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Accueil du site > Actualités > Economie > Le vrai visage des parasites fiscaux

Le vrai visage des parasites fiscaux

Depuis près de dix ans, les dirigeants de la planète se moquent du monde sur les parasites fiscaux, de Nicolas Sarkozy promettant leur fin à l’OCDE proposant des mesurettes en passant par des listes ridicules et totalement myopes. Heureusement, l’association Tax Justice Network propose un panorama bien plus réaliste de la réalité de cette maladie de nos sociétés modernes.

 

Une épidémie parasitaire mondiale
 
Le rapport de cette association méritante, qui nous alerte depuis des années, est à des années-lumières des sornettes de l’UE, et ses listes de complaisance illusoires, ou de l’OCDELe paysage décrit par le Tax Justice Network semble indiquer au contraire une dégradation de la situation depuis 10 ans. Non seulement les parasites se répartissent de manière de plus en plus homogènes dans le monde avec trois centres en Asie (Hongkong, Singapour et Taïwan) et l’émergence de Dubaï au Moyen Orient, mais les pratiques de plusieurs pays se dégradent, au premier rang desquels les Etats-Unis, passés de la 6ème à la 2nde place depuis 2013, et, plus étonnamment, l’Allemagne, classée 7ème.
 
Pire encore, l’analyse de l’association montre également la duplicité des grandes économies mondiales. Les Etats-Unis sont épinglés pour leur comportement à géométrie variable, l’ouverture à l’argent sale venu des pays dits en voie de développement, le comportement de certains états particulièrement opaques : Nevada, Wyoming et Delaware, qualifiés de « far west fiscal  ». Washington « se défend contre les parasites fiscaux étrangers, tout en en étant un pour les étrangers  ». La duplicité du Royaume Uni n’est pas épargnée, avec ses dépendances et territoires semi-autonomes, Guernesey figurant dans la liste des dix premiers parasites fiscaux de la planète selon le classement 2018 de l’association.
 
Au global, la situation de l’Europe apparaît toujours aussi préoccupante avec 4 pays parmi les dix premiers, au premier rang desquels la Suisse. Le Luxembourg pointe en 6ème position, au cœur de cette piraterie fiscale, un temps dirigé par Jean-Claude Juncker, avant qu’il ne devienne président de la Commission. Voilà un signe terrifiant de la complaisance de cette Europe à l’égard du vol pseudo-légal des ressources fiscales de ses Etats, au grand bénéfice des plus riches, et au détriment de l’immense majorité. Au final, on constate que les trois grandes puissances économiques du monde ont en leur sein des parasites fiscaux, comme s’ils faisaient partie de l’organisation naturelle de notre monde…
 
Pourtant, ce n’est pas comme si nous ne savions pas comment faire pour y mettre fin. Ce n’est pas moins que le « prix Nobel d’économie » Joseph Stiglitz qui a très clairement expliqué qu’il faut placer ces pays « en quarantaine » pour mettre fin à ces pratiques, comme le Général de Gaulle l’avait fait avec Monaco. Après dix longues années de palabres dérisoires qui n’ont mené à rien, on devine que nos dirigeants ne souhaitent rien faire contre ces sangsues fiscales modernes. Plus qu’une complicité active, je crois malheureusement davantage à une résignation produite par l’association d’une paresse intellectuelle et d’un conformisme qui leur interdisent d’envisager les moyens nécessaires à cette lutte.
 
 
Malheureusement, il faut bien constater que malgré tous les scandales et les déclarations des uns et des autres, loin de s’améliorer, la situation se déteriore, comme le montre bien le Tax Justice Network. Voilà pourquoi il est essentiel de poursuivre le combat intellectuel contre ces bien mal-nommés parasites fiscaux. Tôt ou tard, ils finiront par être mis en quarantaine et au pas.

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33 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 16 février 10:59

    Comme au gouvernement ou on a le vrai visage des parasites .....


    • Zolko Zolko 16 février 11:19

      Pourtant, ce n’est pas comme si nous ne savions pas comment faire pour y mettre fin. Ce n’est pas moins que le « prix Nobel d’économie » ...

