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Les Frances contemporaines, au prisme du confinement local – dans le cadre du « débat national sur l’identité »

Local dans le titre, ça veut dire parisien. D'habitude, Paris se prend pour la France ou son équivalent (voire « plus » : j'ai deux amours). Mais voilà que « Paris » (c'est-à-dire à Paris, les Parisiens qui en ont les moyens) voilà que « Paris » se dispatche ès Frances. C'est-à-dire « en Province » ou, pour être plus juste, ès Provinces. Qui tout d'un coup, acquièrent une belle dignité française …

 

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Source : Duckduckgo.fr

 

« Je ne suis pas chauvine, mais la France est la reine des fromages. »*

Ce sont logiquement les Frances brittonique (dont normande) et ibérique (notamment basque), qui sont prises d'assaut – où du moins sur-sollicitées. Il est vrai que l'Atlantique a toujours attiré, tandis qu'on prise le « charme » « exotique » du « caractère » breton et du « chœur » basque.

Les Frances belgique (du Nord à la Lorraine) et centriques (il y en a plusieurs aussi, d'Orléans à l'Auvergne, en passant par Belfort, Limoges et la Bourgogne) n'ont jamais fait plus envie que cela en dehors des leurs, tandis que les Frances germanique et italique sont évitées pour des raisons de densité euro-épidémiques.

Tout cela pique, tandis qu'on s'en pique … mais il semble bien qu'il faille parler d'une France parisique … à défaut de parasite.

Enfin dans de telles conditions, la géographie est à la mode en dehors de l'émission météo (« regarde comme il fait beau chez eux et moche chez nous, et inversement ! ») et le territorialisme redevient manifeste en tant que nerf de la guerre (en interne, comme en externe).


Sur le terrain

La réalité n'est pas virtuelle, à proprement parler il n'y a pas de réalité virtuelle, mais uniquement des simulations de réalités, qui se déploient comme autant de terrains abstraits. Et nous qui vivons beaucoup à travers des simulations (informations**, reportages, environnements numériques plus ou moins ludiques, etc.) nous devons bien nous rendre compte que nos corps sont des réalités de terrain, qui ne peuvent pas se passer de la réalité du terrain, bien qu'on aime les simulations de terrains. Un corps, c'est une portion de terrain, une occupation de terrain – sans parler de l'habitat idoine, etc.

Et puis, humains, par cette réalité de terrain, se déploie le culturel.


« Il n'y a pas de culture française, il y a une culture en France. Elle est diverse. »***

Qu'il y ait du culturel, c'est une vérité de monsieur La Palice. Même quand ce culturel ne vole pas plus haut que Cyril Hanouna, il y a du culturel. Mais comment peut-on dire qu'il y a une culture (du culturel) tout en la disant diverse  ? … et encore, en jouant de mandarinat et de chinoiserie, à dire alors qu'il n'y a pas de culture française ?

Sur le premier point, il s'agit d'un singulier pluriel, comme on parle d'ameublement (un ameublement, des meubles ; de l'eau, des gouttes ou des litres d'eau ; etc.). Et ainsi, une culture en France, une diversité. Jusqu'ici, c'est raccord avec toutes les Frances évoquées au moins, mais on sent bien qu'il y a une volonté d'inclusion du passif colonial****.

Il y a une volonté d'inclusion du passif colonial, et c'est ainsi que, sur le deuxième point, la fameuse ou malfamée sentence (selon), introduit une culture découplée du territoire administratif en tant que tel. Culture française, signifie que l'institution française (la France comme institution administrative du territoire) tiendrait la culture. À ce non-compte, il faudrait en finir avec le ministère idoine, que la France est la seule à avoir, avec la Russie, en Europe. Culture en France, signifie que l'institution ne se soucie guère de la culture qui se déploie en son sein, quitte à tourner au multiculturalisme communautariste anglo-saxon d'ententes cordiales (c'est-à-dire de mésententes, ou d'ententes en chiens de faïence) seulement, avec la nécessité de parler de « séparatisme », on sent bien qu'il y a un hic, et que l'institution doit s'en soucier quand même un peu*****.


Des héritages et des brassages

Clairement, les héritages antiques et féodaux intra-européens – malgré l'uniformisation linguistique violente du territoire à l'ère contemporaine (qui roule d'elle-même aujourd'hui même avec les brassages******) – traversent encore-toujours les Frances, pour qu'on puisse parler des Frances.

Les brassages intra-européens de l'époque contemporaine depuis deux siècles, ainsi que les brassages extra-européens depuis quelques décennies, n'y ont toujours rien changé. Ce n'est pas l'Agence Nationale pour la Cohésion des Territoires, pas plus que les régionalisations, qui y feront quelque chose – puisque tout ceci reste fortement centralisé, à exciter dans toutes les Frances, des sentiments désunis mais unanimes, contre la France parisique.

À vrai dire, même en France parisique, ceux qui ont une résidence secondaire sont régulièrement des bourgeois « Provinciaux » parisianisés, ayant conservé des « bases » dans « l'arrière-pays ». Centralisation des activités économiques oblige, ils vivent le plus clair de leur temps dans son brouillard de pollution, plutôt que dans les pollutions « provinciales ».


Contre messieurs Zemmour et Asselineau

Cela défend son fédéralisme régional, comme en Espagne ou en Allemagne … sans scrupule pour une ouverture européenne et la création d'euro-régions.

Il existe, par exemple, un projet de réunion de la Nouvelle-Aquitaine avec la Navarre – encore que la France ibérique soit avant tout nord-pyrénéenne d'Ouest en Est, et que ce projet tienne uniquement compte des administrations en place. Ne restons pas sur des visions aministratives romaines et franques ... Enfin passons.

