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L’anomalie qui pourrait sauver Trump

Une déclaration de guerre commerciale, des dépenses publiques de temps de crise, un marché de l’emploi au plus bas depuis 50 ans. Donald Trump peut tirer autant qu’il veut sur la corde, il n’y a pas d’inflation, donc pas de remontée des taux d’intérêt, donc tout est permis.

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En termes économiques, on pourrait dire que Donald Trump est un peu celui qui met les doigts dans la prise, avec les pieds dans l’eau ; il fait tout ce qu’il ne faut pas faire :

 

  • Augmenter les dépenses budgétaires alors que l’économie a besoin de souffler
  • Demander à la Banque Centrale de ne pas monter les taux alors qu’on est en plein emploi
  • Déclarer la guerre commerciale à l’épouvantail du monde contemporain : la Chine

 

En temps normal, et dans un pays normal, ces 3 annonces auraient probablement causé un désastre économique et financier, avec un détonateur commun : l’inflation, et tout ce qui va avec ; le risque inflationniste, la prime de risque inflationniste.

 

Mais voilà, il n’y a toujours pas d’inflation, ni aux Etats – Unis ni ailleurs. On peut oser le terme d’anomalie (https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/linflation-et-le-paradoxe-de-fermi-133904), une anomalie qui autorise toutes les audaces pour Donald Trump.

 

Le pied de nez à la Banque Centrale américaine

Donald Trump n’est pas content de la politique monétaire menée par la Banque Centrale américaine. Il a le droit, mais le problème c’est qu’il le fait savoir : l’indépendance de la Banque Centrale est alors menacée. Donald Trump est contre les remontées de taux d’intérêt opérées par la Fed à 2.5% aujourd’hui pour une raison simple : elles freinent une économie qu’il n’a pas envie de voir freiner.

 

Le débat :

 

  • Les autorités justifient les remontées de taux directeurs par l’état du cycle économique actuel ; un taux de chômage à 3.6 % inférieur à celui dit neutre de 4.5 %. En d’autres termes, il y a trop d’embauches par rapport à ce que l’économie est capable d’absorber, ce qui finira par provoquer des tensions sur les salaires. Il faut donc freiner l’économie en remontant les taux.

 

  • Donald Trump justifie son mécontentement par l’absence de tensions sur les salaires et sur les prix en général. L’économie va bien, mais aujourd’hui cela ne se traduit plus par une accélération des prix (pour des raisons qui restent un peu obscures). Bref, pas besoin de freiner l’économie en remontant les taux, puisqu’il n’y a pas d’inflation.

 

Et puisque Jerome Powell, le président de Banque Centrale américaine, ne veut rien entendre, Donald Trump a donc décidé de passer à l’acte : il lui montre qu’il ne faut pas avoir peur du fantôme inflationniste, puisque même des dépenses publiques financées par la dette, et une déclaration de guerre commerciale tarifaire, ne sont pas capables de faire démarrer l’inflation.

 

On pourrait se dire qu’il est encore trop tôt et que l’inflation finira par démarrer plus tard ? Possible, mais il y a un autre problème : les anticipations d’inflation produites par sondage ou bien par les marchés financiers disent la même chose : il n’y a pas de menace inflationniste.

 

Les marchés donnent raison à Trump

Parfois les marchés ont douté des mesures annoncées par Donald Trump. Souvent ils ont été pris par surprise par quelques tweets. Mais jamais ils n’ont durablement sanctionné la politique mise en place, et surtout jamais ils n’ont pensé que cela pouvait se traduire par un choc inflationniste.

  • 1re vague : suite à son élection fin 2016, les indices de confiance avaient salué les mesures annoncées par des hausses significatives, sans équivoque. Du côté des marchés, les investisseurs avaient rallié les actions et le crédit, sans sanctionner trop sévèrement le marché obligataire d’une montée du risque inflationniste. D’ailleurs, si l’on regarde de plus près, on remarque que la hausse modérée des taux de long terme survenue ne s’explique pas par une hausse de l’inflation anticipée mais par une hausse de la partie « réelle » des taux, celle qui reflète une amélioration de l’activité.

