• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > L’inflation, le problème et la solution ?

L’inflation, le problème et la solution ?

 

Je réponds à trois questions sur l’inflation. Pourquoi la BCE cherche-t-elle désespérément une inflation à hauteur de 2% ? Pourquoi l’inflation est-elle si capricieuse ? Enfin, quelles sont les solutions pour lui offrir un nouvel élan ?

PNG

 

Contrairement à plusieurs termes économiques l’inflation est relativement simple à définir, c’est la hausse généralisée des prix et des salaires. Dans la zone euro l’objectif est simple : 2% d’inflation annuelle. Pourquoi ?

 

Les positions des institutions économiques sur l’inflation ont évolué au fil du temps. Avant les années 70 les réflexions sur l’inflation s’inscrivaient dans le paradigme de Phillips. En 1958 l’économiste néo-zélandais a démontré une corrélation positive entre inflation et taux d'emploi en comparant l'inflation, les salaires nominaux et le chômage au Royaume-Uni entre 1861 et 1957. A cette époque l’inflation est donc recherchée car elle semble entrainer une baisse du chômage. Cependant, la crise pétrolière des années 70 vient contredire cette théorie. L’augmentation rapide des salaires et des prix, s’accompagne d’une forte augmentation du chômage et dans la fin des années 70, face à la spirale inflationniste, Volcker va mener la campagne de la réserve fédérale pour maitriser l’inflation. La banque centrale américaine fait de la maitrise de l’inflation un objectif prioritaire. L’inflation est dorénavant perçue de manière négative et comme facteur d’augmentation des inégalités. Le milieu des années 80 est marqué par le contre choc pétrolier et la globalisation financière. L’inflation se déplace vers la finance (actifs en général : bourse et immobiliers), on parle de bulle financière. 

 

Aujourd’hui la banque européenne fixe son objectif d’inflation annuelle à 2%, pourquoi ? Quel est le problème si l’inflation est trop basse ? L’économie est hétérogène et durant toute période économique il existe des entreprises en difficulté financière. Dans notre économie il est particulièrement compliqué de baisser les salaires nominaux (pas indexé sur l’inflation) et une légère inflation permet aux entreprises en difficulté de ne pas avoir à baisser ces salaires car l’inflation rend le salaire de base moins couteux, on parle de « matelas d’inflation ». La survie artificielle d’entreprises qui devraient avoir mis la clé sous la porte pour manque de rentabilité a aussi des conséquences négatives. En effet, ces entreprises sont souvent qualifiées « d’entreprises zombies » qui empêchent le progrès technique et l’adaptation de l’appareil de production. En fait, la peur de la déflation est aussi et avant tout celle de l’état car l’inflation profite au principal débiteur : l’état. Elle permet aux états de rembourser leurs dettes astronomiques plus aisément, Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI déclarait d’ailleurs que l’endettement massif des états ne représentait pas un danger tant que les taux d’intérêt seraient inférieurs aux taux d’inflation. La déflation c’est aussi une baisse de la consommation liée au report des achats entrainant une réduction de la croissance. De plus, la déflation est un processus auto-entretenue et les spirales déflationnistes résultent en une forte chute de la croissance et du taux d‘emplois. Une inflation trop haute pose aussi plusieurs problèmes. Premièrement, elle augmente les inégalités car les salaires en bas de l’échelle sont mal indexés sur l’inflation. De plus, une forte inflation c’est courir le risque d’entrer dans une période de spirale inflationniste. Le processus d’inflation est auto-entretenu. Imaginons que des salariés obtiennent une revalorisation salariale, les profits des entreprises vont diminuer, ce qui va les inciter à augmenter le prix de leurs produits. Face à l'augmentation du prix des produits et donc la diminution de leur pouvoir d’achat, les ménages demandent une revalorisation de leurs salaires et ainsi de suite. Les longues spirales hyper inflationnistes dans différents pays, comme au Venezuela, prouve qu’il est très difficile de sortir d'une spirale inflationniste. Pour résumer : pas d’inflation ce n’est pas bien mais trop d’inflation ce n’est pas mieux. Aucun modèle précis ne définit « l’objectif des 2% » comme un objectif intemporel, d’ailleurs auparavant la Banque Centrale fixait son objectif sur un indice de la masse monétaire. En fait, la cible des deux pourcents c’est avant tout ce qui est aujourd’hui considéré comme le juste milieu entre trop et pas assez. Pour autant, je pense que cet objectif reste important car il permet d’avoir une cible précise à partir de laquelle il est possible d’évaluer l’efficacité des différentes mesures économiques.

 

Pourquoi l’inflation est-elle en-dessous des objectifs européens ? La banque centrale européenne doit prendre ses responsabilités même si elle n’est pas aidée par les politiques budgétaires menées par les différents gouvernements européens. Pourtant, la politique de Mario Draghi (président de la banque centrale européenne entre 2011 et 2019) fut celle de la « politique monétaire ferme » pour relancer l’inflation. En décembre 2019, la banque centrale a annoncée trois mesures : la baisse du taux de dépôt de -0,4%, la relance du programme d’achat de titres : « quantitative easing » et des prêts avantageux aux banques. Ces mesures avaient pour but de baisser le taux d’intérêt et de stimuler le crédit entrainant une augmentation de la masse monétaire en circulation et donc une baisse de la valeur de l’argent : l’inflation. Ces mesures ont aussi pour but de stimuler la prise de risque des intermédiaires financiers (des banques) en les poussant à investir dans des entreprises plutôt que des bons du Trésor.

