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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > Initiation à « L’impératif catégorique » de Kant

Initiation à « L’impératif catégorique » de Kant

Kant passe pour un auteur impossible. Pourtant, il nous parle d'éléments bien plus instinctifs qu'on ne croirait d'emblée. Bref, ça nous parle toujours de nous.

 
 
Emmanuel Kant, in /la Métaphysique des moeurs/, 2ème partie, a écrit (Wikisource) : Or tous les impératifs commandent ou hypothétiquement ou catégoriquement. Les impératifs hypothétiques représentent la nécessité pratique d'une action possible, considérée comme moyen d'arriver à quelque autre chose que l'on veut (ou du moins qu'il est possible qu'on veuille). L'impératif catégorique serait celui qui représenterait une action comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement.
Puisque toute loi pratique représente une action possible comme bonne, et par conséquent comme nécessaire pour un sujet capable d'être déterminé pratiquement par la raison, tous les impératifs sont des formules par lesquelles est déterminée l'action qui, selon le principe d'une volonté bonne en quelque façon, est nécessaire. Or, si l'action n'est bonne que comme moyen pour quelque autre chose, l'impératif est hypothétique ; si elle est représentée comme bonne en soi, par suite comme étant nécessairement dans une volonté qui est en soi conforme à la raison, le principe qui la détermine est alors l'impératif catégorique.

Pour commencer, un petit rappel : Emmanuel Kant a toujours pensé que son système était théoriquement fort, c'est-à-dire qu'il avait une forme d'impraticabilité comme tel, sinon qu'il pensait tout autant devoir établir toutes les conséquences de ses prémisses, précisément pour en avoir une vue théorique au moins, à partir de laquelle s'adapter (d'où ses distinguos entre raisons pure & pratique, encore que la pratique soit codéterminée par la pure. Ce que l'on voit justement dans cet extrait de la Métaphysique des moeurs, où Kant s'adonne à quelques définitions.)

Notons donc ce distinguo des impératifs entre [1] l'impératif catégorique et [2] l'impératif hypothétique.

L'impératif catégorique serait celui qui représenterait une action comme nécessaire pour elle-même, et sans rapport à un autre but, comme nécessaire objectivement.

Nous sommes bien dans le champ d'une praxis, voire d'une praxis quotidienne ... de toutes façons, la morale, ce n'est jamais qu'une praxéologie doublée de jugements de valeur (?).
Mais l'étonnant, ici, tient de ce qu'Emmanuel Kant traite d'actions (de pratiques, de praticabilités, de "pratications") pour elles-mêmes nécessaires (autotéliques), non-autrement finalisées, objectivement.

Là, en tant que nous lisons une métaphysique des mœurs, il faut dire qu'Emmanuel Kant pose comme un animisme nouménal de l'action comme feu-follet. C'est-à-dire que ce feu-follet (l'action considérée), bénéficierait objectivement d'un pour-soi, par lequel elle se sentirait nécessaire, dans sa finalité ontologique (autotélie) - objectivement : donc indépendamment du sujet qui la réalise quand pourtant il la porte.

Bref donc : il est des impératifs pour ainsi dire en-soi, et ce sont les impératifs catégoriques, auxquels il faut répondre de tout notre vœu responsable, selon Emmanuel Kant - objectivité de l'enjoignement qui, en tant qu'enjoignement considéré, ici, au plan des mœurs, fait l'objectivité de la morale, métaphysiquement.
Ainsi, quand j'accomplis un devoir selon cette morale, pour que ma praxis soit forte, parfaite, conforme à l'impératif catégorique, la théorie dit que je ne dois être subjectivement animé par rien d'autre que l'accomplissement-même de mon devoir (autotélie). Si donc je donne, que ce don soit don ! et non gratification subjective ou sociale. Ou bien, que je ne veuille jamais, précisément, au plan intentionnel, que vouloir devoir.

