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Accueil du site > Actualités > Europe > L’espace européen peau de chagrin ?

L’espace européen peau de chagrin ?

Récemment, Tom Enders, PDG d’Airbus, a fait, semble-t-il, une déclaration agressive concernant le spatial européen. L’Europe devrait fermer ses agences et confier sa capacité (stratégique !) spatiale à l’industrie en général et Airbus en particulier. Que peut-on raisonnablement penser de cela ?

On se souviendra en premier lieu du récent épisode Alstom et de sa conclusion catastrophique puisque ce groupe a fini dans des mains américaines qui n’ont de cesse que de le démanteler tout en ne respectant pas la parole donnée. Au passage, l’indépendance de la France en matière de nucléaire aura été éradiquée.

Imaginons donc un instant qu’Airbus se retrouve en première ligne à garantir l’accès indépendant de l’Europe à l’espace. Au nom de quelle idéologie peut-on penser qu’une entreprise privée protègera mieux les intérêts stratégiques de notre continent plutôt que des agences étatiques, fussent-elle la proie de calculs parfois politiques et d’une lourde bureaucratie ? Si l’on ajoute que les actionnaires majoritaires d’Airbus sont aujourd’hui des fonds de pension américains (honte aux états européens et à leurs gouvernants de l’époque d’être sortis du capital au point de ne pas avoir, même groupés, une minorité de blocage), la démarche de Tom Enders ressemble, bien évidemment, à un service commandé en faveur d’une puissance étrangère qui ne souffre d’avoir d’égaux. Imaginez-vous combien l’espace européen peut être dérangeant pour l’Oncle Sam quand ce dernier a déclaré en 2001 qu’il lui fallait assurer la « Space Dominance », expression qui vient d’être confirmée par Donald Trump en décidant, de surcroît, de créer une sixième branche, spatiale, dans l’armée.

Revenant à Tom Enders, il faut dire que nous avons quelque mal à le suivre ainsi qu’à comprendre la mansuétude dont il est l’objet. Rappelons quelques faits pour être plus précis. Datant de l’ère EADS, Philippe Camus, alors PDG, avait créé EADS Innovation Works en consolidant ce qui était initialement dans l’Aérospatiale, le Centre Commun de Recherche. Daniel Deviller puis Jean Botti ont contribué, au fil des années, en tant que directeurs techniques, à créer une synergie européenne de recherche aéronautique du meilleur niveau mondial. Jean Botti parti, Tom Enders n’a pas trouvé mieux que d’embaucher à la tête de cette entité stratégique (car elle engage l’avenir !) un « blanc bec » qui, après quatre années d’étude de « petit » ingénieur aux Etats-Unis, a fait une année complémentaire de droit à Washington. Embauché comme directeur technique d’Airbus (du groupe !) à 36 ans, depuis qu’il était sorti de l’école, il n’avait pu rester plus d’un an dans les divers emplois qu’il avait occupés avec une exception remarquable de 18 mois à la DARPA, l’agence de recherche militaire américaine, dans laquelle il s’était fait remarquer pour son incompétence (il avait affirmé qu’on pouvait diviser le temps de développement des produits militaires par 5 !) et pour avoir coûté énormément à ladite agence.

A peine arrivé, il a « viré » tous les européens ou presque et s’est empressé de faire venir ses amis du MIT. Qu’ont-ils fait ? Il se sont seulement préoccupés de ce que nous appelons les feuilles de route, c’est-à-dire la stratégie du groupe pour les dix ans à venir. Comprenez bien ce que cela veut dire. Vous avez par exemple une personne qui vient, met au point (en réalité se met au courant !) les [des] feuilles de route, retourne aux USA au bout de deux ans où elle aura tout loisir de raconter à qui de droit les plans d’Airbus. Voilà comment on pille une boîte.

L’administration française, a, je pense, largement été mise au courant, mais elle n’a rien fait, pas plus que le gouvernement. Idem pour l’Allemagne.

En parallèle, la situation d’Airbus n’est pas très favorable. Un certain nombre de transactions discutables ont amené le groupe dans une situation délicate vis-à-vis de la justice américaine. Mais il ne suffisait pas de cela, Tom Enders, en bon petit soldat américain, a donné le réseau commercial d’Airbus. En clair, dans certains pays, cela veut dire qu’il a mis en danger de mort un certain nombre d’acteurs et a donc terni la fiabilité de la France en particulier et de l’Europe en général. Aura-t-il été sanctionné ? On peut en douter même si les gouvernements français et allemand ont voulu faire un geste. En effet, plutôt que de le démettre de ses fonctions, Monsieur a juste dû annoncer qu’il ne briguera pas un nouveau mandat et, ô miracle, nous avons grandement innové en Europe : nous avons à la tête d’un fleuron européen un patron démissionnaire qui sera resté au pouvoir tout en étant démissionnaire pendant un an et demi ! Juste le temps de faire encore quelques cadeaux aux Américains de façon à s’assurer que : « après moi le déluge » ! ce qui ne manquera pas d’arriver.

On voit bien là la volonté de mainmise américaine. Les feuilles de route n’ont qu’un rapport assez lointain avec la recherche, j’y reviendrai dans un prochain article.

Quand ses dignitaires ont bien voulu recevoir ceux qui avaient à se plaindre, ce qui n’a pas été toujours le cas !


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5 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 25 juin 13:54

    L’administration française, a, je pense, largement été mise au courant, mais elle n’a rien fait, pas plus que le gouvernement...


    On pourrait meme supposer qu’il y aurait eut corruption ce qui n’aurait rien d’étonnant vu l’avidité des politiques ....

    • Jean Roque Jean Roque 25 juin 22:18

       
       
      Airbus est bientôt américain.
       
       
      A-t-on déjà vu des glands (remplacés) avoir leurs fusées ?


      • bob14 bob14 26 juin 08:36
        Airbus fabriqué par 5 pays plus les sous traitants ?
        Pour vendre ces avions, les patrons font des ristournes énormes (payées par les peuples concernés)
        Comme pour le Rafale..
        Ils vendent aux Chinois..avec les brevets ?
        Vivement le retour des avions renifleurs… smiley

        • Zolko Zolko 27 juin 13:34

          Il y a 2 informations là : 1) que l’ESA est une agence pourrie qui prend des mauvaises décisions, que ce soit pour les lanceurs ou pour les projets satellitaires, et 2) la proposition qu’il faut confier ça à l’industrie.
           
          Pour travailler dans le domaine, oui, l’ESA est une agence pourrie qu’il faudrait supprimer. Le CNES marchait mille fois mieux. L’ESA est noyauté par des apparatchiks sur-payés qui ne décident de rien (aucun grand projet scientifique depuis 10 ans), qui visiblement n’y connaissent rien (faire une Ariane 6 avec des moteurs à poudre solide !!!), n’ont aucune ambition (pourquoi l’Europe n’est-elle pas capable d’envoyer un astronaute dans l’espace ???), bref, oui, il faut démanteler l’ESA.
           
          Mais c’est pas pour cela qu’il faut confier l’exploration spatiale à l’industrie. Les projets doivent être décidés et suivies par des organismes publics, quitte à confier la réalisation à des industriels.


          • zygzornifle zygzornifle 29 juin 08:05
            L’espace mondial peau de trou de bal ....

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Lagardère Boy


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