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Retour 15 ans en arrière

 

Nous vivons un véritable pschitt économique. Le PIB par habitant a chuté de manière spectaculaire suite à la crise de la Covid, trahissant l’extrême vulnérabilité de nos économies contemporaines et l’impuissance de nos autorités.

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Un instant nous avons fantasmé le mythe d’un on / off de l’économie mondiale. Nous pensions qu’en éteignant momentanément la lumière, nos agents économiques auraient sagement attendu qu’elle revienne pour repartir de plus belle. Mais non, il s’avère finalement que nous avons eu très peur du noir, et que nous sommes encore sous le choc.

Ainsi, plutôt qu’un effet culbuto du PIB (une fois à terre il revient aussitôt), nous avons observé un genre d’effet bouchon (celui des embouteillages) : lorsque le ralentissement du seul PIB présent provoque le ralentissement de tous les PIB anticipés à venir ; comme si l’onde de choc se diffusait à travers le temps. Mais pourquoi la Chine y arrive-t-elle et pas nous ? Parce que les masques, parce que les tests, parce que les lits de réanimation étaient insuffisants chez nous, disent les uns. Parce que l’on ferait preuve d’une forme d’incurie collective, d’hébétude juvénile, incapables de nous discipliner, disent les autres. En attendant, la facture est salée.

Retour 15 ans en arrière

En temps normal, la zone euro se démène pour ramener 1,5 % de croissance du PIB chaque année. En vérité, depuis 2007 la zone euro fait presque du surplace avec seulement 0,7 % de croissance annuelle, la faute aux crises successives des subprimes (2007), puis de la dette souveraine (2010). Mais ça c’était le bon temps, car avec la crise de la Covid, la zone euro a basculé dans une autre dimension : en 2020 la croissance du PIB devrait chuter de près de – 8 %, sous réserve que le second semestre corrige une partie des – 15 % subis durant le premier semestre. Une telle chute du PIB nous ramènerait au niveau de 2015, voire 2007 ! En effet, car entre ces 2 dates le PIB aura végété autour du même niveau, suite aux deux crises citées ci-dessus.

Mais après tout est-ce si grave ? Rappelons que le PIB définit ce qu’une économie produit chaque année en termes de biens et services, un genre de gâteau à partager pour tous les convives. Présenté comme cela, le retour au PIB de 2007 signifie simplement que le gâteau à partager en 2020 sera le même qu’avant. Si nous ne sommes pas devenus plus gourmands, cela ne devrait pas poser de problèmes. Admettons. En fait, nous avons quand même un problème : nous ne sommes peut-être pas plus gourmands, mais nous sommes plus nombreux (la population a cru). Si bien que pour satisfaire tous les convives, il faut que les parts du gâteau soient plus petites : d’où une baisse mécanique du PIB par habitant, bien plus forte encore que la baisse du PIB. Finalement, en 2020 le PIB par habitant de la zone euro devrait revenir à son niveau de 2005, un recul de 15 ans en arrière.

Des fortunes diverses selon les pays

Le PIB par habitant enregistre donc un recul sévère, mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour faire simple, les plus vieux et plus gros membres de la zone euro sont ceux dont le PIB par habitant fait du surplace, l’Allemagne réussissant à tirer son épingle du jeu comme d’habitude. Par contre, les jeunes et petits entrants sont ceux dont le PIB par habitant a continué de monter, malgré les crises successives. Aucune bizarrerie là-dedans : en effet, les jeunes économies sont caractérisées par ce que l’on appelle un stock de capital physique faible, qui une fois livré au jeu du libéralisme économique grossit presque naturellement et dope le potentiel de croissance de leur PIB, jusqu’à converger vers un niveau de maturité. Les vieilles économies étant elles déjà matures, n’auraient alors que leurs yeux pour pleurer, à moins qu’elles ne repoussent ce que l’on appelle leur frontière technologique (le fameux progrès technique).

