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Rosa Parks, la Madone de Montgomery

« Il y a tellement de souffrance, de déception et d’oppression que l’on peut supporter… La frontière entre raison et folie se rétrécit. » (Rosa Parks).



Comme l’a décrite France Culture : « symbole de la féminité noire vertueuse et silencieuse ». Dans la ville de Détroit, dans le Michigan, il y a quinze ans, le 24 octobre 2005, s'est éteinte une dame exceptionnelle, Rosa Parks, à l’âge de 92 ans (née le 4 février 1913 dans l’Alabama). À sa mort, cette citoyenne américaine a eu droit à un honneur très rare aux États-Unis, tellement rare qu’elle fut la première femme à l’avoir reçu : sa dépouille fut exposée au centre de la Rotonde du Capitole à Washington pendant deux jours sur décision du Président George W. Bush (fils de son père) qui a fait une allocution télévisée pour lui rendre hommage. Elle était l’égale d’un Ronald Reagan dans la mémoire collective américaine. Des centaines de milliers d’Américains sont venus lui rendre hommage du 31 octobre 2005 au 2 novembre 2005, jour des funérailles à Détroit auxquelles a participé la chanteuse Aretha Franklin.

Car Rosa Parks, en 2005, était déjà dans les livres de l’histoire américaine depuis longtemps. Elle fut surnommée la mère du mouvement des droits civiques, autrement dit, celle qui, par un geste fondateur, a fait évoluer la société américaine en supprimant la ségrégation basée sur la couleur de la peau. Critère assez futile s’il en est.

En effet, il y a près de soixante-cinq ans, le 1er décembre 1955, à Montgomery (la capitale de l’Alabama), Rosa Parks a refusé de céder sa place à un passager de couleur de peau blanche dans un autobus. Elle fut arrêtée par la police et sommée de payer une amende : « Au moment où je suis arrêtée, je n’ai aucune idée de comment vont tourner les choses. C’était un jour comme un autre, ce qui l’a rendu important, c’est le fait que de nombreuses personnes se sont jointes à moi. ».

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Elle refusa de payer et au bout de quelques jours, un grand mouvement s’est développé, autour d’elle et d’un jeune pasteur, sociologue, Martin Luther King, qui a consisté en un boycott de la compagnie de bus et a abouti à la décision de la Cour Suprême des États-Unis du 13 novembre 1956 abrogeant les lois ségrégationnistes dans les bus, considérées comme anticonstitutionnelles. Le 20 décembre 1956, la Cour Suprême obligea l’Alabama à supprimer la ségrégation dans les bus (le boycott des bus s’est alors arrêté le lendemain). Cela a abouti aussi à la signature, le 6 août 1965 par le Président Lyndon Johnson, du Voting Rights Act qui a renforcé le 15e amendement de la Constitution des États-Unis en interdisant les discriminations raciales lors des élections.

Le code urbain de Montgomery de 1905, modifié en 1938 et encore en vigueur en 1955, disait très explicitement (cité par France Culture le 6 septembre 2020) : « Toute personne opérant sur une ligne de bus dans la ville devra fournir des services égaux mais séparés aux personnes blanches et aux Nègres sur les bus, en exigeant des employés en charge de ces services d’attribuer les sièges de passagers sur leur véhicule de manière à séparer les personnes blanches des Nègres, quand il y a simultanément des Blancs et des Nègres dans la même voiture. ».

Cette idée de boycott avait germé dans la communauté baptiste et méthodiste noire dès les années 1940 car beaucoup de femmes de couleur de peau noire devaient prendre le bus pour aller au travail. Avant Rosa Parks, deux femmes s’étaient déjà distinguées. Le 2 mars 1955, Claudette Colvin, une adolescente de 15 ans, a refusé de céder sa place dans le bus et s’est même débattue lorsque des policiers sont venues la chercher, mais elle était enceinte et donc "peu présentable" comme égérie des droits civiques.

Le 21 octobre 1955, Mary Louise Smith, une jeune femme de 18 ans, fut elle aussi arrêtée pour la même raison, mais là encore, sa "respectabilité" n’était pas établie (certains journalistes ont évoqué, trente ans plus tard, des rumeurs sur l’alcoolisme de son père, démenties par Mary Louise Smith).