 

  • 2ème vague : fin 2017 il y eut une deuxième vague d’optimisme avec l’annonce de mesures fiscales favorables aux entreprises. Les analystes financiers ont alors largement révisé à la hausse les anticipations de bénéfices des entreprises pour les mois à venir. Les investisseurs ont de nouveau rallié les marchés d’actions et du crédit, toujours sans que les marchés obligataires ne soient sanctionnés par une montée du risque inflationniste : certes les taux ont un peu monté, mais toujours par la partie « réelle », pas l’inflation anticipée. 

 

  • Fin 2018, les choses se gâtent un peu, mais principalement à cause d’une communication un peu maladroite de la Banque Centrale américaine. Les marchés financiers auraient compris que la politique monétaire pourrait se durcir un peu plus que prévu pour les mois à venir, alors que Jerome Powell n’aurait pas voulu dire cela… Bref, les taux d’intérêt ont alors sanctionné la Fed en remontant un peu plus vigoureusement, mais toujours pas par l’inflation anticipée…

 

  • Depuis, les indicateurs de confiance se sont quelque peu essoufflés, mais bien plus tard et bien moins fortement qu’en Europe ou dans les économies émergentes. De plus Donald Trump a de nouveau sévi avec des tweets agressifs envers la politique commerciale de la Chine, mais là encore les marchés américains ont semblé moins touché que leurs homologues, et surtout le risque inflationniste n’a jamais été aussi faiblement perçu par les marchés qu’aujourd’hui.

 

Qui paiera l’addition ?

Si l’inflation décolle un jour, il y aura trois types de perdants :

  • 1er perdant : le prêteur ; les mensualités remboursées n’auront plus rien à voir avec les standards de la nouvelle ère inflationniste en termes de valeur ; en termes économiques on dira que la valeur réelle des créances du prêteur diminue. Inversement, le grand gagnant sera l’emprunteur. A moins que la dette ait été contractée à taux variable.

 

  • 2ème perdant : la fourmi ; celle qui garde l’argent au pied de l’arbre ou sous l’oreiller ; cet argent se trouve alors déconnecté du « vrai » argent qui évolue en fonction des prix. Certes, l’argent qui dort peut-être imunisé contre le choc inflationniste, mais à condition qu’il soit placé sur du monétaire qui permet alors une plus ou moins grande indexation à l’inflation. Autre solution, l’achat d’une obligation indexée sur l’inflation, qui proposera donc un rendement réel déterminé à l’avance auquel il suffira d’ajouter l’inflation réalisée.

 

  • 3ème perdant : Donald Trump, qui aura été un des principaux artisans d’un choc inflationniste et d’une onde de choc sans précédents sur les marchés financiers : fuite des marchés des emprunts d’Etats, du crédit, des actions, et peut être refuge sur le monétaire américain et le dollar ? Auquel cas, Donald Trump n’aurait pas tout perdu finalement. 

 

Trump : le fils de son époque

L’anomalie inflationniste serait donc une aubaine pour Donald Trump. Cette anomalie nous dit qu’il devrait y avoir de l’inflation, mais qu’il n’y en a pas (trop peu). Sans inflation, les taux d’intérêt n’ont pas de raison de monter ; et sans hausse des taux, les actifs risqués n’ont pas de raison de s’arrêter de monter.

Jadis, l’inflation agissait comme une forme de garde-fou pour sanctionner les gouvernants trop claironnants en termes de politiques économiques. Mais s’il n’y a plus d’inflation, alors on peut assister à une forme de course à l’échalotte : celui dépensera le plus, celui qui aura les tarifs douaniers les plus élevés, celui qui aura les taux d’intérêt les plus bas.

D’ailleurs, Donald Trump n’est finalement pas unique en son genre, et des audaces économiques certes plus feutrées se retrouvent chez bien d’autres gouvernants : « On est davantage le fils de son époque que de son père » (Marc Bloch).


