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Accueil du site > Actualités > Europe > Sebastian Kurz, entre noir et bleu

Sebastian Kurz, entre noir et bleu

« On est jeune tant qu’on souhaite que chaque jour diffère de la veille, vieux, quand on espère que chaque année ressemblera à la précédente. » (Gilbert Cesbron, 1963).

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Ce lundi 18 décembre 2017, Sebastian Kurz, président du parti populaire autrichien (ÖVP, de centre droit, l’équivalent de la CDU en Allemagne), a été investi Chancelier fédéral d’Autriche. Cette désignation par le Président Alexander Van der Bellen fut la conséquence des élections législatives qui se sont déroulées le 15 octobre 2017 en Autriche.

Ce nouveau gouvernement possède deux caractéristiques qui, si elles ne peuvent pas vraiment être qualifiées d’historiques, sont quand même particulières. La première, c’est que Sebastian Kurz, né le 27 août 1986 à Vienne, n’a que 31 ans. Alors que le Président français Emmanuel Macron devient quadragénaire, l’Autriche atteint le record du jeune âge pour un dirigeant d’un pays. Et la seconde caractéristique, c’est qu’il dirige une coalition noire et bleue, des couleurs des deux partis qui composent la nouvelle majorité, l’ÖVP (noir) allié au FPÖ, parti d’extrême droite (bleu).

Pour faire comprendre à un observateur politique français la situation politique actuelle de l’Autriche, le journaliste autrichien de "Kurier" Danny Leder a proposé, sur France 5 le 19 décembre 2017, cette image rapide : Sebastian Kurz a adopté les méthodes de communication d’Emmanuel Macron (renouvellement complet du paysage politique) avec les idées politiques d’un Laurent Wauquiez (libéral en économie, ferme sur l’immigration) qui serait dans l’obligation institutionnelle (à cause du mode de srutin) de faire alliance avec le Front national pour former le nouveau gouvernement.


Sebastian Kurz

Sebastian Kurz a nettement surpassé Emmanuel Macron dans le jeunisme. 39 ans pour le second et seulement 31 ans pour le premier. Et pourtant, on pourrait dire qu’il a acquis une nettement plus grande expérience politique que celui qui ne fut que Ministre de l’Économie pendant deux ans après avoir été Secrétaire Général adjoint de l’Élysée pendant deux ans aussi, sans jamais avoir été élu nulle part, pas même dans un conseil municipal.

En effet, Sebastian Kurz, qui a eu le baccalauréat en 2004, a quitté les bancs de la faculté de droit pour s’engager dans la vie politique. En 2009, il a été élu président des jeunes de l’ÖVP et a commencé à faire parler de lui avec une campagne très dynamique et "jeune" lors des élections locales en 2010 (par exemple, avec des opérations de distribution de préservatifs).

Élu conseiller municipal de Vienne en 2010, il a été nommé, à l’âge de 24 ans, le 21 avril 2011, Secrétaire d’État chargé de l’Intégration dans le gouvernement de Werner Faymann (de coalition SPÖ-ÖVP depuis le 11 janvier 2007).

Sebastian Kurz a ensuite été élu député aux élections législatives du 29 septembre 2013 qui ont abouti à la reconduction du Chancelier sortant Werner Faymann (SPÖ), Chancelier depuis le 2 décembre 2008, à la tête d’une coalition entre le SPÖ et l’ÖVP (également reconduite). Le SPÖ est resté le premier parti d’Autriche avec 52 sièges sur 183 (26,8% des voix), devant l’ÖVP avec 47 sièges (24,0% des voix), le FPÖ avec 40 sièges (20,5%) et les Verts avec 24 sièges (12,4%).

À seulement 27 ans, Sebastian Kurz fut alors bombardé le 16 décembre 2013 numéro trois du gouvernement, derrière le Chancelier et le Vice-Chancelier, comme très important Ministre fédéral de l’Europe, de l’Intégration et des Affaires étrangères. Pendant quatre ans (jusqu’au 18 décembre 2017), il a donc dirigé la diplomatie autrichienne et a rencontré de nombreux chefs d’État et de gouvernement. Il fut surnommé l’enfant prodige ("wunderwuzzi").

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Ces quatre années furent une période délicate pour l’Union Européenne avec notamment l’arrivée massive des réfugiés syriens en 2015 et en 2016. Sebastian Kurz a pris alors position fermement pour réduire voire stopper les entrées des réfugiés (l’Autriche est un lieu de passage pour aller ensuite à Munich), et a voulu arrêter les négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne.

