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10 ans après (4/6) : l’oligo-libéralisme financier encore plus fort

Il y a dix ans, le déversement de milliards pour sauver le système financier alors que la population souffrait des conséquences de la crise avait montré que ce système capitaliste, où « pile nous gagnons, face, ils perdent  », était malsain. Bien sûr, quelques réformes ont été mises en place, mais elles restent dérisoires, comme le montre le renforcement de l’oligarchie depuis 10 ans.

 

A pousser les plus libéraux vers la lutte des classes
 
Avant 2008, l’analyse du caractère de plus en plus oligarchique de notre système économique était assez peu courante. Depuis la crise, c’est devenu un sujet important de la science économique. Même la bible des élites globalisées, The Economist, ne peut pas ignorer les innombrables signes de dysfonctionnements du système économique, sans pour autant arriver à le remettre en cause. Plusieurs fois, l’hebdomadaire a dénoncé un niveau de profits trop élevés, le signe que les marchés manquent de concurrence, à leur sens, et que les entreprises extraient trop de profits par rapport à l’ensemble de la création de valeur. La première alerte date déjà d’il y a six ans, elle a été répétée il y a deux ans.
 
 
En 2018, l’hebdomadaire a enrichi son analyse en dénonçant spécifiquement la trop grande concentration du marché britannique. Il a publié un graphique particulièrement intéressant sur l’évolution du ratio entre le prix des produits et services vendus et leur coût de fabrication de 1985 à 2016, montrant qu’il y a 30 ans, ce ratio dépassait rarement 1,5 alors qu’il n’est pas rare d’atteindre 3 aujourd’hui. Ce phénomène n’est pas spécifique à notre voisin, mais semble assez généralisé, comme le montrait un autre papier, remettant en perspective les gesticulations anti-concentration de la commission, qui, en pratique, laisse faire tant de rachats (Monsanto-Bayer, STX-Fincantieri, Alstom-Siemens).
 
 
 
Les multinationales sont doublement gagnantes : non seulement elles se concentrent pour gagner du pouvoir sur leurs marchés, mais en outre, le démantèlement des lois de protection des travailleurs et la concurrence internationale permet de pressurer toujours plus les coûts, le comble étant atteint par la nouvelle économie qui créé des emplois pour recharger les trottinettes électroniques. Les chiffres deviennent de plus en plus extravagants : chaque année, les records sont battus, au point que certaines, comme Apple, peuvent gagner plus de 10 milliards en un trimestre, et les banques étasuniennes plus de 60 milliards de profits, toujours en un seul trimestre ! Cela permet une distribution record de dividendes, près de 500 milliards de dollars sur le seul deuxième trimestre, en hausse 12,9% en un an.
 
 
Et pour couronner le tout, le taux d’imposition sur ces profits gigantesques (à 50% aux Etats-Unis et en France il y a 40 ans) ne cesse de baisser, dans une course sans fin au moins-disant fiscal, comme le montre un graphique révélateur de The Economistchemin emprunté par Trump comme Macron… Pour couronner le tout, les entreprises rachètent de plus en plus leurs actions, pour toujours donner plus aux actionnaires. The Economist montre aussi que la rémunération des actionnaires a vite retrouvé le niveau d’avant crise, qu’elle progresse beaucoup plus vite que le PIB depuis 25 ans avec les rachats d’action. En somme, notre monde a été conçu pour les actionnaires des multinationales.
 
 
En résumé, le monde moderne, avec la trop libre-circulation des biens, des capitaux et des personnes, favorise beaucoup trop les grandes entreprises et les plus riches, qui peuvent extraire toujours plus de profits de tous les autres, en s’assurant un rapport de force toujours plus favorable. C’est ce que j’ai appelé l’oligo-libéralisme, un ultralibéralisme au service des plus forts qui se créent des rentes de situation d’autant plus solides que les gouvernements suivent de plus en plus leur agenda, comme le reconnaît The EconomistMacron et Trump ne sont que les deux faces, l’une politiquement correct, l’autre politiquement incorrect, d’un même agenda oligo-libéral au service des plus riches
 
 
C’est par ce biais là qu’une petite minorité s’enrichit au détriment d’une large majorité. Et quelle meilleure illustration de cet oligo-libéralisme, que dix ans après une crise à laquelle Goldman Sachs avait largement contribuée, ses 724 employés britanniques touchent encore, en moyenne 1,4 million de dollars de rémunération, potentiellement à spéculer sur les bitcoins à l’époque…

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10 réactions à cet article    


  • lala rhetorique lala rhetorique 24 janvier 10:52

    Et si le peuple sortait du système en créant tout à son échelle ? une société en parallèle en quelque sorte. On sort notre argent des banques, on crée une coopérative bancaire, etc etc, à mon avis tout est possible, tant qu’on est en vie. Mais faut se bouger, critiquer et défiler ça ne suffit pas !


