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Accueil du site > Actualités > Economie > La France des territoires et les oubliés de la République

La France des territoires et les oubliés de la République

 

La crise sociale des Gilets jaunes et la pandémie de Covid auraient dû nous interpeller sur les fractures géographique, économique, politique et culturelle qui séparent les grandes métropoles des villes moyennes et des territoires ruraux. Et ce, en raison des impératifs des transitions écologique et numérique créatrices d'emploi dans les zones excentrées et / ou en déclin. Au cours des trente dernières années l'aménagement du territoire au travers de la décentralisation a visé la création de grandes métropoles, a amélioré le niveau de vie de la population des grandes zones urbaines au détriment des villes moyennes et des zones rurales.

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Le contexte

Il nous semble urgent d'en finir avec la concentration des activités et la répartition des richesses entre le Grand Paris et quelques villes. Un rapport récemment publié par l'Institut Montaigne( 1) nous alerte sur le fait que « les 15 plus grandes métropoles françaises concentrent 81% de la croissance hexagonale », y rassemblent 43% des emplois et y réalisent la moitié du PIB français alors qu'environ un tiers de la population nationale vit dans des villes moyennes et ce de manière stable depuis cinquante ans.
Les récentes réformes initiées en 2015 par la loi NOTRe – Nouvelle Organisation Territoriale de la République – conduisent à concentrer l'activité économique sur les métropoles ( 500000 habitants et plus ) au détriment des villes moyennes ( moins de 100000 habitants ) et des zones rurales laissées pour compte de la stratégie d'aménagement et positionnées sur des secteurs d'activité historiquement en déclin. C'est ainsi que l'espace allant du Nord-Est jusqu'au Massif Central constitue une zone sinistrée touchée par la fin d'un cycle industriel ( sidérurgie, hauts fourneaux, industries lourdes ) d'une image peu attractive et d'un déclin démographique. C'est sur la façade atlantique que l'on retrouve les zones d'emploi les plus en croissance et les plus orientées vers l'industrie ainsi que dans les grands pôles autour de Toulouse, Grenoble, Lyon, Saint-Nazaire.
Nous savons que la territorialisation des activités industrielles obéit à des facteurs qui ne se limitent pas à la localisation d'infrastructures mais à tout un écosystème dont font partie les compétences présentes dont les différents acteurs que sont les collectivités locales, le tissu des PME ETI, les hôpitaux, les écoles, les citoyens.
Enfin, il existe déjà une multitude de dispositifs – Programmes d'investissement d'avenir, Pôles de compétitivité – et d'acteurs publics qui rendent de plus en plus complexe la lisibilité de la politique territoriale, il convient de ne pas en créer de nouveaux en l'absence de cadre stratégique de moyen terme. Le Haut Commissariat au Plan crée en 2020 aurait dû avoir pour mission de réunifier l'ensemble des dispositifs pilotés par l'Etat, dont l'enseignement supérieur, les infrastructures numériques et autres, la réponse à l'urgence écologique mais il n'en a rien été. On n'a pas assisté au très attendu retour de l'Etat Stratège en l'absence de volonté politique coordonnée pour la « relance » alors que la part de l'industrie dans le PIB de la France n'est plus que de 10%, soit deux fois moins qu'en Allemagne.
Citons pour exemple certaines zones rurales enclavées ayant peu accès aux services de santé et constituent des déserts médicaux .entre 8 et 12 millions de personnes y vivent. Michel Fournier, le président des maires ruraux de France a indiqué au cours de ce mois de Janvier à l'occasion de la visite d'Emmanuel Macron dans le Limousin « ce gouvernement n'a pas osé prendre des mesures coercitives » à leur propos. Cette population rurale, touchée par la pandémie est en attente de solutions rapides.

 

Quelles priorités à mettre en place pour leur attractivité ?

Les villes moyennes en concentrant 37 % de l'emploi industriel en France sont le pivot du système territorial, contribuent à sa cohésion et en sont les acteurs du changement.
Les infrastructures numériques ( haut débit) ont un rôle à jouer visant à réduire les inégalités entre les territoires à travers le désenclavement des espaces ruraux éloignés des métropoles en accompagnant le développement du télétravail, de la télémédecine... Le plan France Très haut Débit lancé en 2013, évalué à 20Mds d'euros a été confié pour sa partie rentable à des acteurs privés, le financement des zones les moins denses, trois fois moins couvertes par le haut débit étant assuré par les collectivités territoriales.
Le tissu local des PME et ETI présentes dans les zones rurales a été fragilisé par la crise et par des facteurs structurels liés au développement des secteurs de services (à la personne, logistiques ) générant la création d'emplois peu qualifiés, nécessite dès lors un soutien financier. Certains territoires excentrés ont su développer des spécialisations propices à la conquête des marchés à l'exportation, comme la ville de Thiers dont 95% des couteliers ont une activité à l'international. La région Occitanie dont le dynamisme est tiré par l'industrie aéronautique a généré en amont un tissu de PME ETI rentables à forte composante en R&D. D'autre part l'Etat a lancé en 2019 un appel à projets pour des sites visant à mobiliser du foncier pour accélérer des implantations industrielles. La France est désormais dotée de 127 « sites industriels clés en mains » accompagnés par les Collectivités territoriales, la Banque des Territoires, Business France dans le cadre du plan France Relance. Pour exemple la région PACA a développé à la Seyne-sur-Mer un technopole de la mer pour la sécurité et la sureté.
Garantir l'accès aux soins pour tous en période de pandémie et au moment où la commission des finances du sénat constate de grandes inégalités territoriales en la matière. Pour cela il convient de faire de la santé et du bien être des individus un nouvel indicateur pour les politiques publiques.