      ... James Tobin, qui a expliqué qu’il suffit de taxes les transactions financières, et ceci de manière différentielle selon l’origine de ladite transaction : l’argent venant de paradis fiscaux est taxé fortement, tandis que l’argent venant de pays coopératif est presque pas taxé (0.1%). Il vaut toujours mieux taxer qu’interdire.

      La difficulté n’est pas technique mais politique : quand on voit que l’ex premier ministre du pire paradis fiscal en plein milieux de l’Europe, et mis en cause dans les LuxLeaks, est maintenant le président de la Commission Européenne, on se rend comote que les renards gardent le poulailler.


      • Diogène Diogène 16 février 11:43

        Non seulement tout le monde le sait, mais les « initiés » que sont tous les anciens élèves d’écoles de commerce ont appris de leurs enseignants payés par l’oligarchie que leur objectif professionnel (et personnel s’ils veulent être des « winners ») sera de rechercher « l’optimisation fiscale », présentée exactement à l’opposé de ce que fait cet article. Les « parasites fiscaux » ne sont pas des chancres qui auraient prospéré sur un organisme sain, mais l’évolution naturelle d’un système économique d’exploitation et de prédation dont le seul but est l’accumulation des capitaux dans les mains des plus forts : le capitalisme.


        • julius 1ER 19 février 08:49
           Les « parasites fiscaux » ne sont pas des chancres qui auraient prospéré sur un organisme sain, mais l’évolution naturelle d’un système économique d’exploitation et de prédation dont le seul but est l’accumulation des capitaux dans les mains des plus forts : le capitalisme.

          @Diogène
          on devrait mettre cette sentence en préambule de toute discussion sur l’économie !!!!
          car on voit bien à la lueur de tous les problèmes que l’on vit en ce moment, manque de moyens dans les Epahds, le chômage massif et son indemnisation, les faibles subventions aux agriculteurs etc....

          tout cela est « peanuts » en regard des transferts massifs vers les dits « Parasites fiscaux » !!!

          pour imager c’est comme si l’on se battait pour avoir de petits ruisseaux alors qu’il y a un fleuve qui coule à côté ... tout se passe comme si l’on avait entériné cela comme quelque chose de naturel l’ordre des choses en quelque sorte !!!!

        • Petit Lait 16 février 13:17

          La seule raison pour laquelle la Suisse se trouve encore en tête de gondole, c’est que ce classement prend en compte la taille du secteur financier off-shore par rapport à la taille du pays. Forcement que pour un petit pays comme la Suisse, qui gère (du fait de son historique et disparu secret bancaire, en effet) des sommes considérables, elle part perdante dès le départ, échange automatique d’information ou non (ce qui est le cas en Suisse avec de nombreux pays, notamment USA, UE etc etc). Voilà qui devrait relativiser. Par contre, les pays du golf sont clairement les futurs grands paradis fiscaux, avec les USA. Mais notre ami Moscovicci n’en a pas pipé mot... Étonnamment, la Grande-Bretagne n’apparaît pas dans votre classement, pourtant Londres est le deuxième plus grand centre financier au monde et gère passablement de fonds off-shore, sans même parler des petites iles du royaume... 


          • Petit Lait 16 février 13:52

            L’auteur est gaulliste, non ? En tant que gaulliste (ce qui ne veut pas dire qu’il a la gaule...), accepterait-il que soit dicté à son pays les règles fiscales qu’il doit appliquer ? Car outre l’opacité, certes condamnable, ce dont on parle réellement, ce n’est pas d’évasion fiscale, ce qui implique de cacher les flux financiers, mais bien d’optimisation fiscale, ce qui implique de mettre son argent/ses bénéfices, là où la fiscalité est la plus basse. Et même dans un monde de flux financiers totalement transparents, pourquoi pas, ces différences de fiscalité existeront et donc les entreprises et personnes pourront continuer à placer leurs avoir là où c’est le plus bas. Sauf à imposer une fiscalité « universelle », mais les états sont-ils prêts à perdre leur souveraineté en la matière ? Dans une telle optique, il serait certainement demandé à la France de baisser drastiquement sa fiscalité. Le gaulliste qu’est l’auteur l’accepterait-il ?


