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Accueil du site > Actualités > Citoyenneté > L’humanité doit voir la fragilité de la situation qu’elle (...)

L’humanité doit voir la fragilité de la situation qu’elle s’est faite

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Nous avons beaucoup de discours sur la puissance ; la puissance nous va bien, elle nous plait, on l’exalte. Il est plus difficile de parler de fragilité et d’en trouver une définition. Elle ne fait pas l’objet de textes entiers, elle passe quelque fois fugitivement dans une analyse…

On peut définir la fragilité comme l’absence de réserves. Un organisme, un système, une personne deviennent fragiles quand ils n’ont plus de lieu où échapper au danger qui les assaille, plus d’outils ni d’énergie pour lutter contre le fléau qui vient sur eux (ils dépensent à leurs plaisirs toute l’énergie dont ils disposent, ils utilisent tous leurs organes, tous leurs appareils). La pandémie du coronavirus nous dit à l’échelle maximale, notre planète, que nous (l’humanité) n’avons plus qu’un lieu de retraite, nos maisons, (ce virus nous laisse encore cet espace précaire pour lui échapper) et que nous n’avons pas d’énergie adaptée pour contrer ce virus, pas de technique, pas de médicament, traitement ou vaccin ; pas même un moyen de diagnostic rapide et sûr, peu cher et facile d’emploi.

La mondialisation a deux dimensions liées : celle de l’espace, les hommes courent partout à toute vitesse et celle de la technique scientifique qui est répandue également partout, avec de notables différences liées aux grandes disparités de niveau de vie. Dans une telle solidarité de fait des hommes entre eux, (homme signifie humanité et comprend les femmes, il n’y a pas à le redire à chaque fois), certaines atteintes naturelles attrapent l’humanité en son ensemble. Nous sommes dans une atteinte de ce type, captifs. Ce virus représente dans l’esprit humain une action de type attaque (d’où le mot guerre) : soudaineté, brièveté, condensation de l’action virale (urgence), espoir de faire cesser cette attaque. Nous avons bien d’autres atteintes, plus lentes, (réchauffement de l’atmosphère, des océans, disparitions des espèces animales…) dont nous parlons et qui ne constituent pas des raisons d’agir : les actions prévues sont toujours différées, les décisions prises ne sont pas sérieusement effectuées et n’obtiennent pas les résultats escomptés. Cette constante dans l’absence de réactivité n’arrête pas la vie publique, qui continue à mouliner de l’inquiétude, à répéter l’urgence d’agir, à demander de nouvelles décisions en remplacement des décisions non-tenues… Les médias qui fonctionnent au sensationnel trouvent une prédicatrice de jeune âge et tout un grand pan du débat se déporte sur sa légitimité. On discute de l’entre soi, la valeur des propositions sont mesurées à la valeur de qui les prononce, qui les publie ; des analogies prennent valeur argumentative : on trouve des discours alarmistes à toutes les époques alors que la catastrophe annoncée ne s’est pas produite. L’existence de discours catastrophistes ne prouve rien, ce qui rapproche ces discours du fait qu’ils sont faux… La seule chose qui devrait nous intéresser est de savoir si ce qui est dit parle de ce qui est… La seule chose qui devrait nous intéresser est l’adéquation des discours aux choses et phénomènes, ce n’est que peu débattue, même dans l’urgence comme nous y sommes.

Tout un pan de discours vise à nier la fragilité et à majorer la puissance, considérée comme une quasi-toute-puissance : l’humanité en a vu d’autres et s’en est toujours sortie, pourquoi en serait-il cette fois-là autrement ? La réponse est pourtant simple et fait partie de la fragilité : il n’y a pas d’antécédent. La science établit les régularités, plus ou moins grandes et stables, de phénomènes naturels. Les phénomènes nouveaux la dépassent, au moins en leur début. Evidemment, un phénomène, tout inattendu et imprévisible fut-il, finit toujours par entrer dans le passé. Autrement dit, la science s’empare peu à peu d’un phénomène primo-émergent. La durée de l’intégration d’une nouveauté au corpus des phénomènes définis ne dépend pas seulement de l’intensité de la recherche, (de la quantité financière de l’investissement par exemple), il dépend aussi des capacités naturelles de remédiation, qu’on n’invente pas vraiment, qu’on découvre et concentre dans des médicaments, protocoles… Une autre dépendance est dans le cumul des phénomènes nouveaux et leurs effets croisés, qu’on ne pourra connaître qu’après les avoir vus (subis).

