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Bhoutan, Japon : d’autres devenirs que le nôtre ?

Faute de pouvoir faire des expériences sociologiques, il est nécessaire de considérer l’ailleurs pour essayer de deviner les conséquences d’une politique. Le Japon et le Bhoutan fournissent deux exemples qui différent du chemin partout proposé : la mondialisation libérale.

 Le Bhoutan, petit pays coincé entre l’Inde et la Chine, est célèbre par la gentillesse de ses habitants. Le Bhoutan s’est tenu à l’écart d’une certaine modernité dont ils se méfient. Le pays n’a ouvert sa première route qu’en 1961. La télévision et Internet furent interdits jusqu’en 1999 afin d’empêcher la dilution de la culture Bhoutanaise. Le Bhoutan est d’ailleurs resté fermé aux étrangers jusqu’en 1970. L’ouverture aux touristes en 1974 exclut le tourisme de masse par le prix élevé des séjours organisés et seul un nombre limité d’étrangers ont un droit de visite. Chaque touriste doit s'affranchir d'un forfait de 250 dollars par jour, il comprend l’hôtel, les repas, une voiture avec chauffeur et un guide.

 Le Bhoutan a instauré le « bonheur national brut » (BNB) comme base de sa politique en considérant que le Produit National Brut (PNB) mesurait plus les jouissances que le bonheur. Les axes majeurs du BNB ont été fixés en 1972 : développement économique responsable, promotion de la culture bhoutanaise, sauvegarde de l'environnement et promotion du développement durable.

 L'économie du Bhoutan est très peu développée et est fondée sur l’agriculture, l'élevage, l’exploitation forestière, la vente à l’Inde d’électricité d’origine hydraulique, et le tourisme. Le Bhoutan a pris la décision de ne pas adhérer à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et de refuser le développement de l’exploitation minière.

 La capitale Thimphou comporte 80 000 habitants, elle ne ressemble en rien aux capitales connues : pas de gratte-ciel, pas de panneaux publicitaires, pas de fast-food, pas de stade, et pas de feux rouges. Seuls les cars urbains et les véhicules d’urgence ont le droit de circuler à tout moment.

 Le Bhoutan veut se doter d’une agriculture 100 % bio d’ici 2020. En outre, la constitution bhoutanaise stipule que 60 % du Royaume doivent rester « boisés pour l’éternité. D’ailleurs, les forêts du Bhoutan absorbent plus de dioxyde de carbone que le pays n’en émet. Le système de santé est totalement gratuit pour tous et tous les villages sont dotés d'une école et d'une antenne de santé.

 

 À partir de 1985, le gouvernement a décidé de ne plus considérer comme bhoutanaise la population d'origine népalaise, ce qui a entraîné son exil, plus ou moins contraint. La population serait d’environ 2 millions d’habitants mais le gouvernement ne recense ainsi que 810 000 Bhoutanais.

 « Le bonheur doit précéder la croissance économique » est la forme régionale de la « sobriété heureuse » prônée par certains en Occident. Une étude faite par l’université de Leicester classait le Bhoutan, au 8e rang de la « carte mondiale du bonheur », juste derrière deux pays scandinaves. Le revenu par habitant est l’un des plus élevés d’Asie, et l’espérance de vie à la naissance y a enregistré une rapide progression de 50 ans en 1987 à 70 ans trente ans plus tard. Le taux de fécondité enregistré, 1,97 enfants par femme, est significativement plus élevé que dans les pays occidentaux.

 Cependant, ces dernières années, quelques motifs inquiétantude sont apparus : forte progression de l’exode rural, montée du consumérisme, progression de la petite délinquance et de la violence conjugale, phénomènes jusqu’alors inconnus au Bhoutan. « Si nous ne poursuivons pas sur la voie du BNB, le Bhoutan deviendra un pays comme les autres, malade du marché libre, gaspilleur des ressources et “workaholic” »

 Préserver sa culture tout en mettant le bonheur au centre des préoccupations semble donc possible : 25 % de la population vit sous le seuil de pauvreté mais il n’y a pas de mendiants et tous les gens parviennent à s’alimenter et à se vêtir correctement. Toutefois, la notion de bonheur dépend de la population concernée et la marginalisation de la partie népalaise souligne ce qui est ressenti comme une nécessaire mise à l’écart. 