Mais, il faut quand même nuancer cette belle histoire des jeunes entrants. En effet, nous avons parlé de variations du PIB par habitant, mais ce qui compte ce sont les niveaux. En effet, c’est bien le niveau du PIB par habitant qui définit une mesure du bien-être de l’homo consumens, et non pas sa variation. De ce point de vue, on constate alors que les jeunes entrants de la zone euro restent ceux ayant le PIB par habitant le plus faible, malgré leur meilleure tenue depuis 15 ans. Une seule exception : la Grèce qui souffre des maux des vieux pays (PIB par habitant en baisse) et des maux des jeunes entrants (PIB par habitant faible).

Le cas de la France ? Ni bon, ni bon. D’ordinaire, la France ressemble à s’y méprendre à la zone euro, que ce soit en terme de performances économiques ou financières. Seule exception, l’année 2020 où la France devrait davantage souffrir que la zone euro : - 10 % contre - 8 %, en queue de peloton avec l’Espagne et l’Italie. Certes, les comptes ne sont pas clôturés, mais il ne semble pas que le flux de nouvelles à venir soit bien orienté.

Le PIB par habitant, une mesure du passé ?

Peut-être que le PIB par habitant n’est pas la bonne mesure ? Peut-être faut-il être un peu plus subtil que cette seule mesure grossière ? En fait, on reproche souvent au PIB ce qu’il n’a jamais prétendu dire : le PIB n’a jamais dit qu’il mesurait la quantité de bonheur, de bien-être d’une société juste, équitable, etc. Cela dit, on a souvent fait ce raccourci car il est vrai qu’en théorie, le PIB par habitant peut définir une forme de revenu, qui sert en partie à consommer, et infine élever ce que l’on appelle son niveau d’utilité (la célèbre fonction d’utilité donc). Bref, il y a l’idée que mon bien-être doit pouvoir se mesurer en quantité de biens achetés quels qu’ils soient (smartphones, rouleaux PQ,…). On lui préfèrera alors un PIB propre (faible empreinte carbone), ou un PIB juste (faibles inégalités, fort chômage…), ou encore un PIB ressenti (lorsque le paradis se croit en enfer, Sylvain Tesson).

Ainsi, les critiques sont nombreuses pour reprocher au PIB par habitant ce qu’il n’a jamais prétendu dire. Mais puisqu’on le cherche, il pourra répondre qu’à lui tout seul, il permet curieusement d’expliquer pas mal de choses. En particulier, il sera constaté que les pays présentant les niveaux de PIB par habitant les plus élevés sont souvent ceux qui font le plus d’efforts en termes de justice sociale, de protection de l’environnement (Etats-Unis mis à part) ; et inversement. Donc, finalement le PIB par habitant n’est peut-être pas aussi bon qu’on veut bien le croire, mais certainement pas aussi mauvais qu’on veut bien nous le faire croire.

Mais que fait la police ?

Eh bien la police fait, mais avec les moyens du bord. Lorsque vous devez affronter une crise majeure avec des taux d’intérêt déjà proches de 0 % et des dettes publiques représentant déjà près de 100 % du PIB, c’est un peu comme si vous armiez la police de balles à blanc : ça fait du bruit, c’est tout. Analogie un peu crue certes, mais qui trahit bien l’impuissance de nos autorités face à l’évènement. Et si cela ne suffit pas, eh bien on en remet une louche en rappelant que « Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute » (Michel Audiard).

Passons à l’inénarrable « quoi qu’il en coûte », un genre de bulldozer tout terrain censé balayer tous les « oui mais » sur son passage. En coulisse, on se dit quand même que ce « quoi qu’il en coute » ressemble pas mal à une morale de provisions (Pascal), un genre de patch bonne conduite labelisé principe de précaution. D’autres moins cyniques, avanceront que le « quoi qu’il en coûte » ne coûte plus grand-chose quand le papier monnaie est déjà disponible en quantité infinie à un coût infiniment nul. Les infinis on les voit jamais, mais ça impressionne toujours.

