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Les antis et les phobes

Il n'y a pas si longtemps, les critiques et les luttes se faisaient sous les appellations « anti ». L'antiracisme de SOS racisme, le NPA anticapitaliste... L'antisémitisme, une opposition allant jusqu'à la violence aux juifs... et nous sommes passés aux « phobes » : homophobie, islamophobie, et quelques autres qui apparaissent sur la marge grossophobie, christianophobie (sur les banderoles de ceux qui veulent interdire les spectacles de Romeo Castellucci et arrivent à les faire censurer... Kamel Daoud se demande, à propos de l'égalité entre les femmes et les hommes dans l’héritage en Tunisie si ce ne serait pas la fin de la femmophobie (première apparition de ce mot à ma connaissance). Le mot « judéophobie » vient de réapparaître (il semble qu'il soit ancien). L'article de wikipédia se demande quelle différence il a avec antisémitisme.

La différence est que les « anti » travaillent sur les systèmes et peuvent raisonner ces systèmes (l'antigel n'empêche pas le gel, il permet à l'eau de se solidifier à des températures plus basses, il travaille la chose dont il parle. Un anticorps se crée et entre en lutte contre un élément qui a été reconnu comme étranger au corps, il travaille). Les « phobes » ne travaillent pas, ils sont dans l'affectivité, l'émotionnel et le jugement moral. Ils mettent en avant un sentiment qui prête à un groupe une essence, qui occasionne ou occasionnerait la phobie. On ne peut rien en dire, ou on a peur, ou on n'a pas peur (les claustrophobes, qu'y faire ? Ils peuvent choisir de prendre l'escalier au lieu de l'ascenseur, ils resteront claustrophobes). On est passé de la politique comme action sur et dans les systèmes, les institutions, à une politique des entités collectives qui se concurrencent pour que les différences de traitement qu'elles déclarent subir soient validées par tous et soient considérées comme plus fortes, plus fréquentes, plus graves que celles des autres. Ces phobies sont le résultat de mauvaises personnes, d'un mauvais « état d'esprit » et nécessitent la sanction a priori (la mise au silence des « phobes ») ; ou des sanctions pénales, a posteriori donc et à condition qu'il y ait une loi écrite. Ces mots en « phobes » veulent écarter, faire taire un certain type de discours, faire taire certaines personnes ou certains groupes. Ceux qui nomment la phobie des autres se placent à l'extérieur du monde et jugent. Ensuite, il leur faut tenir le plus longtemps possible et montrer le plus de sûreté, le plus de confiance en soi, dans l'exposé de son jugement, dans le nombre d'individus et de comportement auquel il s'applique.

Nous sommes dans la morale, nous ne sommes plus dans la politique. Nous ne pouvons plus dire publiquement ce que quelqu'un, un groupe organisé, (un lobby ? une communauté ?) ne veut pas entendre.

Nous formons une société où la liberté d'expression n'est plus limitée par le passage à l'acte, la liberté d'expression est limitée par la plainte de groupes suffisamment organisés pour arriver à se poser en victimes institutionnelles. Ce mode de discours de limitation n'est ni difficile à voir, ni difficile à déconstruire, selon un mot à la mode. A ceci près, que la déconstruction n'oblige personne. Éventuellement, il n'y a que le déconstructeur pour adhérer à la déconstruction...

Ces termes en « phobie » ne permettant aucun débat, ils devraient être proscrits par la démocratie. Premièrement : la seule façon de ne pas être « phobe » est d'être « phile ». Il y a là un commandement sur la liberté de conscience. Deuxièmement, ce sont les plaignants qui sont juges. Autant dire qu'une fois le processus enclenché, il n'a plus de fin, il trouve toujours plus de points d'applications... demande des sanctions plus fortes puisque le niveau des sanctions ne permet pas d'arrêter la « phobie » autodéclarée, tandis que le niveau de tolérance à la critique, la phobie, baisse, ce qui ne saurait être perçu puisque les juges sont aussi les plaignants.

Le mal se nourrissant de la lutte contre le mal, il vaut mieux ne pas participer à ces batailles en « phobes » (phobie de certaines particularités appelées actuellement « identités ») et retourner aux « anti », anti-système qui sont susceptibles de faire l'objet de descriptions, d'analyses, d'échanges verbaux, éventuellement rugueux voire violents, mais toujours susceptibles de retrouver le terrain des argumentations...

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Photo Orélien Péréol
Le contenu, on s’en fiche. On montre de la détermination.

