• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > Algérie, l’amorce d’un second « Printemps arabe » (...)

Algérie, l’amorce d’un second « Printemps arabe » ?

Chacun y va de sa complainte et serine que l'Algérie vit une sereine révolution. Une révolution qui ne connaitrait pas encore sa couleur ni son odeur, mais qui serait impulsée par de pacifiques balades balisées et banalisées, sur fond de débonnaires revendications visant à changer le visage de la réaction au pouvoir.

La complainte algérienne

 Chacun y va de sa complainte et serine que l'Algérie vit une sereine révolution. Une révolution qui ne connaitrait pas encore sa couleur ni son odeur, mais qui serait impulsée par de pacifiques balades balisées et banalisées, sur fond de débonnaires revendications visant à changer le visage de la réaction au pouvoir. Certains osent même évoquer un second « Printemps arabe » (1). Examinons cette prétention à travers l’action qui se déroule au pays.

Ainsi, le noble vocable "Révolution" est associé à toutes les déflagrations politiques, particulièrement celles qui s'apparentent à des pétards mouillés, à des désordres sporadiques étouffés ou instrumentalisés par des caciques. Notamment, par le recours aux mascarades électorales connues pour leur pouvoir dissolvant, euphorisant et leur puissance de « dégagement » (sic). Dans l'histoire récente, on a eu droit à l'expression « révolution de velours », pour désigner la transition entre la dictature stalinienne tchèque et la dictature capitaliste tchèque. On a eu droit à l'expression « révolution orange », pour désigner le truquage des élections en Ukraine. On a eu droit à la « révolution du jasmin », pour désigner la transition entre le pouvoir dictatorial de Ben Ali et la dictature islamiste tunisienne. Et enfin, parait que la « révolution libyenne » aurait permis de libérer le pays du Guide de la Jamahiriya pour le remplacer par son lieutenant, le maréchal d’armée Khalifa Haftar en route avec ses troupes vers Tripoli ces jours-ci ?!...

 

Cet article est disponible en cinq langues sur le webmagazine Les7duQuébec :

http://www.les7duquebec.com/7-au-front/algerie-lamorce-dun-second-printemps-arabe/

 

En Algérie, agitée par de grandes manifestations-parades on a droit à l'expression « révolution joyeuse », pour désigner la transition du pouvoir entre l'ancienne clique et la nouvelle clique identique. Entre les récents ministres biberonnés au sein du FLN et les anciens apparatchiks exhumés de leur retraite.

Force est de constater que les mobilisations massives de millions d'Algériens n'ont aucunement ébranlé le régime des affidés. Il faut reconnaitre que ces derniers résistent farouchement aux pressions des apparatchiks candidats à leur succession. Ça semble un paradoxe que plusieurs journées de mobilisation drainant des millions de manifestants n'aient pas déstabilisé ce régime toujours aussi fortement installé dans ses treillis protégeant les institutions étatiques. À l'exception anodine de la démission forcée du président zombie Bouteflika, la même faction gouverne toujours le pays. Serait-ce l’indice qu'il ne s'agit pas d'une révolution économique et sociale, mais plutôt d'une protestation « citoyenne », appelée à se lénifier avec le changement de la garde ? Le « blocage » actuel plaide en faveur de ce dénouement sans engouement.

En effet, les factieux membres du sérail, qui poussent à la rue la petite-bourgeoisie excitée et la populace paupérisée, font germer des espérances que le grand capital algérien et international n’a aucunement l’intention d’honorer. Quand le prolétariat, mêlé aux gens ordinaires et aux étudiants dans ces parades hebdomadaires, réalisera que rien n’est appelé à changer si ce n’est la façade du « Village Potemkine » d’el-Mouradia, rentrera-t-il sagement à l’atelier sans mots-dires et sans maudire ceux qui l’auront berné ?