Ce manque d’antécédent fait partie du manque de réserves, c’est une fragilité.

L’humanité doit reconnaître et accepter sa nouvelle condition de fragilité.

C’est avec une nouvelle mentalité fondée sur cette reconnaissance qu’elle pourra accepter et valoriser de nouvelles contraintes qu’elle doit s’appliquer pour conserver sa vie et son habitat (on peut concevoir la nature comme l’habitat de l’humanité). Voir, raisonner, vivre à partir de cette fragilité n’est pas une faiblesse, c’est même la condition de forces nouvelles intellectuelles et pratiques, indispensables pour résoudre les problèmes inédits qui se posent à nous.


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20 réactions à cet article    


  • Julot_Fr 27 mars 08:10

    Si il y a des fragilites, elles ne sont pas la ou les green fachiste malthusien (thunberg, ..) finances par la finance globale nous dit qu’elles sont (CO2). Les vrai problemes sont dans les pesticide, engrais et autres produit monsanto, ondes de portable, et geoengineering. Les oceans se meurt a cause des barrage hydrauelectriques qui coupent les arrivees d’alluvions qui sont la nourriture des oceans.


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 mars 09:10

      La nouvelle mentalité prônée dans la conclusion de cet excellent article devra effectivement exiger l’adéquation des discours aux choses et phénomènes, comme il est également dit plus haut.

      En France, il faudra tout particulièrement cesser de chanter fièrement notre mensongère trilogie républicaine, Liberté Égalité Fraternité, et s’occuper plus réellement d’avancer vers l’Égalité et la Solidarité, alors que, depuis maintenant des décennies, nous avons des gouvernants, de droite et « de gauche » qui persistent à faire avancer le pays dans la direction opposée.


      • Gabriel Gabriel 27 mars 09:23

        L’argent, le pouvoir, les guerres, tout cela mis à genoux devant un insignifiant petit virus. Le choix de société est pourtant très simple, soit celui actuel ou c’est la finance qui prime sur tout, soit l’humain qui est prioritaire et le centre de toutes décisions. Bien entendu, une fois la crise passée, rien ne changera et l’individualisme et le matérialisme reprendront le dessus. La solution n’étant pas humaine, la nature se chargera de la grande lessive... Ne nous y trompons pas, ces dérèglements écologiques qui nous accablent ne sont que le fruit de nos excès.


        • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 mars 10:14

          @Gabriel

          Pas d’accord : la solution est humaine


        • Gabriel Gabriel 27 mars 13:00

          @Pierre Régnier
          Trop d’intérêts particuliers en jeux Pierre, et les possesseurs du pouvoir et des immenses richesses, en dernier recours, préféreront la destruction à la répartition. Système capitaliste obsolète et, par sa production et sa consommation intensive, ennemi de son propre écosystème. 


        • Pierre Régnier Pierre Régnier 27 mars 18:09

          @Gabriel
          Oui, mais les citoyens doivent à tout prix retirer les pouvoirs (n’oublions pas ceux qui sont installés dans les grands médias) à ces égoïstes.
          C’est seulement s’ils n’y parviennent pas que l’humanité est foutue.


        • Gabriel Gabriel 27 mars 18:24

          Comme j’aimerais que vous ayez raison, comme je souhaite avoir tord. Un avenir très proche nous le dira..