            • Alren Alren 16 février 16:42

              @Petit Lait

              Ce que prévoit le programme l’Avenir en Commun de la FI, c’est que les sociétés qui opèrent en France, qui ont l’autorisation d’opérer en France, paieront l’impôt au taux français, le système des filiales et du pays du siège de l’entreprise n’étant pas acceptés pour l’impôt.

              Les multinationales qui n’accepteront pas ce traitement équitable, appliqué aux petites entreprises indépendantes françaises, pourront partir. Mais si leur activité en France rapporte, elles ne le feront pas !

              Quant aux Français, qu’ils vivent en France ou à l’étranger, ils paieront le même impôt que les résidents permanents, déduction faite des impôts qu’ils auraient acquittés préalablement sur leur lieu de résidence.


            • Legestr glaz Ar zen 16 février 17:30

              @Alren

              Figurez vous que ce que propose la FI est contraire aux traités européens. Le Conseil constitutionnel annulerait sur le champ une telle loi comme il l’a fait pour la taxation des dividendes des sociétés mères-filles.

              En France, le Président élu, le gouvernement, l’Assemblée nationale ont l’obligation de respecter les décisions du Conseil constitutionnel dont les décisions ne sont pas susceptibles de recours. Et le Conseil constitutionnel fait respecter en France les traités européens et les directives européennes.

              Arrêtez de prendre les gens pour des imbéciles et de colporter des mensonges !

              Arrêtez aussi de prendre vos désirs pour des réalités. La Constitution française s’applique en France. Vous écrivez n’importe quoi sans tenir compte de la réalité qui enchaîne la France aux traités à travers sa Constitution !

              C’est totalement débile d’écrire des absurdités comme vous le faîtes alors que les preuves sont devant vous ! 


            • Legestr glaz Ar zen 16 février 18:25

              @Petit Lait

              C’est un gaulliste d’une espèce rare, façon Dupont Aignan : le gaulliste européiste, celui qui est adepte des plus belles contorsions et des sophismes les plus remarquables !

              Etre gaulliste, parler de « souveraineté » nationale dans un pays appartenant à un système supranational est simplement une farce grotesque.

              Alors que le complotisme anti-américain est à l’oeuvre et que les « French American leaders » font tout pour le contrecarrer. 

              Les vrais gaullistes sont ici, dans cette courte vidéo.


            • Alren Alren 16 février 19:40

              @Ar zen

              ÉVIDEMMENT, CES MESURES SERAIENT PRISES APRÈS L’ADOPTION PAR RÉFÉRENDUM D’UNE NOUVELLE CONSTITUTION ABROGEANT L’ACTUELLE.

              J’ÉCRIS EN MAJUSCULES CAR VOUS SEMBLEZ AVOIR DU MAL À LIRE !


            • Legestr glaz Ar zen 16 février 21:28

              @Alren

              Sauf que, Alren, ce ne sont que de bonnes intentions. 

              Pour adopter une nouvelle Constitution il faut d’abord l’écrire et, ensuite la soumettre au peuple de France qui doit l’approuver à la MAJORITE. J’écris aussi en majuscule parce que ceci vous échappe. 

              Voyons. Mélenchon est élu avec 10 millions de voix. C’est pas mal et je vois large. Pour que la nouvelle Constitution soit approuvée par le peuple il faut la majorité des voix des votants. Soit environ 15 à 18 millions de voix. Où allez vous les chercher pour une Constitution qui serait « de gauche » ?

              Entre le temps de la « validation » éventuelle d’une nouvelle Constitution, la France sera, comme la Grèce, dans l’obligation d’appliquer les traités. Que de souffrances.

              Dernière remarque et non des moindres. Une nouvelle Constitution entrerait en conflit frontal avec les règles de l’UE, parce que l’UE est un système supranational. Une nouvelle Constitution entraine, de facto, la SORTIE DE l’UE. J’écris en majuscule pour que vous voyez bien de quoi il s’agit. Que de souffrances dans l’UE alors que le résultat au bout du chemin est NECESSAIREMENT LA SORTIE DE L’UE !

              Mélenchon ne parle jamais de sortir de l’UE. L’écriture d’une nouvelle Constitution c’est donc du BIDON !