 

Et comme d’habitude, les avis ne changeront pas d’avis quelle que soit l’issue du virus :

 

Si tout est bien qui finit bien, alors les pro-dette diront « vous voyez bien que ça marche » ; alors que les anti-dettes invoqueront la fameuse poudre chasse-éléphant de Jean Pierre Dupuy :

  • « Regardez, je jette de la poudre pour éloigner les éléphants de la voie de chemin de fer 
  • Mais enfin monsieur, vous voyez bien qu’il n’y a pas d’éléphants par ici
  • Eh bien, c’est donc la preuve que cela marche ! »

 

Si tout se termine en eau de boudin, alors les anti-dettes diront « vous voyez bien que ça ne marche pas » ; alors que les pro-dettes invoqueront eux aussi Jean Pierre Dupuy et toutes les dépenses occasionnées par les entreprises afin de prévenir le risque d’un bug de l’an 2000 : ce n’est pas parce que le risque ne s’est pas réalisé qu’il n’existait pas, c’est parce que nous avons fait en sorte qu’il ne se réalise pas qu’il ne s’est pas réalisé.


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25 réactions à cet article    


  • binary 26 octobre 19:55

    Vous avez oublié :

    . 15 ans d inflation RÉELLE

    . 15 ans de dettes

    . 15 ans de désindustrialisation

    . 15 ans de guerre civile larvée

    . 15 ans de après moi le déluge


    • Jean Keim Jean Keim 27 octobre 14:04

      @binary

      Non pas d’accord sur le nombre, il s’agit de 50 années de gestion énarchique ou technocratique.

      Avec comme jalons Alcatel, Thomson, Bull, France Telecom, Alstom, Latécoère, ..., et bientôt SNCF, EDF, Aéroports de Paris, ...


    • Buzzcocks 27 octobre 11:36

      Le nombre de millionnaires a augmenté, et avec le ruissellement, ça va finir par descendre sur le bas peuple :) Patience :)


      • Trelawney Trelawney 27 octobre 16:08

        @Buzzcocks

        Le nombre de millionnaires a augmenté
        Pas vraiment, c’est la masse global que possède les millionnaires qui a augmenté, mais pas le nombre de ces personnes. Il aurait plutôt fortement diminué surtout en Asie.
        Par contre ce que représente exactement ce volume de masse financière possédée par ces « plus riches », ça personne ne le sait. mais il y a beaucoup de virtuel.


      • charlyposte charlyposte 27 octobre 16:30

        @Buzzcocks
        Va falloir jouer deux fois plus au lotto !!!


      • sylvain sylvain 27 octobre 12:55

        Le PIB ne représentant, dans un pays qui ne produit plus rien et pour faire court ,que l’endettement à court terme, c’est pas si grave . Si on avait une courbe de la richesse réelle, on verrait qu’elle baisse depuis les années 90, voir 80 . Si on en avait une de la confiance en l’avenir pareil, sauf qu’on serait proche du zero


        • sylvain sylvain 27 octobre 12:58

          pour conclure, retourner 15 ans en arrière serait une aubaine, ça nous laisserait un peu de temps et de moyens pour réagir, si tant est qu’on réagisse un jour .


          • charlyposte charlyposte 27 octobre 16:31

            @sylvain
            Il faut dire merci à L.EURO, la monnaie du peuple.


          • AlLusion AlLusion 27 octobre 14:12

            Nous sommes tombés dans la morosité avant le Covid qui n’a été qu’un déclencheur de plus.

            Redonner des projets constructifs qui mobilisent les jeunes en relation avec leurs nouvelles connaissances.

            Tout a été de plus en plus vite et les anciens ne savent plus suivre le rythme tandis que les jeunes ne consolident plus rien à cause du marketing qui oblige à acheter la nouvelle version d’un produit pour être à la page.

            L’humour n’existe plus. Tant d’espoir qui se sont dégradés au fur et à mesure.

            Ceux qui ont connu les années 80 savent de quoi je parle.  smiley


            • AlLusion AlLusion 27 octobre 14:15

              Bon graphique explicatif avec le GDLuxembourg en tête.

              Dommage que la Suisse n’en fasse pas partie.


              • charlyposte charlyposte 27 octobre 16:34

                @AlLusion
                Elle est neutre !


              • Jean Keim Jean Keim 27 octobre 14:21

                Curieux, un virus infecte, infeste, rend malade, parfois (rarement tue) mais ô « au grand jamais » jamais ne fait de l’économie.

                Seulement une bande de pieds nickelés sous les ordres de leur roi Mielleux 1er interdit aux gens d’aller travailler, possible qu’il recommence c’était trop bon, et ensuite se désole de la chute de la croissance et emprunte (au profit des emprunteurs qui faut-il le rappeler sont dans le domaine privé) pour injecter cet argent dans (la grosse) économie et ainsi plomber encore plus notre balance, nous sommes bien partis pour ressembler à la Grèce, rassurons-nous un état ne fait jamais faillite, simplement il change de maîtres, de nombreuses fois nous avons connus ce changement, la révolution de 1789 en est un bon exemple.


                • sylvain sylvain 27 octobre 14:27

                  @Jean Keim
                  oui mais ça ne se passe pas qu’en france, ça se passe quasiment partout


                • Jean Keim Jean Keim 27 octobre 14:31

                  Ah au fait ! le PIB par habitant n’a pas grande signification, autant mesurer la longueur du papier toilette utilisée quotidiennement par le popotin de chaque habitant d’un pays, il est vrai qu’on peut toujours en tirer qq. chose en corrélation avec l’astrologie, et il n’existe pas de mesure possible sinon du bonheur tout au moins du bien-être ressenti.


                • Jean Keim Jean Keim 27 octobre 14:32

                  @sylvain

                  Ce n’est pas incompatible.


                • Jean Keim Jean Keim 27 octobre 14:33

                  Il faut se demander qui sont les maîtres.


                • sylvain sylvain 27 octobre 16:22

                  @Jean Keim
                  effectivement, mais ça veut dire que les motivations dépassent largement des considérations de pouvoir de politique nationale


                • charlyposte charlyposte 27 octobre 16:36

                  @sylvain
                  Cela démontre à quel point , celui qui tire les ficelles et mort de rire et je le comprend.


                • I.A. 27 octobre 18:35

                  @Jean Keim

                  Rendre un virus si peu létal responsable d’autant de dégâts, c’est vrai qu’il fallait le faire, oui !

                  Ah, 1789... ! On y pense de plus en plus.


                • zygzornifle zygzornifle 27 octobre 15:05

                  la Corona dette puis la Corona taxe ....


                  • sylvain sylvain 27 octobre 16:23

                    @zygzornifle
                    c’était mieux la corona tout court... enfin,tant qu’elle est bien fraiche


                  • charlyposte charlyposte 27 octobre 16:33

                    @sylvain
                    Quel panache...  smiley



                    • yoyo 27 octobre 17:16

                      « ... trahissant l’extrême vulnérabilité de nos économies contemporaines... »

                      Désolé, mais non. Les crises économiques cycliques sont un phénomène déjà décrit dans les années 60 par Clément Juglar. 1860, hein, pas 1960 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_Juglar


                      « ... et l’impuissance de nos autorités. »

                      Et encore non. Il faut vraiment être de la naïveté la plus endurcie pour croire encore en la simple impuissance ou incompétence de nos dirigeants. Il y a un plan. Et ce plan est appliqué au niveau mondial. Je m’en réfèrerais simplement au président de la Biélorissurie a qui le FMI proposait quelques milliards de prêt en échange du confinement de sa population. https://www.youtube.com/watch?v=3z5QX78z3QI


                      • pierrot pierrot 29 octobre 23:16

                        Nous ne vivons pas en 2020 une crise économique habituelle car l’économique était plutôt en croissance (certes lente) avant la pandémie mais l’économie a été arrêtée pour préserver la santé.

                        C’est un choix difficile mais qui me semble pertinent car si la pandémie progresse, l’économie s’affaisse.

                        Mais , je pense que en 2021 et 2022, l’économie européenne retrouvera une croissance importante compensant le freinage de 2020. 

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