          • Pierre Régnier Pierre Régnier 28 mars 08:44

            @Orélien Péréol

            Regrettons tout de même que la réflexion des deux philosophes se limite à l’exigence, pour l’avenir, de « faire mieux » face à ce que Cynthia Fleury qualifie de faille dans le système, et non pas, comme il le faudrait absolument, de changer de système.



            • Orélien Péréol Orélien Péréol 29 mars 13:34

              Kamel Daoud : « Avec l’homme enfin confiné, le reste du monde, les matières brutes, les espèces de la marge, reprennent leurs droits. »



                • Orélien Péréol Orélien Péréol 29 mars 18:37

                  Parce que je pense que c’est un des grands penseurs de notre temps, je me permets de partager cet article de Yuval Noah Harari sur la crise que nous traversons :

                  L’humanité est aujourd’hui confrontée à une crise mondiale. Peut-être la plus grande crise de notre génération. Les décisions que les citoyens et les gouvernements prendront au cours des prochaines semaines façonneront probablement le monde pour les années à venir. Ils façonneront non seulement nos systèmes de santé, mais aussi notre économie, notre politique et notre culture. Nous devons agir rapidement et de manière décisive. Nous devons également prendre en compte les conséquences à long terme de nos actions. Lorsque nous choisissons entre des alternatives, nous devons nous demander non seulement comment surmonter la menace immédiate, mais aussi quel genre de monde nous habiterons une fois la tempête passée. Oui, la tempête passera, l’humanité survivra, la plupart d’entre nous seront toujours en vie - mais nous habiterons un monde différent.

                  De nombreuses mesures d’urgence à court terme deviendront un élément essentiel de la vie. Telle est la nature des urgences. Ils accélèrent les processus historiques. Les décisions qui, en temps normal, pourraient prendre des années de délibération sont prises en quelques heures. Des technologies immatures et même dangereuses sont mises en place, car les risques de ne rien faire sont plus importants. Des pays entiers servent de cobayes dans des expériences sociales à grande échelle. Que se passe-t-il lorsque tout le monde travaille à domicile et ne communique qu’à distance ? Que se passe-t-il lorsque des écoles et des universités entières se connectent ? En temps normal, les gouvernements, les entreprises et les commissions scolaires n’accepteraient jamais de mener de telles expériences. Mais ce ne sont pas des temps normaux.

                  En cette période de crise, nous sommes confrontés à deux choix particulièrement importants. Le premier, c’est le choix entre la surveillance totalitaire et l’autonomisation des citoyens. Le deuxième est entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale.

                  Une surveillance sous-cutanée.
                  Afin de stopper l’épidémie, des populations entières doivent se conformer à certaines directives. Il existe deux principaux moyens d’y parvenir. Une première méthode consiste pour le gouvernement à surveiller les gens et à punir ceux qui enfreignent les règles. Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la technologie permet de surveiller tout le monde en permanence. Il y a cinquante ans, le KGB ne pouvait pas suivre 240 millions de citoyens soviétiques 24 heures sur 24, et le KGB ne pouvait pas non plus espérer traiter efficacement toutes les informations recueillies. Le KGB comptait sur des agents humains et des analystes, et il ne pouvait tout simplement pas placer un agent humain pour suivre chaque citoyen. Mais maintenant, les gouvernements peuvent compter sur des capteurs omniprésents et des algorithmes puissants au lieu d’espions de chair et de sang.

