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#99 des Tendances

« Epicheirocratie », le pouvoir aux affaires - ou « cartellocratie », le pouvoir aux cartels

Allumez la télévision : c'est l'heure de la Roue de la Fortune ou émission assimilable. Au cinéma : les pirates chassent les trésors pour faire fortune dans des aventures de fortune ; les cow-boys se battent pour une poignée de dollars de plus, dans leur salaire de la peur, à faire fortune dans la ruée vers l'or ; des brigands de haut vol et de grand standing font rêver les ménagères de moins de cinquante ans déjà, pour faire fortune avec brio ; sans parler des clips de rap. Et notre bien-aimé président Emmanuel Macron ne disait-il pas, encore ministre de l'économie il y a cinq-six ans, « il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires » ? Sachant qu'il aime à poser avec des ex-trafiquants.

Depuis l'covid, on encense des Anthony Fauci, des Bill Gates et des Mark Zuckerberg à propos de la vaccination. Déjà avant, on saluait les Steve Jobs et les Elon Musk, quoiqu'on conspua contradictoirement la
success story du milliardaire Donald Trump dans une unanimité socio-médiatique étonnante : l'argent ne devait pourtant pas avoir d'odeur ! ... Mais si vous croyez qu'il en prend sous couvert d'humanitarisme et de sanitarisme, on peut craindre que vous ne soyez pas stratège. Il s'agit toujours, pour tous, de ne pas régresser dans l'échelle sociale, ou bien de se faire valoir dans de nouveaux milieux où l'on espère que la déesse Fortuna sera clémente avec nous.

C'est ainsi que nous vivons en « epicheirocratie » – prononcez
épikeïrocratie ou plus simple : épikèrocratie, – c'est-à-dire une organisation sociopolitique donnant le pouvoir aux affaires (du grec epi-kaïros  : autour des fenêtres d'opportunités). On peut aussi dire cartellocratie, le pouvoir aux cartels, certes.

Mais disons aussitôt que jamais elle n'a existé dans l'Histoire, parce qu'elle n'est pas tenable et a besoin d'autres puissances publiques, quoiqu'actuellement l'epicheirocratie soit jusqu'au-boutiste d'extrême-centrisme dans la démarche, et prétende pouvoir s'en passer. D'ailleurs :

  1. Elle bafoue le précepte « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » sur le fond — elle n’est pas viable à long terme et doit toujours, donc, brandir des hochets médiatiques et économiques ;
  2. Elle ne peut fonctionner qu’à acheter son monde, soit donc sans garanties de loyautés ou bien avec de moindres loyautés affectuelles et contractuelles : elle sécrète elle-même les conditions de sa non-viabilité à long terme ainsi, en plus de bafouer le précepte précédent au général ;
  3. Mais il ne faut pas se leurrer non plus : les sphères du pouvoir n’ont jamais été une sinécure, les paranos y vont bon train, c’est juste que de nos jours on a affaire à des paranos de conformismes bourgeois (epicheirocratiques, donc : je renvoie aux points 1 et 2).
  4. De savoir tout cela n’arrange pas les epicheirocrates, au contraire ça les emballe dans leurs paranos et les conformismes qu’ils infligent inhéremment à acheter leur monde qu’ils bafouent.

 

Source de l'image

 

 

Une vieille histoire

C'est, de base, le principe du capitalisme, et quand nos amis gauchistes/socialistes/communistes se prêtaient encore à attaquer les inégalités sociales politiquement, au fond, c'est ce à quoi ils pensaient quand ils diabolisaient LEKAPITAL en forme d'impérialisme colonial et de néofascisme.

Les révoltes des Bonnets rouges et des Gilets jaunes, sur le principe, leur ont démontré qu'il y avait de petites entreprises, si la chanson d'Alain Bashung ne les avait pas déjà instruits … sinon que Bashung ne se doutait pas de la prédation des grandes firmes dans le cadre de l'ubérisation, de l'amazonisation et de la netflixisation des démarches (déjà entamées avec les MacDo, les CGR et autres Domino's Pizza depuis belle lurette, et encore avant : le règne des supermarchés au détriment des boutiques communales).