              Remettez les pièces du puzzle en place et réfléchissez, c’est ce qui vous manque le plus !

            • mmbbb 17 février 12:00

              @Alren il suffit d avoir de bons fiscalistes . Quant aux multinationales, elles ont en leur sein, des equipes de comptables et de fiscalistes afin d optimiser leur fiscalite C ’est de bonne guerre Quant a moi je comprends ces personnes ayant de la thunes , se tirent Je le dit sans ambages je le ferai sans etat d ame Il faudrait remettre de l ordre dans cet etat si dispendieux ( un livre vient de paraitre sur la remuneration des hauts fonctionnaires, ) avant de condamner ces personnes la . C ’est un foulard rouge qui est sans cesse agite et dispense toutes critiques sur les abus de cet etat providence . nous ne sommes pas une democratie aboutie Quant a Melenchon n a t il pas des problemes avec ses depenses de campagne donc avant de donner la lecon ...


            • Alren Alren 18 février 14:18

              @Ar zen

              J’aime bien que vous comptiez les voix qu’obtiendrait un référendum proposé par la FI, devenue majoritaire dans le pays, je vous le rappelle.

              Avez-vous compté les voix qu’obtiendrait l’UPR assuré de ne jamais parvenir au pouvoir ?


            • malitourne malitourne 18 février 14:48

              @Alren
              Ca ne vous dispensera pas de mettre en cohérence vos désirs avec la réalité...


            • Lugsama Lugsama 16 février 14:11

              L’Allemagne un paradis fiscal, les USA.. Mort de rire, à un moment faut s’interroger sur ses sources ou la signification des mots..


              • Armelle Armelle 16 février 15:21

                @Lugsama
                C’est une habitude ici, les convictions puériles remplacent les sources et pour ce qui est de la signification des mots, n’en parlons même pas !!!!


              • Garibaldi2 16 février 16:20

                @Lugsama

                Toujours au top de la nullité ?!

                Article du très gauchiste journal Les Echos de mai 2016. Etant données vos grandes connaissance juridiques vous pourrez certainement nous expliquer ce que Trump a changé depuis la date de parution de l’article !

                L’Etat américain du Delaware est devenu l’un des meilleurs endroits au monde pour créer une société fictive. Il échappe aux contraintes imposées récemment aux autres paradis fiscaux.

                Le bâtiment est tellement triste qu’on le passe sans s’en apercevoir. Avec son auvent vert et ses vieux néons, on l’imagine bien abriter un club de bridge ou une maison de quartier. Erreur : il héberge en fait 300.000 entreprises, parmi les plus puissantes d’Amérique. Les géants de la Silicon Valley (Apple, Google, etc.) et de Wall Street (Bank of America, JP Morgan, etc.) y partagent une boîte aux lettres avec les marques les plus célèbres du pays (Coca-Cola, Ford, General Electric, Wal-Mart, etc.). Hillary Clinton et Donald Trump y ont également élu domicile. La première y a enregistré une société huit jours après avoir quitté l’administration Obama, pour y placer les millions de dollars amassés lors de ses conférences. Donald Trump, quant à lui, y «  gère » ses activités immobilières. Sur les quelque 500 entreprises qu’il détient, 380 sont enregistrées dans le Delaware, dont beaucoup dans ce fameux bâtiment d’Orange Street, à Wilmington.

                Ces entreprises n’y ont aucune activité - tout juste une adresse qui leur permet de réduire leurs impôts, et un agent chargé de les représenter. Ces agents sont employés par CT Corporation, un cabinet en tous points semblable au panaméen Mossack Fonseca, qui défraie la chronique depuis un mois. Après avoir accepté de nous expliquer tous les avantages que le Delaware pouvait offrir aux entreprises françaises, le cabinet a brutalement annulé l’interview.

                Plus de sociétés que d’habitants

                C’est que par les temps qui courent, le Delaware n’a pas grand intérêt à faire parler de lui : à mi-chemin entre New York et Washington, il s’agit d’un Etat qui a fait de l’évasion fiscale et de l’opacité son principal fonds de commerce. Fait incroyable, il compte désormais plus de sociétés (1,2 million) que d’habitants (950.000). La moitié des entreprises américaines cotées y sont enregistrées. On y retrouve deux tiers des 500 plus grands groupes du pays (Fortune 500) et des milliers de micro-sociétés ne comptant souvent aucun salarié.