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25 réactions à cet article    


  • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 25 avril 2018 13:21

    Le mal se nourrissant de la lutte contre le mal, il vaut mieux ne pas participer à ces batailles en « phobes »

    Vous plaisantez ? La polémique, les débats stériles... c’est presque aussi rentable que le pétrole ! Sans compter les innombrables avantages adjacents :
    - Occuper le temps de cerveau disponible
    - Empêcher la formation d’une masse critique ayant des effets fondamentalement importants, non pas simplement esthétiques sur la politique, la Loi, les médias...
    - Ca coûte presque rien ! On économise en recrutement, c’est un beau vivier, une belle école pour les élites de demain
    - La manipulation habile d’un bord comme de l’autre pour arriver à des fins fondamentalement vraiment importantes.
    - La fatigue des pouvoirs publics qui en découle fera passer la privatisation du grand tout comme une solution salvatrice
    ...

    et retourner aux « anti », anti-système qui sont susceptibles de faire l’objet de descriptions, d’analyses, d’échanges verbaux, éventuellement rugueux voire violents, mais toujours susceptibles de retrouver le terrain des argumentations...

    Ah ouf vous m’avez fait peur...


    • Rincevent Rincevent 25 avril 2018 17:15


      Nous sommes dans la morale, nous ne sommes plus dans la politique. Si j’en crois la définition de la phobie (Une phobie, du grec ancien φόβος / phóbos, frayeur ou crainte, est une peur démesurée et irrationnelle d’un objet ou d’une situation précise) nous sommes même dans la pathologie. A partir de là, on ne débat pas on soigne...


      • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 20 avril 11:04

        @Rincevent
         
         ne tombez pas dans le piège des mots, svp.
         
        ’’Nous sommes dans la morale, nous ne sommes plus dans la politique.’
         
        A la vérité, les gouvernements n’ont plus aucun pouvoir politique sur les affaires. Les gouvernants sont devenus des gouvernantes, n’en déplaise aux féministes. Et j’ajoute, des gouvernantes iniques.
         
         
         « Depuis le début des années 1980, nous sommes entrés dans une nouvelle culture, celle du capitalisme financier où les valeurs de mobilité et de flexibilité, de performance, de profit à court terme et du « tout jetable » expose davantage les individus et les populations à la précarité sociale et à l’humiliation civile.
         
        La volonté politique d’un État républicain aurait dû se manifester par des interventions limitant ce pouvoir abusif de la finance. Bien au contraire, depuis les réformes engagées avec le gouvernement Reagan, Thatcher et plus récemment en France, l’État s’est désisté au profit de ces puissances financières et commerciales en démantelant les services publics et en essayant de leur inculquer une nouvelle vision du monde, une métaphysique néolibérale où le marché financier est roi.
         
        A l’instabilité économique et au dispositif de soumission sociale de l’évaluation généralisée s’ajoute la fabrique de l’opinion par des médias qui perdent toujours plus le sens de l’analyse critique et politique propre au journalisme pour se rapprocher davantage de l’exploitation des faits divers et des émotions collectives qu’ils mobilisent. » Jacques Généreux, « La grande récession »


      • rogal 25 avril 2018 23:06

        Quelle confusion sur « phobie » !


        • rogal 25 avril 2018 23:08

          Mais où sont les misogynes d’antan ?


        • zygzornifle zygzornifle 29 avril 2018 18:43

          La Macronophobie c’est la peur du Macron ....

          La diselophobie est une peur du diesel mise en place par Hulot qui a déclenché la Hulophobie qui a touchée de plein fouet la petite fille de Mitterrand ...

          • Orélien Péréol Orélien Péréol 28 mai 2018 13:48

            Je viens d’entendre à l’instant sur France Inter « europhobe » à propos de Raymond Aron. Du temps de Raymond Aron, personne n’était phobe ou phile, les citoyens étaient « pro » ou « anti ».

            Une recherche rapide sur Qwant m’amène sur un article, qui traite la question en anti et pro (dans le registre de l’action et non dans le registre de la morale, qui est en fait celui de la condamnation morale de l’autre.) https://www.researchgate.net/publication/269594600_Raymond_Aron_et_l%27Europe_by_Joel_Mouric

            • Orélien Péréol Orélien Péréol 2 juin 2018 23:24

              Je viens de trouver dans Libération de ce week end l’existence d’une association « ensemble contre la gynophobie »...


              • Orélien Péréol Orélien Péréol 29 juin 2018 10:16

                Je viens de voir qu’un commentaire de mon article « le consentement des hommes » le prenait un « Article masculinophobe ». C’est quelqu’un qui ne l’a pas lu, qui a interprété le titre selon son idée de la masculinophobie,mais qui a raison : si on faisait admettre une masculinophobie, on pourrait avoir un peu plus de pouvoir sur les questions des relations entre les femmes et les hommes.