Ceux qui usent du terme Révolution les abusent et à l'évidence cet usage immodéré du vocable Révolution vise à modérer le recours à la révolution, à rendre illusoire le recours à la Révolution sociale, et à travestir le sens de l’expression. Paradoxalement ce sont les mêmes qui fustigent les authentiques Révolutions (1789, 1871, 1917, 1949), condamnées pour leur radicalité, ravalées à l'état de coups d'État. Ce sont eux qui ont tenté de présenter le changement de la garde au Palais el-Orouba pour une « Révolution » qui aurait accouché du maréchal-président Sissi, quelle moquerie. 

Pour quelle raison inavouée les médias s'empressent-ils de qualifier toute fronde gouvernementale de « Révolution », sinon pour disqualifier la Révolution ? Celle qui détruit l'État et ses institutions pour les remplacer par une nouvelle forme de gouvernance innovante, portée par la classe prolétarienne révolutionnaire, à la suite d'une période marquée par un double pouvoir et par l'incapacité de l'État bourgeois. La Révolution détruira l’ancien mode de production et instaurera de nouveaux rapports sociaux de production sur des fondements économiques radicalement différents.

Le prolétariat est la clé de la véritable Révolution

Le prolétariat se tient à l'écart de cette fronde politique commanditée par certaines puissances impérialistes et ourdie par une clique de caciques. Dans ce scénario la populace est utilisée comme chair-à-manifesté et chair-à-matraqué dans le cadre d’une opération de lifting politique prise en charge par les puissances internationales, appelant à une mascarade électorale revampée.

Pour les peuples des pays précités, notamment la Tunisie et l'Égypte, leurs conditions économiques et sociales ne se sont pas améliorées, bien au contraire, elles ont périclité. En Algérie ces temps-ci, il s’agit d’un soulèvement contre le système FLN. Mais, au-delà du rejet d’une des cliques qui monopolise le pouvoir et la plus-value dans le pays, on n’entend aucune revendication pour la défense des conditions de vie et de travail, pour le pouvoir d’achat et pour l’augmentation des salaires. C’est que la petite-bourgeoisie contrôle le message de la rue et quémande la tenue d’élection libre… libre de quoi ? Le truc est éculé, une élection a pour fonction de désamorcer une crise au sein de la classe dirigeante, de ramener la paix sociale troublée par cette crise, et d’assurer le maintien de l’ordre établi dominé par le mode de production capitaliste. Quelle que soit l’issue du scrutin, l’élection sera remportée par des candidats au service du capital, sinon l’élection sera prorogée.

Les causes profondes du soulèvement algérien demeurent sociales et économiques, et elles sont insolubles dans le cadre du système capitaliste : chômage, production atone, logement précaires, insécurité du travail, salaire de misère, inégalités sociales, oppression et exploitation – tant de misère que l’on occulte et qui ne demande qu’à émerger constitue une menace pour les apprentis sorciers qui jouent à la révolution d’opérette. Le général Gaïd Salah n'a pas manqué de le rappeler dans une de ses déclarations comminatoires : « L’armée est la colonne vertébrale de l’Algérie et elle est garante de la stabilité et de la sécurité de la patrie. L’armée « partage » avec le peuple algérien « les mêmes valeurs et principes ». « Se rejoignent (…) entre le peuple et son armée (…) tous les fondements d’une vision unique du futur de l’Algérie »... capitaliste (2). En termes explicites : en cas de changement de régime, la nouvelle clique politique devra partager la vision unique en termes de fondements économiques. Ainsi, dans la perspective de la rédaction d'une nouvelle Constitution, la nouvelle classe politique devra s’astreindre à ne pas outrepasser le seuil des réformes acceptables dans le cadre du système économique capitaliste, sinon l'armée, colonne vertébrale du système, se chargera de leur rappeler la source du pouvoir étatique.