Puisque toute loi pratique représente une action possible comme bonne, et par conséquent comme nécessaire pour un sujet capable d'être déterminé pratiquement par la raison, tous les impératifs sont des formules par lesquelles est déterminée l'action qui, selon le principe d'une volonté bonne en quelque façon, est nécessaire.

L'objectivité de la chose, c'est la "loi pratique", qui est comme un réservoir d'actions (possibilité) nécessairement bonnes moralement, en tant que catégoriques. Mais donc, à la volonté (bonne) de "la devoir", qui démontrera manifestement sa bonté en "la devant".
Mais enfin, là où le système est singulier, c'est pour ainsi dire dans son autotélisme, justement, rendant au solipsisme l'agent moral. En effet, l'agent n'agissant que pour la loi pratique (comme pour sa perpétuation, si l'on veut, ou son "conatus" à elle), il appert que, si je te donne, ce n'est pas pour toi, mais pour elle. Finalement, nous donnons "par amour de la loi" comme on donnait "par amour d'un dieu" : la raison et la volonté bonne, suffisent (volonté bonne, qui n'est pas encore la bonne volonté ! Car la bonne volonté, en tant qu'inclination du sujet, n'est pas la rationnelle & raisonnable volonté bonne !

Les impératifs hypothétiques représentent la nécessité pratique d'une action possible, considérée comme moyen d'arriver à quelque autre chose que l'on veut (ou du moins qu'il est possible qu'on veuille). [...] Or, si l'action n'est bonne que comme moyen pour quelque autre chose, l'impératif est hypothétique ; si elle est représentée comme bonne en soi, par suite comme étant nécessairement dans une volonté qui est en soi conforme à la raison, le principe qui la détermine est alors l'impératif catégorique.

Dans l'ordre des démarches pratiques, on constate donc l'autotélie de certaines actions (les précédentes), et l'hétérotélie d'autres actions, qui sont donc commandées par l'impératif hypothétique quant à elles (ces dernières). C'est-à-dire que si je donne pour la gratification subjective ou sociale, mon don, non seulement n'aura pas lieu selon la loi pratique (impératif catégorique), mais en plus ne servira jamais que de moyen pour me gratifier d'une manière ou d'une autre. Or, non conforme à la loi pratique, cette action sera mauvaise.
Néanmoins, la réalisation des impératifs hypothétiques n'est pas mauvaise en soi. Par exemple, si je me dote de bois pour construire ma maison, cette dotation comme la construction de la maison d'ailleurs, sont des impératifs hypothétiques dans l'ordre de cette morale. Par contre, si par cette maison je donne un abri à ma famille rationnellement, donc selon la volonté bonne de l'impératif catégorique conforme à la loi pratique ... j'ai pourtant besoin de me doter, dans l'ordre d'un impératif hypothétique, de bois (si vraiment je tiens à la construire en bois). Cette dotation n'est ni bonne ni mauvaise.

Reste que le service de ma famille, conforme à la loi pratique, me rend aussi service pourtant. La loi pratique doit donc être bonne en soi, puisqu'elle fait mon bien, quand bien même je ne la respecte pas pour mon bien. Par quoi Emmanuel Kant nous commande l'abnégation, voire la résignation.

A la fin, il est évident que nos mœurs contemporaines, du genre utilitaristes - règne de l'économisme à l'anglo-américaine régnant & flattant toutes les aspirations cupides de par le monde, bien que l'utilitarisme ne préconiserait pas forcément cet économisme privatif, en tant que l'utilitarisme veut maximiser le bien commun, - eh bien, nos mœurs contemporaines, libérales-libertaires, s'inquiètent assez prudement (paradoxalement) du moralisme kantien. Mais c'est que la pruderie est ailleurs : chez Emmanuel Kant, elle est dans le respect & l'honneur impersonnels. Chez nous, il est dans le prospect & le bonheur personnels, qui font passer le kantisme pour "un grand méchant autoritarisme" !