                  Dans leur combat contre l’épidémie de coronavirus, plusieurs gouvernements ont déjà déployé ces nouveaux outils de surveillance. Le cas le plus notable est la Chine. En surveillant de près les smartphones des gens, en utilisant des centaines de millions de caméras de reconnaissance faciale et en obligeant les gens à vérifier et à signaler leur température corporelle et leur état de santé, les autorités chinoises peuvent non seulement identifier rapidement les porteurs de coronavirus suspectés, mais également suivre leurs mouvements et identifier toute personne avec laquelle ils sont entrés en contact. Une gamme d’applications mobiles avertit les citoyens de leur proximité avec les patients infectés.
                  Ce type de technologie ne se limite pas à l’Est asiatique. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a récemment autorisé l’Agence de sécurité israélienne à déployer la technologie de surveillance normalement réservée aux militaires pour traquer les patients atteints de coronavirus. Lorsque la sous-commission parlementaire compétente a refusé d’autoriser la mesure, Netanyahu est passé outre avec un « décret d’urgence ».
                  Vous pourriez dire qu’il n’y a rien de nouveau à tout cela. Ces dernières années, les gouvernements et les entreprises ont utilisé des technologies de plus en plus sophistiquées pour suivre, surveiller et manipuler les gens. Pourtant, si nous n’y prenons pas garde, l’épidémie pourrait néanmoins marquer un tournant important dans l’histoire de la surveillance. Non seulement parce qu’elle pourrait normaliser le déploiement d’outils de surveillance de masse dans les pays qui les ont jusqu’à présent rejetés, mais plus encore parce qu’elle signifie une transition spectaculaire de la surveillance « sur la peau » à la surveillance « sous la peau ». Jusqu’à présent, lorsque votre doigt touchait l’écran de votre smartphone et cliquait sur un lien, le gouvernement voulait savoir exactement sur quoi votre doigt cliquait. Mais avec le coronavirus, le centre d’intérêt se déplace. Maintenant, le gouvernement veut connaître la température de votre doigt et la tension artérielle sous sa peau.

                  L’un des problèmes auxquels nous sommes confrontés pour déterminer où nous en sommes en matière de surveillance, est qu’aucun de nous ne sait exactement comment nous sommes surveillés et ce que les prochaines années pourraient apporter. La technologie de surveillance se développe à une vitesse vertigineuse et ce qui semblait il y a 10 ans de la science-fiction paraît une information poussiéreuse.
                  Comme expérience de réflexion, considérons un gouvernement hypothétique qui exige que chaque citoyen porte un bracelet biométrique qui surveille sa température corporelle et son rythme cardiaque 24 heures par jour. Les données résultantes sont stockées et analysées par des algorithmes gouvernementaux. Les algorithmes sauront que vous êtes malade avant même que vous le sachiez, et ils sauront également où vous avez été et qui vous avez rencontré.
                  Les chaînes d’infection pourraient être considérablement raccourcies et même stoppées. Un tel système pourrait sans doute arrêter l’épidémie dans son élan en quelques jours. Cela emble merveilleux, non ? L’inconvénient est, bien sûr, que cela légitimerait un nouveau système de surveillance terrifiant. Si vous savez, par exemple, que j’ai cliqué sur un lien Fox News plutôt que sur un lien CNN, cela peut vous apprendre quelque chose sur mes opinions politiques et peut-être même sur ma personnalité. Mais si vous pouvez surveiller ce qui se passe avec ma température corporelle, ma tension artérielle et ma fréquence cardiaque pendant que je regarde une vidéo, vous pouvez apprendre ce qui me fait rire, ce qui me fait pleurer et ce qui me met vraiment, vraiment en colère. Il est crucial de se rappeler que la colère, la joie, l’ennui et l’amour sont des phénomènes biologiques tout comme la fièvre et la toux. La même technologie qui identifie la toux pourrait également identifier les rires.
                  Si les entreprises et les gouvernements commencent à collecter nos données biométriques en masse, ils peuvent nous connaître beaucoup mieux que nous-mêmes, et ils peuvent alors non seulement prédire nos sentiments mais aussi les manipuler et nous vendre tout ce qu’ils veulent - que ce soit un produit ou un politicien. La surveillance biométrique ferait ressembler les tactiques de piratage de données de Cambridge Analytica à l’âge de pierre.
                  Imaginez la Corée du Nord en 2030, où chaque citoyen doit porter un bracelet biométrique 24 heures sur 24. Si vous écoutez un discours du grand chef et que le bracelet capte des signes révélateurs de votre colère, vous avez cuit.


