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Accueil du site > Actualités > Economie > Les capitalistes sont-ils timides ?

Les capitalistes sont-ils timides ?

Le capitalisme, c'est un système ou une dynamique économique, qui est né(e) progressivement voilà cinq siècles. Au XVème siècle en effet, les orfèvres servaient de banques de dépôt, car ils avaient des coffres-forts : on leur demandait donc de tels services. Mais, quand les orfèvres prirent conscience qu'ils avaient des sommes énormes et qu'ils pouvaient se permettre de prêter, tout à changer : de banques de dépôt, ils sont devenus banques de prêt, facilitant l'investissement massif, avec usure (nos ancêtres Européens laissèrent cela aux juifs et aux protestants pour répugnant, au début).

Derrière cela, les lettres de changes déferlèrent, ancêtres du chèque garantissant de pouvoir retirer de l'or réel, auprès de la banque qui avait émis la lettre. Et puis, les bourses arrivèrent, c'est-à-dire le prêt privé avec gain régulier (dividendes) nommé action, actionnariat au prétexte d'avoir une part dans l'entreprise. La suite s'est vautrée en banques centrales non-gouvernementales et en bulles spéculatives, manifestement en 2008, et infestement en 2020 car masquées par le covidisme socio-médiatique - qui l'a reprise à son compte (l'heureuse coïncidence !).

Tout ceci a accéléré le développement sociotechnique des sociétés nord-atlantiques sur les cinq derniers siècles, et accélère le développement des sociétés dites en voie de développement (emblématiquement déjà puissante : la Chine). Et pourtant, on est en droit de se demander si les capitalistes sont timides, désormais, dans la veine où l'on se demandait si les sociétés nord-atlantiques étaient libérales. Explications.

 

 

Les capitalistes sont-ils timides ? ... C'est la question à laquelle on a envie de répondre oui, quand on voit les gouvernements du monde insister avec les mesures de confinement, ainsi que les mass-media tartiner sur des chiffres en fait dérisoires, ou bien en augmentation avant tout parce que les tests deviennent plus systématiques, ne désignant pas forcément des malades en vérité - mais uniquement des porteurs sains - dont on dira encore plus tard qu'ils sont "rétablis" alors que jamais ils ne furent malades.

De plus, on a remarqué aussi depuis quelques cinquante ans, la montée du "principe de précaution", moquée tout particulièrement par Philippe Muray :

Considéré au pied de la lettre, le principe de précaution n’implique pas seulement que l’on s’écarte de quelconques risques jugés possibles ou que l’on répare les dommages lorsqu’une catastrophe est arrivée, mais d’abord que l’on travaille à empêcher toute possibilité de risque, même lorsqu’il n’existe aucune preuve « scientifique » de lien causal entre telle source supposée de risque et tel dommage éventuel. Même s’il se défend d’être un principe d’abstention et se déguise en principe d’action, affirmant qu’il exige que l’on agisse « pour d’autres raisons et selon d’autres critères que la connaissance précise des causes et des conséquences », le principe de précaution ne peut dire de quels critères il s’agit. Ce qui revient à penser qu’il suffit de croire qu’un risque peut advenir, de tel ou tel côté, pour que l’on élimine, au moindre doute, ou sans même le début de l’ombre d’un doute, ses origines supposées. - Philippe MURAY, « Précaution (principe de) », Le Débat, n° 115, mai-août 2001.

Et puis, une dernière chose bien connue des petits budgets : "l'argent attire l'argent", les banques ne prêtent qu'à raison que se profilent des retours sûrs ou quasi-sûrs. C'est qu'elles appliquent ce même principe de précaution, en ne croyant pas - ce qui signifie : en ne se fiant pas - aux petits budgets. En somme, un pauvre sur-motivé qui a une excellente idée ne pourra jamais la mettre en oeuvre et se contentera de croire pouvoir, un jour, peut-être, la réaliser, en épargnant maigrement sur des salaires voire son chômage ... tandis qu'un riche, qu'importe sa motivation et la qualité de ses idées, peut réaliser ses oeuvres en toute médiocratie - règne du médiocre - et totalitarisme pervers (Alain Denault).

Le capitalisme, qui par essence est un système fondé sur la prise de risques pour créer de la valeur, à ce stade, n'est plus capitaliste. Au contraire, ici, "le capitalisme" ou pseudo-capitalisme, n'est plus qu'une vaste collusion stato-financière néolibérale largement illibérale, donc pas libérale pour un sou. En vérité, tout ceci nécessite une intelligence digne de ce nom pour être pensé en dehors des idéologies, et cette intelligence exista dans les années 1970, dans la figure de François Perroux et son économie politique, dans sa théorie des pouvoirs asymétriques (cf. Nouvelle Ecole, 1973, "Entretien - François Perroux répond aux questions de Nouvelle Ecole"). C'est-à-dire qu'en droit égalitaire et démocratique, avec une accessibilité pour tous garantie par la mathématique monétaire, le marché est en fait hiérarchisé et ploutocratique - ce que je nommais un jour anarcho-féodal - sans surprise pour les personnes un tant soit peu lucides sur la vie, de gauche à droite de l'échiquier politique.

