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La mondialisation heureuse contre l’économie réelle : Partie II : Le mystère de l’inflation déguisée (2/3)

Billet invité de Marc Rameaux, qui a publié « Portrait de l’homme moderne  », suite du papier 1/3
 
Le premier provient de « La Tribune », montrant au passage que l’escamotage de l’inflation interroge de plus en plus les spécialistes économiques :
 
https://www.latribune.fr/economie/international/mais-ou-est-passee-l-inflation-750871.html
 
La relance de l’activité par le crédit, notamment celui fait aux entreprises, ne s’est pas transmise aux particuliers sous forme de hausse salariale, notamment depuis 2008. Non seulement la valeur nominale des salaires a stagné voire fortement décru, mais les conditions de précarité de l’emploi se sont renforcées : la multiplication de CDD, jobs précaires et « micro-jobs », notamment en Allemagne, a contribué à tasser la progression salariale. Le multiplicateur de crédit est donc loin de s’être propagé dans toute la société et n’a pas engendré de « bonne inflation », celle de la dissipation d’énergie due à une reprise économique.
 
 

La seconde explication, celle qui montre pourquoi l’inflation mécanique due au gonflement monétaire n’a pas eu lieu, se retrouve dans plusieurs travaux récents, dont celui-ci est une bonne synthèse :

 

https://cours.univ-paris1.fr/pluginfile.php/660735/mod_resource/content/1/Fascicule%20n%C2%B0%202.pdf

 

Sans rentrer dans trop de détails techniques, il faut rappeler que la masse monétaire est « compartimentée ». Aussi, le raisonnement d’une création monétaire engendrant de l’inflation doit-il être nuancé. Les travaux mentionnés rappellent que deux agrégats monétaires sont fréquemment suivis par les économistes. L’agrégat M0 représente l’ensemble de la monnaie fiduciaire en circulation additionnée aux réserves de l’ensemble des organismes de crédit (IFM) auprès de la Banque centrale. L’agrégat M2 représente l’ensemble de la monnaie fiduciaire à laquelle on ajoute les comptes de dépôt à vue des particuliers et entreprises, ainsi que les dépôts à préavis de moins de 3 mois et les dépôts à terme de moins de deux ans. Schématiquement, M0 représente la « base monétaire » accessible seulement par le secteur financier professionnel (hors monnaie fiduciaire qui est commune à tout le monde) et M2 la masse monétaire disponible immédiatement ou à court-terme par les particuliers et les entreprises. M0 est « l’argent du monde financier », M2 celui des particuliers et des entreprises.

Historiquement, M2 et M0 étaient fortement corrélées. Toute augmentation de la base monétaire par création monétaire se répercutait en facilités de crédit et inversement toute facilité de crédit par abaissement des taux générait des dépôts. La création monétaire comme l’abaissement des taux engendrait ainsi à la fois une reprise d’activité économique et une inflation. Si la première croit plus vite que la seconde, la relance du moteur économique est réussie. Dans le cas contraire, l’inflation a gâché l’action de relance.

 

Or, notamment à partir de 2008, l’on observe un gonflement de M0 sans accroissement correspondant de M2. Particulièrement en 2008, la base monétaire a presque doublé sans que les liquidités disponibles pour les particuliers aient pratiquement bougé :

Ainsi, M0 et M2 se sont retrouvées « compartimentées ». La création monétaire par les banques centrales n’a pas été redistribuée en possibilités de crédit. Qu’est-elle devenue ? Simplement, les banques privées les ont placées en réserves auprès de la Banque centrale. Le quantitative easing n’a pas « ruisselé » vers les particuliers et les entreprises mais est resté en rétention principalement dans les instituts financiers. Pour cette raison, l’inflation telle qu’elle est mesurée, par un indice des prix à la consommation, n’a pas augmenté. Il n’est guère étonnant de constater que les banques commerciales ont amélioré leurs réserves : ce n’est nullement dû à une gestion plus rigoureuse, mais à une distribution gratuite de liquidités.

 

Modération salariale, emplois précaires et rétention de la création monétaire au niveau de la base monétaire M0, voici les trois explications « mécaniques » de l’absence d’impact du quantitative easing sur l’indice des prix à la consommation.

(à suivre)


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5 réactions à cet article    


  • kelenborn kelenborn 2 février 12:06

     Oui ça c’est du travail d’économiste...on le savait un peu mais c’est un excellent exercice pédagogique. la suite

    Au passage et très méchamment pour certains commentateurs ; celui qui a mis une mauvaise note , c’est parce qu’il est aussi doué en économie qu’une bintje en physique nucléaire ?
    NDLR : une bintje est une patate qui sert à faire des frites

    • Hervé Hum Hervé Hum 2 février 14:08

      « Modération salariale, emplois précaires et rétention de la création monétaire »

      ces trois causes n’en font qu’une, car si on vous lit bien, on peut dire que les deux premières sont la conséquence de la dernière. Sauf que c’est faux.