                  • Orélien Péréol Orélien Péréol 29 mars 18:44

                    Vous pouvez, bien sûr, plaider en faveur d’une surveillance biométrique comme mesure temporaire prise pendant un état d’urgence, et qui disparaîtrait une fois l’urgence terminée. Mais les mesures temporaires ont la mauvaise habitude de survivre aux urgences, d’autant plus qu’il y a toujours une nouvelle urgence qui se profile à l’horizon.
                    Mon pays d’origine, Israël, par exemple, a déclaré l’état d’urgence lors de sa guerre d’indépendance de 1948, ce qui a justifié une série de mesures temporaires allant de la censure de la presse et de la confiscation des terres, à des réglementations spéciales pour la fabrication des gâteaux (je ne plaisante pas). La guerre d’Indépendance est gagnée depuis longtemps, mais Israël n’a jamais déclaré l’état d’urgence terminé et n’a pas réussi à abolir bon nombre des mesures « temporaires » de 1948 (le décret d’urgence sur les gâteaux a été heureusement aboli en 2011).
                    Même lorsque les infections par le coronavirus seront tombées à zéro, certains gouvernements avides de données pourront affirmer qu’ils doivent maintenir les systèmes de surveillance biométrique en place parce qu’ils craignent une deuxième vague de coronavirus, ou parce qu’une nouvelle souche Ebola évolue en Afrique centrale, ou parce que . . . vous comprenez l’idée.
                    Une grande bataille fait rage ces dernières années au sujet de la protection de notre vie privée. La crise des coronavirus pourrait être le point de basculement de cette bataille. Car lorsque les gens ont le choix entre la protection de leur intimité ou de leur santé, ils choisissent généralement la santé.

                    La «  police du savon ».
                    Demander aux gens de choisir entre vie privée et santé est, en fait, la racine même du problème. Parce que c’est un faux choix. Nous pouvons et nous devons jouir à la fois de la protection de notre intimité et de notre santé. Nous pouvons choisir de protéger notre santé et d’arrêter l’épidémie de coronavirus, non pas en instituant des régimes de surveillance totalitaires, mais plutôt en responsabilisant les citoyens. Ces dernières semaines, certains des efforts les plus réussis pour contenir l’épidémie de coronavirus ont été orchestrés par la Corée du Sud, Taïwan et Singapour. Bien que ces pays aient fait un certain usage des applications de suivi, ils ont beaucoup plus compté sur des tests approfondis, sur des rapports honnêtes et sur la coopération volontaire d’un public bien informé. La surveillance centralisée et les sanctions sévères ne sont pas le seul moyen de forcer les gens à se conformer à des directives bénéfiques. Lorsque les gens sont informés des faits scientifiques et qu’ils font confiance aux autorités publiques pour leur dire ces faits, les citoyens peuvent agir dans le bon sens, sans qu’un Big Brother ne veille par dessus leur épaule. Une population motivée et bien informée est généralement beaucoup plus puissante et efficace qu’une population policière et ignorante. Pensez, par exemple, au fait de se laver les mains avec du savon. Il s’agit de l’une des plus grandes avancées jamais réalisées en matière d’hygiène humaine. Cette simple action sauve des millions de vies chaque année. Alors que nous tenons cela pour acquis, ce n’est qu’au 19e siècle que les scientifiques ont découvert l’importance de se laver les mains avec du savon. Auparavant, même les médecins et les infirmières passaient d’une opération chirurgicale à l’autre sans se laver les mains. Aujourd’hui, des milliards de personnes se lavent quotidiennement les mains, non pas parce qu’elles ont peur de la « police du savon », mais plutôt parce qu’elles comprennent les faits. Je me lave les mains avec du savon car j’ai entendu parler de virus et de bactéries, je comprends que ces minuscules organismes causent des maladies et je sais que le savon peut les éliminer.