                La popularité du Delaware ne cesse de croître : quelque 180.000 entreprises l’ont rejoint l’an dernier (soit presque 500 par jour !), un record historique. « C’est l’un des plus grands paradis fiscaux du monde ", résume John Kowalko, un élu local qui s’est mis à dos tous ses collègues à force de vouloir «  nettoyer » la région. « Le gouvernement local assume d’ailleurs totalement cet état de fait, ajoute-t-il. l y a quelques années, il avait affiché : « Mieux que les îles Caïmans ! » sur son site Internet. " Le slogan a disparu depuis.

                Les avantages offerts par le Delaware restent, eux, bien présents. « C’est un mélange de trois choses : des impôts faibles, une jurisprudence très favorable aux entreprises et la garantie que leurs secrets seront préservés ", résume Brad Lindsey, un professeur de comptabilité ayant écrit un rapport sur le sujet. La fiscalité n’est pas nulle, mais suffisamment avantageuse pour que les entreprises délaissent le reste du pays : elles peuvent y transférer une grosse partie de leurs revenus (royalties, brevets, etc.), ceux-ci y étant totalement exonérés d’impôts. Les autres Etats américains y ont perdu près de 10 milliards de dollars en dix ans.

                Au-delà de la fiscalité, tout est fait pour apporter une atmosphère de confort et de stabilité aux chefs d’entreprise : un bureau est ouvert jusqu’à minuit tous les jours pour qu’ils puissent enregistrer leur société. La procédure ne prend pas plus d’une heure et coûte à peine 89 dollars. Créée juste après la fondation des Etats-Unis (1792), la Court of Chancery est connue comme le tribunal le plus favorable du pays - du point de vue des entreprises. Les Etats-Unis n’ayant pas de code juridique, ce tribunal a pu développer une jurisprudence parfaitement adaptée aux actionnaires. La Court of Chancery exerce une influence bien au-delà des frontières du Delaware : « Une entreprise qui connaît un contentieux juridique à New York peut traiter l’affaire dans le Delaware, dès lors qu’elle y possède une adresse postale ", explique John Kowalko. Et les jugements sont expédiés en quelques jours - un rêve pour qui connaît la lenteur des tribunaux new-yorkais.

                Anonymat garanti

                Le Delaware ne provoquerait aucune polémique s’il se limitait à ces pratiques, parfaitement légales. Le problème est qu’il abrite aussi de nombreuses sociétés écrans, n’ayant d’autre but que de blanchir l’argent de la drogue, de la corruption et des armes. Fortes de leur adresse américaine, ces sociétés peuvent ouvrir un compte dans n’importe quelle banque du pays, et à peu près partout dans le monde.

                Au-delà des entreprises cotées, le Delaware compte ainsi des centaines de sociétés à responsabilité limitée, souvent opaques. L’anonymat des bénéficiaires est si bien garanti qu’il est désormais plus facile de créer une société écran dans le Delaware qu’aux îles Caïmans et au Panama. Trois universitaires américains l’ont prouvé à travers une étude empirique passionnante, baptisée « Global Shell Games " : ils ont créé des sociétés écrans aux quatre coins du monde, en endossant des profils juridiquement contestables (fonctionnaires corrompus, responsables financiers d’organisations terroristes, etc.). Leurs résultats sont sans appel : ils estiment que certains pays de l’OCDE offrent moins de transparence financière que les paradis fiscaux reconnus comme tels. Les Etats-Unis tiennent une place toute particulière : « Il est plus facile de créer une société écran[...] aux Etats-Unis que dans n’importe quel autre pays du monde, à l’exception du Kenya », indiquent les trois chercheurs. Sans surprise, le Delaware figure parmi les Etats américains les plus laxistes, au côté du Nevada.

