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Arménie - Azerbaïdjan : un conflit séculaire

Le conflit en cours entre arméniens et azéris ne fait pas la une des médias en occident et pour cause... Notre attention est focalisée sur le coronavirus, les Etats-Unis sont en campagne présidentielle... Alors Erdogan en profite pour avancer ses pions.

 

Cet autocrate n'hésite pas à présenter l'Arménie comme l'agresseur, alors que l'offensive turco-azérie a été préparée depuis plusieurs mois. En attestent le transfert de milliers de djihadistes de la Syrie vers l'Azerbaïdjan pour combattre les arméniens ; les exercices militaires conjoints turco-azéris en août 2020 (les plus importants de l'histoire), et les déclarations belliqueuses du gouvernement azéri depuis plusieurs semaines.

 

M. Erdogan se permet même de s'appuyer sur le droit international... Cocasse, venant du dirigeant d'un pays qui occupe illégalement 40% de Chypre depuis 1974.

 

De plus, le droit, fût-il international, est parfois contradictoire.

En l'occurrence, le droit à l'auto-détermination des peuples, lorsqu'il a pour conséquence la sécession d'une région (exemple récents : Kosovo, Timor Oriental, Soudan du Sud... ) se trouve nécessairement en opposition avec le principe de l'intangibilité des frontières.

 

Dans le cas présent, il convient de distinguer :

D'une part, l'ancienne république autonome du Haut-Karabakh, très majoritairement peuplée d'arméniens, qui réclament et exercent depuis 1988 leur droit à l'auto-détermination ;

D'autre part, les régions adjacentes, peuplées d'azéris (régions d'Agdam, Fizuli, Jebrail, Zangilan...) ou mixtes arméno-azéri-kurdes (district de Kelbadjar) conquises entre 1992 et 1994 par les arméniens du Karabakh, après avoir repoussé les assauts du gouvernement azerbaïdjanais. Ces régions pourraient revenir à l'Azerbaïdjan, lorsqu'une paix durable sera envisageable.

 

Les résolutions des Nations-Unies adoptées en 1993 ne disent pas autre chose.

Jusqu'à présent, ce qui a bloqué la restitution de ces régions (en échange de la reconnaissance de la sécession de l'ancienne république autonome), c'est du côté arménien, la peur et la conviction que ces régions seraient utilisées par l'Azerbaïdjan pour lancer de futures offensives, et du côté azéri, la volonté affichée de reconquérir l'intégralité du territoire y compris la région peuplée d'arméniens, ce qui entraînerait immanquablement une campagne de nettoyage ethnique à leur encontre, ce qu'aucun droit international ne saurait permettre.

 

Enfin, il ne faut pas s'y tromper, le Caucase a toujours été une poudrière...

Des éruptions de violence inouïe ont eu lieu dès 1905-1907 (massacres arméno-tatars ; c'est-à-dire arméno-azéris).

Rappelons aussi que si les arméniens du Karabagh ont été épargnés par le génocide de 1915 (la région était alors sous contrôle russe), ils ont à leur tour été victimes de massacres entre 1918 et 1920 (culminant en mars 1920 lors du massacre de Chouchi, aujourd'hui Stepanakert : 20 000 arméniens exterminés, ce qui est considérable pour une région aussi faiblement peuplée).

Pour des raisons obscures, lors du découpage des différentes républiques soviétiques en 1921, le comité central bolchevique a décidé de rattacher la république autonome du haut-karabagh à l'Azerbaïdjan, alors même qu'elle était encore peuplée de 90% d'arméniens, en dépit des massacres.

Cette proportion est tombée à moins de 75% dans les années 1980, en raison des discriminations (y compris des destructions de villages) pratiquées par les autorités soviétiques azerbaïdjanaises contre les arméniens.

N'oublions pas non plus que les azéris sont très proches des turcs, au point que le gouvernement d'Erdogan clame "Deux Etats, Une Nation !"... Or, même si cette vieille idée n'est pas partagée par tous les turcs, le vieux rêve pan-turc d'une unification de la Turquie et de l'Azerbaïdjan vient buter sur l'Arménie, qui est en quelque sorte le chaînon gênant, géographiquement parlant.

Comment s'étonner alors que les arméniens du Haut-Karabagh aient proclamé en 1988 la sécession de leur république autonome ?

Une éventuelle réconciliation est inconcevable, tant les tensions ont été exacerbées avant cette date, et après (pogroms anti-arméniens de 1990, guerre arméno-azérie de 1993-1994).

 

Il serait temps que la communauté internationale s'implique afin de régler ce problème, pas de la manière radicale souhaitée par M. Erdogan (venant d'un dirigeant turc s'exprimant à propos des arméniens, cela fait froid dans le dos), mais d'une manière équilibrée, en reconnaissant et en protégeant la sécession de l'ancienne république autonome du Haut-Karabagh, tout en permettant le retour des réfugiés azéris qui ont dû quitter les régions adjacentes.

Gageons malheureusement que ce ne sera pas le cas...

Dans le monde réel, ce sont Erdogan et Poutine qui ont les cartes en main.

 


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5 réactions à cet article    


  • pallas 2 octobre 2020 15:49
    c481

    Bonjour,

    C’est une affaire dit de famille, il ni a pas désir de détruire l’autre, les deux camps sont modérés.

    La france et autre pays occidentaux doivent s’abstenir, chose que je fais moi même personnelement par exemple.

    Occupe toi de ta maison qui part en cendre et ce désagrège avant de t’occuper de celle de ton voisin

    Tiens le toi pour dit

    Salut


    • c481 2 octobre 2020 18:28

      @pallas
      Bonsoir Pallas,
      Modérés, il faut le dire vite...
      Je n’emploierais pas ce qualificatif pour M. Erdogan ni pour son vassal M. Alyev.
      La maison France ne se porte pas bien, certes, mais ce n’est pas une raison pour ignorer le reste du monde.


    • M.William 13 octobre 2020 10:26

      @pallas

      On peut s’occuper de plusieurs choses, c’est une question de courage et de solidarité.

      Sans indiscrétion :

      Vous vous occupez comment de votre maison ?


    • Lampion Séraphin Lampion 2 octobre 2020 16:13

      « Il serait temps que la communauté internationale s’implique afin de régler ce problème,  »

      Il va falloir instaurer le point Goldwin de la « communauté internationale », ce poncif qui finit par devenir une formule religieuse du genre « notre Père qui êtes aux cieux » !

      La formulation « communauté internationale » n’aurait de sens dans le contexte évoqué que si les pays concernés s’exprimaient massivement au sujet de ce conflit, ce qui n’est pas le cas. Tout se passe entre états-majors, au téléphone ou devant une tasse de café.

      Pour Chomsky, l’utilisation politique de l’expression « communauté internationale «  est généralement contraire à son sens littéral qui semblerait désigner approximativement les états membres de l’ONU, alors qu’elle désigne le plus souvent, comme dans cet article, uniquement la position des États-Unis et de ses états clients :  «  Lorsque le terme communauté internationale est utilisé en Occident, la communauté internationale désigne les États-Unis et quiconque va dans son sens. Si le monde, la majorité du monde, s’oppose, ils ne font juste pas partie de la communauté internationale ».

      Pour qui connait le sens des mots, ce message est clair


      • c481 2 octobre 2020 18:31

        @Séraphin Lampion
        Autant pour moi, je n’aurais pas dû utiliser le terme de « communauté internationale ».
        J’avais en tête les Nations Unies ; un machin un peu lent, mais pas toujours inutile.
        Question de sémantique qui ne change pas le fond du problème.

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