L’année 2016 fut très particulière en Autriche. L’élection présidentielle a été décapante en Autriche, terrassant les deux grands partis de la coalition. En effet, le SPÖ et l’ÖVP ont perdu l’élection présidentielle dès le premier tour du 24 avril 2016, respectivement à la quatrième (11,3%) et cinquième place (11,1%). L’extrême droite représentée par Norbert Hofer est arrivée en tête avec un score historique, 35,0% des voix. Il affronta un candidat indépendant soutenu par les écologistes, Alexander Van der Bellen (21,3%). Le second tour du 22 mai 2016 fut très serré (seulement 31 026 voix d’écart sur les 4 643 154 votants). Alexander Van der Bellen en sortit vainqueur avec 50,4% mais le scrutin fut annulé le 1er juillet 2016 par la Cour Constitutionnelle en raison de nombreuses irrégularités. Le deuxième second tour se déroula le 4 décembre 2016 et Alexander Van der Bellen a battu cette fois-ci largement Norbert Hofer avec 53,8% des voix.

Cet effondrement des partis gouvernementaux a engendré la démission du gouvernement et du Chancelier Werner Faymann le 9 mai 2016, remplacé par Christian Kern (SPÖ) le 17 mai 2016. Avant de diriger le gouvernement, Christian Kern fut président de la compagnie publique des chemins de fer autrichiens.

Ce vent de renouvellement a finalement atteint l’ÖVP. Son président depuis le 8 novembre 2014, Reinhold Mitterlehner, Ministre de l’Économie du 2 décembre 2008 au 15 mai 2017 et Vice-Chancelier du 1er septembre 2014 au 15 mai 2017 (à ce titre, il assura l’intérim du pouvoir du 9 au 17 mai 2016), a démissionné de ses responsabilités le 10 mai 2017.

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Sebastian Kurz fut élu nouveau président de l’ÖVP le 14 mai 2017. Dès son arrivée à la tête de ce parti, il a voulu faire un grand renouvellement politique, prenant modèle sur Emmanuel Macron qui venait d’être élu Président de la République française. Il a profondément renouvelé les cadres dirigeants et les candidats de l’ÖVP, le prenant sans expérience politique, jeunes et issus de la "société civiles", et il a même renommé son parti "le nouveau parti populaire" ("Die neue Volkspartei"). Il a aussi changé la couleur noire traditionnelle du parti en bleu turquoise (pour se rapprocher de la gamme chromatique du FPÖ ?).

La première décision de Sebastian Kurz fut de rompre l’alliance gouvernementale entre le SPÖ et l’ÖVP. Cela a donc abouti à des élections législatives anticipées (les élections régulières étaient prévues en automne 2018). Sebastian Kurz a clairement annoncé son intention de former une coalition avec le FPÖ.


Les élections anticipées du 15 octobre 2017

La courbe des intentions de vote (moyenne des sondages sur les trente derniers jours) a montré qu’il s’est passé "quelque chose" avec l’arrivée de Sebastian Kurz à la tête de l’ÖVP. En effet, de l’été 2016 au printemps 2017, après l’élection présidentielle, le FPÖ fut en tête des sondages avec des scores très élevés (entre 30% et 35%), tandis que l’ÖVP était au plus bas (moins de 20%) et le SPÖ se remettait de l’échec présidentiel, remontant de 22% à 28% d’intentions de vote. Avec Sebastian Kurz, l’ÖVP est remonté en flèche pendant l’été 2017 dans les sondages alors que le FPÖ et le SPÖ ont dégringolé.

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Pendant toute la campagne électorale, Sebastian Kurz n’a pas cessé de marteler son opposition à l’immigration, et cela malgré une forte croissance économique pour le pays. En reprenant le thème de prédilection du FPÖ, Sebastian Kurz a réussi le siphonage des voix de l’extrême droite à son profit comme l’avait réussi Nicolas Sarkozy au printemps 2007 en France.

L’islam, la sécurité, la réduction des impôts et le renforcement de l’attractivité économique de l’Autriche furent les autres thèmes principaux de la campagne de l’ÖVP. Sebastian Kurz est, avec la CSU (les alliés bavarois d’Angela Merkel), l’un des rares à avoir soutenu le Premier Ministre hongrois Viktor Orban, désigné Premier Ministre de la Hongrie pour la première fois à l’âge de 35 ans, le 6 juillet 1998.

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Au final, les résultats furent excellents pour l’ÖVP qui a remporté les élections. L’ÖVP a gagné 62 sièges sur 183 (un gain de 14 sièges) avec 31,5% des voix, le meilleur score depuis 2002. Le SPÖ a pu maintenir ses 52 sièges avec 26,9%, devançant de seulement 45 304 voix le FPÖ qui a obtenu 51 sièges (11 de plus qu’en 2013), avec 26,0%, son second meilleur score historique.