LEKAPITALIZM est une epicheirocratie, c'est-à-dire une organisation sociopolitique donnant le pouvoir aux affaires. L'utopie libérale, si vous voulez, tourne à une singularité anarcho-féodale, ce que d'aucuns popularisent en France depuis les théoriciens anglosaxons, en forme d'anarcho-tyranny. Notre bien-trop-fameux « individualisme » n'est jamais que le masque d'un tel règne, et collusions avec l'establishment (sinon, sans collusions, c'est le Trump-bashing).


L'epicheirocratie au quotidien, historiquement et actuellement

On avait déjà parlé du sociétarisme ambiant (à ne pas confondre ni avec le socialisme, ni avec sa dérive le sociétalisme : avec le sociétarisme, il s'agit de faire du monde une vaste société anonyme dont tout un chacun serait un sociétaire avec éventuellement une part sociale … ).

Le sociétarisme fonctionne sur la base de camarillas républicaines « protocratiques » (« le pouvoir aux premiers »), depuis un héritage post-romain auquel il faut ajouter l'esprit d'équipe germano-scandinave qui s'empara de la Rome antique pour produire la féodalité, ainsi que la mentalité chrétienne dans ses conséquences modernes. Car la question qui se pose avec le covidisme socio-médiatique dont on nous conditionne, reste à savoir si les sociétés nord-atlantiques sont si libérales que cela, et si les capitalistes n'ont pas des formes de timidités. Après le Trump-bashing, l'initiative-bashing en général  ?

En effet que reste-t-il de l'esprit d'initiative, dans les circonstances actuelles d'un traitement covidiste conditionnant par la tétanisation, la sidération, la suggestion, la subjugation, et une sorte de subrogation étendue à tout l'univers, en burn-out socio-culturel ? …

Le fait est que (au quart par lâcheté, au quart par crainte, au quart par flemme, et au quart par mascarade consentie) bien du monde se laisse aller indolent à la monotonie actuelle, quoique fâcheuse, fâchée et fâchante. Après tout, à la pause cigarette et en balade, on est nombreux à baisser voire ôter le masque, ou à le garder seulement sous le nez, alors « chacun chez soi et les vaches seront bien gardées », comme on aime à râler, et « allez cordialement vous faire voir ailleurs si j'y suis ». De toutes façons, on observe les pérégrinations de l'ethnie sociétaire républicaine « protocratique » (« le pouvoir aux premiers ») qui règne dans ses camarillas, en attendant qu'elle cesse de nous prendre pour des billes.


Il faut revenir au sociologique

On n'arrête pas, dans ces conditions, de parler de développement des troubles mentaux, psychologiques, notamment sous le covidisme socio-médiatique conditionnant. Mais bien avant déjà, il était question de burn-out, et pas que de burn-out.

Gilles Deleuze (un philosophe) et Félix Guattari (un psychiatre) écrivaient dans les années 1970, une série de deux livres nommée Capitalisme et schizophrénie.
Ou bien, Jean-François Lyotard diagnostiquait « la fin des grands récits » (donc du sens communautaire) dans la Condition post-moderne.
Ou encore, le philosophe et sociologue Gilles Lipovetsky, dans les années 1980, parlait de l’Ère du vide, et il a continué avec acharnement la description de nos temps hypermodernes, hypernarcissiques dans ses termes, par-devers la problématique des pervers narcissiques.
Et puis Philippe Muray, narrant la festivisation délirante de nos modes de vie et leurs « parcs d'abstractions ».
Derrière, un anthropologue tel que Marc Augé, peut bien décrire les nouvelles peurs dans sa description de la surmodernité et ses non-lieux circulatoires : c'est ce que produit l'epicheirocratie.

Il faut revenir au sociologique, car le stress ici (détresse en anglais) n'est pas psychologique : il est bel et bien sociologique. C'est sociatrique.

La détresse sociologique survient des impasses existentielles concrètement vécues, conséquences de l'epicheirocratie qui ne court qu'à ses fortunes par la fortune dans un monde lui-même de fortune. (On dit « précarisé » depuis des lustres, mais c'est de conditionnement.) Or à ce point, l'intellectuel le plus populaire et le plus porté par cette organisation du pouvoir, doit être évoqué : Raphaël Enthoven (si, si).


Les nudges, ou paternalisme libertarien

Raphaël Enthoven parlait il y a cinq-six ans à peine, de ces fameuses incitations ni-vues-ni-connues, inhérentes à la façon dont on présente les choses. En anglais nudges.

