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Accueil du site > Actualités > Economie > Alexandre Bompard : les employés de Carrefour n’en veulent (...)

Alexandre Bompard : les employés de Carrefour n’en veulent pas…

Dernière ligne droite dans la succession de Georges Plassat à la tête de Carrefour. Bien que le propre PDG du géant de la distribution milite pour un choix interne, Alexandre Bompard tient toujours la corde. C’est du moins ce qu’affirment en chœur les proches du businessman, que la modestie ne semble pas étouffer. En plus de mettre en péril l’avenir de leur société, en choisissant Alexandre Bompard, les trois principaux actionnaires que sont la famille Moulin, Diniz et Arnault s’attireraient les foudres des employés de Carrefour qui ont lancé, vendredi 12 mai, une pétition contre la venue de Bompard dans leur entreprise.

Bompard, entre arrogance et appétit démesuré 

Bompard «  a vu tous les grands actionnaires de Carrefour. Ils semblent tous assez d’accord  », croit savoir l’un de ses émissaires. A les entendre, Alexandre Bompard n’aurait que l’embarras du choix : il serait aussi bien accueilli chez Orange que chez Vivendi, chez Engie que chez Carrefour. Au bon vouloir du monarque, en quelque sorte.

Et celui-ci n’aurait pas non plus refusé un poste ministériel : son nom circulait en effet pour devenir ministre de la Culture du gouvernement Macron. Selon un autre de ses proches, Bompard serait attendu comme le Messie par tout ce que la France compte de grands groupes : «  En réalité, la décision lui appartient, s’il veut le poste (chez Carrefour), il l’aura  ». 

L’entourage de l’autoproclamé petit génie des affaires fait pourtant mine d’oublier un léger détail : son champion n’est pas, loin s’en faut, en congé sabbatique. A l’heure où sont écrites ces lignes, Alexandre Bompard est toujours, sauf preuve du contraire, PDG de Fnac-Darty. Un groupe dont il a souhaité la fusion et qui traverse une période mouvementée. 

Une fusion à haut risque qui reste à mettre en œuvre 

A 1,16 milliard d’euros, soit 440 millions de plus que l’offre initiale, la fusion Fnac-Darty pose plus de questions qu’elle ne donne de réponse. La première est celle de la viabilité du groupe ainsi formé, dont l’endettement est inquiétant, d’autant plus que le rachat de Darty a contraint la Fnac à emprunter de lourdes sommes. In fine, c’est la rentabilité de l’opération qui est en question.

Le risque social est tout aussi grand. Il est de notoriété publique que les cultures d’entreprises des deux entités sont radicalement opposées. Des tensions sont inévitables, et ce d’autant plus qu’Alexandre Bompard s’est lancé dans une véritable chasse aux doublons, notamment dans les fonctions support (logistique, SAV, administratif) et au sein des sièges respectifs.

Le nouvel ensemble pourrait également se retrouver en situation de monopole, ce qui le contraindrait à devoir fermer certains de ses 380 magasins en France. Comme l’analyse l’économiste Marc Touati, «  la course à la taille n’a de sens que si la rentabilité est au rendez-vous et si le projet d’entreprise est partagé massivement par les salariés  ». On en est loin.

Malgré l’ampleur des défis d’une fusion qu’il s’est acharné à obtenir au prix fort, Alexandre Bompard serait donc sur le point d’abandonner le groupe au moment même où celui-ci traverse une période d’incertitude. Au premier trimestre 2017, Fnac-Darty a ainsi enregistré une baisse d’activité de 3,2 %. 

Un risque d’explosion sociale  ?

«  C’est délicat de partir maintenant, s’inquiète un proche de la Fnac. Il y a encore des synergies à délivrer et François Pinault (le premier actionnaire de Fnac-Darty) a été généreux avec Bompard  ». C’est le moins que l’on puisse dire, en effet. 

Après un premier package à 11,5 millions d’euros en 2015, Alexandre Bompard devrait, en effet, s’offrir un jackpot ahurissant de près de 14 millions d’euros en 2016 — soit 19 % du bénéfice net réalisé par la Fnac l’année dernière. Tout compte fait, Bompard aura reçu un peu plus de 30 millions d’euros entre 2015 et 2017, ce qui en fait l’un des patrons français les mieux payés. Un montant démesuré qui ne manquera pas de faire pâlir le président du comité de rémunération de Carrefour, Didier Breton… 

Les émoluments perçus par Alexandre Bompard passent d’autant plus mal que, depuis son arrivée à la tête de la Fnac en 2011, le nouveau patron s’est illustré par un management faisant de la rentabilité interne l’alpha et l’oméga de sa stratégie. En 2012, le PDG a lancé un plan d’économies drastiques de 80 millions d’euros, conduisant à plusieurs centaines de suppressions d’emplois. 

Bompard a même eu le culot d’imposer à ses salariés, auxquels il demande toujours plus — travail le dimanche, charge de travail redoublée en raison des nombreux départs —, une politique de «  modération salariale  ». Alors que lui même engrangeait les bénéfices, il ne leur a accordé qu’une augmentation de 11 euros brut en 2017. 