    • Arogavox 24 janvier 11:57

      @lala rhetorique

      « en créant tout à son échelle » : oui, mais alors tout  ! 
      Car avant de pouvoir créer « une coopérative bancaire », il faut d’abord s’entendre sur la façon par laquelle « on » va administrer cette banque ....
         
       Ne pas oublier que ce sont d’abord des milieux d’affaire (dont chambres de commerce) qui, au siècle des Lumières, s’étaient intéressés aux fondements mathématiques des diverses technique de scrutin envisageables !
         
       Critiquer et défiler ne suffit pas, certes, et c’est bien ce qu’ont compris tous ces « gilets jaunes » qui malgré les intempéries et l’hiver « se bougent » et occupent les rond-points ...
       C’est d’ailleurs ce qui a permis à ce mouvement de tenir et obtenir plus que les ex-tentatives du mouvement des « indignés » ou de celui des « insoumis ».
        
       Reste aussi à savoir analyser les causes des échecs de mouvements précurseurs qui avaient semblé bien partis ... mais avaient peut-être un peu confondu vitesse et précipitation en se trompant de priorité d’action.
       Le plus urgent, si l’on en croit le succès mondial effectif d’un état de l’art reconnu dans les bureaux d’étude (cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_de_la_valeur ) c’est de ne pas se tromper dans l’identification du besoin et de ne pas occulter ce besoin par la visée de « solutions » a priori.
       Car même avec les meilleures volontés du monde, si le consensus initial sur les besoins identifiés est mal ou insidieusement évalué ... et si les détails (et le diable qui se cache dedans) des procédés d’évaluation de consensus ne sont pas attentivement examinés et collectivement ajustés ... alors la tentative ratée de réorganisation ne fait que discréditer plus longtemps et plus gravement l’espoir d’une meilleure adaptation ... 


    • Arogavox 24 janvier 13:24

      ... Se tromper de priorité d’action passe aussi par cet a priori néfaste qui laisse croire que l’action de préparer les outils abstraits autant que les techniques matérielles de la répartition du pouvoir serait moins urgente et moins efficace que celles qui voudraient monopoliser tout de suite l’audimat le plus large.
        
        Ceux qui se gaussent de l’abstraction des « geek » qu’ils s’imaginent déconnectés des enjeux ou préoccupations politiques ... sont en fait largement à côté de la plaque. Vous ne liriez pas ces lignes, le mouvement des gilets jaune ne serait pas ce qu’il est ... si des « intellos » de geeks n’avaient pas imaginé, réalisé et mis en oeuvre toutes les couches de protocoles de télécommunication bidirectionnels par lesquels le réseau Internet, puis les « réseaux sociaux » ont encore peauffiné avec une détermination sereine ce patient et acharné travail « intello » (très souvent bénévole) sans lequel nos « mouvements » du moment n’auraient pas eu l’impact constaté.
        Seuls ceux qui parlent sans se renseigner et qui ont manqué de curiosité ou d’ouverture peuvent s’imaginer que cette fabuleuse somme d’efforts collectifs n’a pas été motivée par des visées conscientes d’ordre politique. 
      Pourtant Roger Matin du Gard avait jadis su remarquer :

      « Les deux types de révolutionnaires : les apôtres et les techniciens »

      — 
       
       Alors, à quand un brainstorming pour établir attentivement d’abord les modalités à retenir pour constituer collectivement et démocratiquement un état des besoins, puis un cahier des charges pour des cahiers de fraises (revendications + exigences + doléances + propositions + alertes ...) nationaux et permanents ?!

       


    • Claudec Claudec 24 janvier 20:24

      @lala rhetorique

      Quel argent sortir des banque puisque on est pauvre ?
      Contrairement à votre avis, rien n’est possible avec des « on »
      D’ailleurs, attention ! car l’adage dit que « on » est un c.