Au contraire de Rosa Parks qui, en décembre 1955, avait déjà 42 ans, couturière, femme mariée, éduquée et femme militante. Caroline Diamond, professeure d’histoire des États-Unis à l’Université Paris-Nanterre et qui dirige actuellement deux thèses sur les femmes afro-américaines, a expliqué : « Sa profession de couturière la rangeait du côté de la classe ouvrière ou de la petite classe moyenne, sa foi notoire, son comportement moral et son hygiène de vie exemplaires faisaient d’elle quelqu’un derrière qui la bourgeoisie noire et les pasteurs de la ville pouvaient aisément se mobiliser. ». Ainsi, inattaquable dans sa vie personnelle, Rosa Parks est devenue le symbole des luttes pour les droits civiques avec Martin Luther King, 26 ans : « Il arrive un moment, mes amis, où les gens en ont marre d’être plongés dans l’abysse de l’humiliation où ils connaissent la désolation d’un désespoir lancinant. ».

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Dans son autobiographie, Rosa Parks a rapporté plus tard : « Les gens racontent que j’ai refusé de céder mon siège parce que j’étais fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d’habitude à la fin d’une journée de travail. Je n’étais pas vieille, alors que certains donnent de moi l’image d’une vieille. J’avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j’avais était celle de céder. » (1958).

Au-delà de cet épisode courageux du bus (on a dit souvent qu’elle est restée debout dans sa dignité en restant assise dans le bus), Rosa Parks n’a pas cessé de militer en faveur des droits civiques et de l’égalité des citoyens américains. Elle a été régulièrement honorée de son vivant, notamment par le Président Bill Clinton, et fait désormais partie du mythe américain. À sa mort, le pasteur Jesse Jackson, ancien candidat à l’élection présidentielle, a déclaré le 25 octobre 2005 : « Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son emprisonnement a ouvert les portes de notre longue marche vers la liberté. ». Le bus où elle avait refusé de céder la place est devenu une pièce de musée et à la mort de Rosa Parks, toujours la même formule : « La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. ».

Jeanne Theoharis, professeure émérite de sciences politiques à l’Université de Brooklyn et l’une des biographes de Rosa Parks, a insisté pour ne pas la réduire à l’épisode du bus : « Nous lui rendons hommage, mais nous ne rendons pas justice à la portée politique de son combat. C’est la construction d’une fable, celle de l’autocongratulation. Cette femme qui a été humiliée en 1955, regardez ! Elle a sa statue au Capitole. C’est la seule personne de la société civile en 2013, c’est un immense honneur ! Mais c’est en dépit de ce en quoi Rosa Parks croyait, elle raconte juste la fabrique du récit progressiste américain. » (citée par France Culture).

Quatre États américains ont institué un Rosa Parks Day (Journée Rosa Parks) pour lui rendre hommage, la Californie le 4 février (pour son anniversaire), l’Alabama, l’Oregon et l’Ohio le 1er décembre (pour son geste et son arrestation de 1955). Quant à Claudette Colvin et Mary Louise Smith, octogénaires, elles sont toujours vivantes et vivent retraitées aux États-Unis.

Laissons à Rosa Parks les deux mots de la fin : « Jusqu’à présent, je crois que nous sommes sur la planète Terre pour vivre, nous épanouir et faire notre possible pour rendre ce monde meilleur afin que tout le monde puisse jouir de la liberté. ». Et celui-ci, à méditer : « Chaque personne doit vivre sa vie comme un modèle pour les autres. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site sur Rosa Parks.
Rosa Parks.
Comment salir Danièle Obono ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
Deux faces des États-Unis : George Floyd et SpaceX.

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5 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 23 octobre 15:16

    Ah !? On ressort les vieilles icônes qui ont tant excité la gôgôche toute propre et bien pensante. Le camp du bien ! Les héritiers de Voltaire, merde excusez du peu !

    Bientôt Gandhi ? Mandela ? Walesa ?

    Pendant ce temps, Assange pourri en prison pour avoir juste soulevé un coin du voile de nos sociétés corrompues...

    Dupont Lajoie ne veut pas connaître la vérité, elle perturbe trop ses fondements, elle contrarie sa digestion, il préfère se faire égorger à crédit, espérant que le boulet aura l’élégance de tomber un peu plus loin que ses petits intérêts mesquins...

    Bon, en même temps, on ne peut pas lui en vouloir, qui pourrait bien avoir envie de crever pour défendre le panier de crabes laïques et républicains !?

