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Rapport SUN de KPMG sur le commerce parallèle de tabac : un sparadrap du Capitaine Haddock pour les cigarettiers

Depuis plusieurs années, les fabricants de tabac financent une étude quantitative sur le commerce parallèle de tabac à KPMG, le Rapport SUN. Mais les nombreuses révélations d'enquêtes médiatiques pourraient mettre à mal les conclusions dudit rapport.

Une opération de lobbying des fabricants de tabac bien rodée

Jusqu’à présent, le scénario était rodé : entre le début juin et le début juillet, le Rapport SUN de KPMG était dévoilé simultanément dans plusieurs pays, par le biais d’exclusivités accordées à certains journaux. Par paresse ou par manque de rigueur, rares sont les journalistes à avoir remis en question les chiffres parfois étranges de cette publication, financés par les quatre majors du tabac, Philip Morris International, British American Tobacco, Imperial Tobacco et Japan Tobacco, . En 2017 en France, c’est Le Figaro qui avait publié cette étude.

La publication du rapport aussitôt faite, les fabricants de tabac précités, leurs porte-parole officieux mais habituels comme les buralistes ou vendeurs de tabac au détail poussaient de grands cris d’orfraie pour dénoncer le poids « grandissant et désormais insupportable du commerce parallèle » et appelaient les gouvernements à « des moratoires fiscaux (bien sûr !) », des « grands plans de lutte associant (évidemment) les fabricants de tabac », et autres balivernes. Puis les cabinets de lobbying financés par les multinationales du tabac prenaient le relais, et nous voyions fleurir des tombereaux de questions écrites ou orales parlementaires relayant tout aussi complaisamment les éléments de langage de l’industrie du tabac. La vie était alors belle dans le monde merveilleux du lobbying.

 

La « mouche dans le lait »

Et puis, en juin 2018, patatras, la « mouche dans le lait » comme on dit dans les films de Michel Audiard. Deux événements vont enrayer cette belle mécanique à tout de même 10 millions d’euros annuels.

Tout d’abord le député européen Younous Omarjee a publié un “Livre Noir du Lobby du tabac en Europe”, révélé dans l’hebdomadaire Marianne par Renaud Dély et Perrine Cherchève, dans lequel il démontre que les quatre majors du tabac Philip Morris International, British American Tobacco, Japan Tobacco et Imperial Tobacco organisent et alimentent le commerce parallèle à hauteur de 99%. C’est donc l’industrie du tabac qui est responsable des trafics, de la montée du tabagisme associée à ces derniers et des pertes fiscales qui en découlent. Celles-ci se chiffrent à 3 milliards d’euros par an en France et près de 20 milliards d’euros en UE.

Dans le même temps l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par la voix de son Directeur Général Tedros Adhanom Ghebreysus, a annoncé que le Protocole « pour éliminer le commerce illicite de tabac » avait recueilli les 40 ratifications permettant à ce traité international d’entrer en vigueur à compter du 25 septembre 2018. Rappelons que ce Protocole de l’OMS, outre des obligations de vérifications diligentes de la chaîne de distribution du tabac, impose aussi la mise en œuvre de systèmes de suivi et traçabilité des produits du tabac pour lutter contre les trafics de contrebande en faisant porter indubitablement la responsabilité de ces trafics sur ses responsables. Des systèmes qui doivent donc être contrôlés par les Etats (8-2), qui ne peuvent être réalisés par ou délégués à l’industrie du tabac (8-12) dont la participation doit être limitée au strictement nécessaire (8-13) et qui doivent les payer (8-14).

La démonstration implacable de Younous Omarjee et l’annonce conjuguée de la ratification définitive du Protocole de l’OMS cinq ans avant la date estimée ont créé un mouvement de panique chez les quatre grandes multinationales du tabac.

 KPMG, qui devait déjà faire aux accusations de manipulation de leur étude publiée le 4 juillet 2017 par Emmanuelle Béguinot du Comité National Contre le Tabagisme (CNCT), peut s’attendre à sentir le vent du boulet.

 

Le Rapport KPMG repoussé à fin juillet 2018, ou aux calendes grecques ?

L’industrie du tabac et KPMG ont décidé de différer la publication du Rapport SUN qui pourrait intervenir désormais fin juillet. Voire aux calendes grecques ? Il se murmurerait même que le contrat entre les cigarettiers et KPMG pourrait être arrêté cette année.

Il est évident que dans ce contexte nouveau, la publication du Rapport SUN de KPMG, tout comme l’encombrant sparadrap du Capitaine Haddock, devient épineuse pour l’industrie du tabac qui ne manquerait pas de se voir poser des questions très précises sur son implication, et son double discours. Il sera malaisé en outre de trouver désormais un journaliste ignorant l’implication de l’industrie du tabac dans le commerce parallèle et qui accepterait de publier cette étude sans la relativiser immédiatement.

Pour l’industrie du tabac, le Rapport SUN de KPMG a toujours été un outil pour cacher sa responsabilité dans l’organisation du commerce parallèle de tabac. Et il semble avoir réussi son œuvre : tromper le public en dissimulant la responsabilité de l’industrie du tabac sur ses méfaits, et faire relayer cela par de respectables journalistes pour convaincre les décideurs politiques, en l’occurrence en France Gérald Darmanin, Ministre de l’Action et des Comptes Publics, Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, ou Rodolphe Gintz, Directeur Général de la Douane. Le « thermomètre » Rapport SUN KPMG cassé, nul doute que l’on devrait voir apparaître de nouvelles études, par d’autres tierces parties aux conclusions étrangement complaisantes. Peut-être en provenance de collaborateurs d’Oxford Economics au Royaume-Uni, ceux d’Eurobsit ou de l’ADIT en France et en Afrique, ou de la Fondation Schuman à Bruxelles, tous financés par Philip Morris par le biais de PMI IMPACT ?

Mais cette fois, qui osera naïvement dire : « je ne savais pas » ?


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1 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 21 juillet 18:49
    "C’est donc l’industrie du tabac qui est responsable des trafics, de la montée du tabagisme associée à ces derniers et des pertes fiscales qui en découlent. Celles-ci se chiffrent à 3 milliards d’euros par an en France et près de 20 milliards d’euros en UE."
    ben voyons, c’est la même histoire our le piratage, tu as pas les moyens mais tu vas consommer.

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