                Drew Serres en a fait l’expérience. Ce jeune homme, qui combat l’évasion fiscale au sein de l’ONG « Americans for Democratic Action », a suivi toute la procédure pour créer une société à Wilmington. Aucune carte d’identité ne lui a été demandée - un principe qui s’est pourtant généralisé dans la plupart des paradis fiscaux. « Le cabinet CT m’a demandé une adresse postale, un numéro de téléphone et une adresse mail, mais j’aurais très bien pu inventer les trois : ils n’ont rien vérifié », raconte-t-il.

                La réputation du Delaware reste pourtant moins sulfureuse que celle des îles ­Caïmans ou des Bermudes. Son image se confond avec celle de l’Amérique - un pays que l’OCDE n’a jamais osé placer dans la liste des paradis fiscaux. On comprend mieux pourquoi tant de malfaiteurs s’y installent : le trafiquant d’armes Viktor Bout, le célèbre « marchand de la mort " russe, a ainsi longtemps affiché deux adresses dans le Delaware. Il purge désormais vingt-cinq ans de prison dans les geôles américaines. Les enquêteurs sont également en train de dérouler le fil ayant permis à El Chapo - le baron de la drogue mexicain récemment arrêté - de recourir aux banques américaines, via Wilmington justement.

                .../...


              • Garibaldi2 16 février 16:21

                Suite

                Micro-Etat

                Les Etats-Unis, qui sont partis en croisade contre l’évasion fiscale, ont ainsi bien du mal à faire le ménage chez eux. « C’est tout le paradoxe des Etats-Unis : c’est à eux que l’on doit tous les progrès réalisés depuis 2010 dans la lutte contre les paradis fiscaux. Mais ils refusent que l’on regarde ce qui se passe chez eux ", explique Gabriel Zuckman, professeur à Berkeley. L’Amérique oblige ainsi les autres pays à transmettre les données financières de leurs clients américains, mais exclut de rendre la pareille. C’est le seul pays à rejeter les standards de l’OCDE sur le partage multilatéral d’informations financières, préférant se cantonner à son propre système (Fatca). Conséquence : c’est l’un des seuls endroits au monde où la transparence financière a reculé ces dernières années, selon un rapport publié par « Tax Justice Network ». « C’est le pays qui nous inquiète le plus aujourd’hui  », résume l’organisme.

                Bousculée par les « Panama papers », la Maison-Blanche promet du changement. Une ordonnance doit être présentée prochainement pour forcer les banques à identifier le réel bénéficiaire d’une société avant de lui accorder un compte. Mais la résistance est forte, et rien ne dit que cette ordonnance sera appliquée in fine. «  La pression politique pour maintenir le statu quo est énorme. Barack Obama n’est pas sûr de pouvoir procéder par ordonnance : cette décision va être contestée en justice », explique Brad Lindsey. Cette résistance traverse tout l’échiquier politique : on retrouve évidemment les républicains, qui s’opposent à toute mesure susceptible d’augmenter l’impôt des entreprises. Les démocrates du Delaware sont également prêts à tout pour défendre leur fonds de commerce. « Le Delaware a toujours été démocrate. Mais il n’est pas prêt à suivre Barack Obama sur ce terrain-là », pense Brad Lindsey. Les proches de Barack Obama sont d’ailleurs loin d’être exemplaires : le vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, qui a été sénateur du Delaware pendant trente-six ans, n’a jamais soulevé la question au Congrès. « Personne ne me soutient. Je suis le seul à me battre. Les autres démocrates du Delaware ont peur de ne pas être réélus », confirme John Kowalko.

                Il faut dire que le Delaware ne serait pas grand-chose sans le million d’entreprises qu’il héberge. Comme le Liechtenstein en Europe, il s’agit d’un micro-Etat dont l’économie repose quasi-intégralement sur les services aux non-résidents. Les droits d’enregistrement lui apportent 1,3 milliard de dollars par an, soit le tiers de son budget.