 

Si la banque centrale mène des politiques expansionnistes, pourquoi l’inflation n’augmente-elle pas ? Il existe plusieurs hypothèses. La première est celle de « l’inflation camouflée » par le progrès technologique. Selon cette théorie l’inflation serait contrebalancée par la baisse des prix liée au progrès technologique. Ce cas de figure s’applique particulièrement au XIX éme siècle avec une forte hausse du progrès technique résultant en une faible inflation, mais aujourd’hui, le progrès technique n’est plus aussi élevé. Une explication plus plausible serait l’impossibilité pour les entreprises européennes de monter leurs prix face à la rude concurrence hors européenne dans un monde de plus en plus mondialisé. Le vieillissement de la population est aussi un facteur à prendre en compte avec une population plus âgée qui épargne d’avantage et se soustrait à la demande. Pour moi, le facteur le plus important est le déplacement de l’inflation vers les produits financiers (actifs en général : bourse et immobiliers).

 

Alors, quelles sont les solutions pour offrir à l’inflation un nouvel élan ? Plus précisément, les politiques expansionnistes avec des taux d’intérêt bas sont-elles la solution  ? Les banques européennes sont particulièrement fragiles actuellement et les banques commerciales n’ont plus de marges. En Europe, les entreprises se tournent beaucoup vers les banques pour se financer et si les banques vont mal, c’est l’économie entière qui en souffre.  Or une part de la rémunération des banques se base sur « la marge d’intérêt », soit l’écart entre le taux auquel les banques se financent auprès de la banque centrale et le taux d’intérêt sur le marché, soit le coût des dépôts. Un taux d’intérêt très bas sur les marchés résulte en une marge trop faible qui pénalisent la rentabilité des banques. Ainsi, je ne pense pas que les taux d’intérêts très bas ou négatifs soient la solution. De plus, « nous enfermer dans une logique de taux négatif (ou d’un taux zéro) serait une négation de toute l’économie et de ses principes fondamentaux. Premier principe : le risque a un coût. Il est impossible pour le créancier d’être sûr qu’il sera remboursé car la solvabilité de tout agent économique n’est jamais totale. Le taux d’intérêt rémunère ce risque en prenant compte de l’inflation. Renoncer au taux c’est nier le risque. Le taux négatif c’est aussi renoncer à l’idée que le temps a une valeur, au célèbre : « Time is money ». Le taux négatif nie le principe économique fondamental que le temps permet de faire fructifier son argent. Il nie la philosophie du progrès. En fait, le taux négatif c’est le nivellement par le bas car il admet la perte d’argent comme normale. L’investisseur investit pour perdre et les entreprises produisent à pertes. L’immobilisme devient l’idéal car il permet de ne pas perdre. Le taux négatif c’est nier l’inflation, le risque et la croissance » (ancien article sur la dette). Ce qui est important de comprendre avec l’inflation, c’est que l’objectif annuel d’inflation annoncé par la banque centrale européenne est très important. En effet, c’est bien sur l’anticipation de l’évolution du taux d’inflation que se base les agents économiques pour effectuer leurs décisions. Par exemple, si les gens pensent que les prix vont augmenter (forte inflation à venir), ils empruntent et consomment davantage aujourd’hui entrainant une relance de la consommation et de la croissance. Olivier Blanchard a d’ailleurs proposé pour ces raisons un objectif d’inflation à 4% et je pense qu’afficher un taux d’inflation plus élevé est une mesure intéressante. De plus, il est absolument nécessaire de coordonner les politiques monétaires et budgétaires. En effet, de nombreuses politiques permettant de relancer la consommation ne sont pas du ressort de la Banque centrale comme les politiques de modification structurelles du marché du travail par exemple.


Moyenne des avis sur cet article :  1.75/5   (8 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • vraidrapo 9 novembre 2020 18:00

    Te fatigue pas l’helicopter money a faussé toute littérature économique !


    • Charles 9 novembre 2020 21:27

      Très bon article comme d’habitude !


      • Baptiste B. 9 novembre 2020 21:31

        @Charles

        Merci


      • Louis 9 novembre 2020 21:30

        Article très interessant merci. (Je pense cependant qu’il faudrait changer le titre)


        • Baptiste B. 9 novembre 2020 21:35

          @Louis

          merci pour votre commentaire (comme d’habitude).


        • Citoyen de base 9 novembre 2020 21:35

          Les taux négatifs sont bien une forme d’inflation déguisée : à terme ils détruisent également la monnaie. Et un des enjeux de la disparition des espèces est bien d’empêcher quiconque d’y échapper. 


          • thierryanne 10 novembre 2020 06:27

            De l’incapacité de penser en dehors d’un système établi. Pas de croissance infinie dans un monde qui l’est.


            • thierryanne 10 novembre 2020 06:29

              De l’incapacité de penser en dehors d’un système établi. Pas de croissance infinie dans un monde qui l’est, fini.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité