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Accueil du site > Actualités > Europe > Protectionnisme et « culture » de gauche

Protectionnisme et « culture » de gauche

François Ruffin est journaliste, il a créé le journal « Fakir » dit alternatif et engagé à gauche. Entièrement rédigé par des bénévoles et financé par les abonnements, aucune publicité ne figure au sein de celui-ci. Ruffin a publié il y a peu un livre, « Leur grande trouille » (aux éditions Les liens qui libèrent) Il prend la défense du protectionnisme et ce n’est pas sans intérêt à un moment ou l’on perçoit nettement que ce thème sera très présent dans la campagne même s’il se cache sous des aspects différents selon les candidats. Son ouvrage est sous-titré journal intime de mes "pulsions protectionnistes".

La lecture est facile, comme celle d’un reportage sur la mondialisation créatrice de chômage dans nos sociétés. Pourtant le sujet est complqué pour quelqu’un qui pense à gauche toujours tenté par l’universalisme. Par ailleurs le thème étant claironné par Marine Le Pen, l’accusation d'un « suivisme mortifère » n’est jamais bien loin. Certes Arnaud Montebourg est aussi devenu le héraut du protectionnisme européen lors de la campagne des primaires citoyennes au PS. Cette position originale lui a d’ailleurs sans doute valu le bon score réalisé. Depuis, au PS, le soufflet est un peu retombé et l’on attend la position de François Hollande sur le sujet, en particulier sa vision européenne d’une protection aux frontières de l'UE. On connaît par ailleurs les grandes réticences allemandes à une telle pratique commerciale. Montebourg a d’ailleurs été largement attaqué sur ces positions par ses propres amis. François Ruffin n’est pas loin de parier que les candidats de 2012 seront peu nombreux à reprendre ce thème clairement et sans ambiguïté. Pour lui ceux qui sont le plus lucides sur ces questions sont les « patrons » : ils « expliquent par exemple comment ils se font bouffer par la métallurgie turque, indienne etc. » […] « Il y a une logique chez les patrons. Comment s'indigner qu'ils aillent produire dans les pays où la fiscalité est la plus basse, les normes sociales et environnementales les moins élevées ? C'est tout à fait logique. » L’auteur va plus loin et réclamant un changement des « règles du jeu », il accuse la gauche institutionnelle d’être celle qui les accepte le mieux. « Or, ces règles, c'est encore la gauche qui les accepte les mieux. Le libre-échange n'est qu'une option économique, mais elle en a fait une valeur morale, en assimilant les métissages culturel et économique. » Autrement dit pour la gauche cette question revêt également une dimension culturelle : ainsi un étonnant dialogue avec Olivier Besancenot, pour lequel le protectionnisme ferait le jeu des patrons. Besancenot renvoie dos à dos libre échange et protectionnisme en appelant à une révolution ouvrière internationale, mère de tous les bonheurs. Ruffin lui constate que Marx, en son temps, prêchait pour le libre-échange, parce qu'il pensait que cela créerait des tensions qui conduiraient à l'internationale ouvrière. Il a perdu son pari, mais au moins le choix était clair. Ruffin insiste sur l’aspect culturel : c'est l'exaltation du « métissage culturel » qui a facilité l'acceptation du libre-échange commercial par la gauche.

Pour lui l’espace politique doit correspondre à l’espace économique. « Si cet espace doit être plurinational, ce ne pourra pas être l'Europe à 27. Par contre, on voit bien que la Grèce, l'Italie, l'Espagne et la France, par exemple, font face aux mêmes problèmes, c'est donc dans cet espace que l'on pourrait mettre en place le protectionnisme. » Enfin il balaye les objections au sujet d'un FN s’emparant du même thème. « Le protectionnisme, aujourd'hui, relève de l'évidence pour beaucoup de personnes. Raison de plus pour ne pas laisser ce boulevard au Front national. » Ce qui compte c’est le « pour quoi faire » et ce sont ces buts poursuivis qu’il faut regarder, pas les « outils de politique économique et un discours favorable au monde ouvrier, deux choses délaissées par la gauche. »

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3 réactions à cet article    


  • redredsir 3 janvier 2012 10:27

    Surpris de trouver ici un article favorable à Ruffin,je vous félicite pour votre objectivité !


    • King Al Batar King Al Batar 3 janvier 2012 13:44

      Bonjour,
      A l’auteur et merci pour cet article qui soulève effectivement le point le plus important, à mon sens, pour nous permettre d’eventuellement sortir de cette pseudo crise...
      En ce qui me concerne, je considère que l’avis le plus éclairé et interessant sur la question est celui d’ Emmanuel Todd, qu’il n’est plus necessaire de présenter.
      D’alleurs, je trouve que Montebourg était complétement sur sa ligne...
      Todd a déclaré très rapidement qu’il allait voter Hollande, ce qui me surprend un peu car je doute très fortement des capacités de ce dernier a etre ferme sur le protectionnisme et avec l’Allemagne.
      Cette solution de protectionnisme Européen, jumelée avec un tirage d’Euro pour relancer la machine, même si ca fait chier les allemands, me parait être la seule solution plausible pour sauver notre industrie. Si bien sur on veut encore la sauver !