 

Quelles Stratégies de résilience dans un contexte de transition post carbone ?

Alors que la transition écologique est traitée comme un sujet périphérique, The Shift project ( 2 ) nous rappelle à ce propos que les administrations territoriales devraient se doter de compétences nouvelles en matière d'énergie et de bilan carbone. Il faut impérativement soutenir des activités climato-compatibles au moment où l'on constate que les PME et ETI françaises se contentent de prendre des mesures pour se conformer à la réglementation. Allant dans ce sens en visant à accompagner la décarbonation de ses usines émettrices de gaz à effet de serre, Arcelor Mittal sur ses sites de Dunkerque et de Fos sur mer va investir 1,7 MDS d'euros pour produire dans des fours à arc électriques.
Soutenir le développement d'une formation professionnelle en investissant dans le capital humain autour des bassins d'emplois est une initiatives entreprise par le Conseil national des arts et métiers ( CNAM) en lien avec le programme « Coeur de ville » des territoires excentrés. Mais ce qui demeure incertain, en raison de la faible efficacité de notre système de formation professionnelle ce sont les difficultés de requalification en fonction de l'évolution sectorielle de la demande future de biens et services. Et face à la pénurie de compétences scientifiques, il convient d'investir au plus vite dans l'éducation.
C'est ainsi, que pour anticiper les transitions nécessaires à venir, il semble urgent d'engager une réflexion nationale sur le sujet des dynamiques territoriales. Vaste programme...

Les pouvoirs publics dans les années qui viennent devraient mener une politique volontariste vis-à-vis des institutions locales excentrées et oubliées avant que les populations défavorisées qui les habitent se rappellent à leur attention dans les urnes ou dans la rue. Parce que tout simplement des services publics de proximité efficaces et la présence d'activités industrielles sont fortement réducteurs d'inégalités.

 

1. Rapport Institut Montaigne, Mars 2021, Rééquilibrer le développement de nos territoires, Paul Hermelin
2. The Shift Project, Stratégies de résilience des territoires

Eliane JACQUOT
 


Moyenne des avis sur cet article :  2.18/5   (11 votes)




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13 réactions à cet article    




    • troletbuse troletbuse 10 février 15:20

      Je suppose que dans cet article, il n’y a pas un mot sur la destruction de la France et l’établissement d’une société à la chinoise ou même pire.


      • zygzornifle zygzornifle 11 février 08:34

        Hormis l’Elysée et quelques quartiers bobos on est des oubliés voire même détestés .....


        • Jonas 11 février 09:50

          Je suis d’accord avec l’analyse de l’auteure de l’article .

          Mais hélas , il y a bien longtemps que beaucoup d’observateurs de la chose économique ont constaté que l’Etat , a dépensé sans compter ,des sommes énormes dans les banlieues et citées islamisées que dans les territoires oubliées de la République. Pourquoi ?

          Parce que , les habitants de ces territoires de la Républiques ne saccagent pas , les écoles maternelles , comme écoles élémentaires , ne détruisent pas de mobilier public, ne brûlent pas les bibliothèques , les pharmacies , ne s’attaquent pas à la police , pompiers etc donc , ils n’existent pas. Ce sont les habitants du silence. 

          Je rappelle , juste une contradiction qui n’a rien a voir avec l’article. Une contradiction, répandue par toutes les ONG ( subventionnées par l’Etat) , et notamment la Fondation l’Abbé-Pierre. Dans son 27e rapport , elle note que 300.000 personnes sont sans abris , 9 millions de pauvres ,4 millions de mal-logés. Sans parler des 4 millions de chômeurs . Pourtant c’est la même Fondation qui milite pour une immigration ouverte et sans contrôle . Comprenne qui pourra . 

           



          • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 11 février 11:35

            @Jonas
            Vous avez raison de soulever les contradictions des ONG vis à vis des populations oubliées par la République . 
            C’est un sujet à part entière .
            Merci à vous de souligner l’existence des « habitants du silence » sédentaires des territoires excentrés .


          • Jonas 12 février 09:18

            @Eliane Jacquot

            Bonjour , 

            J’ai omis de signaler que selon la Banque alimentaire 7 millions de personnes en France ne mangent pas a leur faim. Tout cela ajouter , aux 300.000 sans-abris , aux 4 millions de Français mal logés et aux 9 millions de pauvres . Vraiment l’immigration est une richesse pour la France et surtout pour les ONG.

             Cette richesse , aucun pays du Golfe , ne veut la disputer à la France. 