 Le Japon fournit un autre exemple d’essai de préservation de spécificités locales sociales et culturelles à une autre échelle que le Bhoutan et sur un mode plus industrieux.

 La population du Japon comptait en 2010 128 millions d’habitants, il n’en compte plus que 126,7 millions six ans après. L'espérance de vie y est la plus élevée au monde : 86 ans pour les femmes, 79 ans pour les hommes. Mais les naissances y sont peu nombreuses. Le taux de fécondité est bas : 1,26 enfant par femme au plus bas en 2005, mais il remonte à 1,39 en 2010. Un japonais sur deux ne serait pas intéressé par l’acte sexuel. Le fait qu’un tiers des japonais travaille plus de 50 heures par semaine et que beaucoup dorment au bureau pour limiter le temps passé dans les transports n’est peut-être pas étranger à cette inappétence. 

 Le Japon est sans doute le pays le plus sûr du monde. Le Japon a des taux de criminalité exceptionnellement bas, plus de 10 fois inférieur à celui des USA. Les vols à la tire y sont pratiquement inconnus et la sécurité dans les hôtels. Le contrôle social communautaire et l'autodiscipline limitent le recours aux forces policières, à ceci s’ajoute une législation très stricte en matière de sécurité : le Japon pratique en particulier toujours la peine de mort (par pendaison).

 L'âge légal de départ à la retraite était en 2013 de 60 ans. Il va passer progressivement augmenter. Le pays du soleil levant veut faire émerger une société « sans âge », où « toutes les générations peuvent ou doivent être actives ». Aujourd'hui, les travailleurs nippons peuvent décider de la date de leur départ entre leur 60e et leur 70e anniversaire, la moyenne se situant vers 65 ans. 

 Du point de vue économique, le Japon est la troisième puissance mondiale derrière les Etats-Unis et la Chine, devant l’Allemagne et la France. Le Japon est le 4e pays du monde pour le volume de ses exportations et le 5e pour ses importations. Sa Balance commerciale est proche de l’équilibre. Mais Les obstacles non tarifaires abondent au Japon. Des facteurs tels que le recours exclusif aux standards japonais, l'importance des relations personnelles et une politique de réglementation avec une préférence pour les produits nationaux permettent d’empêcher l'entrée de produits étrangers non désirés sur le marché japonais. Des quotas existent pour certains produits issus de la mer, des produits chimiques organiques, des explosifs, des produits pharmaceutiques et médicaux, des animaux et des plantes.

 Le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant du japon est à peu près 15 fois plus important que celui du Bhoutan. Le taux des prélèvements obligatoires est de 30% du PIB ce qui place le Japon dans la moyenne des pays dits développés. La dette publique du Japon atteint la somme vertigineuse de 250% du produit intérieur brut. Cependant, les emprunts d'État sont essentiellement détenus par les japonais eux-mêmes : la Poste japonaise et les fonds publics de retraite détiennent 44 % de ceux-ci. Seuls 7 % de la dette sont aux mains d’étrangers (contre 60 % pour la dette française).

 Les Japonais considèrent leur pays comme celui de la race japonaise, et d'elle seule, ils y voient une force précieuse pour la cohérence de leur communauté. Dans ce contexte, pas un politicien ni un seul journal n'ose prôner la libéralisation de l’immigration. Il n'y a que 2 % de résidents étrangers au Japon avec les clandestins (contre presque 10 % en France). Le pays accorde environ 14 000 naturalisations par an, dix fois moins qu’en France. Être né au Japon de parents étrangers ou s'y marier n'y donne aucun droit : si un bébé naît au Japon et si un des parents est japonais, le bébé sera japonais. Si le bébé naît d’un couple d’étrangers habitant au Japon, il n’aura pas automatiquement la nationalité japonaise. Une grande majorité des immigrés sont asiatiques (Chinois, Coréens et Vietnamiens…) ce qui fait qu’ils ne tranchent pas du reste de la population. Les musulmans constituent 0,06 % de la population (contre 8,8% en France).