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9 réactions à cet article    


  • Gollum Gollum 17 mai 2019 12:10

    Mais voilà, il n’y a toujours pas d’inflation

    La raison en est simple. L’impression monétaire (le QE) ne favorise pas l’économie mainstream, elle est avalée par les marchés financiers.. Donc pas d’inflation sur les produits manufacturés mais une inflation sur les actifs financiers. La montée de la bourse c’est de l’inflation sur les actifs financiers. Le pognon tourne en rond.

    Dans un monde normal et avec une économie qui tourne mal les marchés devraient s’effondrer. Ils ne le font pas c’est artificiel. Beaucoup de cours sont maintenus au crick (rachat d’actions)..

    Quant à l’économie américaine elle tire beaucoup de sa santé du $ roi. Oui mais voilà beaucoup de pays en ont marre du $ roi. La Russie, la Chine, et plein d’autres qui ont envie de prendre la tangente...

    Et le jour où ce $ roi ne fera plus l’unanimité... Plouf ! Ce pays ultra-endetté plongera et 1929 apparaitra comme un apéritif plutôt douceâtre en comparaison..

    On verra Claire fuir ce pays, à bord d’un bateau gonflable, et demander l’asile à Salvini... smiley


    • Jelena Jelena 17 mai 2019 12:59

      @Gollum >> On verra Claire fuir ce pays

      Parce que vous croyez qu’elle est noire et américaine ? Je vous croyais moins naïf.


    • Gollum Gollum 17 mai 2019 13:10

      @Jelena

      Meuh non je ne suis pas naïf.. J’ai bien supputé que Claire pouvait juste être une voix chargée de prêcher la bonne parole US au sein d’Avox mais je n’en ai aucune preuve donc je fais comme si... smiley

      Et je vous rassure je ne suis pas non plus un serpent jaune à écaille...


    • pemile pemile 20 mai 2019 18:08

      @Claire « Car pendant que Trump protège l’industrie américaine en interdisant de commercer avec Huawei, qui devra se passer de Qualcomm, Intel, Androïd (Hi Hi Hi) »

      Moi aussi, ça me fait marrer, encore une belle gaffe de Trump ce coup de pied dans le monde Google/Android ! smiley


    • Aristide Aristide 21 mai 2019 09:31

      @pemile

      J’essaie de m’imaginer la réaction du camp du vrai et du bien si Poutine, ou l’UE avait pris la même décision : « Enfin une mesure contre l’impérialisme économique de l’alliance sino-américaine ».


    • Ilan Ilan Tavor 17 mai 2019 17:08

      L’Amérique fait le choix de l’énergie abondante et bon marché ; l’Europe occidentale fait le choix de l’écologisme.
      À la fin, qui gagne ? smiley



      • Pere Plexe Pere Plexe 17 mai 2019 18:18

        @Ilan Tavor
        ....ça dépend de ce que vous appelez « la fin ».
        A court et moyen terme l’avantage et US.
        A plus long terme c’est beaucoup moins sûr.


      • Eric F Eric F 18 mai 2019 10:33

        « cela ne se traduit plus par une accélération des prix (pour des raisons qui restent un peu obscures) »

        même avec certaines restrictions sur les importations, celles-ci restent importantes et tirent vers le bas la composante « prix » , il y a une sorte d’autorégulation avec le chantage sur les salaires : « si on doit vous augmenter, alors nous serons contraint de délocaliser ». Par ailleurs, en tant qu’employeur Trump n’était pas si regardant concernant l’emploi de main d’œuvre clandestine, autre moyen de « régulation (à la baisse) des salaires ». Il n’y aurait inflation que si le dollar dévissait, mais cela n’est pas encore en perspective.


        • zygzornifle zygzornifle 18 mai 2019 11:03

          Les Américains sont peut êtres plus content de Trump que les Français de Macron ....

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