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Biden boutefeu

 

"Le plan de relance américain confine à l'exubérance, Biden fait bombance", entend-on. Surdimensionné, le plan Biden annoncerait l’hyperinflation, la fin de la politique monétaire accommodante, et la chute des marchés. Crédible ?

Le plan de relance américain est-il surdimensionné ? Oui d’après Lawrence Summers et Olivier Blanchard, deux experts dont la voix porte et qui craignent la surchauffe économique. Dans un tel scénario, l’inflation menacerait d’accélérer de manière incontrôlable, obligeant la Fed à mettre fin à sa politique monétaire ultra-accommodante. On imagine alors les marchés d’actions et d’obligations connaitre une violente correction, pris en étau entre la hausse des taux et la baisse de l’appétit pour le risque. Ce scénario du pire est possible, toutefois de nombreuses réserves peuvent lui être adressées. En fait, peut être que l’aphorisme de Michel Houellebecq semble plus adapté : « Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien ».

 

Le retour de l’inflationnisme

Au plus fort de la crise Covid, le PIB américain chutait lourdement. Depuis, l’économie a repris des couleurs, mais le PIB accuserait toujours un retard de près de 4 % par rapport à son niveau potentiel, d’après les estimations des principaux organismes (Congressional Budget Office, FMI, OCDE). Or, les montants promis par la relance permettraient non seulement de rattraper ce retard, mais aussi potentiellement de le dépasser de près de 5 %, du jamais vu depuis la 2ème guerre mondiale. En fait, 2 bémols doivent être apportés. D’une part, les montants engagés ne seront pas forcément tous « dépensés » dans le PIB. Une partie sera épargnée, et même une grande partie si les ménages restent frileux. Tout dépendra du multiplicateur, un concept qui divise les économistes : un multiplicateur de 1 signifierait que toute la relance se retrouve dans le PIB. Mais l’incertitude est grande autour de sa valeur, et il n’est pas exclu que le multiplicateur soit juste suffisant pour que le PIB rattrape seulement son retard. Autre bémol, le retard du PIB serait peut être sous-estimé. En effet, les 4 % sont une moyenne, mais certains organismes vont jusqu’à 6 %, la différence se jouant dans la méthode d’estimation du PIB potentiel. Avec un tel retard du PIB, le plan de relance serait alors tout juste suffisant.

Si l’on admet quand même que le plan de relance amène le PIB bien au-delà de son niveau potentiel, alors on peut commencer à s’interroger sur le risque inflationniste. Deux causes sont généralement retenues pour imaginer que l’inflation puisse dépasser durablement les 2 %, seuil de tolérance de la Fed. Soit le taux de chômage devient inférieur à son niveau naturel (NAIRU), et finit par générer des tensions sur les salaires. Soit les anticipations d’inflation pour les années à venir sont révisées à la hausse par les ménages. Concernant l’emploi, il n’aurait en fait presque plus d’influence sur l’inflation, ce que confirme une étude récente ayant eu un certain écho. Par contre, les anticipations d’inflation sont devenues déterminantes. D’ailleurs, la baisse de l’inflation depuis les années 80 s’expliquerait presque par les seules anticipations. Or, d’après Olivier Blanchard ces anticipations d’inflation pourraient connaitre une inflexion soudaine en cas de surchauffe durable, comme ce fut le cas dans les années 60. Sauf que le monde a changé. Et Paul Krugman de faire remarquer que ces anticipations d’inflation sont devenues très inertes, insensibles aux craintes de déflation de la crise 2008. Qui a raison ? Difficile de trancher. Peut être alors la hausse des prix de l’énergie pourrait suffire à faire flamber les prix ? Effectivement, l’inflation devrait accélérer à 3 % d’ici peu, mais pas durablement, à moins d’imaginer un choc pétrolier. Présenté comme cela, le risque inflationniste semble donc excessif. Pourquoi fait-il autant jaser ? Peut-être parce que le risque inflationniste ne meurt jamais vraiment. On pourrait parler d’inflationnisme, comme d’une doctrine qui survit à toutes ses crises passées. Dans le même genre, il y a le monétarisme qui attend toujours que les prix montent dopés par la monnaie.

