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Artificialisation des sols : l’autre cause silencieuse du dérèglement climatique

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Le mois de juillet 2022 marque sans conteste le basculement du territoire français dans une ère où le dérèglement climatique entre dans notre quotidien. Des températures inédites sont enregistrées sur une grande partie de la façade ouest du pays. Des incendies d’une ampleur sans précédent embrasent la Gironde. Si le réchauffement climatique est pointé du doigt, ses origines sont multiples. La consommation d’énergies fossiles fait bien entendu figure de coupable principal, mais d’autres explications plus pernicieuses jouent un rôle non négligeable. C’est le cas de l’artificialisation des sols, qui réduit la capacité de la nature à capter le CO2. Ce phénomène est pris au sérieux par les pouvoirs publics qui cherchent à réduire la consommation de nouveaux espaces. Mais le sujet est épineux, car il oppose la logique de préservation de l’environnement à la volonté de réindustrialisation du pays. 

Artificialisation galopante des sols en France. Tous les 10 ans, la superficie équivalant à un département français voit ses sols artificialisés selon le Sénat dans un rapport de juin 2022. À ce titre, l’hexagone passe pour un mauvais élève à l’échelle de l’Europe. Il apparaît même comme le pays ayant le plus artificialisé ses terres par rapport à son nombre d’habitants. Chaque année, entre 20 000 et 30 000 hectares sont ainsi concernés, soit une augmentation 4 fois plus rapide que sa population. 

Ce phénomène est loin d’être sans conséquences pour l’environnement et a fortiori le dérèglement climatique. Chaque aménagement d’un sol naturel, agricole ou forestier en zone urbaine ou d’activités prive cette superficie de sa capacité naturelle à absorber du CO2. Un sol artificialisé contribue donc directement à l’aggravation du réchauffement climatique. 

L’habitat constitue la première cause d’artificialisation des sols, représentant à lui seul 42 % des terres concernées, selon un rapport de France Stratégie. Cette prédominance des zones résidentielles s’explique par la tendance à l’étalement de notre urbanisation. Une évolution qui s’est renforcée ces dernières années, avec la volonté grandissante des habitants à s’installer toujours plus loin des villes. La hausse des loyers, le développement du télétravail et les confinements successifs figurent parmi les facteurs qui ont poussé les populations vers la campagne. 

Objectif : renaturation du territoire. Pour contenir cette évolution, le gouvernement a fait de la lutte contre l’artificialisation des sols une priorité de son Plan biodiversité. Tel est l’objectif du dispositif « Zéro Artificialisation Nette », qui consiste à limiter au maximum la consommation de nouveaux espaces. Dans le cas où ce n’est pas possible, l’artificialisation impliquera l’obligation de rendre à la nature une surface équivalente. On parle alors de «  renaturer  » des terres. 

La finalité affichée de ce mécanisme est de remettre à plat nos modes d’urbanisation afin de réduire la consommation de terres naturelles. La réutilisation d’espaces déjà urbanisés ou la conception d’opérations plus densifiées doivent être privilégiées avant l’exploitation de secteurs encore vierges.

«  C’est la première fois qu’on reconnaît pleinement la valeur des sols en matière écologique, pour la captation du carbone, pour la biodiversité, pour l’eau et la nature, pour nous tous en général  ». Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du Logement, lors du débat sur la loi Climat et Résilience, avril 2021. 

Cette nouvelle approche de l’urbanisation implique des changements dans la planification de l’organisation du territoire, notamment au niveau des plans locaux d’urbanisme. À cette fin, la loi ELAN participe à la lutte contre l’étalement des villes en favorisant des projets d’intensification urbaine. 

Le casse-tête de la mise en œuvre d’un tel dispositif. Votée en août 2021, la loi Climat et Résilience et son volet relatif à la limitation drastique de l’artificialisation des sols rencontrent aujourd’hui des résistances. Si les intentions de ce texte sont louables, elles se heurtent à d’autres objectifs nationaux. En effet, la France a lancé en parallèle un plan de réindustrialisation, avec notamment un coup d’accélérateur sur les énergies renouvelables. Ces nouvelles activités auront nécessairement des besoins fonciers. Comme souvent lorsqu’il s’agit de sujets liés à la transition écologique, le risque est grand d’aboutir à une injonction contradictoire. La volonté affichée de promouvoir l’activité et les énergies propres contrarie l’objectif de ne pas consommer davantage de surface naturelle. 

L’absence de souplesse du texte et la verticalité avec laquelle il a été imposé alimentent également la contestation des collectivités territoriales. Des élus locaux remettent en cause le caractère uniforme d’une loi qui ne prend pas en compte les spécificités des régions. Une zone très rurale sera ainsi considérée de la même manière qu’un espace à forte densité industrielle au regard de la limitation de l’artificialisation des sols. 

La controverse couve aussi au niveau de la détermination des activités concernées par le dispositif ZAN. Les entrepôts logistiques, et notamment ceux liés aux activités de e-commerce, sont exemptés de toute obligation liée à la loi Climat. Une situation qui a débouché sur de vives tensions autour du projet de création de méga-entrepôts par le géant américain Amazon. 

Si la renaturation des sols fait partie de l’arsenal des outils pour parvenir à l’objectif «  Zéro Artificialisation Nette  », sa mise en œuvre s’avère complexe. En effet, d’après France Stratégie, renaturer un sol implique de «  déconstruire, de dépolluer, de désimperméabiliser puis de (re) construire des “technosols”  ». Ce processus très coûteux met en exergue une autre solution, plus simple conceptuellement mais éminemment plus délicate à l’épreuve de la réalité économique du pays. Cette solution, c’est la diminution radicale des autorisations d’artificialisation de nouvelles terres.