                A défaut de volonté locale, le changement peut-il venir de Washington ? Malgré quelques déclarations lors de ses campagnes électorales, Barack Obama n’a jamais vraiment voulu porter ce combat. Et compte tenu de leur situation personnelle, il y a fort à parier que Donald Trump et Hillary Clinton enterreront eux aussi le dossier s’ils parviennent à la Maison-Blanche. « Il n’y a que le socialiste Bernie Sanders pour oser s’y attaquer. Mais il ne sera pas élu », regrette John Kowalko. Le vieil homme conserve toutefois une petite pointe d’optimisme. « Plus nous serons dans la presse, moins nous pourrons continuer de nous voiler la face. Dans l’idéal, il faudrait que l’on découvre un réseau terroriste qui se finance à partir du Delaware ", lance-t-il en mordant avec ­confiance dans son bagel au cream cheese. Une nouvelle choc... la seule à même de faire exploser le statu quo, estime-t-il.


                En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/01/05/2016/lesechos.fr/021891005093_le-delaware—paradis-fiscal---made-in-usa—.htm#fL7syMHJSHiVqUpb.99


              • Emohtaryp Emohtaryp 16 février 17:08

                lugsama alias abarnou, le troll qui vient défendre les paradis fiscaux....

                Manque plus que spartanus et la farce est complète !
                Plus con, c’est la mort assurée ! smiley smiley....



              • lejules lejules 16 février 17:50

                @Garibaldi2

                merci pour ces explications un peu longue mais complète

              • Armelle Armelle 19 février 14:25

                @Emohtaryp
                L’individu travaille aujourd’hui jusqu’au 15 Août pour les taxes et les impôts, vous commencerez sans doute à vous poser qqes questions quand nous atteindrons le mois de novembre !!!
                Chaque pays fait ce qu’il veut en terme de fiscalité, en quoi cette « pauvre France » aurait elle la légitimité avec ses amis mafieux de dire et imposer aux autres ce qu’ils doivent faire ? Sachant que les dispositions légales en France pour se livrer à ce genre d’exercice ne manquent pas !!!
                Que c’est drôle !!! L’hégémonie Française me fait rire, surtout quand on voit le niveau !... Des hauts fonctionnaires qui piquent dans la caisse et mettent le pognon dans ces fameux paradis fiscaux, un gaspillage de l’argent public comme jamais on a vu, et une jolie bande de moutons décervelés qui ne voit rien à ce qui se passe. C’est à mourir de rire !!!
                Une farce disiez-vous ?


              • Petit Lait 16 février 14:20

                Certains états américains sont bien plus opaques que le Panama..... Donc les USA paradis fiscale : oui. Même qu’ils se profilent sur ce marché avec l’aide de leur gouvernement qui a bien fait le ménage auprès de la concurrence suisse.


                • ZenZoe ZenZoe 16 février 16:37

                  Je pense que l’objectif des Etats-Unis est bel et bien de prendre la place de tous les paradis fiscaux de la planète. Leur rêve : détenir les avoirs financiers du monde entier, ou au moins pouvoir les contrôler. Inquiétant. A tout prendre, je préfère une multitude de petits paradis fiscaux plutôt qu’un seul ogre qui bouffe tout le monde.


                  • Dr PEB Dr PEB 16 février 17:57

                    Les paradis fiscaux peuvent avoir plusieurs fonctions :
                    - l’évasion fiscale
                    - la gestion des affaires commerciales

                    Le second cas est typique d’une zone démilitarisée (DMZ).
                    Par exemple (je dis n’importe quoi pourvu que ça soit ressemblant), je suis un importateur français de maïs brésilien. J’ai une alternative pour la juridiction commerciale : en France mais la partie brésilienne se sentira flouée ou au Brésil où le producteur est un politicien retors. Mais il y a un moyen simple d’échapper à l’embrouille : chaque partie crée aux Bermudes une raison sociale. Les deux sociétés forment une joint-venture à 50/50 dans laquelle les transactions seront débouclées. Le vraquier livrera directement au Havre. Le contentieux se règle dans les îles en terrain neutre « entre gens de bonne compagnie », là où les sommes en jeu sont séquestrés à peu de frais.


                    • Zolko Zolko 16 février 21:48

                      @Dr PEB : non, ce n’est pas comme-ça que sa se passe. Le concept qui vous intéresse s’appelle « Incoterm » et est normalisé.
                       