Par pruderie, nous ne voulons plus comprendre autre chose au monde, que ... nous-mêmes ! ... ce qui n'est pas moins solipsiste que le solipsisme moral kantien ...

Soyons sérieux.


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21 réactions à cet article    


  • Ecométa Ecométa 16 novembre 12:11

    Le « moi », notre « moi », mon « moi » est important ; mais il ne vaut que s’’il pense et agit « NOUS ». C’est le vrai « cogito » !

    Le « moins » ne peut pas le« plus », alors que le « plus » peut le « moins » ; ainsi le « moi exclusif » ne pourra pas satisfaire convenablement le « NOUS », alors que le « moi inclusif », qui pense et agit « NOUS », satisfera suffisamment le « moi » !

    Pour rappel, L’éthique de Kant, qui devrait être l’objet d’une charte éthique signée par tous les élus :

    « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle » et non individuelle ou personnelle.

    « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité en toi-même et en autrui comme une fin et jamais comme un moyen ».

    « Agis comme si tu étais législateur et sujet dans la « République » des volontés libres et raisonnables » (

    Emmanuel Kant nous dit également que si la maxime de l’action (règle de conduite) a pour objectif une fin en soi, elle doit être le « raisonnable » qui n’a rien à voir avec le « rationalisme » paroxysme de rationalité .

     


    • Morologue Morologue 16 novembre 14:26

      @Ecométa. Pas mal.


    • Laconique Laconique 16 novembre 14:15

      La loi morale de Kant est une loi de la liberté : c’est en me soumettant entièrement à la pure rationalité que j’échappe à l’hétéronomie du vouloir.


      • LOVE coming to town #Shawford 16 novembre 14:18

        @Laconique

        J’t’prefère en chasseur de rouvristes, Diogène.

        Mais allez, t’auras droit à ta margharita, payée rubis sur l’ongle par le Marrionnetiste.

        Ou sinon par le Maboul Vox, et là je m’y engage formellement.

        @+


      • Morologue Morologue 16 novembre 14:26

        @#Shawford. Et pourtant, il a raison, quoique ça fasse islamiste.


      • kalachnikov kalachnikov 16 novembre 14:30

        @ Laconique

        C’est beau. Mais le problème, c’est que l’impératif catégorique, sur le plan conceptuel, n’est qu’un vulgaire postulat et que tout ce barnum séduisant s’élève sur ce qui n’est qu’une pétition de principe.

        De la tricherie intellectuelle. C’est dans l’enfance que non pas on échappe au méchant Vouloir mais qu’on en est arraché parce que ce Vouloir est criminalisé. Et c’est toujours par des moyens déloyaux et violents, même lorsqu’ils sont doucereux. Du temps e Kant, c’était minimum la taloche et la privation en mode pavlovien.

        Et bref, oser du ’en me soumettant’, c’est-à-dire suggérer la volonté de l’individu et la plaisanterie du libre arbitre, eh bien, encore une escroquerie intellectuelle de plus.


      • LOVE coming to town #Shawford 16 novembre 14:32

        @Morologue

        Oh, je paye ma tournée à un mec qui m’a pourtant jamais adressé une seule parole civile !

        Tu veux pas que je convertisse, non plus ?


      • LOVE coming to town #Shawford 16 novembre 14:37

        @#

        Ou alors faut que je le vois d’abord de mes yeux vu se rouler dans une barrique bordelaise en costume de stripper.

        Là, j’accepterai alors toute mission, avec mandat impératif catégorique dans sons son #U !



      • Morologue Morologue 16 novembre 16:05

        @kalachnikov. Vous parlez de la peur et de la menace, d’une domestication. C’est de nietzschéisme. Kant juge cela dans l’absolu.


      • Morologue Morologue 16 novembre 16:06

        @#Shawford. C’était donc un règlement de compte, ah d’accord.


