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L’indolore dette Castex

Lorsque le gouvernement annonce son giga - plan de relance financé par de l'endettement et sans impôts, on tique un peu, et on tourne alors rapidement son regard vers la BCE déjà toute désignée pour répondre à l'appel.

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La dette ne doit pas nous empêcher de dormir : « la hausse de la dette sera (presque) remboursée dès 2025, et sans hausses d'impôts », d'après notre premier ministre. Tout est possible en économie, à condition que les hypothèses ne soient pas fumeuses. En l'occurrence, ici il y a trois hypothèses implicites dans le discours du premier ministre :

  • La croissance économique revient,
  • Les taux d'intérêt restent bas,
  • La balance primaire de l'Etat s'améliore (recettes - dépenses sans les intérêts).

La mécanique Castex

Si ces trois hypothèses sont réunies, on obtient mécaniquement une baisse du ratio de la dette sur PIB de près de 15% à horizon 5 ans, soit un retour de la dette de 121% à près de 106% du PIB, on se retrouve alors - à peine - un peu plus haut que son niveau d'avant crise (environ 100%).

En fait, c'est surtout le différentiel taux - croissance qui ferait le travail : la croissance du PIB en valeur revenant à près de 3% et les taux d'intérêt restant proches de 0%, le ratio de dette sur PIB se réduirait mécaniquement de près de 3% par an, soit 15% dans 5 ans. Quant à la balance primaire, dans le meilleur des mondes elle ne serait plus déficitaire et n'aurait pas ou peu d'incidence sur l'évolution du ratio de dette sur PIB : la croissance économique doperait les recettes liées aux impôts sans les augmenter (effet volume) et réduirait les dépenses (moindre contribution des stabilisateurs automatiques par exemple).

Bon, en vérité ces trois hypothèses ne se valent pas :

  • Le pari sur la croissance économique est un pari audacieux : il suppose à la fois un retour de l'inflation à près 1,5% et un retour de la croissance en volume à son niveau potentiel de près de 1,5%. Malheureusement, ce potentiel sera-t-il aussi potentiel qu'avant la crise, alors que l'investissement s'est effondré et menace la productivité de demain ?
  • Le pari sur taux bas semble moins fumeux : il suffit que la BCE continue de faire ce qu'elle fait, et les taux continueront de faire de qu'ils font. Seule incertitude, l'international, l'attitude des autres Banques Centrales, et bien entendu l'inflation à l'on demande de rester sage aussi longtemps que les politiques restent exubérantes.
  • Enfin, le pari sur la balance primaire est une tarte à la crème d'économistes français qui promettent chaque année une amélioration de la balance primaire... pour l'année suivante. Sauf que cette fois-ci, ils auront probablement raison, sachant que la balance partira de très très bas (- 8 % du PIB d'après la commission européenne).

La guerre des mythes

Ainsi donc, d'après le premier ministre, la dette n'est pas, n'est plus, un sujet de préoccupation. Toutefois, les raisons invoquées ne sont pas celles prophétisées par certains : ceux-là même qui proposaient une dette éternelle, reconduite jusqu'à ce qu'on l'oublie un jour, Or, seul le bousier sacré (scarabée du désert) a le privilège de pouvoir faire rouler sa bouse, de jour comme de nuit, en toute circonstance. Alors on s'est pris à imaginer plus radical encore : une annulation de la dette tout simplement. Il n'en fallut pas davantage pour faire bondir Mario Draghi (ex sauveur de l'euro) qui se sentit obligé de réagir en rappelant qu'il y avait une nuance entre une dette et un don.

Toutefois, le divin a la dent dure. La BCE restera bien la seule entité capable d'absorber une telle masse de dette sans provoquer de Krach obligataire. Elle l'a déjà fait, elle le fait encore, et a promis qu'elle le fera tant qu'il le faudra. Transformer le plomb en or, et tirer sur l'herbe pour la faire pousser, la BCE sait faire : cela s'appelle créer de la monnaie, à volonté, et sans filet (non stérilisée). Pour justifier une telle audace, la BCE embarque avec elle une hypothèse encombrante : l'inflation des biens et services serait devenue la menace fantôme. La caricature est extrême, alors en plus feutré c'est un peu comme si nous avions choisi d'habiter près d'un volcan, dont on dit qu'il serait probablement endormi, vu qu'il n'est plus actif.

Mais alors, l'annonce du gouvernement confirme t-elle que la dette c'est chouette ? Et que le « quoi qu'il en coûte » ne coûte rien ? Si oui, alors pourquoi ne pas aller jusqu'au bout du raisonnement, et demander à la BCE de payer également nos impôts ? Pourquoi réserver ses seules interventions aux crises ? Avec un peu d'imagination l'impôt aussi peut être vécu comme une crise, une forme d'injustice confiscatoire, chronique...

Et si la BCE payait aussi nos impôts ?

Si l'on adhère à ce qui vient d'être dit, alors on ne voit pas pourquoi on s'arrêterait en si bon chemin. Demandons ou ordonnons à la BCE de créer et créer encore autant de monnaie qu'il en faudra pour financer tout ce qui coûte. Après tout, la création d'une monnaie n'est qu' « une promesse que la Banque Centrale se fait à elle même de se rembourser un jour » (Michel Aglietta). Si elle ne respecte pas la promesse qu'elle s'est faite, on ne lui en voudra pas.