    • Claudec Claudec 25 janvier 21:03

      @Arogavox

      Sauf qu’avec le temps et le nombre, le sens des mots a changé. Le savoir moyen des apôtres et techniciens auxquels se réfère Martin du Gard était bien différent de celui auquel peuvent prétendre les apôtres et techniciens d’aujourd’hui, tels qu’ils prolifèrent sur les réseaux sociaux. D’abord parce que le champ de ce savoir s’est considérablement étendu et diversifié, et ensuite par ce que le niveau culturel moyen de l’humanité s’est fortement affaibli avec l’augmentation de la population. Là aussi règne la répartition pyramidale des richesses (le savoir en étant une comme une autre), selon laquelle les pauvres se multiplient à une cadence qui est 20 fois celle des riches.
      Quant au brainstorming, ne vivons-nous pas la difficulté d’en fixer les modalités, au point de douter qu’il soit possible et surtout accepté ?


    • JL JL 24 janvier 11:44

      Constat aussi déprimant que juste.

       

      Que faire, que dire ? Comme lala ci-dessus ? On change tout, et on garde les mêmes ? Parce que la nature humaine est irremplaçable.

       

      Regardez les difficultés des GJ : ils ne disent pas autre choses quand ils réfutent systématiquement tous représentants opportunistes.

       

      On ne sait pas faire autrement que ce qui a été fait. Parce que la nature humaine est irremplaçable. A défaut de pouvoir changer le système, il convient de lutter contre ses excès. Les Macron et les Trump sont les noms de ces excès.


      • keiser keiser 24 janvier 11:55

        Salut

        Il n’y a qu’a voir le cas de l’aéroport de Toulouse.

        La cour des domptes est stupéfaite devant l’amateurisme de Macron dans cette vente dont il est le précurseur lors de son passage à Bercy.

        A la finale cette transaction aura servi de pompe à fric pour les chinois qui n’ont respectés aucun de leurs engagements.

        Tout a été fait pour engraisser les actionnaires au détriment des investissements promis.

        Et maintenant les chinois revendent leurs parts avec une plus-value de 200 millions sur les 300 à l’achat, sans compter les dividendes pompés directement dans les caisses.

        La fête n’est pas finie car Macron compte bien réitérer avec ADP, Lyon, etc ...

        Comment on dit vive la France en chinois ?


        • Laulau Laulau 24 janvier 16:34

          Tout cela est juste, mais rien sur les causes de cette folie. Un certain Karl Marx avait prédit tout ça il y a fort longtemps mais il donnait,lui, l’explication et cette évolution financière est tout à fait normale, elle n’est pas le fait de méchants financiers mais de la logique même du capitalisme.

          Après la guerre et la cuisante victoire de l’URSS on a été obligé de mettre des entraves à la financiarisation de l’économie, il fallait faire bonne figure pour concurrencer les méchants communistes, mais aujourd’hui pourquoi se gêner ?

          Si rien ne l’arrête (et je ne vois pas bien ce qui peu l’arrêter) le capitalisme ira jusqu’à son terme : la paralysie de l’économie et la disparition de milliards d’humains sinon de l’humanité toute entière.


          • Claudec Claudec 24 janvier 18:54

            Sous tous les régimes, les inégalités sociales ont toujours crû avec la population et/ou son enrichissement collectif.

            La pyramide sociale s’élève sans cesse depuis que la société des hommes existe, ce qui creuse toujours plus l’écart entre riches et pauvres ; et le nombre de ces derniers a toujours augmenté à une cadence qui est 20 fois celle des riches, précisément en raison du caractère incontournablement pyramidal de notre société. 

            Ignorer ce qui précède, voire le nier, c’est méconnaître les fondements de la condition humaines et se condamner à lutter contre un ennemi sans chercher d’abord à comprendre en quoi il consiste, à la manière de l’insecte qui se heurte stupidement à la paroi du bocal dont il est prisonnier, jusqu’à en mourir.


            Précis de pyramidologie socialehttps://www.amazon.fr/dp/B07J3G3VMH


            • keiser keiser 24 janvier 20:00

              On pourrait aller plus loin :

              Le scandale de l’attribution de la TNT par Chirac en 2012.

              Qui est aussi devenu une immense pompe à fric.

              Une bénédiction pour les annonceurs et leurs coupures pub.

              Avec Cyril Hanouna et Morandini en maitres d’ouvrage.

              https://www.lepoint.fr/medias/le-scandale-de-l-attribution-des-chaines-tnt-25-06-2015-1939676_260.php

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