                      Dans votre cas, il y a transport de marchandise, et la responsabilité est décidée en fonction de là où est prise la marchandise. Ça va de « ex-works » quand la client prend la marchandise à la sortie de l’usine et se débrouille pour le transport et toutes les paperasses, à « delivered duty paid » quand la vendeur s’occupe de tout et livre la marchandise prête à l’emploi au client. Il n’y a aucun besoin de partie tierce, aucun besoin de paradis fiscal (même rebaptisé DMZ).
                       
                      Il n’y a aucun usage moral aux paradis fiscaux. Leur existence est exclusivement due à la corruption des politiciens.



                      • gerard JOURDAIN 16 février 18:42

                        je vais être à contre courant.

                        mais je souhaite vous expliquer que le problème de fraude fiscale ou détournement d’argent,
                        est une guerre entre états et finance.
                        qui va vous voler ? un état ou une finance qui vous exploite ?
                        les deux. ou plutôt l’un ou l’autre.Faites moi plaisir , regardez globalement le problème.
                        ne vous focalisez pas sur un seul voleur.
                        si vous n’êtes pas un assisté, la finance est MOINS pire. c’es triste...mais c’est comme cela.



                        • Raoul-Henri Raoul-Henri 16 février 22:08

                          @ l’auteur
                          La raison de votre article est louable mais comment parler des culs de sacs monétaires sans parler de leur objet (la monnaie) ?

                          Si la monnaie est vivante alors elle est en circulation ; donc :
                          la monnaie au(x) paradis est de la monnaie morte.

                          Pour mieux comprendre le fondement de l’objet : c’est par ici


                          • Eric F Eric F 16 février 22:49

                            « Placer ces pays en quarantaine » ; On peut le faire pour les « petits » comme les Bermudes et Caïman, mais si l’on regarde la liste en début d’article, est-il envisageable de mettre les USA et l’Allemagne en quarantaine ?
                            L’UE condamne le principe des paradis fiscaux mais tolère que certains états membre agissent comme tels, alors je ne vois pas pourquoi la France ne pourrait pas déclarer une « clause de sauvegarde » fiscale vis à vis des règles de l’UE, et taxer les bénéfices des filiales locales selon ses propres critères !


                            • microf 17 février 10:51

                              Dans cette liste de paradis fiscaux, je ne vois le nom d´aucun pays africain, après il faudra venir nous dire que c´est l´Afrique qui est corrompue.


                              • mmbbb 17 février 12:11

                                @microf les monnaies africaines ne sont pas des monnaies convertibles . Je vois mal un gars riche aller foutre son pognon en ayant des avoirs en francs CFA . Il aurait au moins l illusion d être hyper riche


                              • microf 17 février 20:43

                                @mmbbb

                                Merci @mmbb pour la réponse, mais la question que j´aimerai poser serait de savoir si la monnaie des Îles Caiman est convertible pour qu´un riche gars y aille foutre son pognon.

                                En ce qui concerne l´Afrique, les riches ne vont pas foutre leur argent parceque une grande partie de l´argent qui se trouve dans les paradis fiscaux, vient de l´Afrique.
                                Or, diamants, pétrole, uranium, cobalt, aluminium,bois rares, cuivre, et autres métaux très précieux etc, etc, etc, tous ces minéraux viennent d´Afrique, et ceux qui les exploitent ne veulent pas payer l´impot, alors pour cacher cet argent, ils le déposent dans les paradis fiscaux oú ils ont fait immatriculer leurs sociétés, car ce sont des sommes énormes qu´ils vont y cacher.

                                En plus, cet argent ne se trouve même pas dans ces paradis fiscaux, il n´ya que les noms de ces sociétés qui sont immatriculées aux îles Caimans, faites un tour vous vérifierez ce que j´écris, mais si les îles Caimans sont loin, allez plus près au Luxembourg apr exemple, vous ne verrez que les noms des sociétés plaquées dans un immeuble, entrez, la société ne s´y trouve pas, il n´ya qu´une boite á lettre..., quel monde faux.


                              • titi 18 février 23:01
                                @microf
                                Toutes les monnaies sont convertibles.
                                Si les banques ne veulent pas de votre monnaies, il y a toujours quelqu’un qui en veut.

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