La meilleure performance du FPÖ fut effectivement lors des élections législatives du 3 octobre 1999 où le parti de Jörg Haider a obtenu 52 sièges avec 26,9%, se hissant à la deuxième place, devançant de 415 voix l’ÖVP (à cette époque, Wolfgang Schüssel a pu devenir Chancelier malgré la troisième position de son parti grâce à son alliance avec Jörg Haider).

Par ailleurs, lors des élections législatives du 28 septembre 2008, le total des deux partis d’extrême droite, le FPÖ dirigé par Heinz-Christian Strache (35 sièges avec 18,0%) et BZÖ, un FPÖ dissident dirigé par Jörg Haider (21 sièges avec 11,0%) a frôlé le score du SPÖ (58 sièges avec 29,7%), soit 56 sièges 29,0%.

Il y a eu une forte participation aux élections législatives de 2017, 80,0%, à comparer aux 68,5% de participation au premier tour de l’élection présidentielle de 2016 et aux 74,9% de participation aux élections législatives de 2013. La campagne de Sebastian Kurz a manifestement mobilisé les citoyens autrichiens.

Notons enfin que les écologistes, qui avaient réussi à faire élire leur candidat à la Présidence de la République en 2016, furent laminés avec seulement 3,8% des voix, perdant leur 24 sièges sortants. La raison ? Une forte division avec la constitution de listes dissidentes (qui ont obtenu 8 sièges avec 4,4% des voix) et le soutien des jeunes des Verts aux listes communistes (le KPÖ n’a fait que 0,8% des voix).


La coalition ÖVP-FPÖ

C’est le problème récurrent des scrutins à la proportionnelle : l’absence de majorité absolue pour un parti. Le paysage politique autrichien est partagé en trois grands partis, les sociaux-démocrates (SPÖ), de centre gauche ; le parti populaire (ÖVP), de centre droite et l’extrême droite (FPÖ).

Dès lors qu’aucun parti n’est capable d’obtenir la majorité absolue des sièges (il est quasiment impossible dans une démocratie qu’un seul parti puisse obtenir plus de 50% des voix dès le premier et seul tour, sauf peut-être en Afrique du Sud), il y a nécessité de faire une coalition. Souvent, en raison de la faiblesse des autres petits partis du paysage politique, il s’agissait d’une "grande coalition" unissant les deux grands partis gouvernementaux (SPÖ et ÖVP).

Le FPÖ a néanmoins déjà servi de seconde roue du carrosse à plusieurs reprises dans l’histoire politique autrichienne récente, mais seulement une fois avant 2017 et après 1986, depuis que le FPÖ est devenu un parti ouvertement d’extrême droite avec des thèmes xénophobes et europhobes, sous la présidence de Jörg Haider (auparavant, il était avant tout un parti libéral, "parti de la liberté"). La coalition s’était nouée au sein des gouvernements de Wolfgang Schüssel (ÖVP), Chancelier du 4 février 2000 au 11 janvier 2007.

Représentant le parti le plus important du pays, Sebastian Kurz a été chargé le 20 octobre 2017 par le Président Alexander Van der Bellen de former le nouveau gouvernement autrichien. Le 24 octobre 2017, Sebastian Kurz proposa au FPÖ d’intégrer la nouvelle coalition gouvernementale, qui l’accepta immédiatement. L’accord de coalition ÖVP-FPÖ a été conclu le 15 décembre 2017, après deux mois de négociations (durée habituelle pour faire un accord de gouvernement). Il permet à Sebastian Kurz de disposer au Conseil National (l’équivalent de la Chambre des députés) d’une confortable majorité de 113 sièges sur 183 (soit près des deux tiers).

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Le nouveau gouvernement, composé de seize membres (en comptant le Chancelier), est un symbole de ce renouvellement profond de la classe politique voulu par Sebastian Kurz : à part lui, aucun de ses collègues n’a eu d’expérience ministérielle antérieure. La parité n’est pas obtenue avec seulement six femmes sur seize.

L’un des nouveaux poids forts de l’ÖVP au gouvernement est une femme, secrétaire générale de l’ÖVP de mai 2017 à décembre 2017, l’ancienne députée européenne Elisabeth Köstlinger qui fut élue, à 38 ans, Présidente du Conseil National, du 9 novembre 2017 au 15 décembre 2017, et qui est désormais Ministre de l’Agriculture, de l’Environnement, des Eaux, du Développement durable et du Tourisme.