Passons au train fantôme, celui que les investisseurs choisissent d’emprunter à l’occasion, afin de faire monter l’adrénaline, mais sans y croire vraiment. En l’occurrence, il s’agirait de craindre que la Fed mette fin à sa politique monétaire ultra-accommodante afin de luter contre une inflation galopante, puis de faire comme si les marchés financiers n’avaient alors pas d’autre choix que de faire pschitt. Dans ce scénario, la Fed remonterait ses taux et se débarrasserait d’une grande partie de la dette publique acquise dans le cadre de son quantitative easing. Double peine pour le Trésor américain qui se verrait alors privé de son principal bailleur de fond depuis 2008, et de conditions de financement avantageuses. Or on ne dé-tricotte pas aussi facilement un scoubidou. En effet, les destins de la Fed et du Trésor semblent bien trop liés pour imaginer qu’ils se délient comme par magie. Plus vraisemblablement, les autorités feront évoluer leur policy mix vers plus de pragmatisme, voire plus d’ambition ? Par exemple, intégrer davantage de « socialement responsable » dans le mandat de la Fed militerait pour une mue du quantitative easing vers un climate easing. En clair, la Fed garderait la dette bien au chaud dans son bilan, fermant un peu les yeux sur l’inflation. Quant aux craintes de voir les marchés s’écrouler, elles reposent sur une seule angoisse : la remontée des taux de long terme après 40 ans de baisse. Ce retournement serait provoqué par la fin de la politique monétaire accommodante et le retour du risque inflationniste. Les marchés d’obligations et d’actions se verraient alors privés de leur principal moteur de performance depuis les années 80 : la baisse des taux. On imagine les investisseurs débuter un long chemin de Damas. Mais on peut aussi imaginer que la Fed ne restera pas à effeuiller la marguerite, et saura trouver les mots pour stopper l’hémorragie.

Finalement, peut être que le plan de relance ne confine pas à l’exubérance. Les montants déployés ne seraient pas forcément synonymes de surchauffe et d’hyperinflation. Quant aux politiques et aux marchés, on en viendrait trop mécaniquement au mythe du déluge. Et puis quand même, cette crise laissera des traces qui dépassent le simple calcul comptable : « les statistiques ne saignent pas », comme le rappelle Arthur Koestler. De ce seul point de vue, le plan de relance peut-il être surdimensionné ?


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7 réactions à cet article    


  • pierrot pierrot 1er avril 14:40

    Le plan de Joe Biden permettra aux USA de diminuer enfin les inégalités car les impôts des milliardaires augmenteront, les aides sociales diminueront (salaire minimal largement augmenté, diminution voire suppression des frais énormes pour les étudiants, reconversion de l’économie vers une diminution des émissions de GES, augmentation des indemnités de chômages, augmentation drastique en faveur de la santé. Le risque d’inflation est nul car les milliardaires et très riches ne peuvent placer les emprunts d’état à des taux nul voire négatif mais ils n’ont pas d’autres possibilités sauf de tout perdre.


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 1er avril 18:58

      @pierrot
       D’où l’idée d’investir dans des fonds.
       Un petit retour en arrière dans le temps


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 1er avril 18:55

      Bonne analyse.

      Il ne faut pas oublier que l’inflation est aussi une manière de déprécier un artéfact.

      Le niveau de l’intérêt est relié à la conjoncture. Une période d’instabilité que nous connaissons avec taux proches de 0% limite les achats dans l’attente que les prix vont encore baisser par la déflation.

      Donc, il faut un peu d’inflation sinon, les stocks vont grossir. 

      Cela n’a évidemment rien à voir avec l’inflation que nous avons connue en fin du 20ème siècle qui offrait facilement du 10% d’intérêt et donc une diminution artificielle du capital pour maintenir un équilibre bilantaire.