                    • Orélien Péréol Orélien Péréol 29 mars 18:50

                      @Orélien Péréol J’ai écrit les raisons pour lesquelles il n’est pas possible d’avoir un gouvernement mondial. Les fédérations conçues par le haut, comme l’Europe, ne fonctionnent pas. Plus globalement, quand la ressource vient à manquer, le sentiment des humains est d’en prendre le plus possible, au détriment des autres.
                      L’actuel président étatsunien est particulièrement ignorant de ce type de réflexions. Beaucoup de dirigeants actuels sont faibles par rapport aux nécessités de leur tâche, dont le nôtre.
                      Il faut être sérieux avec toutes les données du problème. Echanger, écrire, se bouger sur ses certitudes...


                    • Orélien Péréol Orélien Péréol 29 mars 18:45

                      Mais pour atteindre un tel niveau de coopération, vous avez besoin de confiance. Les gens doivent faire confiance à la science, aux autorités publiques et aux médias. Au cours des dernières années, des politiciens irresponsables ont délibérément sapé la confiance dans la science, les pouvoirs publics et les médias. Maintenant, ces mêmes politiciens irresponsables pourraient être tentés de prendre la grande voie de l’autoritarisme, en faisant valoir que vous ne pouvez tout simplement pas faire confiance au peuple pour prendre les bonnes décisions. Normalement, la confiance qui s’est érodée depuis des années ne peut pas être reconstruite du jour au lendemain. Mais ce ne sont pas des temps normaux. En période de crise, les esprits peuvent eux aussi changer rapidement. Vous pouvez avoir des disputes amères avec vos frères et sœurs pendant des années, mais quand une urgence survient, vous découvrez soudain un réservoir caché de confiance et d’amitié, et vous vous précipitez pour vous entraider.
                      Au lieu de mettre en place un régime de surveillance, il n’est pas trop tard pour rétablir la confiance des citoyens dans la science, les pouvoirs publics et les médias. Nous devons certainement aussi utiliser les nouvelles technologies, mais ces technologies doivent responsabiliser les citoyens.
                      Je suis tout à fait favorable à la surveillance de ma température corporelle et de ma tension artérielle, mais ces données ne devraient pas être utilisées pour créer un gouvernement tout-puissant. Ces données devraient plutôt me permettre de faire des choix personnels plus éclairés et aussi de tenir le gouvernement responsable de ses décisions.
                      Si je pouvais suivre mon état de santé 24 heures sur 24, j’apprendrais non seulement si je suis devenu un danger pour la santé des autres, mais aussi quelles habitudes contribuent à ma santé. Et si je pouvais accéder et analyser des statistiques fiables sur la propagation du coronavirus, je serais en mesure de juger si le gouvernement me dit la vérité et s’il adopte les bonnes politiques pour lutter contre l’épidémie.
                      Chaque fois que les gens parlent de surveillance, n’oubliez pas que la même technologie de surveillance peut généralement être utilisée non seulement par les gouvernements pour surveiller les individus - mais aussi par les individus pour surveiller les gouvernements. L’épidémie de coronavirus est donc un test majeur de citoyenneté. Dans les jours à venir, chacun de nous devrait choisir de faire confiance aux données scientifiques et aux experts de la santé plutôt qu’aux théories du complot infondées et aux politiciens égoïstes.
                      Si nous ne faisons pas le bon choix, nous pourrions nous retrouver à renoncer à nos libertés les plus précieuses, pensant que c’est la seule façon de protéger notre santé.

