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Accueil du site > Actualités > Environnement > Biodiversité : le parquet de Saint-Brieuc, mauvais élève

Biodiversité : le parquet de Saint-Brieuc, mauvais élève

Quel conte de fée que le parcours de l’ex procureur de Saint Brieuc, Gérard Zaug ! Salué en 2014 pour ses « bons et loyaux services » par le Télégramme sous les plumes de Gwendal Hameury et Julien Vaillant, il était tombé amoureux de la Baie de St Brieuc. En fait, ses bavures défrayent la chronique depuis les années 90, y compris pendant son affectation là bas avec l'affaire du décès du transporteur d'algues vertes, dite Morfoisse.

En 2009, dans l’affaire dite « Morfoisse », du nom de cet homme, chauffeur de camion, décédé le 22 juillet 2009 en transportant des algues Vertes, le procureur Zaug avait alors très rapidement décidé de classer l’affaire estimant qu « on ne peut pas faire de lien entre son décès et le fait qu’il transportait des algues vertes dans la benne de son camion » et concluant à « une récidive d’infarctus dy myocarde » touchant « un gros fumeur »Des conclusions jugées hâtives par des juges d’instruction du pôle santé de Paris, qui ont décidé de rouvrir l’enquête, notamment suite à un rapport du DR Lesné (c’est l’hydrogène sulfuré (H2S) des algues vertes qui a causé l’infarctus du myocarde, en privant le coeur de Thierry Morfoisse d’oxygène.) (Breizh Info)

Selon le récit de Sonia Kronlud pour France Culture, l’analyse de sang du défunt avait révélé un taux d’hydrogène sulfuré (h2s) de 1,4mg/l, compatible avec une exposition massive et mortelle à ce gaz généré par les algues vertes en putréfaction. « Chose incroyable », le procureur avait déclaré ces analyses caduques au motif que l’echantillon n’aurait pas été conservé dans un frigo, mais dans un placard à température ambiante. Contre le consentement de la famille, le procureur a fait exhumer le corps « dans le seul objectif d’éliminer la piste des algues vertes ». L’autoposie révèle que le coeur est cicatrisé et hypertrophique ; points qui sont inconnus de l’intéressé et du médecin traitant. Dans sa déclaration de presse, le procureur omet de dire que le rapport indique que « ces données sont à interpréter en fonction des données toxicologiques ». En clair, le gaz toxique a pu contribuer à l’infractus. C’est donc « par un tour de passe passe » que le procureur impute le dècès du chauffeur à sa mauvaise hygiène de vie.

“Ceux qui ont le pouvoir veulent le conserver, et rendent la justice occulte (Une justice pour les aigles, une autre pour les pigeons, Eric de Mongolfier, 2015)”

Qu’apprend-on de l’affaire Morfoisse dans le Q/R du Télégramme ? « ça ne l’a pas profondément marqué ». Interrogé sur « [l’absence] l‘indépendance des parquets vis-à-vis du pouvoir politique ? », il répond qu’il « n’a jamais eu de problème à ce niveau-là ».

Quelques années plus tard, il n'y a pas si longtemps,le tribunal des affaires de sécurité sociale de Saint-Brieuc reconnaîtrait que le conducteur était mort d'un accident du travail. (Le Télégramme) Entre temps, selon un décret de 2017, M. Zaug aurait été muté à Angers et pris sa retraite 'bien méritée'.

On espère que le procureur qui avait pris la relève à St Brieuc, M. Bertrand Leclerc, prend le problème des algues vertes, lié à l’élevage intensif, au sérieux. Il semble que ce soit le cas. Suite au décès d’un joggeur, en 2016, sur une plage couverte d’algues vertes, le procureur a fait faire une analyse de la vase. Elle s’est révélée non-concluante, et le procureur a classé sans suite. Certaines associations pointent toutefois du doigt des négligences dans la collecte d’indices…

2014 – Ouest France – Décès de Thierry Morfoisse : le rapport qui accable

2014 – Télégramme – L’affaire Morfoisse relancée

2016 – France culture – Algues vertes, le déni (2/2)

Les autres bavures de Gérard Zaug

Affaire Dickinson :

En 1996, Gérard Zaug, alors juge d’instruction, avait défrayé la chronique pour être à l’origine de l’incarcération, pendant 5 mois, de l’idéal suspect d’un du viol et meutre d’une jeune anglaise, un SDF aux antécédents judiciaires passé aux aveux lors d’une garde à vue, selon lui, indigne. Mais il s’est avéré être le faux coupable. Le vrai coupable a été retrouvé grâce à un recoupement ADN, réclamé par la famille de la victime, initialement refusé par Zaug, mais en définitive ordonné par le juge Van Ruymbeke saisi de l’instrution à sa place. (Déni de justice)

1996 – Irish Times – homeless man denies sex crime

1998 – Les Échos – Patrick Padé indemnisé.

1999 – BBC – Justice waits for Caroline Dickinson

Affaire Duclos

En 1998, le même juge d’instruction « récidivait » dans une autre affaire de viol de jeune fille, avec pour conséquence l’incarcération préventive, pendant 5 mois, du faux coupable, le capitaine Duclos, et une vie brisée. « deux jours seulement coïncident sur les six mois qu’aurait duré le calvaire de la collégienne. » et, elle ignorait « deux grandes cicatrices barrant le thorax [de son agresseur qu’elle avait vu nu], souvenir de l’explosion d’une chaudière. » : c’est par de tel recoupements mis à jour par l’avocat de la défense au procès, que l’accusé a été relaxé (=non coupable, à ne pas confondre avec le non-lieu). (Déni de justice)

1998 Libération – La vie échouée du capitaine Duclos

1998 – Canard Enchaîné

Affaire Godard

Un docteur suspecté du meutre de sa femme disparaît avec ses enfants sur un voilier. Des indices sont retrouvés à divers endroits, dont l’Ile de Man. Au mépris du droit international, Gérard Zaug y dépêche trois gendarmes qui font deux jours de garde à vue. Afin de calmer l’incident diplomatique, il est désaisi de l’affaire. The Independent.

 


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5 réactions à cet article    


  • Raymond75 11 mai 09:34

    Solidement protégé par son statut, juridiquement irresponsable, toute décision de justice étant interdite de commentaire, ce brave homme va pouvoir suivre sa carrière jusqu’à une retraite bien méritée ... Lui et ses semblables.

    Nombre de plaintes sont classées sans suite car elles remettent en cause trop d’intérêts, ou révèlent trop d’impuissance.

    La France est un état de droit, mais la justice est filtrée par son coût et par l’interprétation subjective des procureurs.

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