      • eric 4 janvier 2012 11:56


        Trois mots suffisent pour qualifier ces idées

        Paresse et mensonge, oubli.

        Paresse : prétendre qu’on a trouve LA décision politique simple qui va permettre que tout aille bien ou en tout cas mieux, sans trop se poser de question, réfléchir ou faire des efforts..

        Mensonge : Tous ces gens sont plonges dans la politique jusqu’au cou et ne peuvent pas ne pas savoir que nous avons déjà un secteur qui vit ainsi, non plus qu’ignorer les résultats et les couts.

        Cela s’appelle la politique agricole commune.

        1,045% du PIB européen, pour un secteur qui représente 2% du PIB français. Protections, subventions aides etc...Sans parler de toute la batterie des mesures de protectionnisme cache ( interdiction des OGM US, normes, etc....)

        Cela marche dans une certaine mesure. Autosuffisance alimentaire, France second exportateur mondial. Nos assiettes sont garnies, la qualité est acceptable, les prix sont élevés qui cela gêne-t-il vraiment en dehors des pauvres ? ( car il faut bien voir que si le cout comptable, direct, c’est 1,045%, il y a aussi un cout qui est lie au fait que nous mangeons plus cher que les prix mondiaux et qui est plus difficile a évaluer) On a déjà une large part de la population qui est prête a payer 30 ou 40% plus cher pour avoir une étiquette verte sur ce qu’ils mangent alors...

        Résultat des courses ? C’est le plus gros budget européen pour un secteur économiquement un peu marginal, peut être au détriment d’autres politiques.
        Nous, cela nous va pas mal ( c’est surtout l’Allemagne qui paye...)
        C’est parfois un peu absurde : on en arrive a subventionner a l’export du beurre subventionne a la production, quitte a réduire a la misère des producteurs du tiers monde et a grand frais pour nos contribuables.
        Globalement, nous ne sommes pas malheureux.
        En revanche, l’emploi agricole a diminue encore plus vite que l’emploi industriel. Et la, ce ne sont pas les délocalisations, parce qu’on a pas encore trouve le moyen d’envoyer la terre française en Chine pour la faire cultiver par des Chinois pas chers.

        Au passage, on ne peut pas ne pas signaler que si le FN et l’extrême gauche sont sur des longueurs d’onde proches, le premier est plus cohérent. Les seconds sont pour une immigration assouplie et donc pour permettre enfin d’avoir des ouvriers agricoles chinois peu cher, et plus qualifies ( la Chine fait desormais mieux que nous en PISA et c’est important pour la suite....)
        En matière industrielle pareil. Si l’importation de biens pas cher devient plus difficile et celle de main d’œuvre peu exigeante plus facile, on ne peut complétement exclure que les ouvriers chinois qui auront moins de travail chez eux ne soient tenter de venir en trouver chez nous.

        Mais bon, bon an mal an, on voit avec l’agriculture que cela peut donner des résultats. On voit même combien cela coute.
        L’industrie ? 18% du PIB (?) ? Il va falloir trouver 9 point de PIB pour financer tous cela. Comme il ne saurait être question de les prendre aux entreprises dont on attend développement et création d’emploi, Il va falloir sabre d’autres dépenses. Qu’est ce qu’on choisi L’éducation, la culture, la sante ?

        Mais attention, le livre précise bien qu’avec ceux qui arrivent a avoir une balance commerciale qui tient la route, une industrie vivante, des salaires corrects et un système social qui n’a rien a envier au notre, nous ne pouvons rien faire. On va se retrouver avec la Grèce, l’Italie et l’Espagne, mais dans la situation de l’Allemagne aujourd’hui avec l’agriculture. Comme nous sommes les plus riches, c’est nous qui paierons.
        Je vois déjà d’ici le passage a 40 élèves par classe pour permettre de financer le rattrapage industriel de la Grèce....

        Aujourd’hui il y a en gros 2 types de pays. Économies ouvertes avec industrie qui tient la route, balance commerciale idem, salaires correctes, fort investissement dans l’industrie et l’éducation etc... forte compétitivité et qualité élevée genre Allemagne, Pays bas, etc...
        Pays extrêmement protectionnistes, salaires très bas, dumping social, population quasi réduite en esclavage ( Chine),forte compétitivité prix, balance excédentaire, fort investissement dans l’industrie et l’éducation.

        Grâce a nous, il y aura bientôt un troisième modèle, 35 heures, protectionnismes, impôts élevés sur les entreprises, peu d’importation,beaucoup d’exportation grâce aux subventions. Salaires élevés, temps de travail réduit, retraites précoces.
        On va faire école, c’est sur !

        Maintenant, un grand oublie, le marketing. Dans l’agricole, la Romanee conti est parvenu a convaincre des riches chinois que cela avait un sens d’acheter des bouteilles de 75 cl de vin a 15 000 euros. Il va falloir travailler dur pour les convaincrez avec nos produits industriels. Mais ce n’est pas impossible.
        Si nous arrivons a sauver notre industrie du moulin a café traditionnel a main, on devrait avec une bonne com, arriver a convaincre les touristes chinois d[’en acheter pour orner leurs cheminée : l’art de vivre a la française n’a pas de prix....

        Cela veut quand même dire qu’il va falloir bosser un peu....

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