                      Nous avons besoin d’un plan mondial.
                      Le deuxième choix important auquel nous sommes confrontés est entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale. L’épidémie elle-même et la crise économique qui en résulte sont des problèmes mondiaux. Ils ne peuvent être résolus efficacement que par une coopération mondiale. Tout d’abord, pour vaincre le virus, nous devons partager des informations à l’échelle mondiale. C’est le gros avantage des humains sur les virus.
                      Un coronavirus en Chine et un coronavirus aux États-Unis ne peuvent pas échanger des conseils sur la façon d’infecter les humains. Mais la Chine peut enseigner aux États-Unis de nombreuses leçons précieuses sur le coronavirus et comment y faire face. Ce qu’un médecin italien découvre à Milan tôt le matin pourrait bien sauver des vies à Téhéran le soir.
                      Lorsque le gouvernement britannique hésite entre plusieurs politiques, il peut demander conseil aux Coréens qui ont déjà fait face à un dilemme similaire il y a un mois.
                      Mais pour que cela se produise, nous avons besoin d’un esprit de coopération et de confiance mondiales. Les pays devraient être disposés à partager ouvertement et humblement leurs informations et à pouvoir faire confiance à celles qu’ils reçoivent. Nous avons également besoin d’un effort mondial pour produire et distribuer du matériel médical, notamment des kits de test et des appareils respiratoires. Au lieu que chaque pays essaie de le faire localement et stocke tout l’équipement qu’il peut obtenir, un effort mondial coordonné pourrait accélérer considérablement la production et s’assurer que le matériel de sauvetage est distribué plus équitablement. Tout comme les pays nationalisent des industries clés pendant une guerre, la guerre humaine contre les coronavirus peut nous obliger à « humaniser » les chaînes de production cruciales. Un pays riche avec peu de cas de coronavirus devrait être disposé à envoyer du matériel précieux à un pays plus pauvre avec de nombreux cas, en espérant que si et quand il aura besoin d’aide par la suite, d’autres pays viendront à son aide. Nous pourrions envisager un effort mondial similaire pour regrouper le personnel médical. Les pays actuellement moins touchés pourraient envoyer du personnel médical dans les régions les plus touchées du monde, à la fois pour les aider dans leur heure de besoin et pour acquérir une expérience précieuse. Si, plus tard, l’accent est mis sur les changements épidémiques, l’aide pourrait commencer à circuler dans la direction opposée. La coopération mondiale est également vitale sur le plan économique. Étant donné la nature mondiale de l’économie et des chaînes d’approvisionnement, si chaque gouvernement fait sa propre chose au mépris des autres, le résultat sera le chaos et une crise qui s’aggrave. Nous avons besoin d’un plan d’action mondial et nous en avons besoin rapidement.
                      Une autre exigence est de parvenir à un accord mondial sur les voyages. La suspension de tout voyage international pendant des mois entraînera d’énormes difficultés et entravera la guerre contre le coronavirus. Les pays doivent coopérer afin de permettre à au moins un minimum de voyageurs essentiels de continuer à traverser les frontières : scientifiques, médecins, journalistes, politiciens, hommes d’affaires. Cela peut être fait en concluant un accord mondial sur la présélection des voyageurs par leur pays d’origine.
                      Si vous savez que seuls les voyageurs soigneusement sélectionnés étaient autorisés à prendre l’avion, vous seriez plus disposé à les accepter dans votre pays.
                      Malheureusement, les pays actuels ne font presque rien de tout cela. Une paralysie collective a saisi la communauté internationale. Il ne semble y avoir aucun adulte aux commandes. On se serait attendu à voir, il y a déjà quelques semaines, une réunion d’urgence des dirigeants mondiaux pour élaborer un plan d’action commun. Les dirigeants du G7 n’ont réussi à organiser une vidéoconférence que cette semaine, et cela n’a abouti à aucun plan de ce type. Lors des crises mondiales précédentes - comme la crise financière de 2008 et l’épidémie d’Ebola de 2014 - les États-Unis ont assumé le rôle de leader mondial. Mais l’administration américaine actuelle a abdiqué ce rôle de leader. Il a été très clair qu’elle se soucie beaucoup plus de la grandeur de l’Amérique que de l’avenir de l’humanité. Cette administration a même abandonné ses alliés les plus proches. Quand elle a interdit tous les voyages en provenance de l’UE, elle n’a pas pris la peine de donner à l’UE un préavis - sans parler même de la consulter l’UE à propos de cette mesure drastique. Elle a scandalisé l’Allemagne en offrant prétendument 1 milliard de dollars à une société pharmaceutique allemande pour acheter le brevet sur un nouveau vaccin Covid-19. Même si l’administration actuelle finit par changer de tactique et propose un plan d’action mondial, peu de gens suivraient un leader qui ne prend jamais ses responsabilités, qui n’admet jamais ses erreurs et qui prend systématiquement tout le mérite pour lui-même tout en laissant le blâme aux autres. Si le vide laissé par les États-Unis n’est pas comblé par d’autres pays, non seulement il sera beaucoup plus difficile d’arrêter l’épidémie actuelle, mais son héritage continuera d’empoisonner les relations internationales pour les années à venir.