 Le chômage est bas (3,5 %). Des travailleurs supplémentaires doivent être trouvés dans les services à la personne ou divers chantiers : les immigrés sont de fait indispensables dans de nombreux secteurs de l'économie. Le Japon accueille ainsi, chaque année, 90 000 « stagiaires en formation », avec des CDD de trois ans. La forte croissance du nombre de robots dans l'archipel est pensé comme pouvant compenser le manque de travailleurs peu qualifiés ?

 L’industrieux Japon a fait le choix de maintenir sa spécificité sociale et culturelle en mettant des barrières très élevées pour ne pas favoriser la venue de non-japonais. Le Bhoutan rural a fait de même pour préserver la pureté bhoutanaise. L’isolement leur permettra-t-il de vivre selon leurs désirs ? Rien n’est moins sûr.

 Si l’on survole les chiffres de la natalité mondiale depuis quelques décennies, on constate que partout dans le monde, sans exception, elle décroit d’une façon vertigineuse : de 5 enfants par femme au milieu des années 1960, le taux de fécondité est passé à 2,45 en 2015. La tendance lourde semble donc tendre vers l’extinction de l’espèce Homo Sapiens. La combattre grâce à divers artifices technologiques, numériques ou biologiques est vraisemblablement possible, mais ce sera une autre façon de mourir. Préserver des ilots de culture et de vie entre semblables en évitant les contacts externes peut permettre un déclin plus serein mais la démographie encore très élevée en Afrique et l’extension de l’Islam regroupant à terme la plus importante des communautés, conduiront immanquablement à des bouleversements qui ne permettent pas d’espérer un déclin sans heurts.

  


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4 réactions à cet article    


  • Jean Roque Jean Roque 17 avril 14:11

      
    LE JAPON N’AURA PAS DE BARBU NI BOUBOU.... NI FICHÉS S... SI PRÉCIEUX... NI BÉTON COLONIAL.... SI INDISPENSABLE...
     
     
    mais des ROBOTS IA, qui bosseront 24h/24 sans kalach, ni béton, ni surponte... et seront mieux formés que les colons...
     
     
    LA DÉNATALITÉ EST ÉCOLOGISTE ... à dire à bobo négrier vert bétonneur de colonies
     
     
    FOXCONN VA UTILISER UN MILLION DE ROBOTS IA avant 3 ans AUX US
    (exigence de Trump)
     

    https://www.reuters.com/article/us-foxconn-robots/foxconn-plans-to-use-1-million-robots-in-3-years-idUSTRE77016B20110801
    http://www.slate.com/blogs/future_tense/2017/07/27/the_wisconsin_foxconn_pl ant_will_be_staff_by_robots.html
    https://www.theguardian.com/technology/2012/nov/08/foxconn-plan-factories-us-america
    https://www.roboticsbusinessreview.com/manufacturing/are_foxconns_robots_com ing_to_america/

     


    • Jacques-Robert SIMON Jacques-Robert SIMON 17 avril 21:48

      @Jean Roque
      J’ai peur qu’encore longtemps les esclaves humains soient moins coûteux que les robots.


    • microf 17 avril 14:46

      Très bon article, si tout les pays adoptaient la vision du Bhoutan, il y aurait moins de problèmes dans le monde, certains pays ne seraient pas détruits, la nature serait préservée, et l´être humain moins décadent, il vivrait en PAIX avec lui même et ses semblables.

      « Le bonheur doit précéder la croissance économique ».
       Je comprends pourquoi plus de la moitié du monde n´est pas heureuse, parceque cette grande partie du monde a fait précéder la croissance économique au détriment du bonheur, et comme il n´ya presque plus de croissance économique, le bonheur manque, d´oú les désordres de toutes sortes.

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