• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > La banane économique

La banane économique

La banane économique ne se trouve pas sous le lampadaire économique (https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-lampadaire-economique-234378).

JPEG - 124.3 ko
Photo Orélien Péréol

En matière écologique, on ne manque pas de prophètes. On a manqué et on manque encore de théories qui comprennent toute la banane économique. Les théories économiques commencent leurs observations et mesures à l'activité des hommes, elles omettent les deux extrémités de cette activité : ce qui se passe avant et ce qui se passe après. Avant, les hommes prennent toutes sortes de choses dans la terre, sur la terre dans l'eau ou sur l'eau ou dans l'air, ils prennent aussi les lois physiques et ils utilisent matériau trouvé et lois trouvées dans leur travail pour leurs productions. Après, les hommes rejettent le plus souvent dans l'air et dans l'eau mais pas seulement (ex Bure) des choses qui sont censées... qui sont censées quoi, au juste ? qui sont censées s’évanouir dans l’espace et y disparaître, et qu’on peut donc compter pour du beurre. Parfois, on s’en occupe, on en fait une activité économique, les poubelles, l’épuration des eaux usées… mais le fait qu’il y ait quelques secteurs où ses déchets sont gênants au point qu’on s’en occupe n’empêche pas que, d’une manière générale, on estime qu’on n’a pas à s’en occuper. D’autre part, les activités de traitement ou de recyclage sont théorisées dans le paradigme de l’économie strictement humaine, monétaire.

 

On ne manque pas de prophètes écologiques ; on manque d'une théorie économique qui prenne en compte production et consommation dans leur totalité, qui prennent en compte les antécédents (les « captures » initiales) et les conséquents (les productions inconsommables, les déchets).

Les théories économiques se sont situées d’entrée de jeu comme des théories de la monnaie. Elles ont vu l’intermédiaire monnaie partout dans les relations économiques (production, commerce, consommation) et en ont fait leur élément de base, leur brique.

Écologie et économie sont de la même famille de mots et de la même famille d’idées : gestion de la maison (la famille, la ferme… les proches). Issu du grec oikos, maison, oikonomia, c'est l'administration de la maison, la gestion d'une famille ; l'art de réduire la dépense, d'obtenir le meilleur rendement, utiliser le moins de ressources possibles, avec prudence et sagesse, pour que le niveau d’aisance matériel soit satisfaisant. L’écologie est économique, par principe et vice versa. L’économie consiste à trouver les moyens de faire des économies, au sens ordinaire de « faire des économies », avoir plus en mettant moins. Pour une part importante, c’est bien ce qui a été fait : on passe de moins en moins de temps à travailler, à faire les courses, la cuisine… on a la santé, on a du temps libre pour choisir ses loisirs… Côté humain, rien à redire. D’ailleurs, un des signes qui ne trompe pas : on fait des enfants, on est terriblement plus nombreux qu’il y a seulement cinquante ans ! Le bonheur des hommes peut se voir dans leur fécondité, qui signifie leur assurance ou sécurité, leur tranquillité, leur amour de la vie.

C’est Jean-Baptiste Say qui a théorisé, en 1803, la restriction de l’objet des sciences économiques : « Les biens également accessibles à tous, dont chacun peut jouir à sa volonté, sans être obligé de les acquérir, sans crainte de les épuiser, tels que l'air, l'eau, la lumière du soleil nous étant donnés gratuitement par la nature, peuvent être appelés des RICHESSES NATURELLES. Comme elles ne sauraient être ni produites, ni distribuées, ni consommées, elles ne sont pas du ressort de l'économie politique. »

 

Si l’on veut enfin avoir une théorie économique qui traite de son objet de façon valable (produire, diffuser, consommer), il faut rajouter les deux bouts de la banane, l’avant et l’après, l’amont et l’aval, ce que l’on prend et ce que l’on rejette. Il faut voir que l’intervention des hommes dans ce qui concerne leurs nécessités économiques est un segment d’une boucle naturelle. Contrairement à Jean-Baptiste Say, il faut bien voir, il aurait fallu bien voir, dès le début des théorisations de l’économie, que la nature n’est pas inépuisable parce qu’elle est gratuite. « Comme elles ne sauraient être ni produites, ni distribuées, ni consommées, elles ne sont pas du ressort de l'économie politique. » Cette phrase n’a pas de logique.

Il manque à la réflexion de Jean-Baptiste Say également, la suite et la fin de nos productions, toutes les parties inconsommables pour les hommes et donc rejetées pour que la nature s’en débrouille.

Les activités économiques des hommes gaspillent énormément. Par exemple, un moteur à essence a un rendement de l’ordre de 30%, donc 70% de la combustion de l’essence part en chaleur principalement (inutilisable pour l’homme). Si l’on considère que, pour se déplacer, les hommes sont obligés de faire une cage de métal, une sorte d’exosquelette, qu’il faut transporter avec soi, on doit arriver à 20% (il y a plusieurs calculs possibles, je présente des ordres de grandeurs).

Nous devons prendre en compte la nature aux deux bouts de la banane économique : dans ce qu’elle nous donne, dans ce que nous lui « donnons » (nous lui restituons de formes très dégradées d’elle-même).

Il y a un moyen juridique, tel que l’a avancé Michel Serres, dans le Contrat naturel, qui date de 1990.

Et un moyen économique : il faudrait ouvrir un compte en banque à la nature… puisqu’on ne sait compter que de la monnaie, il faut que la nature ait une valeur monétaire, et peut-être deux, une concernant l’extraction, et l’autre, le recyclage des déchets. Tant que la nature n’aura pas de valeur monétaire, elle n’aura pas de valeur du tout. C’est absolument nécessaire pour comprendre nos problèmes planétaires urgents. Il n’y aura pas de solution envisageable tant que l’on ne considérera que l’activités des hommes pour décrire l’économie !


Moyenne des avis sur cet article :  2.2/5   (10 votes)




Réagissez à l'article

9 réactions à cet article    


  • Claude Simon Claude Simon 12 août 21:57

    Avec tout les voyous qui se serviraient dans votre monnaie-nature, cela risque d’accélérer la dénaturation que vous regrettez.

    Plus sérieusement, notre économie monétaire n’a pas de limite, car elle est une fraude usuraire. Notre monnaie-crédit permet de s’acheter tout le labeur du monde, et bien plus encore : des positions financières exubérantes et incontestables, de l’accaparement de ressources au détriment d’autrui, du prestige, de l’influence, du temps libre, des inégalités, et des faveurs, etc.

    Notre économie monétaire peut très bien imprimer plus que la nature ne peut donner.

    Bref, votre proposition revient à aggraver la situation.

    Sauf si votre monnaie-nature, devenue rare, provoque la perte de valeur de la monnaie-crédit. Car deux monnaies doivent pouvoir s’échanger.

    Quand on voit les stratégies (ex : Kissinger) pour garder des peuples riches de ressources dans la pauvreté afin, et de pouvoir se garder, et ces ressources, et une force de travail corvéable, on peut se demander quelle serait le périmètre multinational d’une banque nature. Car aujourd’hui, la banque nature, c’est plutôt la base militaire d’à côté.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 13 août 11:33

      @Claude Simon Vous entrez dans les détails de la création d’une monnaie pour la nature. Je ne parlais pas de cela.
      Vous vous méprenez, je ne propose rien. Je dis que nous n’avons jamais fait de théories économiques puisque nous avons ignoré volontairement l’avant et l’après, dans l’effort économique des hommes.
      Mais peut-être n’y a-t-il pas moyen de faire autrement ? Je n’en sais rien.
      Tenir compte de l’apport trouvé et non-produit dans nos processus de production, tenir compte de nos rejets post consommation, passe peut-être par des théories économiques qui intègrent du non-monétaire, voire qui quittent la brique monétaire et en créent une autre, voilà ce que je dis.


    • Claude Simon Claude Simon 13 août 15:44

      @Orélien Péréol

      La monnaie-crédit usurpant les ressources naturelles disponibles, je proposais dans un article une monnaie-travail, grâce à laquelle le recyclage, la protection, la création, l’entretien ou la restauration d’écosystème, ainsi que la recherche peuvent être financé dans le cadre du respect à l’environnement (https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/creation-de-valeur-en-echange-de-182760).
      L’intérêt d’une telle monnaie serait qu’elle n’est disponible que lorsqu’il y a ressource à travailler, pas la promesse future de la monnaie-crédit, qui peut outrepasser les disponibilités.

      S’il est vrai que le travail créé la valeur et la consommation la détruit, la valeur résiduelle de la consommation, dans un souci d’économie circulaire peut, au cas par cas, être recyclé, et être financé par ce même collatéral.

      Cette monnaie-travail relocalisait, par ailleurs, automatiquement la production, puisque le coût du travail ne rentre plus dans le prix du produit, mais étant dans sa valeur intrinsèque.

      A mon humble avis, ce type de moyen devrait être entre les mains de la société civile.