      • kalachnikov kalachnikov 16 novembre 16:24

        @ Morologue

        Ne parlez pas de nietzschéisme comme si c’était une gentille opinion parmi d’autres. Cela est ou cela n’est pas et voilà tout. Nietzsche n’est pas l’inventeur du réel mais au moins il est honnête, loyal et il ne joue pas la comédie du prescripteur moral depuis le mensonge cousu de fil blanc. Il faut être lucide : l’éducation est un dressage dont le but est la socialisation et dont le mode est châtiment/récompense, le tout sur conditionnement pavlovien ; le résultat est la défiguration de l’être et très franchement, c’est une monstruosité supplémentaire que d’introduire par quelque biais que ce soit une pseudo responsabilité quelconque de l’individu dans tout ça.

        Mais si c’est ’dans l’absolu’, ça change tout.

        Ce n’est pas dans l’absolu, c’est dans le vide. C’est absurde quand bien même vous vous réclamiez de la Raison. Et c’est sale quand bien même vous vous réclamiez de la morale.


      • Morologue Morologue 16 novembre 17:02

        @kalachnikov. Je parle de Kant. De Kant. Avez-vous éduqué sans conditionner, encadrer, @kalachnikov ? ... Votre pseudonyme pourtant, menace, dans cet ordre d’idées.


      • kalachnikov kalachnikov 16 novembre 17:15

        @ Morologue

        Il est impossible de dresser sans conditionner et c’est même de plus en plus difficile du fait de l’emprise de l’Etat, ’ce monstre froid, le plus froid des monstres froids’. Vous savez, les parents eux-mêmes, ne font jamais que ramper devant le machin qui grimace au-dessus de leur tête et qui se nomme ’machine, sempiternelle anonyme machine appelée Société’. Avant d’être parents, les parents ont été enfants et sont passés par la m^me entreprise de démolition.

        L’allusion sur mon pseudo, c’est un argument philosophique de haute volée. Un bon motif pour lourder le Kant dont vous vous réclamez : ça n’élève manifestement pas l’Homme.


      • LOVE coming to town #Shawford 16 novembre 17:16

        @kalachnikov

        Yep, petit d’homme, mais profite bien de tes r, à 18h00 UTC, abduction !


      • Morologue Morologue 16 novembre 22:43

        @kalachnikov. Bref, vous êtes nietzschéen.


      • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 16 novembre 22:55

        @Morologue Serait temps de le voir.


      • Ecométa Ecométa 17 novembre 09:25

        @Laconique

        La rationalité n’en est pas pour autant raison, encore faut-il que cette rationalité soir raisonnée... de la rationalité au rationalisme paroxysme de rationalité et plus du tout rationalité nous avons allègrement franchi le Rubicon !


      • Morologue Morologue 17 novembre 14:33

        @Aita Pea Pea. Remontez ce fil de discussion, pour me dire que je l’ai tout de suite vu.


      • Zaza Zaza 16 novembre 20:51

        L’article utilise un vocabulaire pompeux tout en apportant aucune « technicité » philosophique supplémentaire. Les premiers commentaires sont plus intéressants mais là pour exulter.... à juste raison.

        Kant repeint en rose une partie des phénomènes sociaux et en noir l’autre. Avec ça il a expliqué le monde, il a juste étiqueté.. « à priori » sans expliquer l’intérieur de ses boites ainsi colorées ; même si derrière son mysticisme il y a l’intelligence d’une praxis rationnelle, mais intemporelle. C’est sa limitation effectivement.(@kalachnikov)

        Un bon article technique aurait parler la limitation à la conscience naturelle de Schelling, par l’Autre de la spéculation que l’on peut improprement nommer un savoir absolu, de l’égoïté de Fichte, schéma reconstructif du tt vrai que Schelling transpose du Moi à la Nature, et la synthèse hégélienne de la dialectique essentielle, la logique de la nature et l’esprit, d’avec la dialectique conscientielle, phénoménale, effectivité dépassant Kant et ses impératifs, profondeur vide, le Horos.

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