Donc concrètement : bien avant que n'émerge le principe de précaution et les situations sinon monopolistiques, du moins oligopolistiques, de collusions stato-financières que nous connaissons (anciennement désignées aussi partiellement sous le nom de complexe militaro-industriel) propres au "néo-capitalisme", "turbo-capitalisme" ou "techno-capitalisme" actuel ... bien avant tout cela, le capitalisme installait déjà progressivement des acteurs privés plus puissants, voire surpuissants jusqu'à l'illibéralisme. Même si le capitalisme se déploie à l'aise dans les conditions du libéralisme économique (le libéralisme n'est pas qu'économique, et même économique il y en a plusieurs versions ... ) eh bien, le capitalisme finit par jouer contre le libéralisme de façon illibérale.

Pourquoi ? ... Comme je l'ai dit, tout simplement parce que les entreprises montantes cherchent à s'installer progressivement, à s'assurer et se garantir. Il y a même, manifestement, tout un insurance business (un affairisme assurantiel) qui en fait son pain. Censé n'intervenir qu'en cas de coups durs de la meilleure façon, après avoir été nourries régulièrement de petits versements nombreux, sur le principe de la mutuelle (les assurances ou banques-assurances, ce ne sont que de vastes mutuelles, mutualistes, où les personnes, même par le biais d'interfaces entrepreneuriales, solidarisent leurs pertes !), les assurances déploient pourtant tout un marketing de la peur, attisant lui-même toutes les timidités et l'hypertrophie d'un principe de précaution en devenir, qui ruinent toute la faculté de prise de risques capitalistes.

De lui-même, naturellement, le capitalisme, en cherchant à pallier aux carences de ses différents acteurs, rend ses mêmes acteurs fébriles, voire dégénérés. Ou bien, le capitalisme produit une humanité castrée, sans plus de vigueur ni de fécondité, hommes et femmes confondus. Mais c'est drôle alors, comme cela fait écho aux commerces du transhumanisme, de la surveillance assistée d'intelligence artificielle, et de la PMA, etc.

Soudain, alors qu'il ne s'agit a priori pas du même niveau de problématiques, on voit que l'humanité se trouve castrée dans sa liberté (c'est-à-dire sa spontanéité, son intrépidité, sa pugnacité, sa vitalité, son ingéniosité, jusqu'à sa génialité, éventuellement farfelue mais réjouissante !), ce que les Etasuniens aiment à nommer creativity dans un certain coaching management ... et l'on craint tant la mort, la biologie naturelle, l'aléa et la stérilité, qu'on cherche à y palier technologiquement. Or à ce point, vous pouvez suivre toutes les séances de coaching management que vous voulez, en prenant notes de tous les speeches et PowerPoint sur la question de la creativity, que cela ne vous avancera pas d'un iota.

Premièrement, parce que vous êtes en France, et que les Bonnets Rouges et les Gilets Jaunes défendirent la même cause de fond. Deuxièmement, à cause des oligopoles et du devenir-installé du capitalisme jouant fatalement contre le libéralisme : l'économiste de génie, Joseph Schumpeter, l'avait prédit. Cela tourne actuellement au socialisme planificateur d'une nomenklatura internationale (Philippe Muray).

Et pourquoi la situation n'évoluerait pas malgré les prises de conscience ? ... Tout simplement parce que toutes celles et ceux qui ont un peu de pouvoir et de ressources là où elles et ils sont, vont incidemment tout faire pour le conserver. Du moins, quant à celles et ceux qui manquent d'esprit de lâcher-prise. Les premières et les premiers à craindre, ce sont eux. Dans leur lâcheté alors, castré(e)s, elles et ils ne peuvent que chercher à augmenter la castration générale, en verrouillant et muselant les situations. C'est humain, trop humain ... mais c'est qu'elles et ils ont peur de la mort, qu'elles et ils ne savent faire le deuil de rien. Et elles et ils se plaignent et se plaindront d'autant plus de la présumée "impossibilité de réformer" ainsi que du présumé "réactionnarisme" de leurs adversaires "frileux, qui ne savent pas s'adapter avec un regard optimiste tourné vers l'avenir, à devoir lâcher prise sur le devenir".

Hélas, les seul(e)s vrai(e)s néoconservatrices et néoconservateurs, ce ne sont ni les peuples, ni les intellectuel(le)s populaires face à elles et eux. Elles et eux : les piètres du monde qui ne parviennent plus à se supporter elles- et eux-mêmes. Toutefois, comme personne ne peut vivre avec un tel sentiment de piètrerie, elles et ils n'écoutent plus et se confinent dans leurs entre-soi, tout en aménageant des petites sorties surmédiatisées pour donner le change. Elles et ils ont leurs fiertés. C'est humain, trop humain. En attendant donc, pour le véritable capitalisme, on remettra les Calendes grecques, et elles et ils dé-re-réguleront à la faveur de leurs exploitations endémiques.

 

 

 

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11 réactions à cet article    


  • babelouest babelouest 17 août 09:41

    Bouh..... pourquoi à tout prix se croire obligé de satisfaire à un genrisme inutile, et illégal ? C’est pénible à lire !

    .

    Pour le reste, je NE SUIS PAS libéral, mais égalitaire ; cela ne m’empêche pas de toujours considérer le capitalisme, sous toutes ses formes, comme une dictature des Prêtres de l’Argent-Pouvoir. Des esclaves de leur propre idéologie, en somme. Pitoyable ! Et dangereux pour tous !


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 17 août 11:59

      Je ne pense vraiment pas que ce soit l’essentiel de l’article, mais il est toujours bon de rappeler que la parité, ce n’est pas que quand la croisière s’amuse.

      Ensuite, il est absurde d’opposer libéralisme et égalitarisme : quand la législation se fait libérale, c’est-à-dire généreuse autant qu’abandonnique, elle peut se faire libérale en vue de l’égalité. Mais de quelle égalité parle-t-on ? L’égalité des chances, de droit, de conditions ou de nature ? ... L’égalité de nature conduisit au genrisme que vous conspuez. L’égalité des conditions est propice au totalitarisme. L’égalité de droit s’applique théoriquement à tous, abstraction faite des collusions et des réseaux. L’égalité des chances croit pouvoir pallier à tous les déficits conditionnels et naturels, la pauvre, bien qu’elle puisse aider.

      Le problème de l’égalitarisme, ce n’est pas le libéralisme qui le rend possible quand il est civil, mais le libertarisme absolu, jusqu’à l’anarcho-capitalisme. Soyons sérieux.


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 17 août 12:19

      Si seulement la méritocratie était saine, sans corporatisme ni clientélisme ...


    • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 19 août 19:56

      ADDENDUM à l’article : Je tombe sur cet article de Courrier international, qui confirme.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 août 12:21

      « Au XVème siècle en effet, les orfèvres servaient de banques de dépôt, car ils avaient des coffres-forts : on leur demandait donc de tels services.  »

      lien


      • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 17 août 15:31

        Mwa-hahahahahahahaha.


      • Laconique Laconique 17 août 12:55

        Dialectique simpliste et stérile entre l’élite corrompue et malfaisante et le pauvre peuple injustement privé de pouvoir et de richesses. Vous êtes bien dans la tonalité du site. Ça ne fait pas avancer les choses d’un iota, mais ça donne bonne conscience. Je vous ai connu moins démagogique.

        « Toutes celles et ceux qui ont un peu de pouvoir et de ressources là où elles et ils sont, vont incidemment tout faire pour le conserver. » 

        Voudriez-vous qu’ils s’en dessaisissent ? Faites-vous don de votre pouvoir et de vos ressources aux autres ?


        • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 17 août 15:34

          Pour une fois que vous me parlez français, c’est pour passer totalement à côté de l’article, en témoignant votre degré d’aliénation élevé. Ce néoconservatisme n’est problématique que dans la mesure où il est devenu une nomenklatura néo-socialiste entre trusts et majors illébérales au nom prétendument du capitalisme. Sinon, le conservatisme ne me dérange pas. Pas plus que le souverainisme étatique ou ... entrepreneurial car c’est un souverainisme, privatif.


        • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 17 août 15:35

          * ainsi qu’au nom prétendument du libéralisme, d’ailleurs, aussi.


        • Abou Antoun Abou Antoun 17 août 19:56

          Le capitalisme commence en fait avec le début de l’agriculture et de l’élevage il y a 10000 ans.

          C’est la volonté d’accumuler pour dominer, c’est le cerveau reptilien à l’oeuvre. Bref c’est l’homme à l’état ’nature’. Toutes les tentatives de modifier ce comportement instinctif ont pour le moment échoué.


          • Mervis Nocteau Mervis Nocteau 18 août 00:35

            Euh, non, ce n’est pas du capitalisme. La thésaurisation suffit. Le capitalisme n’a même pas besoin de croissance en fait, pour vivre de confiance au crédit/à l’actionnariat, de prises de risques, d’investissements, de création de valeurs ... serait-ce à perte. C’est dire comme notre système ne se sent en fait pas libre d’être capitaliste, sachant en outre que tout ce qui court vers des trusts et des majors devrait être démantelé par le libéralisme, et que de toutes façons ça fige le capitalisme.

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