      • pierrot pierrot 6 avril 15:23

        @Réflexions du Miroir
        L’inflation est un mal pour l’économie mais la déflation (inflation négative) est aussi un grand désastre (voir années 1929 et suivantes).


      • Alain Alain Alain Alain 1er avril 19:21

        Je ne suis pas compétent en économie juste informé autant que possible par des recherches sur le « There is no alternative » de Margaret Thatcher ou « L’autre politique est un mirage » d’Emmanuel Macron.

        Et donc j’ai été intéressé par la théorie moderne de la monnaie (TMM).

        Pour ses précurseurs, depuis qu’en 1971 Richard Nixon a suspendu la convertibilité du dollar en or puis l’a supprimée définitivement en 1973, le déficit et la dette ne sont plus le problème. Le risque à maitriser c’est en effet l’inflation. Donc des plans de relance de 2 000 milliards aux USA peuvent réussir en contrôlant l’inflation ce qui est toujours possible. L’inflation comme le chômage résultent d’une volonté politique.Ce n’est pas possible dans les états de l’union européenne mais ça le serait au niveau de l’Europe.

        Il semble que c’est un peu, mais plutôt insuffisamment, ce vers quoi même les plus orthodoxes des chefs de gouvernement comme madame Merkel s’orientent bien obligés. Mais pas comme en 2008 où les milliards dépensés sans se soucier ni de la dette ni des déficits, sont allés aux banques et aux plus riches.

        Concernant le chômage, vous auriez pu expliquer ce dont vous parlez et qu’on appelle le NAIRU : c’est le taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation. Autrement dit, pour empêcher que l’inflation augmente il faut un nombre minimum de chômeurs. Et c’est un choix des gouvernants : maintenir suffisamment de chômeurs.

        Pour dire clairement les choses, le plein emploi, le pas de chômeur, provoquent l’inflation dans l’économie telle qu’elle fonctionne depuis 3 siècles.

        Je n’ai pas la compétence pour tout expliquer. Ce qui est regrettable c’est que la votre n’aille pas jusqu’à la théorie moderne de la monnaie où le déficit et la dette sont vus comme des mythes pour empêcher toute rébellion.


        • ETTORE ETTORE 1er avril 23:15

          Les US impriment les dollars comme du PQ.

          Indexé sur ....rien du tout  !

          Si ce n’est la prépondérance à croire que le monde entier leur appartient, via les échanges statufiés en dollars !

          (Ce qui n’est plus le cas depuis un certain moment, et que d’autres monnaies, commencent à briller bien plus que cet universel dollar, sur le marché mondial.)

          Des pays bien plus difficiles à faire plier, malgré les menaces, et les mises en scène de postures en tous genres, et dont les ricains risquent d’en faire les frais, de fin de règne. Le genre Western ou la cavalerie....N’arrive pas !

          Il n’y a que les lampadaires tue mouches, type Pierrot@ qui pensent que les milliardaires US vont payer plus d’impôts, que la redistribution des actifs se répercuteras sur le coût des études estudiantines, et autres débilités sur les investissements de santé !( je pense qu’il a reçu sa première injection de formol, ce qui explique son délire somatique)

          Sûr qu’ils sont plus philanthropes et bien plus cons, que ceux qui sont sur notre propre continent. N’est ce pas, le Big Lampadaire ?

          Tout ce que je constate, c’est que les Européens comptent énormément, sur cette manne, même pas céleste, mais peut être « dernier déluge », avant naufrage, pour parier sur ce qui va tomber de la table pique nique US, pour reverdir avec les miettes.

          C’est un pari hasardeux . Ou nous risquons de nous retrouver la gueule ouverte à happer un air frais, en container MC DO, qui ne viendras jamais.


          • zygzornifle zygzornifle 2 avril 07:35

            Pauvre Europe qui va sortir ses moignons tout rognés pour frapper sur la table .....

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