Ces incitations procèdent d'une idéologie plus ancienne déjà connue, que n'évoqua pas notre français d'intello : le paternalisme libertarien. En somme, le paternalisme libertarien, c'est le comportement paternaliste cool propre à l'ère du vide festif, individualiste et surmoderne, d'un père qui plutôt que de présenter les choses avec « patriarcat », joue de manipulation et finalement de perversion. (Mais pas étonnant alors, que par décompensation morale, on entende autant parler d'attouchements, de viols et d'incestes en vérité ! C'est proprement l'inconscient dominant de notre époque, sans rapport avec les faits réels, pur fantasme de séduction infantile.)

Or, à quoi le covidisme socio-médiatique veut-il bien conditionner ? … N'oublions pas que nos économies se veulent encore toujours libérales.

Depuis deux ans sans conteste, à la vaccination, quand bien même elle n'est pas mortelle ce que les complotistes craignent pour mortel. Voyez le chantage et la manoeuvre estivale française, jusqu'au passe sanitaire.
Où, évidemment, les pharmaciens peuvent en faire leur pain, en mode Docteur Knock comme disait ce bon Fabrice Lucchini. Comme toujours, on veut faire fortune, quitte à hacker « le système » – c'est-à-dire l'epicheirocratie.

Les mecs de banlieues ont compris l'affaire depuis longtemps, même si d'aucuns vivent toujours chez maman à rouler en BM en manageant une bande de dealers : au moins, leur mère, il y a moins de chance qu'un autre vienne la niquer … humour jaune. (Humour jaune : une telle locution, dite sans « racisme anti-asiatique » mais en référence au cynisme. A remarquer : le lien « racisme anti-asiatique » dirige vers l'article Wikipédia, créé le 25 mai 2019 seulement, quelques mois avant le covidisme : avis aux complotistes. Et par un Wikipédien affichant sous son profil, au moment où j'écris ces lignes, le kanji – caractère chinois – pour ninja. Encore des formes de piraterie, par l'espionnage industriel et pas qu'industriel, contemporain.) « On n'arrête pas l'progrès. »

Bref, lavez-vous bien les mains, surtout quand c'est monsieur le président qui vous le dit dans une salle de classe, pour vous rappeler à votre maternelle. Les nudges de paternalisme libertarien les voilà. Raphaël Enthoven – ce grand révolutionnaire ... – vous avait prévenus, bande de populistes abrutis et trumpiens !


L'épopée epicheirocratique

C'est bien une épopée – c'est-à-dire que, dans son genre, « c'est épique » : pour s'en tirer, tirer son épingle du jeu, tirer profit, etc. (attention : l'étymologie grecque n'est pas la même qu'avec epicheiros, les affaires). Il faut parvenir à se tirer du paternalisme libertarien, sorte de maternalisme autoritaire finalement.

Ce serait un paradoxe, si nous ne vivions pas à l'heure de l'homoparentalité. Ainsi le paternalisme libertarien/maternalisme autoritaire, est un transparentalisme : ne supportant pas le « patriarcat », il intime et environne à parler de clitoris et de matriarcat originaire putatif. Cette ère du vide est utérine, donc hystérisante, car elle se veut productive/trice (perversion phallique, au final).

Mais le vide dont cette ère a besoin, est tout autant de libéralité : ses formes de libéralisme existent, pour laisser vide la place d'un organisateur dans une vaste société anonyme. Au lieu de quoi règnent des éminences plus ou moins grises, c'est-à-dire les grandes firmes, organisatrices en collusions avec les Républiques, pour les bonnes manières. Les epicheirocrates sont des Républicains, du moins affichés. Certes au fond, ce ne sont que des « bourgeois », comme on disait du temps où la gauche remplissait sa fonction, s'adonnant à l'« économisme » (même nostalgie de l'ancienne gauche). De plus, le règne des affaires en tant que tel, l'affairisme présenté pour un bonheur, est en soi un vide processuel, un ensemble de ce qu'on nomme aujourd'hui process (anglais pour digestion), vaste intestinité vide de la production, d'où tout provient torsement.