                  • Orélien Péréol Orélien Péréol 9 juillet 2018 11:18

                    J’ai entendu ce matin sur France Inter : « il n’est pas businessophe » 


                    • Orélien Péréol Orélien Péréol 9 juillet 2018 11:19

                      Je lis « bourgephobie » dans le titre d’un article qui serait sur le même thème que le mien.


                      • Orélien Péréol Orélien Péréol 19 octobre 2018 09:21
                        J’apprends ce nouveau mot de glottophobe, suite à un dévoilement involontaire de Mélenchon par lui-même : 

                        J’apprends a été « forgé » par Philippe Blanchet de l’université de Rennes ! Eh beh, ils ne perdent pas leur temps à Rennes.

                        • Orélien Péréol Orélien Péréol 24 février 2019 12:25

                          Il est apparu un agribashing (je l’ai entendu à l’occasion du salon de l’agriculture, apparemment, ce mot est là dans le milieu agro-alimentaire depuis un certain temps). Bashing est un mot anglais qui signifie dénigrement. Je me suis opposé dans d’autres articles au remplacement de mots français par des mots anglais n’apportant rien parce signifiant la même chose.

                          On va être ni agrophobe ni antiagricole (il faut manger tout de même). C’est malgré cet usage d’un mot anglais et non l’usage de « phobe » ou d’anti la même détermination victimiste. Si on fait « agribashing » dans un moteur de recherche on tombe sur « arrêtez de tirer à vue ». C’est la même idée.


                          • Orélien Péréol Orélien Péréol 28 mars 2019 14:51

                            Brigade anti-négrophobie Brigade anti-négrophobie qui veulent interdire (avec d’autres organisations) un spectacle de théâtre.

                            Ils cumulent d’être antis et phobes (ils sont antiphobes) et effectivement, ils agissent, ils empêchent un spectacle comme faisaient les ouvriers piliers de grève (si la méthode est la même tout le reste est incommensurable).


                            • Orélien Péréol Orélien Péréol 3 février 2020 21:29

                              La collecte d’aujourd’hui :
                              personnagéephobie


                              • Orélien Péréol Orélien Péréol 27 octobre 2020 11:11

                                Sophia Aram « la koufarophobie » :
                                https://www.youtube.com/watch?v=tnoUz7u2zwo


                                • Orélien Péréol Orélien Péréol 1er novembre 2020 10:16

                                  Christophe Bourseiller vient de prononcer le mot « populophobe », « tout un programme » a-t-il rajouté. Sur France Inter, aujourd’hui, le 6/9, rubrique « ce monde me rend fou ».


                                  • Orélien Péréol Orélien Péréol 10 mars 23:03

                                    Je vois passer pour la première fois « putophobe » et « clitophobe ».

                                    Il s’agit de disputes assez incompréhensibles entre féministes. De toute façon, tout cela est d’une indigence intellectuelle qui le rend impraticable. Les choses ont monté depuis mon article qui va avoir trois ans.


                                    • Orélien Péréol Orélien Péréol 3 avril 13:53

                                      L’Etat turque est en lutte contre une « erdoganophobie ».

                                      On a vraiment versé de la critique comme moteur du progrès (les critiqueurs nous montrent des défauts, à nous de les corriger, de faire mieux ainsi « les pros les antis ») à une vision psychologique (les philes et les phobes) : "accepte tout de moi, aime-moi ; si tu me critiques, c’est que tu me hais, et j’ai tout droit sur toi parce que la haine est inacceptable".

                                      Depuis 2018, cet état d’esprit a explosé.


                                      • Orélien Péréol Orélien Péréol 20 avril 10:39

                                        J’apprends l’existence d’une handiphobie. (à Rennes apparemment)


                                        • Orélien Péréol Orélien Péréol 28 mai 12:04

                                          Je trouve brittophobie sous la plume d’André Markowicz, à propos de Françoise Morvan et de lui qui reçoivent cet adjectif.


                                          • Orélien Péréol Orélien Péréol 11 juin 13:38

                                            Je viens de lire « occidentalophobie ».


                                            • Orélien Péréol Orélien Péréol 21 août 14:01

                                              Russophobie : « Une nouvelle loi va entrer en action, je ne sais pas encore quand : la loi dite anti-russophobie. Il s’agit tout simplement d’interdire l’accès au sol de la Russie à toute personne qui serait « russophobe », c’est-à-dire qui remettrait en cause, par exemple, la « grandeur de l’histoire nationale », remettrait en cause aussi le rôle de l’URSS pendant la Deuxième guerre mondiale (il est aujourd’hui de l’ordre du délit de rappeler que Staline s’était entendu avec Hitler en 39, » sous la plus d’André Markowicz.

                                              Un mot en phobie, c’est très bien contre les opposants.


                                              • Orélien Péréol Orélien Péréol 21 août 21:24

                                                toute hidalgophobie de côté

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