                      Pourtant, chaque crise est aussi une opportunité. Nous devons espérer que l’épidémie actuelle aidera l’humanité à prendre conscience du danger aigu que représente la désunion mondiale. L’humanité doit faire un choix. Allons-nous emprunter la voie de la désunion, ou allons-nous adopter la voie de la solidarité mondiale ? Si nous choisissons la désunion, cela prolongera non seulement la crise, mais entraînera probablement des catastrophes encore pires à l’avenir. Si nous choisissons la solidarité mondiale, ce sera une victoire non seulement contre le coronavirus, mais contre toutes les épidémies et crises futures qui pourraient assaillir l’humanité au 21e siècle.

                      Youval Noah Harari (article paru dans le Financial Time)

                       


                      • Orélien Péréol Orélien Péréol 31 mars 16:05

                        Jancovici dit cette même idée : Notre système est terriblement performant quand tout va bien et démuni si quelque grain de sable s’y met : « nous sommes en train de vivre grandeur nature une déstabilisation à court terme d’un système qui est fait pour être très performant quand tout va bien, et qui a beaucoup de mal à fonctionner près de sa zone ordinaire quand il commence à y avoir un petit grain de sable. » https://www.youtube.com/watch?v=CXA2BA9in30 à 1’ 27"


                        • Orélien Péréol Orélien Péréol 5 avril 10:25

                          « En quelques semaines, le monde s’est arrêté ! C’est une expérience grandeur nature qui montre à quel point notre monde industriel est à la fois puissant et vulnérable : un colosse aux pieds d’argile. »

                          https://www.franceinter.fr/societe/pablo-servigne-pionnier-de-la-collapsologie-on-vit-une-crise-cardiaque-du-modele-industriel-globalise?fbclid=IwAR2AQT0kQr0iw7pTXzswItOMUkFrfvumuvjWNqtN2VpOBz1Op63aGMC5yo0

                          Puissance et fragilité sont la même chose : avoir tout pris, ne plus avoir de réserves.


                          • Orélien Péréol Orélien Péréol 7 avril 12:38

                            Edgar Morin : 

                            « Ce serait le moment de rafraîchir notre humanisme, car tant que nous ne verrons pas l’humanité comme une communauté de destin, nous ne pourrons pas pousser les gouvernements à agir dans un sens novateur. »

                            https://lejournal.cnrs.fr/articles/edgar-morin-nous-devons-vivre-avec-lincertitude?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR2vV5laUDw7ZbLIIuV9cA3_29qIylxrRnwkH4gX9ebNBXjqMQBfzx2gmYg#Echobox=1586189049


                            • Orélien Péréol Orélien Péréol 8 avril 11:56

                              « Il est, sans doute, normal qu’un système de soins ne soit pas fait pour traiter une demande brutale et temporaire. Mais, dans ce cas, il importe qu’il soit réactif, c’est-à-dire capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité, il semblerait bien qu’elle nous ait fait défaut. »

                              « mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité, il semblerait bien qu’elle nous ait fait défaut. »


                              C’est bien le problème : il n’y a plus de réserves. L’humanité doit en refaire, ce qui comprend de diminuer le nombre d’individus pour consommer moins et consommer moins par individu (consommer est entropique).



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