      Bref, la théorie économique existe. Mais elle ne calque pas avec une monnaie nature, car la nature vaut plus qu’une monnaie d’une part, et les tensions autour des ressources ne permettent pas d’envisager une démilitarisation facile au profit d’une simple banciarisation, du moins du point de vue historique.

      Si le travail des abeilles a été chiffré, faut t’il le monétiser ? Celui qui détruira leur dur labeur impactera le chiffre d’affaires de l’apiculteur voisin. La nature ne faisant pas de chiffre d’affaires, cela peut se régler par dédommagement d’externalité négative. Au mieux, nous aurions besoin d’un comptable et/ou d’un juriste dans ce litige. A ma connaissance, les externalités positives ne se négocient pas, c’est déjà cela de gagné pour la nature (moins d’économisme).

      Par contre, l’existence juridique proposée par Michel Serres, pourquoi pas.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 14 août 10:46

      @Claude Simon Votre article prend comme élément constitutif de l’économie la monnaie.
      Ce que j’écris, c’est que tant qu’on fait ça, on ne peut pas comprendre ce qu’il se passe : il faut intégrer à la pensée économique les deux bouts de la banane : l’avant et l’après.
      Vous écrivez : « S’il est vrai que le travail créé la valeur et la consommation la détruit, ». Eh bien, ce n’est pas tout-à-fait vrai. Le travail se fait sur de la nature et du capital. On l’apprend dès les premiers cours de Sciences économiques et sociales, après quoi la nature est définitivement shuntée. La valeur du pétrole n’est pas dans le travail, elle est dans les lois physiques que le travail peut mettre en oeuvre pour obtenir des biens et des services avec du pétrole. De la même façon, la consommation ne détruit pas tout et laisse un résidu qui pollue. Voilà les deux bouts de la banane.
      Vous m’opposez un texte qui les oublie.


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 13 août 11:36

      https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/qu-apprendre-de-ce-moment-222594

      Nous ne comprendrons rien tant que nous ne prendrons pas en compte tout ce qui sert à la production des biens et services que nous consommons, tout, absolument tout.


      • Orélien Péréol Orélien Péréol 14 août 17:34

        Les manifestations d’opposition aux mesures à propos du coronavirus ont le même présupposé que l’économie : la décision commence quand elle est émise, elle n’a pas d’antécédent. Or, toutes les décisions sont contraintes par des choses qui ne sont pas dans le domaine du décidable.

        On a même des citoyens qui inversent la proposition et disent que la décision autonome de tout, qui est tout entière dans la volonté du décideur est validée, a posteriori, par une invention : le virus et la pandémie !

        Pauvres de nous !

        Nous sommes dans un système où ceux qui veulent faire beaucoup de bruit, montrer beaucoup de volume ont des outils puissants et la conformité des avis (tout le monde pense comme ça) a toujours été un puissant ersatz d’argument.


        • Orélien Péréol Orélien Péréol 14 août 19:31

          J’entends Jean-Marc Daniel sur France Inter, qui ne parle que de monnaie. Il trouve que l’écologie qui, pour lui, est symbolisé par « attention, vous attaquez la nature » principe religieux selon lui.

          Après quoi, il parle de monnaie et de travail (il faut travailler plus).


          • Orélien Péréol Orélien Péréol 17 août 21:29

            Un reportage sur le blé dur et les pâtes sur la 2.

            Tout est vu par les prix. La production mondiale de blé dur a baissé de 30% pour des raisons naturelles de climat. Le reportage sort ce chiffre mais ne parle que de prix. Les prix, l’augmentation des prix... Le reportage finit par quelqu’un qui a l’air d’être un expert et qui vient dire que puisque la production diminue il est bien normal que les prix augmente ! (il fallait bien un expert)

            Si l’on veut bien voir la banane économique, il faudrait parler de la production de l’an prochain et des années suivantes.


            • Orélien Péréol Orélien Péréol 28 octobre 10:19

              Le coût de l’électricité en Espagne augmente tellement que des industries s’arrêtent.

              https://www.equinoxmagazine.fr/2021/10/26/paralysie-industrielle-en-espagne/?fbclid=IwAR0W9XxYHMjEbzkraaSc2SGda0j7lFI3aFmK-hHnsgqqBhAlVReceKdF_Hs

              L’article parle de ce que l’on voit sous le réverbère : argent et action ou non-action de l’Etat. Il manque un bout de la banane : l’extraction de l’énergie qui est de plus en plus difficile (de plus en plus coûteux donc, mais ce n’est pas le coût le problème, c’est la difficulté croissante de l’extraction qui fait problème).

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité