juluch

      à l’exception du crottin d’âne
      L’état ne se tire jamais un coup de fusil dans les jambes


    • Désintox Désintox 17 novembre 18:09

      Pauvres automobilistes taxés, qui ne cessent de se plaindre.

      3000 morts par an sur les routes.

      40 000 morts par an par la pollution de l’air ...

      Ceux là ne se plaindront pas !


      • gaijin gaijin 19 novembre 13:20

        @Désintox
        la question n’est pas là .....
        pourquoi ne pas taxer le kérosène , ou le fioul des bêteaux qui amènent les produits chinois , pourquoi ne pas interdire la publicité pour les voitures thermiques ? ......etc
        autant de mesures qui iraient dans le bon sens sans pénaliser toujours les mêmes mais alors bien sur c’est moins drôle .....
        de toute façon on ne peut passer au tout électrique vu qu’il faut aussi stopper les centrales et tenir compte de la pénurie a court terme de terres rares ..
        la question c’est l’imposture de la posture qui ne trompe plus personne ....


      • C'est Nabum C’est Nabum 20 novembre 11:03

        @Désintox

        Ils roulaient à tombeaux ouverts


      • Sergio Sergio 17 novembre 23:09

        « ... Pour les calmer un peu, le pouvoir réduisit leur vitesse ... »

        Çà fait que, plus on reste longtemps sur la route, plus on consomme de l’essence, et c’est même le contraire de, « si t’es fatigué, t’as qu’à dormir plus vite ! »


        • C'est Nabum C’est Nabum 20 novembre 11:03

          @Sergio

          Sage conseil


        • LE LOFT #Shawford 18 novembre 19:23

          @bébé

          Immersion !


          • LE LOFT #Shawford 18 novembre 19:24

            @bébé

            et puis non, surface, en Norvège ! smiley smiley smiley


          • L'enfoiré L’enfoiré 19 novembre 08:31

            Qu’en dire ?

            Pourquoi pas « Vive le travail à domicile » ?

            Home sweet work

            et des drones dans le ciel...


            • C'est Nabum C’est Nabum 20 novembre 11:04

              @L’enfoiré

              Taxons également le télé travail qui prive l’état de ressources


            • Raymond75 19 novembre 08:45

              Ah les pauvres ’classes moyennes’ qui ont construit leur petit pavillon Sam’Suffit en béton, loin des centres villes et du travail, pauvres gens condamnés à avoir une voiture par adulte, à aller au supermarché le samedi car il n’y a rien d’autre, pauvres petits français très moyens qui ont fait le choix du chancre pavillonnaire plutôt que des villes à visage humain.

              C’est pas de leur faute, c’est de la faute du gouvernement !!!

              Moi, dans une proche banlieue, je n’utilise pratiquement jamais ma vieille voiture, sauf quand je méloigne, là où il n’y a aucune infrastructure de transport ; je fais tout à pieds ou en transports en commun. Je n’ai pas besoin de partir de chez moi à 6 h du matin, et je ne rentre pas épuisé le soir après deux heures de transport. Je fais tous mes achats de produits frais au marché, et je n’achète jamais les saloperies de supermarché. J’ai cinq salles de cinéma, un théâtre et un conservatoire de musique pas loin.

              Je suis un citadin, choix assumé, et je suis donc un marginal  smiley

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès