Les contrats de travail et leurs paies, dispensent-ils les patrons comme les travailleurs, de gratitude, de compagnonnage et de francheté ?
La loi intervient là où il y a désaccord. C'est bien pour cela qu'elle sert de médiatrice, pour éviter le déchirement, entre contractualisation, bureaucratisation et fonctionnalisation des relations. C'est pragmatique, et c'est tant mieux. Car la loi dépersonnalise la relation précisément pour la rationaliser, donc la gérer avec plus de rigueur et, dans l'idéal, plus de justice - à définir notionnellement cela dit que cette justice, car souvent l'on s'en tient aux sentiments de notre enfance en termes de frustration ou de soulagement, quand on réclame justice, sentiments rationnellement limités.

Grâce au marketing relationnel, réinventez la poudre
d'une relation naturelle, mais en y pensant bien plus fort.
Peut-être un chouïa trop fort (comme si le marketing
n'avait jamais été du relationnel : cherchez l'erreur.)
Des humains en situation
Bien des choses dépendent des situations humaines. Mais c'est justement ce qui me semble manquer dans la prise en compte française - et pas que française, très légiférée. Cela commence, peut-être, déjà, sur les bancs de l'école, dans la triangulation élèves-parents-profs, il y a régulièrement des maltraitances, que ce soit de la part des professionnels, des agents publics, comme de la part des citoyens.
C'est que dans l'ensemble, les maltraitant(e)s s'en tiennent à la lettre de la loi, et non son esprit, à gruger, grappiller et grignoter autant que faire se peut dans les marges, les interlignes et les interstices. C'est un problème d'ordre moral, par lequel on peut hasarder que la loi serait normalement inutile, si la morale était idéalement pratiquée.
Mais donc, nous sommes en situations humaines, socioprofessionnelles ou bureaucraitques, et il me semble qu'avant tout il s'agisse de rencontres. Or, lorsque l'on rencontre quelqu'un, si l'on veut justement coopérer ensemble, en-deçà des contractualisations ou des bureaucratisations du relationnel, il faut tenir compte des personnes en jeu, pour tout dire empathiquement, donc avec des formes de gratitude, de compagnonnage, enfin de francheté (d'honnêteté et de vaillance, qui ensemble font une chaleureuse responsabilité à mon avis). Cela dit, personne n'est obligé de pratiquer ces valeurs, si pour vous, au hasard, c'est seulement la politesse, la respectabilité et/ou la cordialité qui priment. Je n'en sais rien. Mais si seulement des valeurs sont présentes, et le moins formelles possibles !
Il faut de l'investissement affectif
La question de fond est : qu'est-ce qui humainement compte pour vous ? qu'est-ce que vous voulez représenter voire vitaliser ? Car c'est un problème de représentation voire de vitalisation ou, si vous préférez, respectivement, de savoir-vivre (représenter) voire de savoir-être (vitaliser). Où de toute évidence, "la loi" contractuelle comme bureaucratique semble bien faible, face au cœur de la rencontre vécue.
Or, cette rencontre vécue est régulièrement située dans des rapports de pouvoir asymétriques, dont il n'est pourtant pas besoin d'abuser. Sinon, comment sanctionner l'abus, en dehors de la loi ? Je songe, par exemple, aux bonnes et mauvaises réputations, mais cela ne suffit pas en situation nécessiteuse, c'est-à-dire scabreuse, où il faut s'y faire chaotiquement.
J'ajouterai que souvent, c'est une affaire de maîtrise, en ce sens que les personnes en situation de dominer craignent jusqu'au délire, que la situation dégénère pour elles, que la situation leur échappe - comme si la situation devait toujours rester sous leur contrôle ! ce qui est démentiel - tandis que les personnes en situation d'être dominée craignent jusqu'au délire, de même, que la situation dégénère pour elles, que la situation les écrase - comme si elles ne devaient jamais respecter les limites de la situation ! ce qui est démentiel, de même.
Bien des sentiments d'insécurité existentielle, inquiétudes émotionnelles, voire des incompétences à encadrer ou à s'insérer dans un cadre, sont à l’œuvre.
A la fin, tout le monde y perd, perd de s'être trop cru démocratique libéral égalitaire dans des contextes socioprofessionnels (quant à l'égalité) et bureaucratiques (quant à la libéralité). C'est fou.
Une meilleure qualité de vie
Dans la mesure où ni les recruteurs ni les recrutés, n'ont à hostiliser leurs relations de travail, mais au contraire à performer leur environnement de travail par des solidarités humaines, améliorant leur fonctionnalité par la confiance, au lieu que de s'en tenir à des strictions méfiantes, eh bien, de la gratitude, du compagnonnage et de la francheté, doivent poindre.
C'est ainsi par exemple, qu'il m'est arrivé de défendre un contre-maître vendangeur, qui souhaitait que l'équipe déborde un quart d'heure pour finir la parcelle et que le patron, en ayant eu vent, m'a offert un carton de bouteilles vieilles vignes. Je ne l'attendais pas, et finalement j'ai été rétribué sur ma bonne volonté, surtout que j'avais failli m'empoigner avec un collègue réticent qui me jugeait ... quoi ? généreux ? ... Il allait m'en vouloir parce que j'étais généreux, au prétexte que le patron avait un domaine ? que ce quart d'heure à dix représentait deux heures et demi pour le patron ? et que pour sa part lui (l'ouvrier) vivait dans une caravane high-tech ? ... Soyons sérieux.
Mais évidemment, il n'est pas évident, quand on est recruteur, de trouver mon genre de profil, ni de savoir s'il s'avérera tel dans la durée. Et réciproquement, quand on est recruté. De plus, et avant tout, dans les métiers plus bureautiques, employés, d'études et de projets, etc. la "culture" de milieu est différente, et tout ce que l'on attend ce sont des formes de mondanités sympatoches, qui de toutes façons regardent un peu moins à l'horaire dans la mesure où, justement, ces milieux sont faits de mondanités sympatoches. Sauf dans le public. Dans le public, l'heure, c'est l'heure, surtout de partir. Enfin ça dépend des bonnes volontés en place, y compris dans le privé en toute honnêteté. Souvent, ça grinche pour cinq minutes et cinq centimes, au prétexte qu'un doigt un bras ... alors qu'au final, ce sont les grincheux(ses) qui ont la mentalité d'un doigt un bras.
C'est exactement le problème que je soulève avec l'histoire pendant mes vendanges : l'argent, c'est bien, mais ce qu'on obtient avec et la façon dont on se socialise autour, c'est mieux. Dit autrement : on a beau être dans un système capitaliste, où l'argent rapporte spéculativement de l'argent de façon aberrante, à la fin, ce sont toujours les biens et surtout les personnes qui comptent - jamais l'argent. Ce qui ne dit pas qu'il faille rester capitalistes, mais ...
C'est ce que met en avant la débancarisation, d'ailleurs.
Par-delà la politique des profits
La vérité c'est qu'on ne sait pas bien à qui cela appartient dans l'absolu, le bénéfice/la plus-value, c'est bien pour cela qu'il y a contractualisation et que la bureaucratisation n'est pas inutile. De base, une personne possède un bien qu'elle souhaite exploiter en vue d'une expansion : cette seule intention fait passer son bien exploitable au statut de capital (la notion de capital ne s'applique pleinement que dans ces conditions) car, en effet, toutes les exploitations ne visent pas l'expansion. Bon. Cette expansion n'est pas le seul fruit ni l'usufruit du bien exploitable, sinon on pourrait aussi bien s'en tenir à ce qu'on a sans expansionnisme : ce que le capitaliste escompte, c'est un profit expansif, expansionnel, expansionniste (la croissance) - encore que, de base, le système capitaliste mette seulement en place les conditions de facilitations à l'entreprise à travers bourses d'action et banques de prêt, certes tournant comme le petit lait à l'eau de boudin oligopolistique voire monopolistique (rien que ça ... ). Ce capitalisme n'est pas libéral !
Mais la question demeure, dans les conditions de ce qu'il est désormais plus ou moins convenu de nommer coworking, collaboration, d'une co-opération qui, au-delà de la contractualisation, mette en place des valeurs de gratitude, de compagnonnage et de francheté. Je ne vois pas comment ceci s'opposerait à cela, et pourtant je constate que le commun des mortels, recruteur comme recruté, peut-être en France particulièrement, s'attelle à rendre tout cela invivable par la grapille, la grigne et la grouille (à noter que les velléités d'environnement de travail sympa et open deviennent régulièrement les pires ambiances). Tout ceci ne saurait seulement s'expliquer par les velléités expansionnistes profiteuses du capitalisme, car l'efficacité exigées des uns et des autres passe nécessairement par un bien-être au travail, du recruteur comme du recruté, même si l'on devine bien que la question du bénéfice ou de la plus-value, puisse faire tiquer. D'abord, parce que les actionnaires, souvent absents du lieu, peuvent conditionner les façons d'y travailler, ce qui ne fait pas sens, encore qu'ils soient souvent des conditions de possibilité du travail en cours, à travers les bourses d'action. Mais eux aussi, en ce cas, n'ont pas besoin de se passer des valeurs de gratitude, de compagnonnage et de francheté ! ... Et quid des traders !
Vraiment, on ne voit pas ce qui, moralement, retient quiconque d'améliorer le bien-être au travail, sinon une paranoïa ordinaire sur "les marchés". Or ses "fluctuations" n'existent que dans les têtes calculatrices, car au réel des productions et des échanges, il y a, justement, des rencontres pour produire et échanger, engageant fatalement des moeurs personnelles entre elles, donc le problème moral. La paranoïa ordinaire dont je parle, tient de ce que le sociologue Émile Durkheim nommait densité morale (morale ici, au sens de rencontres de moeurs), conscience collective.
Eh bien, il ne tient qu'à la moralité de ces moeurs, de cette conscience collective en chacun, avec sa densité, de redescendre d'un cran. Pourquoi tout ceci se passe, comme dans un sketch de Raymond Devos, sur le mode de la frénésie inhumaine ? ... Vraiment, l'effet d'entraînement n'est pas évident à comprendre, en dehors d'une vilenie nuisible en faits.
Génie relatif de Karl Marx
Mais enfin, la question du bénéfice/de la plus-value, n'a pas nécessairement à être communisée au sens marxiste. Karl Marx est un génie de la compréhension du capitalisme, on aurait grand tort de le dénier et il faut savoir qu'il est enseigné en grandes écoles de commerce - du moins nombres de ses concepts courent toujours efficacement dans l'économisme contemporain, qui a oublié que c'est son plus grand critique, qui les lui a fournis (ce sont toujours les critiques, qui éveillent les intelligences de situations, de toutes façons : cela aussi, il faudrait que les recruteurs et les recrutés le comprennent sans grief, au réel de leurs relations de travail, pour que les climats ne sombrent pas dans l'hypocrisie, l’écœurement et le dédain déloyaux).
Mais je répète : moralement, rien ne s'oppose à ce que les valeurs soient - comme on dit - "plus humaines". Enfin je répète cette aspiration, mais au fond on voit bien qu'elle n'a jamais rien résolu, chacun préférant voir midi à sa porte (on est toujours plus valeureux qu'autrui, n'est-ce pas ? hum, recruteurs comme recrutés n'ont personnellement pas de quoi être fiers, à ce niveau, dont je fais fatalement partie aussi sans fierté). En fait, les pulsions humanitaires sont monstrueusement orgueilleuses. C'est ça le problème, du moins un des problèmes, en plus de la paranoïa ordinaire des fantasmes mercantiles, au réel des entreprises et des personnes qui les actionnent (actionnaires, patrons et recrutés).
Avec les étrangers
L'éloignement interculturel (voire le dédain raciste là, en l'occurrence), est aussi une cause du manque de valeurs relationnelles, au-delà de la vilenie, encore qu'on comprenne bien que ça épouse allègrement la vilenie : plutôt un recruté qui n'y comprend pas grand'chose ou juste ce qu'il faut à sa tâche, qu'un recruté éduqué.
Mais ça souligne encore un autre phénomène d'éloignement, géographique celui-là : quand je vends mes actions en bourse, qui n'ont aucun effet immédiat dans ma vie, je suis plus enclin bon gré mal gré, à me moquer de créer du chômage ailleurs, même si c'est inconscient de ma part, au double-sens d'irresponsable et illusionné : je suis un pauvre type d'actionnaire ... Ou bien, quand avec les collègues on se met en grève sans connaître la réelle situation budgétaire de notre recruteur, on peut le mettre si bien en difficulté qu'on creuse notre propre tombe, incitant d'ailleurs à la délocalisation pas seulement par vilenie, quoiqu'il y en ait.
Tout ceci ne fait que confirmer l'adage selon lequel ce qui est loin des yeux est loin du cœur (loin des yeux, loin du cœur) et suggère la nécessité de procéder à des remédiations proximales, mais aussi à des faire-prendre-conscience-que. Une politique par-delà gauche-centre-droite ... le centre n'étant jamais qu'un droitisme réel à morale gauchiste.
"Dans un monde complètement renversé, le vrai est un moment du faux." - Guy Debord, la Société du spectable
Mais seule une morale de droite, sur un gauchisme réel, font du bien. Socialement de droite, économiquement de gauche - le contraire d'un Le Pen socialement de gauche, économiquement de droite ...
Avant tout, la droite est plus certaine de ses valeurs et ancrée dans sa démarche, donc dans une forme de réalisme si l'on veut, plus que la gauche qui, elle, est plus certaine de ses idéaux et entraînée dans sa démarche, donc dans une forme d'idéalisme. A savoir qu'au XXème siècle, c'était la gauche, qui se définissant comme gauche, obligeait tout un chacun à se définir comme centriste ou droitiste, et toutes extrêmes associables, extrême-gauche, extrême-centre, extrême-droite.
Il y a, bien entendu, la comptabilité, qui est un principe de réalité, à condition de nous situer dans l'économie réelle, non-spéculative des bulles et autres législatures maximisées au transnational, sans parler des politiques économiques de banques centrales absolutistes ... et encore que ces différents acteurs financiers soient comptablement incontournables comme des réalités économiques. Cela conditionne toutefois, cela insère structurellement, "systémise", systématise les démarches, on dit "rationalise" mais c'est spécifique, entre capitalisme et légitimisme (extrême-centre).
Seulement, il n'y a pas que la comptabilité. Il y a d'autres valeurs que financières : il y a les valeurs identitaires ou culturelles. Ces valeurs ne sont pas déniables, et ceux qui les dénient au nom de leurs idéaux, sont naturellement dans leur identité/culture spécifique généralement gauchiste, du moins progressiste (extrême-centre) dans la mesure exacte où ça libéralise les frontières et les douanes du monde. Les idéaux, prétendent que ça fraternise les humanités de toute la planète, tandis que les réels considèrent que ça trouble chacune d'entre elles, sans qu'elles aient à se combattre pour autant : il n'y a aucun suprémacisme, à dire qu'on veut conserver son identité/culture sur un territoire. Le territorialisme, c'est aussi un truc israélien. Alors évidemment, ça ne plaît pas aux idéaux ... Humour du Gorafi : Un antisémite prétend qu'Israël est contrôlé par des juifs.
Cela dit il existe un gauchisme conservateur, aussi, en fait d'héritage républicaniste français, et même un anarchisme conservateur. Fichtre, je tombe même sur du national-anarchisme. Seuls les gauchistes n'y croient pas, et rechignent, idéalistes, sur des terminologies désincarnées. Mais c'était justement parce que ces formes conservatrices de gauchisme et d'anarchisme se voulaient réalistes, qu'elles se donnaient un corps, donc une incarnation. Fatalement, cela frustre les illimitistes idéaux, qui font le bonheur du capitalisme et du légitimisme (extrême-centre) puisque la croissance économique se veut illimitée.
C'est dire ...
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