          • Trelawney 11 février 11:57

            L’industrie représente 20% de l’activité économique de la France. L’industrie nécessite de grandes agglomération avec une concentration d’habitations pour y loger les ouvriers. Pour eux le télétravail est impossible.

            Le reste de l’activité économique provient du tertiaire (banques, assurances, services, informatiques etc). Pour cette activité, le télétravail n’est pas difficile à mettre en place. Télétravail qui a comme avantage pour le salarié de pouvoir s’éloigner des grandes agglomérations pour des régions plus économique en logements, nourriture, moins polluées et plus agréable à vivre.

            Attendons de voir si le télétravail issue du covid sera bénéfique pour les territoires laissés pour compte. Ce qui est certain, c’est que si la tendance s’inverse ce n’est pas à cause d’une décision politique, mais suite à un changement sociétale.

            PS ; lorsque vous parlez « grande ville », utilisez plutot le qualification « agglomération ». Lille c’est 240 000 habitants, mais son agglomération c’est 1.4 millions d’habitants en comptant les villes belges accolées (Menin, Moucron, Tournai etc)


            • alinea alinea 11 février 14:09

              Juste un truc : oubliez-nous !!

              Quand vous ne le faites pas vous saccagez notre territoire, vous bétonnez, encagez ; il vous faut des lumières il vous faut du goudron, du béton, du PVC à vos fenêtres... pitié : restez chez vous.

              On a tous les médecins qu’il faut, on vous laisse le grand pharma et les spécialistes à mille euros le regard !

              On a déjà trop d’intox par internet, vos cases de rangement, on vous les laisse.


              • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 16 février 11:58

                1/2

                Parce que notre pays immobile et largement tourné vers son passé devrait adopter sur le long terme une vision plus ouverte des atouts et des besoins de ses territoires,

                Parce que notre pays n’échappera pas au déclin démographique lié au vieillissement de sa population ,

                Parce que les grands centres urbains devraient se préoccuper à court terme de leurs arrières pays de proximité, au niveau régional et /ou départemental ( millefeuille …)

                Parce que les territoires contribuent aux innovations écologique et industrielle , ils sont un réseau essentiel de la croissance ,


                • @Eliane Jacquot
                  "Parce que notre pays n’échappera pas au déclin démographique lié au vieillissement de sa population ,

                  ...« etcetc
                   
                  Bonjour à vous
                  Alinea qui n’est pas une jeunette vous à déja donné un debut de reponse
                  que je continuerai en vous disant que :
                   
                  Votre délire immigrationiste progressiste de remplacement de populations ne nous interesse absolument pas, si vous désirez importer l’Afriquer et le Moyen Orient ici, prenez votre courage à deux mains, vendez tout ici et faites comme Y Noah qui est un ancien progressiste et un un type courageux et qui inspire le respect, il est parti et rentré chez lui au Cameron pour venérer et perpétuer sa terre ancestrale, un gars qui a tout compris et que l’age à rendu sage.
                   
                  Deraciner des gens/peuples c’est le malheur de tous deracinés et locaux à plus ou moins long termes exepté pour l’oligarchie qui en profite nous connaissons parfaitement le discours bien rodé et huilé du Medef, merci.
                   
                  C’est sur que parler d’histoires d’humains, cela passe bien au dessus de la tete des histoires d’economistes qui ne voient eux que benefices et profits immediats sur leurs tableurs exels (du medef qui est ravi), ou l’humain n’est qu’un no et une variable d’ajustement 
                  Grace a ces gens brilllants.... tellement surs d’eux,
                  ce camp du bien, ces progressistes infinis donneurs de lecons et de theories tres douteuses...aux pôv gaulois tres refracteres que nous sommes,
                  nous qui ne sommes pas adeptes de la »start up nation" que vous tentez de nous refourguer dans vos nombreux articles prpagandiste
                   
                  nous en sommes bien la (hélas)
                  bien à vous,


                • @Ouam (Paria statutaire non vacciné)
                  Ps
                  Rapport Institut Montaigne, Mars 2021

                  On avais bien tout compris rassurrez vous,
                  la précision etais inutile
                  merci smiley


                • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 16 février 11:59

                  2/2

                  Je vous recommande vivement la lecture de cet article :

                  https://www.telos-eu.com/fr/societe/une-france-jamais-autant-peuplee-comment-lhabiter.html

                  « La politique, c’est aussi assumer les situations concrètes qui font une société, pour les améliorer et les réguler : celle des aires urbaines jamais autant peuplées d’une part, comme celles des confins jamais autant désertés d’autre part. Pas en y répondant par des transferts, volontaires ou contraints, de population des unes vers les autres. Mais bien en travaillant à la qualité de vie dans les aires urbaines toujours plus peuplées, comme dans ceux des confins ruraux qui le sont actuellement toujours moins, les unes et les autres sur fond de bouleversement climatique et écologique sans précédent. »

                  « Il s’agira, il s’agit déjà, de conduire des politiques différenciées, complémentaires, systémiques et à des échelles amples (celles des aires, des confins, et d’autres assemblages encore), les seules en mesure de répondre aux besoins d’un pays à la fois plus peuplé que jamais et qui amorce déjà son déclin démographique. »


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