      Mais peut être que votre troisième volet vas nous éclairer sur ce point !!!


      • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 2 février 18:04

        Le multiplicateur de crédit est donc loin de s’être propagé dans toute la société et n’a pas engendré de « bonne inflation », celle de la dissipation d’énergie due à une reprise économique.

        Depuis 2008 l’accès au crédit est devenu extrêmement difficile. Les banques n’osaient plus prêter sauf à des gens parfaitement solvable :
        - Des entreprises rentables mais avec peu de fonds propres (économie en flux tendu oblige) se virent refuser du jour au lendemain la moindre ligne de trésorerie, beaucoup sont tombées sans motif de rentabilité. Comment produire si l’on ne peut plus acheter ses matière premières à crédit. Et c’est là la principale raison de la faillite des boites privées en Grèce qui n’avaient rien avoir avec le public. Un ami courtier en crédit m’a dit que c’était exactement pareil en France.
        - Les conditions se sont aussi durcies pour l’accès au logement, ralentissant toute la filière du bâtiment, et gonflant la bulle de l’immobilier (plus de demandeurs, moins de logements)

        (C’est marrant comment les riches deviennent plus riches à force de prêter à ceux qui possèdent)

        On sait donc depuis quelques années que ça ne marche pas, pourtant on ne change pas de cap, on continue à faire du QE à Gogo tout en espérant que les banquiers daignent prêter (banquiers responsables de la crise). On peut commencer à spéculer un chouillat que ces mesures ne sont pas faites pour aider l’économie ? Peut-être que les banques nous cachent qu’elles sont dans une plus mauvaise situation et n’ont pas d’autre choix que de boursicoter pour se refaire une santé ?

        Un autre indice : Rappelez-vous Laurent, je vous avais dit en novembre 2013 que les taux bas c’était juste pour que les banques se refassent une petite santé. C’était il y a 5 ans.

        Votre cours magistral sur la masse monétaire est le bienvenu, mais bon maintenant qu’on commence à avoir l’impression que vraiment rien n’est fait pour nous, ni les taux, ni les QE... Maintenant qu’on sait qu’on donne tous les moyens aux coupables sans garanties (zéro taxes, zéro taux, subventions déguisées, crédits...) peut-être serait-il opportun de dire aux gens qu’ils sont tout simplement pris pour des cons ? Sans attendre 5 ans.


        • izarn izarn 2 février 20:43

          @La Voix De Ton Maître
          Bien entendu que les QE sont la pour sauver les banques, et sauver les états qui en Europe ont sauvé leurs banques : En Allemagne, en France, en Italie, Espagne, Irlande, Portugal, et Grece bien entendu !
          Ha oui aussi la BoE !
          Tous derrière la Fed qui a renfloué les actifs toxiques de la finance aux USA...
          Alors les QE pour aider l’économie ? Mais ce n’est nullement son but !
           smiley
          C’est un mythe ! Ou une escroquerie, même !
          Pourquoi s’étonner que ça ne perfuse pas dans l’économie réelle ?
          C’est impossible !


        • La Voix De Ton Maître La Voix De Ton Maître 3 février 04:21

          @izarn

          Pourquoi s’étonner que ça ne perfuse pas dans l’économie réelle ?

          Bin ouais cela sera évoqué dans la partie III je présume. Mais à voir l’évolution des choses, c’est choquant de voir que l’esprit reste au stade du non-étonnement.

          On a tellement donné aux banques, qu’on en est réduits à faire des économies de bout de chandelle à tous les niveaux (l’armée, la justice, la santé, la protection sociale, les fleurons nationaux, les budgets des communes...) et à trouver du PIB partout en allant tout privatiser. Sans exagérer : presque tous nos maux trouvent leur racine en 2008. 2008, l’apothéose de ce qui révulse le vrai capitaliste et le vrai communiste.

          Moi ce qui me choque c’est que ça ne choque personne, la populace préférant bêler à chaque titre de la rubrique chiens écrasés (palme d’or pour les communistes d’opérette publiant sur Agoravox, disque d’or pour les choeurs nationalistes). Personne ne se concentre sur les fondamentaux (chapeau bas à l’auteur pour cet article malgré tout), tout le monde mise sur l’accessoire en espérant du plussage, une conversion, une adhésion... tel un marché aux belles phrases, logique de marché que la grande majorité des lecteurs d’Agoravox vomit pourtant.

          Personne n’a vu qu’à cause du sauvetage des banques, on a transformé une position de force absolue (la simple mise sous tutelle par un admin judiciaire des fautifs) en une position de faiblesse absolue (en plaçant toutes nos billes chez les mafieux qui ont causé la crise). Personne ne fait le lien économique, ça ne vous choque pas, vous ?

          Devant un tel amas de gâchis et un tel amas de bêtise, faut-il vraiment que ceux qui soient choqués se résignent au chacun pour soi ? La solution Macron, c’est que tout le monde crée sa startup, j’irai la créer à l’étranger, rien que pour le faire chier.

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