La géographie, c'est compliqué (n'en déplaise aux étudiants d'Histoire, qui aiment à railler les géographes autant que, par ailleurs, les archéologues).


Une proposition singulière par son pluriel : renommer « la France » en « les Frances »

Il y a les États-Unis, il peut bien y avoir les Frances (hein Josephine Baker !), au compte de toutes les Frances qui viennent d'être évoquées – sous ce covidisme socio-médiatique gironnant-enceignant le monde jusqu'à l'hystérie (à tort et/ou à raison, ce n'est pas le sujet).

Car, désolé monsieur Macron aussi, impossible de faire de « la France » un singulier pluriel. Les Gaules n'ont jamais été unies, et – comme en Grande Bretagne – il n'y a que l'équivalent « romain » d'une tyrannie administrative sociétaire dans quelque camarilla londonienne (parisienne en l'occurrence) qui puisse ramasser les différentes Frances – au propre comme au figuré, Gilets jaunes à l'appui.

Entre Frances brittonique, belgique et centrique, « Paris » est quand même très belge (blague franco-belge). J'ai deux amours, mon pays et Bruxelles ! (grosse blague européenne)

Vivent les Frances !

 

 

 

________________________
* Source : Noir Désir, « L'Europe », sur Des Visages, des figures.
** Fallacieuse ou pertinente, l'information n'est qu'une simulation – n'est-ce pas ? … Jean Baudrillard et le néo-réalisme hyperréaliste à la rescousse, à l'âge des simulacres. « Dans un monde complètement renversé, le vrai est un moment du faux. » Cf. Pour une économie politique du signe.
***
Emmanuel Macron, lors de sa campagne présidentielle.
**** Alors, après tout, tout dépend de l'axiologie : religieuse, il y a des cultures religieuses – judaïque, catholique, islamique. Il y a des cultures ethniques – maghrébine ou nord-africaine, africaine ou africaine occidentale, proche-orientale, indo-chinoise, etc. Mais on sent bien soudain, que la diversité culturelle tient de moins en moins bien dans le singulier, serait-il pluriel …
***** Il semble que, ici, l'en-même-temporisation macronienne n'était pas prévue, et de toutes façons qu'elle cahote, une fois engagée.
****** Tout comme l'uniformisation irréligieuse.

 

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7 réactions à cet article    


  • binary 24 mars 19:47

    Pour casser quelque chose qui ne vous plait pas, il suffit de le mettre en plusieurs morceaux.


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 24 mars 20:43

      Ne soyez pas binaire. C’est mon amour supérieur, qui parlait.


    • binary 24 mars 20:52

      @Mervis Nocteau
      Pour moi , il est évident que l expression « les Frances » est équivalente à « la France n’existe pas », car le pluriel est , par définition, la négation de l unité.

      Et je veux bien, cesser d etre binaire, à la condition qu on me démontre qui existe quelque chose que ne l est pas ;


    • Passante Passante 24 mars 20:56

      @binary

      Villes
       

       Ce sont des villes ! C’est un peuple pour qui se sont montés ces Alleghanys et ces Libans de rêve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux cratères ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent mélodieusement dans les feux. Des fêtes amoureuses sonnent sur les canaux pendus derrière les chalets. La chasse des carillons crie dans les gorges. Des corporations de chanteurs géants accourent dans des vêtements et des oriflammes éclatants comme la lumière des cimes. Sur les plates-formes au milieu des gouffres les Rolands sonnent leur bravoure. Sur les passerelles de l’abîme et les toits des auberges l’ardeur du ciel pavoise les mâts. L’écroulement des apothéoses rejoint les champs des hauteurs où les centauresses séraphiques évoluent parmi les avalanches. Au-dessus du niveau des plus hautes crêtes une mer troublée par la naissance éternelle de Vénus, chargée de flottes orphéoniques et de la rumeur des perles et des conques précieuses, — la mer s’assombrit parfois avec des éclats mortels. Sur les versants des moissons de fleurs grandes comme nos armes et nos coupes, mugissent. Des cortèges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. Là-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs tètent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune brûle et hurle. Vénus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Des groupes de beffrois chantent les idées des peuples. Des châteaux bâtis en os sort la musique inconnue. Toutes les légendes évoluent et les élans se ruent dans les bourgs. Le paradis des orages s’effondre. Les sauvages dansent sans cesse la fête de la nuit. Et une heure je suis descendu dans le mouvement d’un boulevard de Bagdad où des compagnies ont chanté la joie du travail nouveau, sous une brise épaisse, circulant sans pouvoir éluder les fabuleux fantômes des monts où l’on a dû se retrouver.
       Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette région d’où viennent mes sommeils et mes moindres mouvements ?


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 24 mars 21:03

      @binary. Les États-Unis, ce n’est pas un pays ? Et les Länder allemands ? ... Même la diversité en une culture macronienne, introduit du pluralisme dans l’affaire. Il ne faut pas raisonner sur le principe de non-contradiction, mais sur celui du tiers exclus.


    • binary 24 mars 21:27

      @Mervis Nocteau
      Les états unis ne sont pas un pays, mais une unions de pays qui ont des lois différentes prioritaires sur la fédération. L union européennes n est pas une union, mais un système central de commandement indépendant de ceux qui doivent obéir sans broncher. Les landers allemands sont des séparations administratives de l exécutif d une unité l Allemagne. Leur pouvoir se joue seulement sur leur faculté à influencer l administration centrale qui décide, essentiellement pour des raisons d importances économiques.


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 26 mars 11:29

      Et quel est le problème, puisque ce sont des variantes de ce dont je vous parle ? Après on peut jouer sur les mots, il y a un patriotisme étasunien vivace chez les Républicains autant que chez les Démocrates, récriminez tant que vous voudrez.

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