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La peinture locale dégouline de faussaires

Et si le plus grand terrain de jeu pour les faussaires n'était pas celui que l'on croit ? Loin des copies extrêmement bien réalisées de chefs-d’œuvre, le monde de l’art est confronté à un autre fléau, plus discret, mais beaucoup plus inquiétant : celui des artistes locaux. Ces artistes – la plupart du XIXe siècle – sont très souvent imités et vendus au détriment de petits collectionneurs particuliers ou d’organismes publics. Le musée de la petite ville d’Elne (Pyrénées-Orientales) en a fait la douloureuse expérience il y a quelques mois de cela avec une collection qui a dû être expurgée de 60 % de ses œuvres qui se sont avérées contrefaites.

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Les grands noms de la peinture et les plus petits partagent au moins une chose en commun mis à part leur amour pour leur art : les faux. Les artistes locaux sont eux aussi victimes de faussaires qui parviennent assez aisément à investir les salons et les musées en région. Celui d’Elne consacré au peintre local Etienne Terrus a eu la mauvaise surprise d’apprendre que 82 œuvres sur les 140 qui avaient été rassemblées sont des faux. Un coup dur pour cette municipalité de 8 000 habitants qui s’est démenée depuis plusieurs années pour faire connaître un artiste ami de Matisse et d’André Derain qui a préféré vivre et travailler dans son sud natal après des études à Paris. Ce choix l’a certainement empêché de faire une grande carrière, mais cela ne décourage pas les faussaires actuels.

« Le marché des peintres locaux est inondé de faux » selon l’historien d’art Eric Forcada. Un homme qui connaît son affaire puisque c’est lui qui est à l’origine de la découverte des faux du musée d’Elne. Missionné pour réorganiser le musée, il s’est vite rendu compte de la nature de certaines œuvres. Une signature qui s’efface au simple passage de son doigt ganté, plusieurs signatures sur le même tableau ou encore des anachronismes assez évidents ont constitué autant d’éléments à charge. Une observation attentive ne laisse planer aucun doute et le comité d’experts réuni pour confirmer les premières impressions d’Eric Forcada est formel : 60 % des dessins et tableaux exposés sont des faux.

Cette supercherie a coûté 160 000 euros à la ville d’Elne et s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, le musée a été créé par des amateurs passionnés, mais pas forcément avertis. La plupart des toiles ont été trouvées chez des antiquaires locaux et l’idée que des faux d’un peintre seulement connu dans la région puissent circuler n’a certainement pas traversé l’esprit de ces amateurs guidés par l’envie de réunir le plus grand nombre d’œuvres possibles. Ainsi, malgré des « supports en coton (qui) ne correspondent pas aux toiles utilisées par Terrus », malgré un « niveau stylistique » qualifié de « grossier » par Eric Forcada, les faux ont colonisé le musée d’Elne.

Le maire a décidé de porter plainte en raison de l’image désastreuse pour sa commune et des sommes en jeu. Malheureusement, les peintres locaux risquent d’être longtemps encore copiés, car leurs œuvres ne valent souvent au plus que quelques milliers d’euros soit une bonne partie des frais d’avocat induits par un recours en justice. Les faussaires et marchands d’art peu scrupuleux ont donc de beaux jours devant eux.


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6 réactions à cet article    


  • velosolex velosolex 13 février 11:16

    Un fait divers qui a traité mille fois dans la presse, et à la radio. Cet article pourrait on dire pour rire, a donc tout d’une réplique..

    Le Terrus en question n’est déjà pas Cézanne. C’est pour cela qu’on choisit ce genre d’obscur, surfant sur la notoriété à venir. Les critiques et les connaisseurs se désintéressent de ce genre de pompier, ça laisse la porte ouverte aux faussaires peu doués qui seraient incapables de faire de faux estimables de vrais maitres, mais qui ne sont pas surveillés sur ce genre de truc. Picasso, ce serait autre chose. . Des petites marges, mais comme il y a beaucoup de corniauds, ça finit par faire de belles sommes

    Les bourgeois qui achètent n’y connaissent rien en peinture, et son plus sensibles à la dorure du cadre, et aux promesses de plus values, qu’à la résonnance d’une peinture en vous, et c’est pour ça qu’on les abuse facilement. C’est une règle d’or de l’escroquerie : Faire croire au pigeon qu’il est un aigle, qu’il va faire une affaire d’or...Quand l’affaire se dégonfle, ils sont pas très fiers d’eux, et préfèrent fermer leur gueule, de peur du ridicule

    Pour le reste cette affaire est si guignolesque qu’elle ressemble comme deux gouttes d’essence de thérebentine à une aventure des pieds nickelés. Chabrol aurait pu en faire un film, ou plus surement Tati. 


    • machin 13 février 12:02

      Je vais vous faire un aveu...

      Les faussaires en art ne me gênent pas du tout.

      Sauf si ce qu’il font est laid.

      .



      Si le Roi Nu est ruiné par les escrocs de l’art, je trouve cela plutôt jouissif.


      https://www.lajoiedelire.ch/livre/le-roi-nu/

      .


      • marmor 13 février 16:12

        Ce n’est rien en comparaison des copies de meubles, luminaires, bronzes, salons et fauteuils, tous copiés d’œuvres de grands designers qui n’ont pas signé leurs réalisations, car diffusées à plusieurs exemplaires, parfois plusieurs centaines. Quelqu’un de ma famille, artiste, artisan sellier génial a copié des dizaines de designers comme Jean Michel Frank ( consoles, fauteuils) Mallet Stiven, Charlotte Perriand, Le Corbusier, Herbst, Pompon, etc etc. Il était difficile de faire la difference, tous les matériaux et les méthodes de travail étaient soigneusement choisis et respectés d’après original. Il ne vendait pas à particulier mais était en relation avec des marchands et commissaires priseurs fort connus encore, et qui conservaient ces œuvres quelques temps, les montrant et les photographiant dans leurs propres demeures, et donnaient ainsi une totale « authenticité »à ces meubles, qu’ils revendent ensuite dans leur officine d’enchères au prix du marché d’un original que des « experts » parisiens ont authentifiés ( ’ai assisté à une expertise d’une console JM FRANK déclarée comme originale par l’expert, et estimée à 40000 € et qui s’est vendue 55000 €. C’était une copie dont j’ai aussi assisté à la fabrication !!! Du travail d’artiste, un ferronnier exceptionnel, un bois ancien, les dimensions respectées au millimètre, quoi de mieux ? Sachant que JM Frank ne fabriquait pas lui-même ses œuvres mais ne faisait que les dessiner et donnait un cahier des charges à respecter. Donc, personnellement, je trouve qu’il n’y a pas vraiment escroquerie, le meuble étant conforme à tous points de vue, sauf la date de fabrication. Il n’y a pas grand monde pour prouver que ce meuble n’a pas été conçu dans les années 40/50/60, ou dans les années 2000 !!


        • oncle archibald 13 février 16:40

          C’est pas seulement à Paris

          Que le crime fleurit,
          Nous au village, aussi, l’on a
          De beaux assassinats.

          Et quelques faussaires ...



          • Pere Plexe Pere Plexe 13 février 19:36

            Originaux ou pas le « marché » de l’art est, de toute façon une vaste gabegie.


            • zygzornifle zygzornifle 14 février 09:56
              La peinture locale dégouline de faussaires

              La peinture locale serait t’elle devenue en marche ?

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