Avec six à sept ministres, le FPÖ a obtenu beaucoup de responsabilités au sein du gouvernement dont certaines régaliennes : l’Intérieur (Herbert Kickl), la Santé, les Affaires sociales et le Travail (Beate Hartinger-Klein), la Défense nationale (Mario Kunasek), les Transports, l’Innovation, la Technologie et la Recherche (Norbert Hofer, le candidat du FPÖ à l’élection présidentielle de 2016) et un secrétaire d’État.est affecté auprès du Ministre des Finances (Hubert Fuchs).

Président du FPÖ depuis le 23 avril 2005, Heinz-Christian Strache, à 48 ans, a été nommé Vice-Chancelier et Ministre de la Fonction publique et des Sports, numéro deux du gouvernement. Heinz-Christian Strache fut, lui aussi, un ancien jeune leader, qui avait repris la présidence du FPÖ à l’âge de 35 ans pour succéder à Ursula Haubner, la sœur de Jörg Haider, qui avait quitté le FPÖ pour rejoindre le BZÖ, parti dissident créé par Jörg Haider qui voulait rester dans la coalition gouvernementale du Chancelier Schüssel alors que la majorité du FPÖ voulait s’en dégager.

La Ministre de l’Europe, de l’Intégration et des Affaires étrangères Karin Kneissl est une indépendante nommée sur le quota du FPÖ. Karin Kneissl, qui est une énarque (sortie de l’ENA française), a fait des études de langues orientales à Vienne et de relations internationales à Jérusalem et Amman, et a soutenu un doctorat sur les notions de frontières des parties belligérantes au Moyen-Orient. Elle a souvent suscité la polémique par ses déclarations antérieures, soutenant l’indépendance de la Catalogne (qui est en plein vote ce jeudi 21 décembre 2017), fustigeant l’immigration, contestant la politique d’accueil des réfugiés d’Angela Merkel, ironisant sur l’arrogance de Jean-Claude Juncker, "cynique du pouvoir", "César de Bruxelles", etc. Elle a failli être la candidate du FPÖ à l’élection présidentielle de 2016.

Néanmoins, les affaires européennes devraient être plutôt suivies par Gernot Blümel, secrétaire général de l’ÖVP de décembre 2013 à octobre 2015, Ministre auprès du Chancelier chargé de l’Union Européenne, des Arts, de la Culture et des Médias.


L’Autriche et l’Union Européenne

Beaucoup en France se sont étonnés de l’absence d’étonnement au sein de l’Union Européenne sur cette coalition encore mystérieuse sur les relations entre l’Autriche et l’Europe. L’enjeu est d’autant plus important qu’au second semestre de 2018, ce sera l’Autriche qui présidera le Conseil Européen et donc, aura la possibilité de prendre des initiatives.

Lors de la précédente coalition ÖVP-FPÖ, en 1999-2000, les réactions furent beaucoup plus angoissées. Mais dès l’année suivante, les inquiétudes se sont calmées avec la certitude que l’Autriche resterait partie prenante en Europe.

En 2017, cette absence de réaction pourrait être considérée comme une banalisation de l’idéologie d’extrême droite sur l’immigration. Après tout, la France aussi a connu cette banalisation . Lorsque Jean-Marie Le Pen a été qualifié pour le second tour présidentiel le 21 avril 2002, des nombreuses manifestations ont été organisées, et une forte mobilisation a fait que le candidat du FN n’eut pas obtenu plus, en pourcentages, au second tour qu’au premier tour en cumulant avec les voix d’un candidat FN dissident (Bruno Mégret). Lorsque Marine Le Pen a été qualifiée au second tour présidentiel le 23 avril 2017, aucune réaction de la rue. Tout le monde trouvait cela normal et ordinaire. Et même, certains se sont sentis soulagés qu’elle n’était qu’en deuxième position et pas en première comme les sondages l’avaient prédit pendant de longs mois. Résultat en France, même si ce fut insuffisant, 11 millions d’électeurs se sont quand même portés sur la candidate du FN au second tour.

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Pourtant, au-delà de la banalisation (réelle, il suffit de voir le projet du Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, pourtant socialiste, sur l’immigration), l’inquiétude n’est plus au rendez-vous car la certitude de l’ancrage européen de l’Autriche n’est pas remise en cause. Je rappelle que les traités européens imposent un certain nombre de normes de "valeurs", comme l’état de droit, etc. qui sont une garantie pour les citoyens européens (la Pologne, par exemple, est mise actuellement en accusation par l’Union Européenne sur son projet qui viserait à retirer l’indépendance de ses juges constitutionnels).