Pourtant, la partie n'est pas gagnée en Algérie révoltée. Le régime FLN n'a pas désarmé. L’impotence du pouvoir ne présume en rien de sa réaction. Comme en Égypte, au Venezuela, au Nicaragua, au Soudan, ou à Gaza, et même dans la France « démocratique » qui réprime violemment les Gilets jaunes, tous ces régimes aux abois ont prouvé de quelle férocité répressive, ils sont capables. Tout laisse présager que le régime algérien n’aura d’autre solution que la répression. Il revient au prolétariat algérien révolté contre le système capitaliste d’éviter cette sanglante perspective par la radicalisation de sa lutte et son autoorganisation politique, sociale et économique à l’échelle nationale et continentale lui donnant une force collective invincible.

 

NOTES

1. Abdel Bari Atwan – « Il existe des différences majeures entre la vague actuelle de manifestations et les bouleversements de 2011. Les manifestations populaires observées dans le monde arabe ces derniers mois – en Algérie, au Soudan, en Jordanie et dans la bande de Gaza – ont été décrites comme une « deuxième vague » du prétendu printemps arabe, ou une version modifiée de celui-ci. Cette première vague avait débuté en Tunisie en 2011, puis s’est étendue en Égypte, en Libye, au Yémen, en Syrie et ailleurs. Elle avait entraîné le basculement de certains régimes (en Tunisie et en Libye [dans ce dernier cas par une massive campagne de bombardements de l’OTAN – NdT]) et d’autres partiellement (Égypte et Yémen), tout en échouant en Syrie. Dans d’autres pays tels que le Maroc, Oman et la Jordanie, l’impact a été absorbé à un stade précoce par l’introduction rapide de mesures de réforme et par une gestion prudente de la crise. » Source : http://www.chroniquepalestine.com/un-second-printemps-arabe/

2. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/revolution-ou-evolution-avant-la-cinglante-sanglante-reaction/ et http://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-degagisme-petit-bourgeois-nest-pas-de-lengagisme-proletarien/


Moyenne des avis sur cet article :  3.71/5   (7 votes)




Réagissez à l'article

12 réactions à cet article    


  • Meursault relou 12 avril 14:26

    "La bourgeoisie, dont la conscience de classe est très supérieure, par sa plénitude et son intransigeance, à celle du prolétariat, a un intérêt vital à imposer « sa » morale aux classes exploitées."

    Léon Trotski - 1879-1940 - Leur morale et la nôtre, page 37


    • Florian Mazé Florian Mazé 12 avril 18:51

      « Printemps » est un très joli mot. Et vous avez raison d’être sceptique. Tout ce qui est trop joli doit susciter le doute. On le sait au moins depuis Platon.


      • Esprit Critique 12 avril 19:39

        Arrêtez de prendre les français pour des cons. « Printemps Arabe » ne veut strictement rien dire.
         Le Bourgeonnement du Nazislamisme, lui, est bien visible.

        La déconfiture algérienne qui s’amorce est vouée au cataclysme. La priorité est de circonscrire le phénomène et de le confiner a l’Algérie. Tout le reste est foutaise et inconscience, de ce qu’est l’Islam appliqué.


        • Robert Bibeau Robert Bibeau 12 avril 20:15

          @Esprit Critique

          Pas très critique Esprit critique   vous vous faites berner mon cher trôle


        • WINKING 13 avril 02:33

          SVP, Arrêtez de dire « printemps Arabe ! » L’Algérie n’est pas arabe ! Les Algériens sont avant tout des Berbères ! Les Arabes sont en Arabie comme son nom l’indique, à plus de 5000 KMs de là ! Si vous tenez à la vérité, arrêtez d’être ignorants ! Relisez la vraie Histoire de l’Afrique du Nord !