Sources : 


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8 réactions à cet article    


  • Clark Kent Séraphin Lampion 21 juillet 09:19

    On voit bien dans cet article que, tel le nuage de Tchernobyl, le « dérèglement climatique » s’arrête aux frontières et que, pour notre hexagone, l’affaire est dans de bonnes mains : « il » s’en occupe.


    • Décroissant 21 juillet 11:07

      De la parole aux actes.

      Un exemple parmi d’autres : la ville de Rouen qui n’a eu de cesse de couper ses arbres vénérables avec le précédent maire socialiste, pouvait espérer une inversion de tendance avec l’élection d’une municipalité socialo-écologiste ayant mis la renaturation en vitrine de son site internet.

      Hélas, renaturation peut aussi signifier qu’il faut au préalable éliminer une nature implantée depuis des décennies avant que de lui substituer une pâle imitation qui aura moult difficultés à remplacer efficacement l’ancienne.

      Ainsi, alors que la France suffoquait, Rouen enregistrait la destruction de l’un de ses derniers espaces verts privés, les Jardins joyeux, histoire de densifier et de minéraliser un peu plus le centre ville rive droite. Une sale habitude…

      https://blogs.mediapart.fr/bertrand-rouzies/blog/190722/massacre-la-tronconneuse-en-pleine-canicule

      En politique, les arguties sophistiques l’emportent le plus souvent sur les belles considérations.


      • jjwaDal jjwaDal 21 juillet 12:05

        La dérive continuelle de nos hivers vers la douceur relève du climat, les températures récentes de la météo. Le jour où nous avions 41°C ici, le lendemain on était à 28°C. Pendant ce temps une ville chinoise se prenait 610 mm de pluie en 24h quand nous n’avons que quelques mm en plusieurs semaines...
        La première cause d’artificialisation des sols c’est l’agriculture et comme nous avons utilisons chacun, 7 à 10 fois fois plus de terre pour nous nourrir que ce dont nous avons besoin, cela a des conséquences. Un champ de maïs ou une prairie où paissent des bovins peut ressembler pour l’urbain à la « Nature » mais c’est un biais par comparaison avec l’environnement urbain.
        Par ailleurs, nous cochons quasiment toutes les cases de la connerie en ayant des toitures qui chauffent au soleil et dont nous cherchons à renforcer l’aspect « radiateur » en y mettant des panneaux solaires qui ne feront que renforcer l’effet « ilôt de chaleur urbain ».
        A défaut d’avoir des toitures réfléchissantes, on devrait les passiver (végétaliser, blanchir, etc...). Pour le reste, c’est au législateur local de prévoir dans le POS, des espaces « naturalisés » qui serviront de climatiseurs l’été (entre autres).

        Le capitalisme n’a jamais été foutu de chiffrer les multiples services rendus gratuitement par la Nature. Ils se comptent pourtant en centaines de milliards d’euros à l’échelle de la planète.


        • jjwaDal jjwaDal 21 juillet 12:42

          @jjwaDal
          Un moment d’égarement. Les services rendus annuellement par la Nature sont supérieurs de très loin au PNB mondial de l’humanité, plusieurs ordres de magnitude probablement , mais ça ne peut se caser dans aucun plan comptable, voilà tout.


        • pemile pemile 21 juillet 12:59

          @jjwaDal "Par ailleurs, nous cochons quasiment toutes les cases de la connerie en ayant des toitures qui chauffent au soleil et dont nous cherchons à renforcer l’aspect « radiateur » en y mettant des panneaux solaires qui ne feront que renforcer l’effet « ilôt de chaleur urbain »."

          C’est marrant de voir que dès qu’il s’agit d’énergies renouvelables vous plongez dans la caricature et jamais dans la recherche de solutions ! smiley

          Genre le panneau photovoltaïque thermique ?


        • jjwaDal jjwaDal 21 juillet 16:07

          @pemile
          Je ne saurais trop vous conseiller le doc de Mickael Moore , « Planet of the humans ». Le billet parle de l’artificialisation des sols et en rapport avec les pics de chaleur. Je disais simplement qu’en matière de surfaces déjà artificialisées, le fait d’avoir des toitures réfléchissant seulement de l’ordre de 40% le flux thermique incident est une bêtise. Des revêtements et peintures permettent aisément d’atteindre entre 80 et 96% et cela compenserait en partie l’éponge à chaleur que sont les surfaces bituminées et les murs en béton. Avec la surface de toiture que nous avons en maison individuelle il faudrait un très gros réservoir (des m3) d’un matériau à changement de phase, capable de stocker pour l’hiver la chaleur estivale) pour stocker toute la chaleur tombant sur le toit pendant les mois d’été. La meilleure technologie pour exploiter le rayonnement solaire (recyclable, écologique), c’est la vie qui l’a inventée. Je ne doute pas qu’un jour nous ferons aussi bien, voire mieux, mais avec les technologies que nous avons nous allons dans le mur, en amont avec la montagne de métaux qu’il faut extraire du sol, en aval avec des problèmes de recyclages très importants.


        • josy&jacq josy&jacq 21 juillet 18:28

          On demande le texte de ce fameux « règlement climatique ».


          • Croa Croa 22 juillet 10:05

            C’est pire que ça, le dérèglement climatique, bien réel, résulte entièrement des dégradations subies par la végétation !  Les prétendues gaz à effet de serre sont une fausse piste. (Le CO2 et la température ne sont que des symptômes d’un problème, pas le problème !)
            J’en parle justement dans mon blogsmiley
            Sinon il y a ce document (pdf) qui explique tout en détails.

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