Or, la position pro-européenne de Sebastian Kurz n’a jamais été mise en doute. Sur ce plan, d’ailleurs, il jouit d’une forte crédibilité puisqu’il a été le chef de la diplomatie autrichienne pendant quatre ans, ce n’est plus un novice. Pour rassurer ses partenaires européens, son premier déplacement a eu lieu dans la soirée de ce mardi 19 décembre 2017 à Bruxelles où il a rencontré le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker et le Président du Conseil Européen Donald Tusk.

Une autre raison du silence de la "communauté nationale" (en dehors du Haut Commissaire aux réfugiés de l’ONU) et en particulier, au sein du concert européen, c’est que certains partenaires de l’Autriche ne verraient pas d’un mauvais œil une révision dans le sens de plus de fermeté de la politique commune sur l’immigration, révision qui devrait être adoptée au cours du premier semestre 2018, sans en prendre eux-mêmes la responsabilité.

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Parmi les sujets qui fâcheront probablement, la mesure proposée par Sebastian Kurz, au cours de sa campagne électorale, de délivrer une double nationalité (c’est-à-dire la nationalité autrichienne) aux habitants du Sud-Tyrol, région affectée à l’Italie en 1919 et qui fut l’objet de combats effroyables au cours de la Première Guerre mondiale (le dernier Poilu Lazare Ponticelli a passé trois années infernales dans les Dolomites entre 1915 et 1918). Cela pourrait ranimer quelques vieilles cicatrices en Europe centrale, comme dans toutes les zones qui ont fait partie du territoire de l’empire austro-hongrois au XIXe siècle.

Ce sujet montre d’ailleurs à quel point le nationalisme n’est pas capable de s’unir au sein du continent européen, car les revendications nationalistes sont nécessairement incompatibles d’un pays à l’autre.


L’extrême droite et l’épreuve du pouvoir

Revenons au FPÖ. Il y a un an, Marine Le Pen avait été accueillie à Vienne comme une star par les dirigeants du parti d’extrême droite. Les sondages la hissaient au premier rang des intentions de vote et beaucoup d’étrangers imaginaient même son élection à la Présidence de la République française. Aujourd’hui, les dirigeants du FPÖ, désormais au pouvoir, vont forcément prendre leurs distances avec le FN français, pour une raison simple : s’ils veulent rester dans la coalition, ils devront rester strictement dans une politique européenne pleine et entière et ils devront oublier leur volonté de se dégager de l’Europe.

D’ailleurs, "l’infréquentabilité", c’est toujours les autres. Alors qu’en France, on considère généralement que Heinz-Christian Strache est "plus extrémiste" que Marine Le Pen, le point de vue autrichien généralement admis est inversé, Marine Le Pen est plus "extrémiste" que Heinz-Christian Strache. J’ai tendance à penser que les Autrichiens auraient assez raison sur ce ressenti : maintenant, Heinz-Christian Strache est le numéro deux du gouvernement autrichien, et lorsqu’on est au pouvoir, on doit forcément se résoudre à un certain réalisme qui tempère les idéologies parfois enflammées des campagnes anciennes…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sebastian Kurz.
Alexander Van der Bellen.
Élections législatives autrichiennes du 15 octobre 2017.
Élection présidentielle autrichienne des 24 avril et 22 mai 2016.
Élections législatives allemandes du 24 septembre 2017.
Les dangers de la proportionnelle.
Jörg Haider.
Séisme politique : 30% pour l’extrême droite (8 octobre 2008).
Kurt Waldheim.
Viktor Orban.


 


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4 réactions à cet article    


  • leypanou 21 décembre 2017 18:28

    Lire les liens entre Sébastian Kurz et les réseaux Soros, ce que vous n’avez pas appris en lisant l’article de l’auteur.


    • rugueux 21 décembre 2017 19:20

      Bel adage !

      Mais dans ce cas le rakoto il a plus de mille ans !

      Chacun de ses articles est une ressuçées hagiographique, sans queue ni tête, un coup Momone la tricoteuse et un coup jacquot le croqueur ou monory, ou un obscur physicien...

      Ca du journalisme ?

      Déjections putrides de lémuriens plutôt...


      • Choucas Choucas 22 décembre 2017 10:32

         
         
         
        KURZ = POPULISME = CATALOGNE = IDENTITÉ
         
        au delà des considérations économiques (en Catalogne de l’ED à l’EG)
         
        pure politique, civilisation, culture
         
         
        LEÇON A GOGOCHON LE LIBIDINEUX
         
         
        qui comme La Baudruche est juste un représentant du lobby colon réclamant plus de pâté dans l’auge du Capital : le néant politique
         


        • zygzornifle zygzornifle 22 décembre 2017 13:52

          Un Macron Autrichien !!!!

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