Hélas, tandis que les organisateurs déclarés ont le pouvoir de ménager des espaces communs normalement, tels que Donald Trump ou Vladimir Poutine, pour le meilleur et pour le pire (de même que les epicheirocrates et leurs SDV – surfaces de vente), les epicheirocrates ou bourgeois font tout pour privatiser la communauté. Eux aussi, ils exigent qu'aucun autre ne nique leurs mères.

 

  1. L'épicheirocratie bafoue le précepte « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » sur le fond — elle n’est pas viable à long terme et doit toujours, donc, brandir des hochets médiatiques et économiques ;
  2. Elle ne peut fonctionner qu’à acheter son monde, soit donc sans garanties de loyautés ou bien avec de moindres loyautés affectuelles et contractuelles : elle sécrète elle-même les conditions de sa non-viabilité à long terme ainsi, en plus de bafouer le précepte précédent au général ;
  3. Mais il ne faut pas se leurrer non plus : les sphères du pouvoir n’ont jamais été une sinécure, les paranos y vont bon train, c’est juste que de nos jours on a affaire à des paranos de conformismes bourgeois (epicheirocratiques, donc : je renvoie aux points 1 et 2).
  4. De savoir tout cela n’arrange pas les epicheirocrates, au contraire ça les emballe dans leurs paranos et les conformismes qu’ils infligent inhéremment à acheter leur monde qu’ils bafouent.

 

« Et comme ça la vie elle passe », soufflait mon grand-père, fatigué.

 

 

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6 réactions à cet article    


  • rogal 9 septembre 06:48

    Ploutocratie : le pouvoir à l’Argent, aux riches.


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 9 septembre 11:44

      C’est le mot habitué, sauf que tous les riches ne s’adonnent pas aux affaires et aux cartels, du moins pas avec les mêmes frénésies ni avec les mêmes buts. Les rentiers pépères existent, et pas que les rentiers pépères. Dire epicheirocratie ou cartellocratie, bien que je ne me fasse pas d’illusions sur la lourdeur et la faiblesse des usages eut égard à ploutocratie, c’est insister sur des démarches et sur la réalité du phénomène. Car le phénomène reste républicain, et « démocratique » dans son genre : si demain tu gagnais au loto (pour le dire vite) tu pourrais tranquillement te lancer dans la course, à condition que tu sois assez intelligent pour t’ajuster aux milieux, qui sont d’ailleurs traversés par des « non-riches » aussi, qui ne sont pas sans importance, tels que les cadres ordinaires qui peuvent se retrouver au milieu de pontes pour leur expertise et leur consulting, etc. même si comme partout il y a des effets de mode et des « têtes » récurrentes, bon an mal an, pour le meilleur et pour le pire. Et c’était sans parler de l’espionnage industriel, et de l’espionnage tout court (aujourd’hui largement industriel, puisque le monde est industriel) on disait anciennement complexe militaro-industriel, comme on disait bourgeois. Mais ces notions, de même que ploutocratie, ne sont pas assez disruptives, en ce sens qu’on nous impose des disruptions et qu’il est utile d’affiner. C’est bien pour cela que le syndicalisme s’est perdu en chemin : il ne fait plus œuvre de recherche critique, mais de conformisme.


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 9 septembre 18:40

      Par exemple, comment les epicheirocrates ne respectent-ils pas le précepte « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » ? C’est très simple : en se constituant « force de vente ». Cela commence dès les écoles de commerce, avec le commun des mortels, que l’epicheirocratie. Dès que l’on cherche à interférer avec le consentement des gens, pour les convaincre d’acheter, avec de nombreuses techniques de manipulation ordinaire. Notoirement : celles adressées aux enfants. Comment peut-on laisser un jeune esprit, confronté aux ingénieries socioculturelles des forces de vente, élaborées par des esprits adultes ? ... Cela aussi, participe du fond hystérique anti-pédophilique actuel, qui intuite bien ce genre de phénomènes sans savoir les nommer. C’est très dur, d’avoir les yeux en face des trous.


    • troletbuse troletbuse 9 septembre 12:08

      La pénurie de traitements organisée par les labos avec la complicité des gvts européens

      Emission ce soir sur France 2 à 22h55 ou 23h55

      Petite vidéo de 4 mn sur Sud Radio sur mobile mais pas encore sur le net.

      Si on tape pénurie de traitements sur Gogol, c’est édifiant. Génocide organisé ?

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