    Faut quand même pas déconner, on veut bien gaver des urnes aux échéances prévues, mais pas plus !


    • Et hop ! Et hop ! 23 octobre 15:26

      On n’en a rien à foutre de Rosa Park, en France il n’y a jamais eu de bus interdit aux noirs, ni d’écoles, ni de cafés, ni de plages, ni de magasins, il n’y a jamais eu de politique raciste en France à l’égard des noirs.

      Les Antillais et les Réunionnais ont toujours eu accès à tous les emplois publics en passant les mêmes concours que les blancs, les jaunes et les autres couleurs, dans la Fonction publique, à la Poste, dans les hôpitaux, etc.

      C’est scandaleux qu’il y ai des écoles et des colèges en France qui ont été baptisées Rosa Park, comme si il n’y avait pas assez de femmes françaises héroïques à honorer, par exemple Charlotte Corday.


      • Clocel Clocel 23 octobre 16:01

        @Et hop !

        Charlotte Corday, comme vous y allez !
        Une nana qui avait des « couilles » au pays des hommes qui n’en ont plus du tout !
        Soyez raisonnable ! smiley


      • lisca lisca 23 octobre 17:14

        Copine de Clinton !

        Héroïne de siège d’autobus, grassement récompensée.

        Ces gens-là ont fait couler trop d’encre élogieuse, et ont contribué à nous fourrer dans un beau pétrin mondialiste.

        Pendant ce temps, les vrais héros morflent.

        Assange, liberté !

        Et cet autre dont Youtube, Facebook, mainstream etc. ne vous parleront pas :

        https://www.mondialisation.ca/covid-19-au-plus-pres-de-la-verite-masques-partie-25/5647759 Le docteur Pascal Sacré, réanimateur (métier à ne pas confondre avec celui d’Hanouna !) a été liciencié pour avoir parlé vrai, dans un article très intéressant sur la réanimation et les maladies pulmonaires.

        Il a, comme souvent, un beau nom qui mérite une rue, une gare, une place !



        • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 26 octobre 09:04

          Martin Luther King présentable ?

          De son vrai nom Michael King, le symbole des noirs américains se faisait appeler Martin Luther King en l’honneur de l’hérésiarque Luther. Protestant, il ne croyait ni en la résurrection du Christ ni en la virginité de la Mère de Dieu. Docteur en théologie, l’université de Boston qui lui avait discerné son diplôme reconnut par la suite que King avait fait œuvre de plagiat. Il agit de même dans son premier sermon public et dans son premier livre Marche vers la liberté. Même le très correct New York Times en fit le sujet d’un des ses articles en 1990 ! Marié, il fut un époux infidèle : espionné par les services américains qui voulait prouver qu’il était en collusion avec les communistes, le FBI recueillit les preuves de ses nombreuses infidélités conjugales dont il garda les enregistrements. Ses adultères sont également révélés, noir sur blanc, dans l’autobiographie de son plus proche ami et successeur Ralph Abernathy, parue en 1989. Le jour même de sa mort King avait passé la nuit avec deux femmes différentes et en avait frappé une troisième qui s’était enfuie sous les yeux d’Abernathy qui raconte les faits. A l’ère de #Metoo et de #balancetonporc, ces frasques, même si elles concernent une icône de l’antiracisme, font désordre… 10 heures après cette chaude nuit, l’agitateur afro-américain était tué sur le balcon de cette même chambre d’hôtel.

          Et c’est cet hérétique protestant, champion du multi-culturalisme, loin d’être un modèle de vie chrétienne, qui inspire le mondialiste pape François…

           

          Martin Luther King si bien noté par beaucoup d’antiracistes qui a soutenu Rosa Parks était en fait un coco peu recommandable :

          « King participait régulièrement à des orgies sexuelles et pouvait être très violent avec les femmes.

          Les autorités avaient mis sous écoute la chambre d’hôtel de Martin Luther King, et se sont aperçu qu’il entretenait également des rapports homosexuels avec un autre pasteur.

          Un rapport de police norvégien indique que King a été trouvé nu par la police alors qu’il poursuivait une femme dans les couloirs de l’hôtel, la menaçant car elle ne souhaitait pas entretenir des rapports sexuels avec lui. »

          http://chretiens2000.over-blog.com/2015/07/la-face-cachee-de-martin-luther-king-jr.html

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