Dans le même genre, on parlera de helicopter money, ou plus académique de Modern Monetary Theory. Mais toutes ces idées proviennent du même moule, et butent sur la même question : la monnaie - dette est - elle un concept qui tient la route ou bien un attrape nigaud ? Lorsqu'un Etat s'endette massivement et que la Banque Centrale crée de l'argent pour financer cette dette, doit - on parler de vol à l'étalage, de miracle, ou bien de simple mécanique économique ? Beaucoup de choses ont été dites sur le sujet, que l'on résumera en deux types d'arguments :

- L'argument juridico - comptable : la BCE c'est l'Etat. Il s'agit d'un genre de Digeste fait pour l'occasion, listant tout ce qu'il existe de droits, de devoirs, et de jurisprudence, afin d'arriver à la conclusion terrible que la BCE c'est l'Etat masqué, les deux sont des fictions au service de nos idéaux. Mais quand la crise arrive, les masques tombent, tout le monde œuvre pour la bonne cause, et la dette super - consolidée est en fait super- nulle puisque la BCE appartient aux Etats.

- L'argument économico - désirable : la BCE c'est pas l'Etat. Il s'agit d'un genre d'utopie qui propose que nos deux entités vivent en bonne intelligence, mais séparément, chacune étant assignée à une mission qui la regarde, et que l'autre aille se faire voire ailleurs. La BCE et l'Etat appartiennent à deux espèces différentes, qu'on ne mélange pas parce que cela ne se fait pas : c'est contre - nature.

Paire de chaussettes ou paire de chaussures ?

Comment choisir entre ces deux arguments ? La BCE et l'Etat semblent nécessaires, mais sont-ils interchangeables ou distinguables ? Autrement dit, a-t-on affaire à une paire de chaussures ou une paire de chaussettes ?... Jadis en son temps, Bertrand Russell (logicien, mathématicien, philosophe, etc.), se posa ce genre de questions pour une question presque aussi abstraite : celle de l'axiome du choix. On - ira pas plus loin, et on se contentera de lire Russell nous expliquant la nuance :

  • Si l'on accepte l'axiome de choix, alors on considère qu'on a affaire à paire de chaussettes, impossible à distinguer la gauche de la droite, elles sont interchangeables : la BCE c'est l'Etat.
  • Si on accepte pas l'axiome du choix, alors on a affaire à une paire de chaussures, il y a la gauche et la droite et on ne doit pas se tromper : la BCE c'est pas l'Etat.

Or, un axiome cela s'accepte ou ne s'accepte pas, mais ne se démontre pas. Ainsi, nous bottons en touche quant à la question posée : la monnaie - dette est - elle un concept qui tient la route ou bien un attrape nigaud ? Répondre à cette question relève davantage de la religion économique que vous choisissez de pratiquer, que de la démonstration.

Le poisson clown et l'anémone

On a longtemps cru que la relation liant la BCE et l'Etat était celle d'un couple bancal, partageant les tâches ménagères tant bien que mal, trouvant finalement un arrangement aux tracas du quotidien, mais sans donner l'impression d'avancer beaucoup : un vrai jeu à somme nulle, où celui qui traine la patte le fait toujours au détriment de l'autre. Mais, les crises aidant, cette relation pourrait avoir évolué de manière plus constructive : il y a quelque chose du poisson clown et de l'anémone dans ce qui se passe aujourd'hui, un vrai échange de bons procédés où la BCE rend service à l'Etat en lui apportant les ressources nécessaires, et l'Etat permet à la BCE de camoufler sa caducité dans un monde où l'inflation n'est plus.

 


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4 réactions à cet article    



    • Odin Odin 11 septembre 19:34

      Bonjour,

      « la dette super - consolidée est en fait super- nulle puisque la BCE appartient aux Etats »

      « La BCE et l’Etat appartiennent à deux espèces différentes, qu’on ne mélange pas parce que cela ne se fait pas : c’est contre - nature. »

      La deuxième phrase est plus réaliste. La BCE n’appartient pas à l’U.E., comme la FED n’appartient pas aux USA depuis sa création en 1913 (la renégat président Wilson) mais à un groupe de financiers « anonymes » faisant parti de dynasties financières dont la plus importante entra à la City suite à une mémorable arnaque boursière en 1815 (Waterloo). 


      • scorpion scorpion 12 septembre 08:50

        Moi j’aime bien les experts financiers, stratégistes économiques et autres noms ronflants qu’ils se donnent pour avoir l’air intelligent. Ils se plantent avec régularité de métronome et après, ils viennent vous dire qu’ils l’avaient prévu... S’il fallait faire un classement des inutiles et des nuisibles, ceux la seraient en tête de peloton !


        • SPQR Sono Pazzi Questi Romani SPQR Sono Pazzi Questi Romani 12 septembre 15:39

          En cette période de plein chômage divers et de pertes d’emplois on entend plus parler les agences de notations .
          Le covid aurait il décimer les effectifs ???? Curieuse situation .. !

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