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Auto-écoles : des plateformes synonymes de danger ?

Alors que la guerre entre écoles de conduite traditionnelles et numériques fait rage, l’ubérisation du permis de conduire, de plus en plus critiquée, pourrait connaître un retour en arrière. Problème : ces « plateformes numériques » possèdent parfois plusieurs milliers d’élèves, qui seraient de facto laissés sur le carreau.

L’ubérisation agace, en France peut-être plus qu’ailleurs. La guerre que se sont livrée — et se livrent toujours — professionnels de l’hôtellerie et plateformes de location de meublés touristiques comme Airbnb, ou taxi et véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC), en témoignent. Dernière en date : l’opposition farouche entre auto-écoles traditionnelles et digitales.

Vide juridique

Ces dernières sont apparues il y a quelques années et, bénéficiant de charges très réduites — pas de locaux ni de charges salariales pour ce qui est des moniteurs —, ont tout misé sur l’attractivité de leurs prix, la cherté du permis de conduire étant souvent pointée du doigt par les Français. Problème : les professionnels de l’enseignement de la conduite, mais également l’Etat, ont commencé à montrer les crocs, arguant d’une concurrence faussée et, globalement, d’une inégalité de traitement.

Récemment, c’est la plateforme 100 % numérique Le Permis Libre qui a fait les frais de cette remontée de bretelles. À la suite d’investigations et de contrôles menés par les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE), l’auto-école en ligne a dû fermer ses portes — ou son site Internet plutôt — pendant trois mois. En cause : « de nombreuses infractions au Code du travail ont été révélées », notamment concernant le statut de 49 moniteurs « indépendants », selon l’administration.

Dont la décision intervient dans un contexte assez tendu, les auto-écoles traditionnelles étant de plus en plus échaudées par le poids que prennent leurs homologues digitales. Au mois d’avril dernier, l’Union nationale intersyndicale des enseignants de la conduite (UNIDEC) avait prévu d’organiser une vaste manifestation, suspendue après un rendez-vous à Matignon avec un conseiller du Premier ministre. Les syndicats avaient alors déballé les griefs qu’ils portent contre les plateformes numériques depuis quelques années.

Ce qu’ils pointent du doigt, notamment : le vide juridique dont elles ont profité pour s’implanter, rendant de facto leur activité illégale. Ceci pour deux raisons au moins. Le pure player L’Automobiliste.fr d’expliquer : « La première se situe au niveau de l’agrément préfectoral, indispensable aux auto-écoles si ces dernières souhaitent exercer leur activité. […] Deuxième raison : les plateformes mettent simplement en relation des moniteurs indépendants et des apprentis conducteurs. » Le hic est donc qu’elle n’assure pas le « pouvoir de contrôle » nécessaire de l’exploitant sur ses moniteurs jugé indispensable par les ministères de l’Économie, du Travail et de l’Intérieur, et mis en exergue dans une circulaire, diffusée le 6 mai 2017, à l’attention des préfets français.

Pour ce qui est de l’agrément préfectoral, celui de la plateforme Ornikar, créée en 2013, lui a par exemple été délivré par la préfecture de Loire-Atlantique ; problème : la startup exerce dans toute la France et non seulement en Loire-Atlantique. Une réalité que dénoncent les syndicats d’auto-écoles arguant qu’il est interdit de déployer son activité dans les départements pour lesquels on ne dispose pas d’agrément spécifique et qui multiplient les procès à l’encontre de la plateforme.

Assurance financière

Les temps sont durs pour les plateformes numériques, et les sorties de route de plus en plus fréquentes. Or, celles-ci peuvent être lourdes de conséquences. En témoigne la mésaventure qu’a connue l’auto-école en ligne PermiGo. La startup lyonnaise a été contrainte, en 2017, de déposer le bilan en raison d’une « mauvaise gestion ». C’est alors plus de 10 000 apprentis conducteurs qui allaient perdre leurs investissements.

Et malgré les tentatives de ses dirigeants pour rassurer tous les élèves, impossible de nier que ces derniers sont en première ligne lorsque les auto-écoles flanchent. Si la startup est parvenue à trouver un repreneur, certains élèves ont tout de même dû repasser à la caisse…

La raison ? À l’époque, PermiGo ne disposait d’aucune assurance destinée à protéger l’argent des élèves. Tout comme Ornikar, Le Permis Libre ou encore En Voiture Simonne, et contrairement à Auto-école.net. Qui, d’ailleurs, n’est pas basée sur le même modèle que Ornikar ou Le Permis Libre, puisque celui-ci est hybride : l’école numérique fait effectivement appel à des moniteurs salariés — et non pas des auto-entrepreneurs — et n’est pas, à proprement parler, une « plateforme ».

Selon Philippe Colombani, le président de l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC), c’est cette hybridité qui lui permet d’être « l’auto-école en ligne qui est le plus dans les clous ». Ce qui signifie, a contrario, qu’une structure basée uniquement sur le digital — aujourd’hui dans le viseur de l’Etat — ferait inévitablement courir des risques à ses élèves. Et si, à l’heure du tout numérique, un résidu de tradition avait du bon ?


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2 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 18 mai 14:30

    le salaires sont ubérisés des puis des années .....


    • jymb 18 mai 15:14

      Apprendre à conduire ne sert plus à rien, pour se déplacer au ralenti et rebondir sur des casses voitures monstrueux un permis photocopié sur internet, hélas, suffirait désormais...avant qu’il ne soit retiré pour des pseudos infractions savamment fabriquées à coup d’obligations de lenteur absurdes et de délires technologiques nés de cerveaux malfaisants. 


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j.boulier


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