La fusion entre la Fnac et Darty annonce de nouvelles coupes franches. De 85 millions d’euros par an, les «  synergies de coûts  » entre les deux groupes sont maintenant évaluées à 130 millions. L’intersyndicale de Darty s’alarme, estimant que ces synergies «  ne pourraient se faire sans une réduction dramatique de la masse salariale  ». Quelque 3 000 emplois seraient en jeu.

Les salariés de Carrefour ne s’y sont pas trompés. Redoutant l’arrivée de Bompard comme la peste, un collectif, dénommé «  Nous sommes Carrefour  !  », a adressé le 12 mai une pétition à l’ensemble des salariés, syndicats et actionnaires du groupe, et même à son PDG, Georges Plassat : «  En échange d’un tel salaire, (Alexandre Bompard) a organisé des centaines de licenciements, il a racheté trop cher Darty, et il va devoir fermer de nombreux magasins. Veut-on vraiment de cela chez nous  ? ». 

«  Comment peut-on tolérer que Carrefour soit dirigé par un patron qui gagne trois fois plus que Jean-Marie Messier à l’époque du scandale  ?, conclut le texte de la pétition. Après la moralisation de la vie politique, à quand la moralisation de la vie économique  ?  » Pas sûr que la réponse vienne d’Alexandre Bompard. 

Et depuis que le doute plane sur le départ d’Alexandre Bompard de Fnac-Darty, l’action du groupe est en chute libre (– 5 % depuis le 10 mai). Si la situation boursière du groupe français continue de s’aggraver, l’Autorité des marchés financiers pourrait se saisir afin de demander à Alexandre Bompard de s’exprimer clairement sur son avenir. Affaire à suivre…


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4 réactions à cet article    


  • Marignan Marignan 19 mai 10:41

    Encore un technocrate parachuté à la tête de grandes firmes sans avoir jamais vécu de l’intérieur (aux échelons opérationnels et avec une rémunération qui permet de mesurer le coût de la vie) ce qu’est une entreprise ; davantage doué comme tant d’autres avant lui (Messier par exemple) à créer des problèmes là où il n’y en a pas et à se carapater dès lors qu’il s’agit de penser des solutions.

    A comprendre, dans une fusion-acquisition de cette sorte, ce qui est visé, ce n’est pas un projet industriel ou commercial stratégique, c’est l’opération financière elle-même parce qu’elle génère des profits (pris sur la bête) par la banque qui réalise l’opération et par les dirigeants-actionnaires qui touchent sur le rapprochement. Recherchez par ailleurs qui est l’heureux actionnaire qui s’est débarrassé de Darty sur le dos de la dette du repreneur (dette soumise à intérêts payés aux banques) et vous aurez (presque tout) compris.

    Générer ce genre d’opérations destructrices d’emplois c’était le job grâce auquel notre nouveau président s’est bâti une fortune. C’était, enfin, c’est encore, mais maintenant à une échelle décuplée puisque M. Macron semble être en charge maintenant de la fusion-acquisition de la France par les multinationales qui dirigent l’UE et ses institutions.


    • zygzornifle zygzornifle 19 mai 11:10

      rapprochement FNAC-DARTY 1600 suppression de poste en préparation ....


      c’est un ami a Macron, il aura la loi El Krohmri-Macron pour appuyer son équarrissage et la bénédiction de son président de son 1er ministre et de Gattaz .... 
      les employés sont des« sans dents » donc il n’y aura pas de rebuffade hormis quelques banderoles surtout que la CFDT est majoritaire donc elle va signer contre les employés .....

      • lloreen 20 mai 11:41

        Les employés peuvent quitter leurs prisons. Il y a quantité d’initiatives auxquels ils peuvent prendre part. Personne n’a besoin de s’auto-détruire et quand ces esclavagistes ne trouveront plus ni employés pour se morfondre dans un travail ennuyeux et sans perspective d’avenir, ni clients pour faire tourner leurs usines à broyer l’humanité ils mettront la clé sous la porte et les surfaces bétonnées seront arrachées pour redonner sa place à la Nature nourricière.

        Il n’y a rien de plus hideux que de voir les mêmes enseignes à distribuer de la pacotille et de la malbouffe dans les banlieues, reproduites à l’ identiques aux quatre coins de France.
        Les solutions sont là et chacun peut s’investir dans des actions constructives et valorisantes.

        Quelques initiatives parmi d’autres.
        http://www.monepi.fr/
        http://lesincroyablescomestibles.fr/

        Communes :
        http://positivr.fr/marinaleda-espagne-village-utopie/
        Il en existe en France aussi (et certainement d’autres aussi).
        http://populaction.com/vandoncourt-premier-village-de-france-a-voter-pour-une-democratie-participative-directe-dite-de-co-construction/

        Monnaies locales (et quantité d’autres).
        http://seldefrance.communityforge.net/

        Il n’y a aucun intérêt à rester dans un système esclavagiste et à gémir sur son triste sort car il est possible de s’en extraire à tout moment.Ceux qui sont endettés, qu’ils laissent leurs quatre murs aux banques et quand 50 millions feront de même , l’immobilier baudruche se dégonflera tout autant.
        Il y a moyen de bâtir sa propre maison grâce à la 3D.
        http://www.latribune.fr/technos-medias/imprimantes-3d-construire-une-maison-en-moins-de-24-heures-c-est-possible-654772.html


        • lloreen 20 mai 11:42

          pardon : (d’initiatives) auxquelles

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Benoit


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