          • Meursault relou 13 avril 07:11

            @WINKING

            en langue arabe, le mot « arabe » (arbi) signifie « de l’est » (de l’expansion musulmane)
            et le mot « kharbi » signifie « de l’ouest » (ou habitant du Maghreb, le pays de l’occident)
            pour un Arabe de’Arabie, un Maghrébin est un occidental ; mais pour M. Bibeau, un Arabe est un musulman et un musulman est un Arabe : il l’a lu dans le New York Times et dans le Washington Post qui sont ses seules références culturelle, comme tous les nord-américains : il ne faut pas lui en demander trop



          • Robert Bibeau Robert Bibeau 14 avril 15:57

            @relou

            Pour M. Bibeau mon très cher ami Un individu qui a pour langue de naissance = la langue arabe qui lit et écrit l’arabe et qui plus est est de religion musulmane et s’abreuve aux médias mainstream arabe et dont le gouvernement adhère à la Ligue Arabe et subit les infiltrations des Frères musulmans-arabes alors cet individu qu’il aime ou pas  par chauvinisme nationalisme moyen-ageux est un arabe et les habitants de l’Algérie sont des arabes à majorité avec OUI des minorités berbères  kabyles amazigues 

            Mon article ne porte pas sur la lutte nationaliste bourgeoise mais sur la lutte de classe au sein du prolétariat algérien 

            Merci de votre post Monsieur Relou 

            Robert Bibeau Éditeur http://www.les7duquebec.com


          • zygzornifle zygzornifle 13 avril 09:29

            Vont t’ils manifester aux champ zé et se fritter avec les collabos a Castaner ?


            • Jonas 13 avril 09:45

              Robert Bibeau. 

              Lorsqu’il s’agit des pays arabo-musulmans , à votre place, j’éviterai de parler de « Printemps arabe ». 

              Figurez-vous , que l’Algérie à déjà eu deux« printemps arabes »celui de 1988 et 2000, sans parler de celui des autres pays arabo-musulmans , qui ont fini en « Nuit noire ».  Ayez , un peu de mémoire historique avant de faire vos commentaires. 

              Le comble , c’est que vous prétendez être , journaliste. Je ne suis pas surpris par la défection des lecteurs et de la non crédibilité a ce qu’ils écrivent ou disent. 


              • Mohammed MADJOUR Mohammed MADJOUR 13 avril 15:00

                Rien ne s’amorce, rien ne transite, rien ne change : Ou la Vérité et la juste ou le néant !

                L’idée de la TRANSITION, le programme et le but de cette TRANSITION sont dans mes publications Facebook mais aussi Agoravox. Les journalistes El Watan, Liberté, Le Soir d’Algérie mais aussi les sites TSA, FOCUS, Algérie360, France24... SONT MAUDITS pour avoir refusé de publier mes écrits et pour m’avoir bloqué, et je suis assez naïf pour y croire fortement !

                OU LA TRANSITION QUE JE PROPOSE DEPUIS 2007 QUE LA RACAILLE DES JOURNALISTES CACHE, OU LE NEANT ABSOLU !


                https://www.facebook.com/M.A.Madjour

                TOUT LE MONDE DOIT ARRÊTER L’HYPOCRISIE DES PROPOSITIONS«  !
                LA TRANSITION EST UN PROGRAMME POUR UN CHANGEMENT SOCIAL ET POLITIQUE SANS HEURTS ET SANS RISQUE.

                Ce programme a plus de dix ans de propositions, de développement et d’explications. La TRANSITION n’est pas née le »22 février" et elle n’est pas celle des journalistes traîtres ni celle de la fausse opposition et surtout pas celle du régime hors la loi.

                PRÉCISION : C’est aux responsables du régime de mettre en place cette TRANSITION, d’assurer la sécurité et la continuité de l’administration MAIS CE SONT LES GENS COMPÉTENTS ET HONNÊTES QUI LA CONDUIRONT JUSQU’AU CHANGEMENT !

                Juste pour les développements de ces derniers mois, lire ceci : https://www.facebook.com/notes/mohammed-madjour/septi%C3%A8me-mise-au-point/3196443390381052/


                Pour plus de précisons, plongez ici : https://www.facebook.com/notes/mohammed-madjour/la-transition-ou-le-retour-aux-si%C3%A8cles-obscurs/1208298259195585/


                • Allexandre 13 avril 20:47

                  Encore faudrait-il qu’il y en eût un premier !!!

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès